En Littérature portugaise








titreEn Littérature portugaise
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UNIVERSITÉ DE LA SORBONNE-NOUVELLE – PARIS 3

U. F. R. D’ÉTUDES IBÉRIQUES ET LATINO-AMÉRICAINES

ÉTUDES PORTUGAISES ET BRÉSILIENNES
MÉMOIRE DE MASTER 2

en Littérature portugaise
Daniel RODRIGUES

La chair du poème : « Do Mundo »

d’Herberto Helder

Sous la direction de :

Madame le Professeur Catherine DUMAS

Juin 2008
A Mme. le Profeusseur Catherine DUMAS,

toute mon admiration.

A mes parents, à mon frère et à ma sœur,

saudades.

A Anne-Elise DELATTE et à Laurence DUCLOS,

ma gratitude pour leur amitié et leurs précieux conseils.

A ceux qui ont accompagné la rédaction de ce mémoire,

ma reconnaissance pour leur disponibilité,

en particulier Sarah CARMO, Anne-Marie HERVÉ,

Catherine MOCH, Pierre-Michel PRANVILLE et Ivana VASILJEVIC.

Et à Henrique DUPRAT TANIMOTO,

merci, merci, merci et merci éternellement.

Cette étude est dédiée à ceux

qui m’enseignent chaque jour

le sens de l’avenir :

Bia et Tenzin.

TABLE DE MATIERES


INTRODUCTION

5







PREMIERE PARTIE : texte

10







1.1 – La naissance d’un texte

11

1.1. a – L’organisation du texte

17

1.1. b – La réécriture du texte

20

1.1. c – Le texte actuel

27







1.2 – Le texte et son monde

35

1.2. a – Bâtir son habitation

36

1.2. b – Le poème continu

40







1.3 – La science du poème

44







DEUXIEME PARTIE : voix

56







2.1 – L’anatomie de la voix

57

2.1. a – La voix inspiratrice et la voix inspirée

61

2.1. b – Murmurer le cri

65

2.1. c – La voix partagée

69







2.2 – La voix lyrique

73

2.2. a – Parler et chanter

74

2.2. b – La voix et le sujet

81







2.3 – La voix d’Orphée

91







TROISIEME PARTIE : corps

104







3.1 – L’anatomie du corps

106

3.1. a – Le corps qui parle

109

3.1. b – Le corps et le sujet

115

3.1. c – Le corps du sujet-poème

118







3.2 – Les corps du monde

124

3.2. a – Cosmologie : l’alchimie du poème

125

3.2. b – Le corps érotisé

130







3.3 – Le corps révélé 

138







CONCLUSION

145







BIBLIOGRAPHIE

148

Abréviations :


Helder, Herberto, « Do Mundo », Ou o Poema Contínuo, Lisboa: Assírio & Alvim, 2004, pages 513 – 561. Abrégé en OPC.

______________, Du Monde, traduit du portugais par Christian Mérer et Nicole Siganos, Paris : Éditions de la Différence, 1997. Abrégé en DMF.

______________, Le poème continu – somme anthologique, traduit du portugais par Magali Montagné et Max de Carvalho, Paris : Chandeigne, 2002. Abrégé en LPC.

INTRODUCTION

A propos de la poésie, l’on pourrait formuler le syllogisme suivant : le texte est un poème ; or, le poème est un chant ; donc, le texte est un chant. D’emblée, les deux prémisses paraissent évidentes ; toutefois, la conclusion l’est moins, car, de nos jours, il semblerait qu’en poésie l’oralité se soit peu à peu effacée au profit de la textualité. Un déséquilibre entre les prémisses et la conclusion s’est progressivement installé. La poésie actuelle serait alors en quête de cette stabilité perdue : le poème se veut l’espace où le texte devient un chant.

Dans son œuvre, Herberto Helder ne cesse d’exploiter ce déséquilibre, en y inscrivant comme une troisième postulat : le poème est un corps. Le corps devient ainsi le maillon manquant du raisonnement logique énoncé ci-dessus ; il s’exhibe en tant que texte à travers le geste de l’écriture – rythme et souffle – et il se dévoile en tant que chant à travers l’émanation de la voix – rime et souffle. Le corps est donc souffle : rythme et rime.

*

Notre recherche s’intéresse ainsi à ces trois entités – texte, voix et corps – dans le poème « Do Mundo », le dernier du recueil Ou o Poema Contínuo, de 2004. Nous souhaitons démontrer comment, dans l’univers heldérien, ces trois termes se confondent pour donner forme à l’œuvre, et comment le poème peut être envisagé comme un être doté de chair : il est l’incarnation de la poésie.

Tout au long de notre étude, nous établirons une relation entre « Do Mundo » et l’ensemble de l’œuvre heldérienne. Nous nous permettrons parfois d’utiliser un même extrait du corpus pour parvenir à différentes conclusions, et, parfois, d’utiliser différents extraits pour aboutir à une même conclusion. Par ailleurs, nous appellerons chaque partie d’un poème un « fragment », car la structure des textes heldériens n’est pas homogène : elle se présente tantôt sous forme de paragraphe, tantôt sous forme de strophe. De même, faute d’une nomenclature plus adéquate, nous appellerons « vers » chaque ligne d’un poème, fût-il en prose.

*

Né à Funchal, en 1930, Herberto Helder, pseudonyme de Luís Bernardes de Oliveira, part pour Lisbonne en 1946. En 1949, il change son cursus universitaire, en préférant le cours de Philosophie Romantique de la Faculté de Lettres de Lisbonne au cours de Droit qu’il avait commencé un an auparavant. Cependant, H. Helder ne finira aucune des formations universitaires entamées. Entre 1953 et 1955, il fréquente le Café Gelo, lieu mythique du surréalisme portugais, où se retrouvent les poètes Mário Cesaryni de Vasconcelos, Luís Pacheco, Manoel Lima, Helder Macedo, parmi tant d’autres. Malgré ces rencontres, H. Helder est toujours resté indépendant, changeant plusieurs fois de profession et réalisant plusieurs voyages autour du monde. Son œuvre se démarque de la production poétique portugaise dès son apparition, à la fin des années cinquante, sans que cette posture marginale soit uniquement un geste de protestation sociale, politique, ou avant-gardiste. Ce caractère de marginalité représente davantage une posture esthétique que purement éthique : son refus de l’institution littéraire est étroitement lié à l’obscurité de son œuvre. Souvent assimilée au surréalisme portugais et à la Poésie Expérimentale des années soixante, celle-ci échappe cependant aux classifications de la critique, qui échoue à l’enfermer sous une quelconque étiquette.

En 1958, H. Helder publie son premier recueil, O Amor em Visita, intégré après avoir subi quelques modifications dans son deuxième livre, A Colher na Boca, de 1961. Cette même année, il publie Poemacto. De 1959 à 1961, H. Helder parcourt la France, la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas. De ce voyage naît sa première expérience en prose poétique : Os Passos em Volta (1963). Ce recueil de nouvelles connaît huit publications ultérieures, dont la dernière en 2006. L’expérience heldérienne de la prose ne se limite pas à ce recueil : il écrit Retrato em Movimento (1967), Apresentação do Rosto (1968), Vocação Animal (1971) et Photomaton & Vox (1979). Ce dernier et Os Passos em Volta sont actuellement les seules œuvres à bénéficier de l’autorisation de l’auteur pour toute réédition. Toutefois, pour H. Helder, la prose n’est qu’une facette de la poésie. Ainsi, après Poemacto, le poète publie plusieurs recueils ou traductions de poésies1 : Lugar (1962), A Máquina de Emaranhar Paisagens (1963), Electronicolírica – A Máquina Lírica – (1964), Húmus (1967), Ofício Cantante (1967), O Bebedor Nocturno (1968), Kodak (1968), Cinco Canções Lacunares (1968), Os Brancos Arquipélagos (1970), Antropofagias (1971), Cobra (1977), O Corpo o Luxo a Obra (1978), Flash (1980), A Cabeça entre as Mãos (1982), As Magias (1987), Última Ciência (1988), Os Selos (1990), Do Mundo (1994), Doze Nós numa Corda (1997), Oulof (1997), Poemas Ameríndios (1998). En 1973, sa première anthologie, Poesia Toda, est publiée en deux volumes, le premier comprenant les textes écrits entre 1953 et 1966, et le deuxième, ceux écrits entre 1963 et 1971. Ces deux tomes, fusionnés en 1981 en un volume unique lui aussi intitulé Poesia Toda, sont réduits en 2001 en une somme anthologique dénommée Ou o Poema Contínuo: súmula. En 2004, Ou o Poema Contínuo – sans l’indication súmula – est republié, mais la différence dans la structure des livres de 2001 et 2004 est flagrante : dans la première version, le titre des différentes parties du recueil est inscrit à la fin de chaque partie, entre parenthèses, le tout formant un « poème continu »2 ; dans la deuxième version de 2004, Ou o Poema Contínuo, le recueil retrouve les séparations entre les parties, leur titre étant mis en évidence sur des feuilles intercalaires, ainsi que son caractère chronologique, le tout reproduisant la structure de Poesia Toda et donc son aspect fragmentaire.

« Do Mundo » paraît pour la première fois dans un recueil homonyme, en 1994. Ce recueil avait pour première partie le poème « Os Selos, Outros, Últimos ». En 1996, ces deux poèmes sont intégrés à Poesia Toda. En, 2001, quelques fragments de « Do Mundo » sont également intégrés dans le poème continu, Ou o Poema Contínuo: súmula. « Do Mundo » retrouvera sa structure d’origine dans Ou o Poema Contínuo, de 2004. Cette dernière version, la dernière signée par le poète, constitue le corpus principal de cette étude.

« Do Mundo » se veut une réécriture de Retrato em Movimento. Toutefois, H. Helder y abandonne la structure en prose du livre de 1967 au profit du vers. A travers les divers refus de réédition que le poète a opposé à ses livres antérieurs, il établit un ars poétique où un texte oublié par le poète peut fait irruption dans ses livres futurs : les textes heldériens sont des corps qui s’inscrivent dans un cycle de naissance, mort et résurrection. Ainsi, nous considérons que « Do Mundo » marque la résurrection du livre de 1967. Grâce à cette vision cyclique de l’univers, le poème devient une métaphore de la vie : il est un être vivant, qui évolue dans l’espace de la Poésie. De ce fait, le poème acquiert un corps, lieu propice à son existence, qui se présente comme un corps pluriel, et en constante métamorphose. Nous proposons donc d’observer ces métamorphoses dans le corpus – corps – choisi. Le corps du texte est ici davantage qu’une métaphore ; il est ce que le mot « corpus » désigne, c’est-à-dire, à la fois un ensemble limité d’énoncés et la partie matérielle d’un être vivant. De plus, Gilles Deleuze et Félix Guattari3 expliquent que le texte peut être pensé non pas à l’image d’un arbre – racine, tronc et branches –, mais à celle d’un système rhizomatique. Chez H. Helder, celui-ci prend la forme d’un système vasculaire. « Do Mundo » est un corps-poème parmi d’autres corps – les autres poèmes de l’auteur ; tous échangent des images, des métaphores, des sujets et des objets : flux et reflux sanguin. Ainsi, le recueil s’envisage également sous l’aspect de la collectivité, tel un corps social.

*

Notre première partie adopte comme point de départ le texte lui-même. De la lecture du poème, nous dégagerons les références à la naissance du texte et esquisserons ainsi un ars poétique heldérien. Tout ars poétique suppose un savoir préalable au poème ; toutefois, H. Helder bâtit le sien à la manière du premier artisan, qui crée l’objet en même temps qu’il développe le savoir : dans le poème heldérien, savoir et production sont donc confondus. Cette étrange construction n’est cependant pas continue : le poète oublie son savoir, s’obligeant constamment à recommencer sa création et à redécouvrir son ars poétique. Paradoxalement, pour H. Helder, le savoir s’approche et s’éloigne de la science. Nous nous intéresserons ainsi à la fin de la première partie aux similitudes et aux différences entre science et création.

Notre deuxième partie se penchera sur les manifestations de la voix dans le corpus. Cette voix fragmentée est à l’image du corps dont elle émane, mais ne revêt pourtant pas la forme d’un chant inspiré par la Muse : elle est un cri qui véhicule l’impossible adéquation entre le sujet et son habitation poétique dans un univers violent. En effet, leur relation est marquée par la douleur, par le châtiment infligé à celui qui ose bâtir son habitation. Le poème est une blessure qui s’ouvre dans le corps du poète en lui rappelant sa condition d’être de chair. Le poète s’inscrit par là-même dans un cycle continu de vie, de mort et de résurrection, à l’image du poème lui-même. En partant de la fragmentation de la voix, nous discuterons dans quelle mesure la poésie heldérienne relève de la tradition orphique, qui présuppose la totalité et l’organisation de l’univers.

La troisième et dernière partie analysera les manifestations du corps dans le poème « Do Mundo ». Tout comme la voix et le texte, le corps est lui aussi fragmenté, et entretient une relation extrêmement ténue avec le sujet. Le corps heldérien ne dévoile pas le sujet : il se pose en tant que système d’échange de masse et d’énergie reliant différentes parties d’un organisme, sans pour autant se constituer comme un organisme à part entière. Le poète puise dans le monde de l’alchimie les métaphores qui décriront ce système d’échanges, et voit dans les relations érotiques entre corps, sujet, Muse et poème la promesse d’un corps capable de réunir texte, voix et chair, et d’effacer les hétérogénéités de la Poésie. Ce corps fermé, sacré, féminin, capable d’engendrer la vie – et, en mourant, d’engendrer d’autres vies, dans un cycle continu et éternel – est l’incarnation de la poésie, devenant ainsi le corps du poème.

PREMIERE PARTIE :
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