Notes sur la littérature construite








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date de publication24.10.2016
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Estetica

Prof. Stefan Vianu

Notes sur la littérature construite

Arnaud Behety

Universitatea de Arhitectura si Urbanism Ion Mincu

Comment parler d’architecture ? Quel vocabulaire utiliser ?

Nous essayerons dans cet article de confronter l’architecture aux notions apportees par l’esthetique depuis l’Antiquite jusqu’a la Renaissance.

Platon exprime, a travers le dialogue de Socrate l’hyppias majeur, le concept de mimesis. L’art est une technique d’imitation, eloignee de la nature des choses (l’essence). Il separe ensuite ces eidolopoike en deux categories : les copies (eikastike) qui sont des representations fideles des modeles, et les illusions (phantastike) qui ne suivent pas les proportions du modeles mais paraissent ressemblantes.

Nous pouvons aussi citer ici le concept antique de scenographia , relatif aux artistes. La methode du peintre doit representer non pas les mesures reelles, mais apparentes. La methode de l’architecte ne doit pas utiliser les proportions dont l’abstraction mathematique definit la beaute, mais , recherchant la bonne forme sur le plan de l’impression subjective doit plutôt neutraliser les illusions de l’œil (en epaississant les colonnes, en rendant les cercles par des ellipses). La methode du sculpteur monumental ne doit pas sacrifier inutilement les effets optiques de l’eurythmie aux abstractions mathematiques de la symetri e. Nous remarquons ici l’appartenance de l’architecture a la categorie dite des illusions.

Aristote considere la separation du monde des connaissances en trois parties : les sciences theoriques, qui englobent physique, mathematiques, et philosophie premiere (c'est-à-dire metaphysique) ; les sciences pratiques, regoupant ethique et politique ; les sciences poietiques, dites de production, et concernent les arts et metiers ; dont l’architecture.

Aristote definit aussi que le plaisir artistique n’est pas que plaisir des sens, mais qu’il repose aussi sur l’intervention conjuguee des sentiments et de l’intelligence. Cette affirmation laisse penser que les arts communiquent, transmettent des idees, et cautionnerait alors la recherche des outils necessaires a la bonne comprehension des messages de l’architecture. Nous constaterons aussi que les termes qu’utilise Aristote pour qualifier la tragedie sont tout a fait valables pour traduire l’apprehension de l’architecture (khatarsis la catharsis, lexis l’expression). Il signale l’importance du recit, muthos, dans la tragedie, qu’il faut soigner pour transmettre les emotions avec precision. Pour Aristote, l’œuvre d’art est la realisation d’une forme generale, et, en tant que telle, elle partage quelque chose d’essentiel avec tous les autres cas, realises ou realisables , de cette forme. Plotin definit l’œuvre d’art comme peu realiste et fort symbolique, permettant ainsi de mieux parcourir le chemin qui conduit du sensible a l’intelligible. En tant que symbole, l’architecture se dechiffre donc, et s’apparente donc a une sorte de discours. Simonide de Ceas affirmait que la poesie (les arts du langage) était de la peinture muette, et la peinture une poesie parlante. Aristote soutient que poesie et art tirent leur inspiration du meme endroit.

Si l’architecture et la poesie partagent leurs sources, peut etre que l’une pourrait develloper l’autre.

Considerons a present l'ecriture en tant qu'outil de conception, au meme titre que le dessin. Bien sur, nous constatons les differences fortes qui separent ecrit et image concernant la communication du projet, mais aussi sur le plan de la recherche conceptuelle de la forme. Pour l'ecriture, on remarque la distance qu'elle prend face a la matiere. Elle permet d'elaborer le projet d'une maniere plus eloignee de la forme, des references visuelles, des habitudes physiques, menant a des solutions audacieuses.

Aussi, l'ecriture permettrait une apprehension "negative", creusee, a l'inverse de la sensation architecturale: si l'aprehension de l'espace s'opere grace au mouvement, au deplacement corporel (cf B.Zevi, "apprendre a voir l'architecture"), l'ecriture permettrait alors au lieu de posseder une qualite supplementaire, parrallele, intangible. Un espace de l'imaginaire, a lire avec son imagination, a denoter, a decouvrir par des points de vues de l'esprit.

Dans les conceptions esthetiques du Moyen-Age, Pseudo-Denys modifiera sensiblement le caractere « representatif-educatif » de l’œuvre d’art, institue par la scolastique, a l’avantage de son but symbolique, lie a sa nature theophanique (pure manisfestation de Dieu). Nous retiendrons de ce postulat la qualites de l’art de profonde transmission, et de depassement de sa propre entite. Saint Augustin, suivant les idees platoniciennes et pythagoriciennes, soutient l’idee que la beaute en art decoule de l’unite et de l’harmonie des parties. Le « liber idiotarum » gregorien est le penchant chretien du « ut pictura poiesis de Horace, qui etablit un parallele entre parole et image. En adoptant officiellement cette voie, qui prend valeur de doctrine, la theorie occidentale de l’image fait de celle-ci un signe comparable au signe linguistique, ou du moins, qui remplit les memes fonctions symboliques que l’ecrit.

Faisons a present un parallele entre parole et construit, entre conte et architecture. Et montrons les liaisons entre l’architecture et pensee commune.

G. Bachelard s'interresse , dans "la poetique de l'espace", aux parties de la maison primaire qui prennent des dimensions profondes, par le lien imaginaire fort entre l'homme et son envellope. Ici, nous porterons notre attention sur des mythes et des archetypes plus goblaux. Prenons pour exemple le chateau qui apparait dans la quete du graal, Camelot. Il est clair qu'il s'agit ici bien plus que de la residence du legendaire roi Arthur. C'est aussi un lieu sur et fort, une base, ou le temps s'arrete, et ou l'on accede au repos. Ses notions, liees a l'histoire, d'accueil, de retour, de constance s'impregnent dans nos envies d'espace. Au cours d'une etude de  « comportement spatial », dans laquelle nous questionnions des personnes de nationalite differentes de dessiner la maison dans laquelle ils aimeraient vivre, la plupart faisaient un amalgame entre symbole et construit. Beaucoup dessinaient un chateau, aux qualites mythiques de protection, de retour aux sources... Penchons a present sur un autre mythe, celui de la legende du maitre Manole. L'histoire dit que Manole, maitre macon, doit construire la plus belle eglise du royaume, commandee par le duc noir. Toutes les nuits, ce qu'il a bati s'ecroule. En reve, Dieu lui demande de sacrifier la premiere femme qui viendra sur le chantier le lendemain. Sa femme arrivant la premiere, Manole pleure en l'emmurant. L'eglise est terminee et solide, mais, craignant qu'il en construise une autre plus belle, le duc sequestre Manole sur le toit. Manole se fabrique des ailes en bois, mais, mort de chagrin, se laisse mourir . En tombant sur le sol, une source d'eau claire jaillit. L'analyse de ce conte est tres interessante au niveau du role de l'architecte, de la foi liee aux edifices sacres, des promoteurs de l'architecture; mais retenons ici que le sacrifice est necessaire a une construction solide. La souffrance et l'effort sont lies au destin de l'edifice. L'architecture, en tant que temoin du temps, doit payer sa perennite.

Les exemples de valeurs morales vehicules par la litterature sont nombreux: des maisons en pain d'epices des freres Grimm, aux interieurs futuristes de R.Bradbury. Dans l'esprit des batisseurs, ces notions s'entrechoquent. Et si elles ne nuisent pas a la qualite des espaces produits, elles canalysent certainement leur creations.

Continuons de noter l’evolution des conceptions esthetiques dans l’hisoire. St Thomas d’Aquin considere que la connaissance intervient dans l’appreciation du beau, et revele deux proprietes nouvelles : d’une part la connaissance garantit que l’objet apprecie reste a une certaine distance du sujet ; d’autre part, elle fait decouvrir des proprietes jusque-la inapercues. Marsile Fircin, a la renaissance, considere l’ordo, la regle ordonnatrice du monde, comme centrale dans la culture humaniste. Ces deux postulats nous permettent de demontrer que certaines regles creent la distanciation necessaire pour l’etude spatiale, et aident a en deceler les qualites, tout en revelant cet ordre unificateur du bati.

Comme la langue ecrite, la creation architecturale met en cause des associations d'elements, via des regles de composition. La composition architecturale peut etre mise en parallele avec le vocabulaire. Les mots (elements simples) deviennent proposititions, puis phrases, par l'intermediaire de la syntaxe. De meme, en architecture, on compose a partir d'elements simples -lignes, surfaces- qui, par le prisme de la syntaxe architecturale, deviennent des elements complexes - volumes, espaces. Mais, interessons nous a des edifices realises, et a une echelle plus grande. Si il existe un vocabulaire architectural et une syntaxe architecturale, pourrions nous parler de litterature construite?

R.Barthes decrit dans "le degre zero de l'ecriture" que, pour l'ecrivain, la langue est consideree horizontalement, et le style, verticalement: la premiere est commune, humaine; le second est personnel et sensible. Entre les deux, l'ecriture. Il nous apparaitra que cette remarque s'applique aussi a la condition architecturale. D’un premier cote, on peut denoter une masse, un discours horizontal, partage, raisonne et rassurant (le lotissement, le quartier d'affaires, la place du centre-ville). Un espace lie et calme, qui s'apparente a la langue, dans une coherence "urbaine". D'un autre cote, une comprehension verticale de l'architecture: personnelle, evenementielle, subjective. Extravagante comme le style (rupture du tissu, identite forte, maison manifeste...). Entre les deux, la composition architecturale.

Nous demontrerons cette liaison par le choix de quelques exemples dans l'espace construit, qui s'apparentent a des operations poetiques, rhetoriques qu'offre l'architecture dans son contexte. La pyramide de Gyzeh nous semble correspondre a l'allusion, dont la reference aux montagnes sacrees est implicite mais claire. Le centre Le corbusier de Zurich correspondrait avec l'anagramme litteraire, qui joue avec le sens de deux ensembles de signes semblables. L’asyndete nous semble resonner avec les dispositions de maisons-wagons, ou l’enfilade de pieces remarquables de la maison Esters de Mies Van Der Rohe, aux articulations oubliees. Le silodam de Mvrdv a Amsterdam representerait l’enumeration, avec son agglomeration de formes de containers. L’universite de Virginia de T. Jefferson utiliserait L’imitation, en assumant la notion d’auteur, relative au neo-palladianisme. La bibliotheque Ste Genevieve de Henri Labrouste, vue comme une metaphore du savoir, en raison de sa facade ecrite apparentee a un livre, et sa fonction veritable de bibliotheque.

Pour conclure, malgre la demonstration des relations entre les regles relatives a l’ecrit et au bati, nous citerons le manifeste manieriste du peintre Zuccari, qui nous eclairera sur le bon usage des regles :

« Je dis que l’art de peindre n’emprunte pas ses principes aux sciences mathematiques, et qu’il n’a aucun besoin de s’adresser a elles pour apprendre les regles ou les procedes indispensables a sa pratique (…). Or les pensees de l’artiste ne doivent pas seulement etre claires, mais elles doivent aussi etre libres. L’esprit de l’artiste doit etre affranchi, il ne doit pas etre asservi, c'est-à-dire qu’il ne doit pas dependre mecaniquement de semblables regles. »

Bibliographie

« Esthetique et philosophie de l’art » collectif, ed. De Boeck

« La perspective comme forme symbolique » Erwin Panofsky, ed. de minuit

« les principes de l’architecture a la renaissance » Rudolf Wittkower, ed. de la passion

« La poetique de l’espace » Gaston Bachelard, ed. puf

« Le degre zero de l’ecriture » Roland Barthes, ed. Points

« Les figures de styles » Patrick Bacry, ed.

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