La recherche en éducation Pluralité et complexité








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L’Evaluation de la recherche universitaire Contextes et efficacité


Dans la collection AFIRSE (Guy Berger directeur):
. L. & R. MARMOZ (coord.), La recherche en éducation – Pluralité et complexité, 2014.

. Chr. PEYRON-BONJAN, Le cercle des concepts disparus. Philosophie et sciences de l’éducation, 2010.

. J. ARDOINO, G. BERGER, J.-M. HUGUET, L’éducation, entre autres. Les entretiens de Pelleport, 2009.

. M. MUKUNGU KAKANGU, Vocabulaire de la complexité. Post-scriptum à la Méthode d’Edgar Morin, 2007.

. P. DUCOING (dir.), La recherche en éducation au Mexique. Etat des travaux, 2006.

L’Evaluation de la recherche universitaire Contextes et efficacité

Coordonné par
Louis Marmoz et Sylvie Didou-Aupetit


Collection AFIRSE

L’Harmattan

Des mêmes auteurs, chez L’Harmatttan,

ARDOINO J., BOUMARD P., SALLABERRY J.-Cl., Actualité de la théorie de l’institution – Hommage à René Lourau, Collection « Cognition et formation », 2004.

BERGER G., Conversations sur l’éducation – S’autoriser à éduquer, Collection « Educations et sociétés », 2012.

BERTIN G. et col., Développement local et intervention sociale – Institution et développement, Collection « Educations et sociétés », 2003.

BERTIN G., RAUZY D., Pour une autre politique culturelle Institution et développement, Collection « Educations et sociétés », 2011.

DIDOU-AUPETIT S., L’internationalisation des universités au Mexique, Collection « Educations et sociétés », 2003.

MARMOZ L. & R. (coord.), La recherche en éducation – Pluralité et complexité, Collection « AFIRSE », 2014.

MARMOZ L., ATTIAS-DELATTRE V. (dir.), Ressources humaines, force de travail et capital humain – notions et réalités, Collection « Educations et sociétés », 2010.

ESTRELA T., MARMOZ L. (dir.), Indisciplines et violences à l’école, études européennes, Collection « Educations et sociétés », 2006.

MARMOZ L (dir.), L’entretien de recherche dans les sciences humaines et sociales: la place du secret, Collection « Educations et sociétés », 2001.

MARMOZ L., DERRIJ M. (coord.), L’interculturel en questions – L’autre, la culture et l’éducation, Collection « Educations et sociétés », 2001.

MARMOZ L. (coord.), Education comparée, Collection « Educations et sociétés », 1998.

ROBERT A. D., Actions et décisions dans l’éducation nationale – Un itinéraire de recherche, Collection « Education et formation », 1999.

VINOKUR A. (coord.), Pouvoirs et financement en éducation – Qui paye décide ? Collection « Educations et sociétés », 2007.
Avertissement


Les pratiques d’évaluation de la recherche universitaire se sont très rapidement généralisées dans la plupart des pays, mises en place par les gouvernements ou des instances privées et encouragées par les organismes internationaux. Elles sont l’objet de nombreuses interrogations dans les universités et en ont en partie modifié les pratiques.

Considérant ce contexte et prenant en compte les apports de l´AFIRSE depuis plus de deux décennies sur la fonction et les moyens de la recherche ainsi que l´engagement de l´UNESCO en matière de suivi de la recherche, il est apparu nécessaire d’organiser avec le LAREQUOI, laboratoire de recherche en management, un séminaire international de travail visant à établir un bilan des conditions et des effets de l’évaluation de la recherche universitaire, en particulier dans deux domaines, celui des sciences de l´éducation et celui des sciences de gestion1.
Le séminaire avait pour objectifs :

a) de décrire les mécanismes d´évaluation de la recherche universitaire dans les domaines disciplinaires retenus, en mettant l´accent tant sur les mécanismes gouvernementaux, opérés par l´intermédiaire des Agences de soutien à la Recherche ou du Ministère de l´Éducation que sur des dispositifs alternatifs, crées par des associations de chercheurs et des agences d´évaluation, y compris internationales ;

b) d’identifier et analyser les types de production pris en compte par ces organismes ; 

c) de s´interroger sur la pertinence des procédures d´évaluation de la recherche ;

d) de permettre éventuellement des recommandations.

Si les informations présentées sur les structures d’évaluation évoquées le sont dans un système aux formes apparemment sans cesse mouvantes2, les principes qui les régissent le sont peu et, grâce à la vivacité et à la pertinence des échanges au sein du séminaire, les témoignages, les soucis, les craintes, les interprétations exprimés par les participants témoignent de la réflexion nécessaire et de ses progressions et ainsi permettent des compréhensions d’une valeur permanente.

Pour cela, sur ce sujet en débat, nous avons choisi de publier le résultat de ce séminaire sous la forme d’un protocole respectant autant qu’il se pouvait la spontanéité de l‘échange – donc autorisant des formes verbales, des expressions qui ne correspondent pas toujours à la forme écrite traditionnelle - afin de bien montrer les cheminements de la discussion, ses ancrages et ses progressions, en un témoignage qui ouvre à de nouvelles réflexions, à de nouvelles actions aussi.


Participants


. Christophe Assens, MCF-HDR sciences de gestion (Université Versailles – St Quentin en Yvelines), Directeur-adjoint du LAREQUOI, France.

. Véronique Attias-Delattre, MCF sciences de gestion (UPMV), secrétaire générale de l'AFIRSE, France.

. Annie Bartoli, Professeur des Universités (Université Versailles – St Quentin en Yvelines), Directrice du LAREQUOI, France.

. Abdelhak Bel Lakhdar, Professeur, Université Mohammed V – Souissi, Maroc.

. Guy Berger, Professeur (ém.) des universités (Paris 8), France.

. Georges Bertin, directeur de recherches (CNAM-PdL), directeur d’Esprit Critique, France

. Lise Bessette, Professeur (Université du Québec à Montréal), Canada.

. Patrick Boumard, Professeur (ém.) des Universités (Université européenne de Bretagne), France.

. Sylvie Didou Aupetit, Directrice de recherches, CINVESTAV-Mexique, Chaire UNESCO Assurance Qualité et nouveaux pourvoyeurs d´enseignement supérieur en Amérique Latine, RIMAC-réseau CONACYT n. 252297.

. Georges Haddad, Professeur des Universités (Paris 1), ancien Président, Directeur, Unité de recherche et prospective en éducation, UNESCO.

. Philippe Hermel, Professeur des Universités, Doyen de l'Institut supérieur du management (Université Versailles – St Quentin en Yvelines), France.

. Eric Lamarque, Professeur des Universités (Bordeaux), Président de la 6e section (sciences de gestion) du CNU, France.

. Joël Lebeaume, Professeur des Universités (Paris 5), responsable scientifique pour les sciences de l'éducation (AERES), Professeur de sciences de l'éducation (Paris V), France.

. Louis Marmoz, Professeur (ém.) des Universités (Université Versailles – St Quentin en Yvelines), Président de l’AFIRSE, France.

. Jean-Louis Martinand, Professeur (ém.) des Universités (ENS de Cachan), France.

. Stéphanie Mignot-Gérard, MCF (IAE, UPEC), France.

. Catherine Nafti-Malherbe, MCF sciences de l'éducation (Université catholique de l’Ouest), France.

. Georges N. Nahas, Vice-président, Université de Balamand, Liban.

. Corina Parlea, AAP, UNESCO.

. Yvon Pesqueux, Professeur titulaire de la Chaire de développement des systèmes d'organisation, CNAM, France.

. Stela Raytcheva, MCF sciences de gestion (Université Versailles – St Quentin en Yvelines), France / Bulgarie.

. André D. Robert, Professeur des Universités (Lyon 2), Président de la 70ème section (sciences de l’éducation) du CNU, France.

. Fernando Sabiron, Professeur sciences de l'éducation (U. de Saragosse), Espagne.

. Francisco K. Seddoh, ancien Ministre, ancien directeur de la Division de l'enseignement supérieur à l'UNESCO, Togo.

. Georges Stamelos, Professeur en sciences de l'éducation (Université de Patras), membre de l'agence nationale d'évaluation, Grèce.

. Dinah Tinôco, Professeur en sciences de gestion (Université fédérale du Rio Grande do Norte), Brésil.

. Marisa Trindade, ancienne responsable du personnel, Université de Brasilia, Brésil.

. Fatima Yatim, ingénieur de recherches, LAREQUOI (Université Versailles – St Quentin en Yvelines), France.

. Annie Vinokur, Professeur (ém.) des Universités (Paris X), France.

Première séquence


Annie Bartoli (France) :

Je souhaite exprimer mon plaisir à être ici et à lancer avec vous ce séminaire pour un ensemble de raisons que j'évoquerai très brièvement avant d’entrer dans le vif du sujet.

La thématique est en soi extrêmement prometteuse et source d'appétence. Il est clair que s’'intéresser à l'évaluation de la recherche universitaire est un sujet d'une permanence totale. Toutes les époques peuvent se prêter à ce type de sujet. En outre, à l'heure actuelle, dans un contexte où un grand nombre d'universités françaises connaissent des difficultés et une ambiance de morosité - c’est un petit mot pour certaines, il est encore plus essentiel et aiguisé de s'intéresser à des sujets qui touchent à notre cœur de métier, parce que, sinon, on risque de perdre nos énergies à regarder la performance générale de l'université elle-même en oubliant la mission de base qui est celle de la recherche et de son évaluation.

Je crois qu'il y a des facteurs de pérennité mais aussi des facteurs conjoncturels dans nos travaux sur l'évaluation de la recherche universitaire. La recherche universitaire est au cœur du métier pour les chercheurs et les enseignants chercheurs et suppose de s'interroger sur « à quoi sert-elle ? », « comment se pratique-t-elle ? », « comment se mesure la qualité de ses processus, de ses résultats, de ses impacts ? » C'est le but de nos discussions que de définir ces différentes variables qui peuvent permettre de s'interroger sur l'évaluation de la recherche universitaire.

Je suis également très heureuse de l'ouverture de ce séminaire car il se pose sous le sceau de la bi-disciplinarité. Les sciences de gestion et les sciences de l'éducation sont deux disciplines qui ne se connaissent pas toujours mais qui ont beaucoup en commun. Il existe clairement des intersections très riches entre ces deux disciplines et toute occasion de pouvoir travailler sur celles-ci, d’échanger sur leurs spécificités et leurs points communs possibles me semble produire, certainement, de grands apports. Notre laboratoire de recherche en management, le LAREQUOI, précisément, a son centre de gravité en sciences de gestion mais affiche depuis toujours son ouverture vers des disciplines qui sont tout à fait proches des sciences de gestion dont, de façon dominante, les sciences de l'éducation et je citerai des thématiques telles que l'éducation à la culture mais aussi la gestion des ressources humaines, les processus d'apprentissage…

La troisième raison de ma satisfaction à l'ouverture de ce séminaire, c'est qu´elle démontre la mise en place d´un pluri-partenariat très prometteur. J'espère que nous atteindrons les objectifs que l'on peut se fixer avec des partenaires tels que l'AFIRSE, dont les avancées sont toujours importantes au travers de ce nous en dit au LAREQUOI le Professeur Marmoz, et l'UNESCO, qui nous donne l'occasion de pouvoir travailler en ses murs. Notre laboratoire est très proche de l'UNESCO pour de multiples raisons car nous avons des professeurs titulaires de Chaires UNESCO qui peuvent, grâce à ce réseau UNESCO, répandre un certain nombre de réflexions et d'actions dans le monde entier.

Le troisième partenaire de ce séminaire est le laboratoire de recherche LAREQUOI que j'ai le plaisir de diriger. Nous sommes très impliqués sur des sujets de ce type, très heureux de pouvoir partager nos réflexions qui sont centrées sur les processus de management, notre axe porteur étant le management responsable et intégré, et je crois que la responsabilité doit être au cœur de nos réflexions sur une thématique comme celle de l'évaluation de la recherche universitaire. Nous pensons que nos chercheurs et enseignants-chercheurs ont une responsabilité certaine à la fois sur la manière de conduire leurs recherches et sur quoi elles peuvent déboucher.

Ces quelques mots ont donc pour propos de remercier les partenaires très actifs de ce séminaire.
Louis Marmoz (France) :

J’adresse mes remerciements à chacune des personnes présentes, partenaires de différents pays - et cela me permet de rappeler que les problèmes d'évaluation de la recherche pourraient utilement se poser de façon différente dans ces différents pays en fonction de leurs particularités et non pas dans une espèce d’uniformité mondialisée pseudo-scientifique.

Je remercie en particulier les deux co-organisateurs institutionnels de cette réunion. A l'UNESCO, nous avons un vieux compagnonnage à la fois personnel et de travail. Merci de l'accueil que nous fait Georges Haddad dans cette maison où il a mis en place, il y a quelques années déjà, une équipe sur la recherche en éducation. J'espère que ce souci de prendre en compte la recherche et cette visibilité de la recherche dans cette institution dureront au moins autant qu'elle. Il ne faut pas oublier, pour l'UNESCO, Corina Parléa, l’agent de l'organisation de cette réunion. Le LAREQUOI, laboratoire auquel je suis attaché, est un laboratoire de sciences de gestion dans le cadre duquel j'ai été très heureux de travailler après une longue carrière en sciences de l'éducation, dans la mesure où cela m'a permis de confronter des approches multiples qui se font de façon tout à fait différentes en sciences de l'éducation et en sciences de gestion - il sera intéressant de mettre l'accent sur une confrontation de ces deux disciplines face aux principes généraux de l'évaluation de la recherche. Je dois également remercier au LAREQUOI Fatima Yatim qui a permis la réalisation du gros document d’accompagnement de ce séminaire, réunissant contributions originales et articles déjà publiés.

Je souhaite rappeler ce pour quoi nous sommes réunis : travailler sur ce qui se passe en matière d'évaluation de la recherche universitaire. Les pratiques d'évaluation de la recherche universitaire se sont très rapidement généralisées dans la plupart des pays, mises en place par les gouvernements ou des instances privées et encouragées par les organismes internationaux. Elles sont l'objet de nombreuses interrogations dans les universités et en ont en partie modifié les pratiques.

Notre objectif principal est, en nous appuyant sur la description des mécanismes d'évaluation de la recherche, de nous amener à identifier et analyser les difficultés prises en compte dans cette évaluation, à nous interroger sur la pertinence des procédures, et, à partir de ces échanges, à faire peut-être un certain nombre de recommandations ou au moins de mises en garde sur les pratiques en matière d'évaluation de la recherche.

Je rappelle aussi les accents principaux de notre travail : nous aurons à interroger les modalités d'évaluation,  les classements, les approches générales dans différents pays, les normes, d’où elles viennent, les conditions de nomination des experts dans les différents pays, puis nous essaierons de réfléchir davantage sur les conséquences individuelles et collectives, aussi bien du point de vue de la recherche que de la société.
Georges Haddad (France) :

Nous devons être très libres dans l'expression et ne pas être conformistes pour aborder la question de l'évaluation de la recherche avec un esprit critique et constructif, de manière à essayer d'apporter des idées nouvelles, innovantes pour enrichir la réflexion de ceux qui nous évaluent, de tous ces technocrates, bureaucrates de l'évaluation qui font leur travail sans doute nécessaire, mais sont, ne l'oublions pas, avant tout au service de la recherche et au service de sa qualité. La recherche passe par des impératifs essentiels de créativité, d'innovation, de liberté, et son évaluation n'est pas toujours ni seulement institutionnelle.

Un bon chercheur est aussi quelqu'un qui sait s'évaluer personnellement avec ses collègues, son équipe. Cette auto-évaluation non institutionnelle est à mon avis encore plus efficace et nécessaire que l'évaluation institutionnelle et bureaucratique qui est nécessaire mais doit assumer ses propres visions et ses propres limites. Le chercheur a besoin de confiance, de reconnaissance, de liberté et de responsabilité. Etre un chercheur, c'est aussi accepter d'assumer ses responsabilités et savoir reconnaître personnellement et avec ceux qui nous entourent la qualité réelle de la recherche que l'on produit et ne pas vivre dans une autosatisfaction et dans une autarcie de la recherche. Il faut savoir s'ouvrir et travailler en synergie avec toutes les forces de l'innovation et de la créativité qui sont les enjeux de la recherche.

Il est absolument utile que des séminaires tels que celui qui nous réunit aujourd'hui apportent une voie nouvelle afin d'enrichir la réflexion du point de vue politique, technocratique, au niveau des institutions et des centres de recherche. Cela permettra à chacun de se repositionner par rapport au travail qu'il accomplit dans un domaine éminemment essentiel qui consiste à produire des connaissances nouvelles, des savoirs et, ensuite, de les ouvrir, les diffuser, les partager à tous les niveaux. Il est important que l'UNESCO participe à cette réflexion: c'est pour cela que j'ai estimé que, pour notre laboratoire de recherche et de prospective en éducation, ce partenariat avec l'AFIRSE était tout à fait légitime, au sein d´une interaction large qui couvre de nombreux domaines liés aux Sciences de l'éducation.

L'évaluation qui rythme et scande nos vies universitaires de chercheurs doit nous enrichir et non pas nous appauvrir ou nous paralyser. Il ne faut pas que les évaluateurs deviennent de ces commissaires du gouvernement qui ont plus de pouvoirs que les chercheurs. Nous avons connu des systèmes où ceux qui sont chargés de l'évaluation arrivent à empêcher ceux qui sont chargés de faire avancer la société d´accomplir leur travail. Je pense qu'il faut faire en sorte que l'évaluation soit comprise comme une aide à la recherche et à la qualité de la recherche et non pas comme un pouvoir nouveau qui s'instaure et tue la recherche ou affecte sa qualité. C'est à ce niveau-là qu'il faut, à mon avis, réfléchir et avoir une approche offensive, mais sainement offensive. Donc, évaluer l'évaluation est important, évaluer ces évaluateurs qui aujourd'hui inondent le monde universitaire et le monde de la recherche. Ainsi, Louis Marmoz l’a dit, paraissent essentielles les questions « Comment nomme-t-on les experts? » « Comment devient-on expert en évaluation de la recherche? »

Personnellement, mon travail se limite à faire de la recherche. Je me refuse à évaluer car je ne sais pas le faire et je compte sur les évaluateurs pour m'aider à améliorer ma recherche et orienter le travail de mon laboratoire et les jeunes chercheurs à qui j'ai envie de communiquer l'envie de faire de la recherche. Voilà ce qui me parait important. L´évaluation est un travail nécessaire, un travail ambitieux mais un travail qui doit garder une certaine humilité et une certaine modestie. Et le sens même de sa vocation est d'aborder les questions avec ouverture d'esprit, objectivité et honnêteté.

Je terminerai en parlant de cette Equipe de recherche et de prospective en éducation pour laquelle je me suis battu pendant des années. Elle a vu le jour il y a trois ans, malheureusement au moment où disparaissait la Division de l'enseignement supérieur. L'idée que j'avais à l'époque était de renforcer la Division de l'enseignement supérieur à travers la recherche et la prospective en éducation parce que c'est au niveau de l'enseignement supérieur que la recherche se fait dans les domaines de l'éducation et de la prospective, sans oublier les autres acteurs de l'éducation - du primaire, du secondaire, et les acteurs institutionnels et bureaucratiques - qui ont leurs missions et leurs rôles à jouer.

J'avais proposé depuis de nombreuses années que la Division de l'enseignement supérieur s'empare de cette mission pour renouer avec l'esprit de l'UNESCO qui, ne l'oublions pas, a vocation d'être un laboratoire, un laboratoire d’idées, un espace de dialogue, un lieu de confrontation, un lieu d'échange et non pas un organisme bureaucratique qui ne porte qu'un avis statistique sur les enjeux de l'éducation, de la science, de la culture et de la communication. L'idée de cette équipe de recherche et de prospective à l'intérieur d'une Division de l'enseignement supérieur était de renouer avec cet esprit fondamental - et j'ai eu la chance d'être l'héritier de Francisco Seddoh qui, lui aussi, s'est battu dans cette optique et dans cette direction. Malheureusement, après deux conférences mondiales sur l'enseignement supérieur que Francisco et moi-même avons accompagnées avec d'autres collègues, comme Louis, le résultat de cette grande réussite a été la suppression de la Division de l'enseignement supérieur. Je vous le jure, avec toute la sincérité et toute la maladresse qui me caractérisent, que je n'ai toujours pas compris pourquoi la Division de l'enseignement supérieur avait disparu. Elle est devenue une sorte de section qui végète plus ou moins dans des Divisions qui ont évolué au cours de ces trois années.

Je tiens à dire que les Etats membres, dans leur grande sagesse, ont réinscrit l'enseignement supérieur comme l'une des priorités. Après les sciences, l'enseignement supérieur apparait en troisième ou quatrième position parmi les priorités de l'UNESCO. J'ose espérer que les Etats membres redonneront à l'enseignement supérieur sa visibilité, sa force et sa capacité à servir les pays et le développement à tous les niveaux de l'éducation, de la science et de la culture car, comme vous le savez tous, il n'y a pas d'éducation de qualité sans un enseignement supérieur de qualité capable de soutenir tous les niveaux éducatifs, de la petite enfance jusqu'à la formation tout au long de la vie et la formation au plus haut niveau de la recherche.

Voilà ce que je voulais dire. Il y a des paradoxes « unesciens » et je partirai de l´UNESCO sans les avoir bien compris. Peut-être que la politique et l'innovation ont du mal à s'accorder mais l'intelligence finira toujours par l'emporter et j'espère que, de mon laboratoire de recherche et des autres occupations dans lesquelles je vais m'investir en octobre, j'aurai le plaisir de voir que l'UNESCO a enfin compris qu'il faut revenir à l'enseignement supérieur qui, je le répète, fait partie des missions fondamentales et premières de l'UNESCO. Je pense que Francisco est d’accord avec moi : il est important que l'enseignement supérieur retrouve toute sa place à l'intérieur de cette maison.

On brandit souvent comme argument la pauvreté financière de l'UNESCO aujourd'hui, mais c'est justement lorsque l'on est le plus en danger qu'il faut être le plus innovant et le plus créatif et j'utiliserai l'idéogramme chinois qui dit que, lorsqu'on est en crise, on est à la fois en danger, mais que c’est aussi un moment d’une opportunité fondamentale pour aller de l'avant. Je dirai donc aux Etats membres modestement et humblement « certes nous avons des difficultés financières, mais c'est le moment ou jamais d'être créatif, innovant, et de faire en sorte que l'UNESCO retrouve cette mission fondamentale qui est la sienne : être ce laboratoire d'idées, ce lieu d'échanges, de partage, de solidarité » et je termine par ce terme dans le livre que je suis en train de lire, préfacé par Bill Clinton, que je vous demande d'acheter car tout l'argent ira pour les enfants en Afrique pour lutter contre la faim. Ce livre s'appelle La solidarité sauvera le monde, il est édité chez Plon depuis trois semaines ; il est écrit par Philippe Douste-Blazy et un de mes amis, Jacques Plouin. Et nous avons décidé, c'est la proposition que j'ai faite, d'aborder la solidarité au niveau de l'éducation ; « Eduquer à la solidarité » est le titre que j'ai choisi car l'éducation ne consiste pas seulement à former les compétences, les qualifications et des gens capables d'agir dans le domaine de l'emploi et du développement; elle doit aussi former des gens conscients, capables de construire une solidarité et Dieu sait si nous en avons besoin à tous les niveaux de nos activités et dans tous les Etats du monde pour lequel nous préparons nos enfants. Je vous laisse maintenant la parole car c'est à vous d'innover et d'apporter des idées intéressantes qui permettront à ceux qui nous gouvernent d'être un peu plus intelligents et un peu plus cohérents dans leurs approches. Merci.
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