Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien,








télécharger 0.83 Mb.
titreLittérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien,
page12/20
date de publication31.01.2018
taille0.83 Mb.
typeLittérature
ar.21-bal.com > documents > Littérature
1   ...   8   9   10   11   12   13   14   15   ...   20

De l’intelligence dans ses rapports avec la société



Conférence, en deux parties, prononcée à l’Institut canadien de Québec, les 22 janvier et 7 février 1852.

Première partie


Mesdames et messieurs,

Il y a trois ans, j’eus l’honneur d’entretenir un auditoire semblable à celui qui m’écoute, d’un sujet qui se rattache étroitement à celui que je vais essayer de traiter. Dans ce premier entretien, j’ai voulu protester contre la doctrine, funeste à mon avis, que la religion ou le sacerdoce, et par suite l’âme humaine, devaient se tenir à l’écart dans la société politique, rester impassibles et inactifs au milieu du mouvement social. Cette idée m’a paru d’autant plus étrange, anormale, qu’une observation attentive de la nature de l’homme, et de la société, m’avait convaincu que c’était la religion même qui avait formé la société, et que la société ne s’expliquait, ne se comprenait que par la religion, qui, dans sa plus haute expression, est la science des rapports qui rattachent Dieu à l’homme, et l’homme à Dieu, d’où découle, par induction rigoureuse, la science des rapports entre l’homme et ses semblables, et le reste de la création, autrement dit la morale, tant publique que privée. Voilà le domaine incontestable de la religion et du sacerdoce, qui en est l’organe. Que nous resterait-il donc pour notre société politique ? Rien de plus que la satisfaction des besoins purement matériels, et encore sur le principe bien insuffisant et bien peu relevé de l’intérêt bien entendu de chacun. Dans ce cas, notre société humaine ne serait guère supérieure à celles de l’abeille et du castor, et à en juger par ce qu’elle a été jusqu’à présent, en général, elle leur serait bien inférieure sous les rapports de la police, de l’ordre et de l’économie. C’est toujours, et en toutes choses, le propre de l’erreur de ravaler l’homme au rang de la bête, de même que la vérité l’élève jusqu’à la sphère des anges.

Je comprends fort bien qu’on me dise que l’Église et l’État doivent, dans l’intérêt de l’humanité, former deux puissances distinctes et séparées ; mais ces deux puissances doivent, chacune dans son cercle et avec ses moyens particuliers d’action, travailler de concert au même but, l’avancement moral, intellectuel et matériel de l’humanité. C’est bien un mécanisme social plus simple, plus efficace, et partant préférable en théorie, que celui où les deux pouvoirs se trouvent réunis dans les mêmes mains ; mais l’expérience a prouvé que partout où cela s’est trouvé, sans contrepoids intérieurs ou extérieurs, il y a eu compression, abrutissement, ou persécution de la pensée. Dieu qui parle et se révèle aux hommes par les phénomènes historiques, nous apprend par là, que la main qui porte l’encensoir ne doit pas porter le sceptre, et vice versa. À l’Église, les conseils, les avertissements ; à l’État, la législation et le gouvernement direct de la société ; à l’Église de tracer la voie, à l’État d’y marcher ; enfin aux peuples de les y suivre. Hors de là point d’accord entre les faits, et par suite anarchie et désordre dans la société. Il est bon d’ailleurs qu’il se trouve, dans les sociétés humaines, une voix qui puisse, au besoin, dire avec autorité, aux puissances humaines, quelles qu’elles soient, peuples, nobles, ou rois : « Tu es ille vir ! » C’est surtout dans un âge de régénération politique, comme celui où nous vivons, que la société a besoin qu’une autorité désintéressée, placée au-dessus des intérêts matériels, fasse entendre des paroles de prudence aux uns, de désintéressement aux autres, à tous de soumission aux lois immuables du monde moral.

Dans le discours que je viens de rappeler à votre souvenir, j’entretins mon auditoire de ce que je regarde comme l’un des deux éléments du pouvoir social, l’élément religieux ou spirituel. Je ne saurais, ce me semble, mieux répondre à l’invitation qui m’a été faite de vous donner une lecture, que de traiter un sujet qui complétera ma thèse. Je vais donc vous parler de ce que je regarde comme le second élément du pouvoir social, et c’est ce que je ferai en vous présentant quelques observations sur l’Intelligence dans ses rapports avec la Société.

Dans l’un et l’autre des cas, c’est bien l’intelligence ; mais dans l’un c’est l’intelligence s’appliquant particulièrement aux choses spirituelles, dans l’autre ce sera l’intelligence s’occupant particulièrement des choses temporelles. Dans un cas, elle produit la foi ; dans l’autre l’autorité : deux excellentes choses dont le monde civilisé se trouve dans une grande pénurie par le temps qui court. À qui la faute ? c’est à chacun à bien examiner sa conscience sur ce point.

L’on comprendra, sans doute, que je n’entends pas faire du dualisme psychologique, en parlant d’un élément spirituel, et d’un élément intellectuel, d’où l’on pourrait penser que je crois à deux principes d’activité chez l’homme. Tout ce qui en nous voit et sent, juge et veut, c’est bien l’âme, et l’âme seule ; mais si l’âme est une dans son essence, elle est multiple dans ses facultés, au point même qu’elle se trouve, quelquefois, soit par vice d’organisation, soit par vice d’éducation, à manquer de quelques-unes des facultés humaines, ou à en avoir qui ne sont qu’imparfaitement développées. Voir ou sentir, juger et vouloir ne sont pas la même chose pour l’âme ; Horace l’a dit : « video meliora, proboque, deteriora sequor », et c’est ce que chacun de nous a souvent éprouvé.

J’entends donc par « intelligence », pour le sujet qui va nous occuper, la force de conception, l’aptitude et l’énergie, qui rendent capable des grandes choses dans tout ce qui est du ressort de l’activité humaine, abstraction faite de la question de moralité, qui, dans ma théorie, tombe dans le domaine du pouvoir spirituel. À ce dernier pouvoir la noble mission de conserver les liens sacrés qui tiennent le ciel et la terre unis l’un à l’autre, et qui nous font remonter jusqu’au sein de Dieu même pour y chercher l’origine et la raison de la société, qu’on ravale, qu’on prive de toute base sûre et durable, en l’appuyant uniquement sur des considérations tirées de la partie inférieure de notre naturel.

Il n’est certes pas indifférent que l’on considère la société comme étant fondée pour des fins divines, ou pour des fins humaines. Que l’on continue à proclamer que la société est établie pour l’homme, pour l’avancement des intérêts purement humains, alors, et ce sera logique, chacun, chaque famille, chaque classe travaillera pour soi, pour son avantage particulier, sans s’occuper des devoirs et des intérêts supérieurs de la société. Vous verrez alors la religion s’isoler de ce qu’on appellera les choses du siècle, et déclarer hautement que son royaume n’est pas de ce monde, texte sacré dont l’on a étrangement abusé. Que le Christ ait voulu dire par là que ce n’était pas dans ce monde que ses élus devaient attendre leur récompense, à la bonne heure ; mais qu’il ait recommandé à son Église de ne s’occuper en rien du mouvement des affaires terrestres, c’est ce qui ne peut m’entrer dans l’esprit. Le plus grand mal qui est résulté de cette doctrine, c’est que la puissance religieuse, dans le christianisme comme ailleurs, dédaignant de s’associer au pouvoir social, mais sentant qu’elle ne pouvait s’en passer, a travaillé à le subordonner entièrement à ses fins particulières, et en voulant trop spiritualiser les nations, elle a détruit toute leur force matérielle et intellectuelle. Ou bien encore, le pouvoir séculier, sentant qu’il a besoin du pouvoir spirituel, cherche à se l’asservir, et en l’asservissant le corrompt, lui ôte toute sa force morale, et bientôt la société perd sa base spirituelle, et reste avec les forces et les instincts purement matériels : d’un côté c’est le mysticisme, de l’autre le matérialisme, tous deux également contraires à la nature et aux destinées de l’homme.

Mais il me semble entendre des murmures : à quoi bon, se dit-on, venir nous occuper, dans ce coin d’Amérique, nous jeune peuple, de ces grandes et épineuses questions, qui n’intéressent que la vieille Europe ? Laissons-la guérir, comme elle le pourra, les vices constitutionnels, les maux sociaux au milieu desquels sa caducité se roule sur un lit de douleur. Notre voix, elle ne l’écoutera pas ; et nous avons devant nous une nature riche, belle et vierge, qui invite et provoque notre jeune et vigoureuse virilité. Paroles pleines d’irréflexion, messieurs. Ces vices dont nous nous rions, nous les avons sucés avec le lait de notre mère, cette vieille Europe ; ces maux, nous en avons les germes en nous dans les idées, les lois et les institutions que nous tenons de cette Europe souffrante. La vigueur de la jeunesse nous en fait triompher, mais un temps viendra, et plus promptement pour nous que pour elle, grâce à la rapidité avec laquelle tout marche de nos jours ; un temps viendra où nous aurons aussi les mêmes vices à corriger, les mêmes maux à guérir, si nous ne sommes assez sages pour en purger notre système social. Que diriez-vous de celui qui, voyant souffrir un vieux père et une vieille mère d’un mal héréditaire, ne profiterait pas des forces de la jeunesse pour en étouffer le germe chez lui ? Les grandes questions de réforme sociale qui agitent aujourd’hui l’Europe nous intéressent donc aussi bien que les peuples européens, et il nous importe autant qu’à eux de les étudier. Eux, ils ont à guérir le mal ; nous, nous avons à le prévenir.

C’est donc à bon droit que les esprits sérieux se préoccupent partout de l’état actuel de nos sociétés. Il n’y a pas, en effet, à se le cacher, le désordre et l’anarchie dans les idées sont tels, que, parmi tous les peuples qui tiennent à la civilisation européenne, il n’y en a pas un seul dont l’état social, à l’époque actuelle, repose sur un principe moral d’autorité indisputable ou indisputé ; sur un de ces principes qui, remontant jusqu’à Dieu, seule et unique source de toute autorité, commande sans contestation l’assentiment et la soumission des peuples. On remarquera que je dis principe moral, c’est-à-dire tirant sa force de l’idée de droit absolu, non pas seulement de considérations d’intérêt et de convenance, comme le principe représentatif, qui est et sera toujours cependant un auxiliaire utile, indispensable peut-être, au bon fonctionnement du principe moral quel qu’il soit. De tel principe, il n’en existe plus dans notre monde social, depuis la répudiation du ci-devant droit divin, droit de par la foi des peuples seulement si vous voulez, et non, comme on a voulu le faire croire, de par la grâce de Dieu ; mais droit toujours existant, quant à l’effet pratique ; l’essentiel en pareil cas étant l’assentiment public.

Oui, messieurs, un principe d’autorité divin, ou reconnu comme tel, voilà ce qui nous manque, et voilà ce qu’il nous faut chercher ; voilà ce qu’il nous faut trouver, si nous voulons ramener sur notre terre le règne de la paix, de l’ordre et de la vraie liberté. Tout vient de Dieu, tout est pour Dieu, et c’est dans Dieu que nous devons aller puiser toutes nos inspirations, c’est-à-dire dans les lois naturelles, autant qu’il nous est permis de les connaître. Comme individus, comme peuples, comme espèce, nous agissons trop souvent comme si la société, l’humanité, la création étaient faites pour nous : égoïsme, orgueil, folie, dont nous sommes toujours bien sévèrement punis. Nous le sommes à l’heure qu’il est par cette immense confusion dans les idées, qui rappelle celle de la tour de Babel, par ces crises sociales qui toutes n’aboutissent qu’à de sanglants avortements, par ces fiévreuses anxiétés qui empoisonnent le présent, par ces sombres incertitudes qui obscurcissent l’avenir.

Devant un spectacle aussi décourageant, les uns prêchent le culte des idées surannées, et veulent nous refouler vers un passé impossible ; les autres veulent faire halte au milieu de la confusion universelle, ou espèrent endormir une société fiévreuse dans une politique d’expédience et du jour au jour ; d’autres enfin, l’imagination échauffée d’espérances insensées, nous poussent vers un avenir irréalisable ; un petit nombre, se dégageant de tout préjugé, de toute préoccupation irrationnelle, de tout motif rétréci, consentent à considérer la situation des yeux de la raison et de la conscience. Ces derniers ne s’effraient pas outre mesure des symptômes menaçants que présente le monde social. Dans le malaise du temps, ils voient une de ces grandes crises, dont l’histoire offre plusieurs exemples, et qui, lorsque les mauvaises passions des hommes ou leur aveuglement n’y ont mis obstacle, ont toujours fait faire un pas à l’humanité dans la voie du progrès indéfini et indéfinissable, dans laquelle il est de notre nature, de notre destinée et de notre devoir de marcher sans cesse en avant. C’est de l’oubli ou du mépris de cette loi, ou de quelque autre grande loi de notre nature, que découlent les maux et les calamités de nos sociétés.

Les lois sont de deux espèces : lois d’ordre et de conservation d’un côté, lois de réforme et de progrès de l’autre. On pèche contre les premières lorsqu’on porte la main sur des institutions qui, quoique imparfaites sous certains rapports, comme le sont toutes les choses humaines, sont en harmonie avec l’état moral ou intellectuel des peuples qu’elles régissent. On pèche également contre les secondes lorsqu’on repousse ou néglige les changements ou perfectionnements que demande un état social plus avancé. C’est contre ces dernières que péchèrent les courtisans et flatteurs des rois, au commencement de l’ère d’émancipation. C’est contre les premières que pèchent les démagogues et flatteurs des peuples, en leur prêchant une liberté outrée, incompatible avec l’état social et la nature humaine.

C’est une étrange erreur que de chercher dans la société une liberté pleine et entière. Cette liberté ne se trouve que dans l’état de nature, dans la barbarie. Votre homme parfaitement libre se trouve dans les bois, et nulle part ailleurs ; et c’est là que vous conduiraient vos folles idées de liberté. Là, je l’avoue, vous disposeriez à votre guise de vos personnes, de vos biens, sauf pourtant les accidents d’une rencontre avec d’autres hommes libres, plus forts ou plus rusés que vous. Mais cet homme libre, est-ce un homme ? est-ce l’être créé à l’image de Dieu, être moral, perfectible, travaillant à se rapprocher de son divin modèle ? Non, ce n’est que l’ébauche d’un homme, qui ne deviendra véritablement homme qu’en passant par les mains de la société, qu’il rend dépositaire de sa liberté naturelle, et qui lui en rend la part dont elle peut se passer, ou dont il pourra faire un bon usage, un usage conforme à ses propres fins à elle, qui sont et ne peuvent légitimement être que l’avancement et le bonheur de l’espèce humaine, en tant qu’être collectif. Qu’on cesse donc de prêcher aux hommes en société la doctrine d’une liberté illimitée. L’homme social appartient à la société, corps, bien et âme même, car la société peut et doit, dans certaines circonstances, réprimer le libertinage de l’esprit. La société a souvent abusé de ce droit, comme de plusieurs autres ; mais ces droits existent ; car sans eux la société ne saurait subsister, elle qui n’existe qu’à la condition d’une autorité absolue sur tous les membres qui la composent. Qu’on ne se méprenne pas sur ce que je dis ici de la société, considérée abstraitement, et qu’on ne l’entende pas comme pouvant s’appliquer aux divers gouvernements. Eux, ils ne sont pas souverains comme la société, ils ne sont que les dépositaires et les ministres responsables de son autorité souveraine. C’est pour avoir confondu ces deux idées, que des esprits très éclairés en sont venus à soutenir la doctrine du pouvoir absolu des gouvernements. Nous sommes les enfants de la société, les gouvernements sont ses serviteurs : administrateurs et administrés, enfants et serviteurs, c’est aux pieds d’une mère commune que nous devons tous aller nous inspirer, prendre nos ordres et nos règles de conduite.

Plus d’arbitraire avec cette doctrine ; il y a des lois, des lois immuables, éternelles comme le Dieu qui les a décrétées, que ni rois, ni sénats, ni peuples ne sauraient impunément violer ; car c’est Dieu lui-même qui est le haut justicier. Ainsi, quand vous voyez une révolution à jamais mémorable, châtiment elle-même des fautes et des crimes des rois, se faire un trône de la guillotine, ne vous étonnez pas de voir les cadavres de ses propres enfants grossir, bientôt, l’hécatombe qu’elle s’était faite de ceux de ses ennemis, et de la voir elle-même tomber épuisée, haletant aux pieds d’un despote. Ne vous étonnez pas non plus, n’accusez ni les éléments ni les hommes, quand vous voyez ce despote, le plus grand, le plus puissant des monarques du jour, tomber brisé... sous les pieds des chevaux cosaques ? – non ; mais sous le pied de Dieu, qui l’avait élevé pour ses fins à lui, non pour satisfaire une vaine ambition personnelle. Et quand vous voyez un saint et généreux pontife, arrêté dans ses projets de réforme sage et modérée, fuyant devant la démagogie romaine, et ramené bientôt dans sa ville éternelle, à l’abri de ce même drapeau tricolore ; sous lequel, dans le demi-siècle précédent, avait été décrété l’exil de deux de ses vénérables prédécesseurs, découvrez-vous, messieurs, c’est la justice de Dieu qui passe... Mais quels sont ces bruits de chaînes qui parviennent jusqu’à nos oreilles ? Quoi ! sur cette terre d’Amérique, sous le ciel même où fut décrétée l’égalité entre les hommes, sous le régime de cette déclaration d’indépendance, jurée en prenant Dieu et les hommes à témoin, non seulement on retient dans l’esclavage plus de trois millions d’êtres humains, mais encore on veut faire participer les États voisins à ce parjure national ! Ne nous étonnons pas que la conscience des peuples s’alarme, et que le sol tremble sous leurs pieds ; c’est la justice de Dieu qui approche. Ne surgira-t-il pas un nouveau Jonas pour faire entrer le repentir au cœur de cette nouvelle Ninive ? Les crimes des individus paraissent quelquefois rester impunis, en ce monde, parce que nous ne pouvons pénétrer dans la vie intime de chacun ; mais les crimes des nations n’échappent jamais à la justice divine, et l’expiation est toujours proportionnée aux fautes. Sans cela point de Dieu, point de lois morales, le monde est livré à la force brutale, et il faut aller chercher nos règles de conduite chez les cannibales ou les tigres. Elle est donc bien terrible la responsabilité de l’homme public, soit au forum, soit dans la presse, soit à la tribune, lorsqu’il se laisse dominer par les mauvaises passions ; car la peine de sa faute retombera non seulement sur lui, mais aussi sur des millions et des générations entières d’hommes après lui. Y pensent-ils bien à cette effrayante responsabilité, cette multitude d’hommes qui, dans tous les pays, sans études suffisantes, sans expérience des hommes ni des choses, se lancent, en aveugles ou en énergumènes, dans l’arène politique, où se traite et se règle ce qu’il y a de plus difficile au monde, le gouvernement des hommes en société ?

C’est, d’un côté, la folle du logis escortée de l’ignorance ; de l’autre, l’égoïsme avec ses vues et ses instincts rétrécis, qui sont la cause des luttes interminables qui agitent le monde à propos de l’organisation sociale. Si l’on s’en rapportait davantage au bon sens, et au droit sens, on ne tarderait pas à se mettre d’accord. Le bon sens ferait écarter les utopies insensées et prestigieuses ; le droit sens nous ferait admettre sans résistance les grandes lois de la nature, que l’imagination n’aperçoit qu’à travers un prisme trompeur, et que l’égoïsme repousse, pour n’avoir pas à les subir.

Les considérations morales qui précèdent ne se rattachent qu’indirectement au sujet qui nous occupe ; mais elles serviront à préparer les esprits aux sacrifices que je vais demander à tout le monde : sacrifices d’intérêts personnels et domestiques, sacrifices d’opinions, sacrifices de préjugés, sacrifices d’amour-propre ; en retour desquels, cependant, j’offrirai des biens d’un prix infini : l’ordre, la paix, la liberté, la grandeur.

Vous voulez gouverner la société humaine : eh ! bien, qu’est-ce que la société humaine ? une collection d’hommes, un homme collectif, qui présente toutes les passions, tous les appétits, tous les instincts bons ou mauvais qu’on rencontre dans les individus qui la composent. Or, que fait l’homme individuel qui veut se bien conduire, se bien gouverner ? accorde-t-il l’empire aux organes grossiers et imbéciles, ou bien au cerveau, organe de l’intelligence ? C’est donc aux intelligences supérieures dans les sociétés humaines qu’il faut donner et laisser incontesté le gouvernement des peuples. Contre ce principe, contre cette loi de la nature pèchent également et ceux qui veulent un pouvoir social par voie d’hérédité ou d’engendrement, et ceux qui proclament la souveraineté absolue des masses. Ni dans l’ordre moral et intellectuel, ni dans l’ordre politique, les masses, ou, comme l’on dit, le peuple, n’ont été faites pour prescrire ni commander ; la nature les a destinées au contraire à écouter, croire et obéir.

On aura beau dire et beau faire, le peuple, dans l’acception restreinte du mot, est et sera toujours, dans la grande famille politique, ce que les enfants mineurs sont dans la famille domestique, un enfant qu’il faut aimer, protéger, mais gouverner, et cela dans son intérêt autant que dans celui de la société. Nous connaissons tous le sort des familles où les enfants gouvernent : il en sera de même des sociétés politiques où les masses gouverneront. La souveraineté des masses, c’est la souveraineté des instincts aveugles, instincts bons et généreux quelquefois, mais toujours irraisonnés, et n’ayant d’autre loi que celle de la force brutale, et cette souveraineté ne peut régner ailleurs que dans le chaos, comme elle régnait sur l’abîme, avant que l’esprit de Dieu y eût pénétré, et en eût fait sortir notre monde.

C’est un fort mauvais service à rendre au peuple que de lui crier sans cesse qu’il est le maître, qu’en dehors de lui nulle autorité n’existe. Il était un bien meilleur ami du peuple, que ceux qui l’avaient ameuté, ce sage Romain qui pacifia les plébéiens de Rome en leur récitant la fable du corps humain révolté contre la tête. En effet, pour aller chercher l’autorité dans les masses, il faut supposer qu’elles sont capables de se former des opinions saines et éclairées sur tous les grands points de la science politique. Le fussent-elles, elles n’en auraient pas le loisir. Doux et agréable délassement, en effet, que vous réservez là au peuple après son dur travail de la journée. Ah ! laissez-lui donc toute son intelligence et toute son attention pour bien conduire ses petites affaires, pour perfectionner les procédés de son art ou de son métier ; ce sera beaucoup mieux pour lui et pour la société. Mais la science du gouvernement est au-dessus des intelligences vulgaires ; et ne voyez-vous pas qu’en les revêtant de l’autorité sociale, vous ne pouvez attendre que l’anarchie et la confusion ; que vous préparez à la société politique le même sort que les apôtres du libre examen ont fait à la société religieuse au sein du protestantisme ? Vous levez les épaules de pitié à la vue d’une doctrine qui consiste à mettre entre les mains du travailleur, pour y trouver une croyance religieuse, un livre, sur les textes duquel les plus savants docteurs se disputent depuis dix-huit cents ans. Croyez-vous donc qu’il soit beaucoup moins étrange de soumettre au jugement de ce même travailleur cette machine si compliquée qu’on appelle la société politique ? Ah ! respectons l’œuvre de la nature : ne faisons pas grand ce qu’elle a fait petit, ni ne faisons petit ce qu’elle a fait grand. On a, dans le passé, foulé aux pieds la première de ces maximes ; n’allons pas fouler aux pieds la seconde, nous hommes du présent et de l’avenir. Apprenons au contraire au peuple à remonter à la source de toute autorité, à Dieu même, à la suprême intelligence, qui ne peut être représentée sur notre terre que par les intelligences humaines supérieures. Qu’on laisse au peuple le droit de désigner, parmi les hautes intelligences, celles qui seront plus spécialement chargées du gouvernement de la société, ce n’est certes pas moi qui m’y opposerai. Et si c’est là ce qu’on appelle souveraineté du peuple, j’objecterai au mot, et j’accepterai la chose. Mais alors, l’éléphant qui choisit son cornac sera donc aussi une espèce de souveraineté ?

Il est bien vrai que, parmi les adeptes de la doctrine, il en est bien peu qui croient à la souveraineté directe et absolue du peuple, et que tous entendent bien escamoter, à leur profit, tout ce qui sera gagné par leur propagande d’une doctrine outrée. Peut-être craignent-ils de s’exposer à l’imputation d’être mus par des motifs d’intérêt personnel. S’ils disaient tout franchement aux peuples : Le gouvernement du monde appartient à l’intelligence, non à la naissance ; l’homme du peuple y a autant de droit que le patricien ou le bourgeois, s’il est marqué du sceau de l’intelligence ; il faut donc réformer nos lois, arranger nos institutions sociales de façon que toutes les intelligences, sans distinction, puissent prendre dans la société la place et le rang qui leur appartiennent par droit de nature. Si, dis-je, l’on eût tenu ce langage, on se serait peut-être exposé à quelques malignes imputations, mais on n’aurait pas trompé le peuple ; on n’aurait pas lancé au milieu des masses un principe faux, dont, avec leur logique inexorable, parce qu’elle n’est pas éclairée, elles tirent dans l’occasion les conséquences les plus pernicieuses pour elles-mêmes et pour la société tout entière. Prenons-y garde : le peuple, qui n’a pas fait sa rhétorique, qui ignore ce que c’est qu’une métaphore ou une hyperbole, prendra toujours les mots dans leur sens propre ; et un faux principe, une idée exagérée, entrée dans la croyance d’un peuple, c’est l’inoculation d’une lèpre morale à toute une société. En citer tous les exemples, serait, hélas ! faire l’histoire de tous les malheurs du genre humain.

La loi de subordination des êtres inférieurs aux êtres supérieurs est une loi universelle de la création : la nature inorganique est soumise à la nature organique, et, dans cette dernière, les êtres moins parfaits sont subordonnés aux êtres plus parfaits. Il en est de même dans le règne animal, partout vous voyez une hiérarchie non interrompue, jusqu’à ce que vous arriviez à l’homme, à qui tout est subordonné sur le globe qu’il habite, et qui lui-même est subordonné à l’intelligence suprême qui gouverne l’univers.

Si tous les hommes naissaient égaux en intelligence, on pourrait dire que, dans la création, à l’homme s’arrête cette loi universelle de subordination ; mais il n’en est pas ainsi. Quelle immense distance, quel abîme entre les intelligences d’élite, et les masses d’hommes que l’on rencontre dans nos sociétés, même les plus avancées. Oui, quoi qu’en ait dit Helvétius au contraire, il est des hommes tellement organisés, que leurs facultés intellectuelles ne sont susceptibles d’aucun développement considérable. Et Dieu, dans sa sagesse, a voulu que ce fût le plus grand nombre. Quelle confusion, en effet, n’offrirait pas notre globe, si tout le monde naissait avec les aptitudes propres au gouvernement ! il arriverait que tout le monde voudrait gouverner. Ou bien encore, si tous les hommes étaient propres à l’étude des hautes sciences, chacun voudrait philosopher, et le monde, devenu philosophe, ne manquerait pas d’éprouver bientôt le sort de Thalès, tombé dans un fossé en contemplant les astres. Dieu, en distribuant l’intelligence en portions inégales, dans la grande famille humaine, a voulu évidemment donner des sujets pour les différentes occupations auxquelles il destine les hommes, et dont les unes demandent un degré supérieur, et les autres un degré moindre d’intelligence. À nous de ne pas troubler cet ordre naturel et divin.

Cette loi universelle, d’ailleurs, préside à la formation de tous les empires, qui s’agrandissent et se maintiennent, sans graves commotions intérieures, jusqu’au temps où l’intelligence qui les avait formés, cesse, par la dégénérescence des races ou classes gouvernantes, de tenir le sceptre, et se trouve, en grande proportion, reléguée dans les classes gouvernées. Il s’opère alors un travail souvent sinistre, mais toujours providentiel, qu’on appelle révolutionnaire, et qui n’est que l’effort de l’intelligence pour reprendre sa place et son niveau dans la société. Observez de près tous les mouvements révolutionnaires, et vous verrez clairement que les masses populaires y sont les instruments d’hommes intelligents, qui sont ou se croient déplacés. Les masses dont on couvre la tête du bonnet phrygien en guise de couronne ne sont pas souveraines de fait, bien loin de l’être de droit. Dans leurs époques de plus haute puissance, époques tragiques le plus souvent, elles reçoivent la loi d’intelligences supérieures, qui, si elles sont dépravées, préparent aux peuples bien des repentirs et des expiations. Napoléon, qui s’y connaissait, disait des agitateurs de son temps : « Ce sont des gens qui ont l’imagination ardente, un peu plus d’instruction que le peuple, et qui exercent de l’influence sur lui. Je trouverai bien le moyen, ajoute-t-il, de faire juger ces scélérats par une commission militaire. » Le mot était un peu dur, et le remède était mauvais. Il en employa un bien meilleur en mettant, comme on l’a dit, dans la giberne de chacun de ses soldats, le bâton de maréchal de France. Dans les rangs des agitateurs, il y a bien des scélérats qui méritent le châtiment que leur réservait l’homme du 18 Brumaire ; comme il y a aussi une foule d’ineptes brouillons, dont le titre à la considération est une présomption, une impudence extrême, vermine incommode et impure, qui trouble et pollue tout ce qu’elle touche ; mais assurez le sort de la vraie intelligence, et ces reptiles croassants et venimeux, restés seuls sur l’arène, disparaîtront bientôt au fond de leurs marais.

Le régime héréditaire... mais avant d’aller plus loin, je dois expliquer clairement ce que j’entends par régime héréditaire, afin qu’on ne donne pas à ces mots une portée autre que celle qu’ils ont dans ma pensée. J’entends donc par régime héréditaire l’ensemble de ces lois, coutumes et usages qui font que, dans nos sociétés, tous les avantages sociaux sont par le fait assurés à ceux qui y naissent, non à raison de leur intelligence, ou valeur personnelle, mais par le hasard de leur descendance. Le régime héréditaire, disais-je, a été impuissant à maintenir l’intelligence à la tête de la société, à moins de tenir les peuples dans l’abaissement, comme on l’a fait en Asie et ailleurs : système affreux, heureusement impossible maintenant en Europe et en Amérique. En Asie, cependant, la Chine peut faire exception sous ce rapport ; mais aussi remarquez que tous les fonctionnaires de l’État doivent être pris dans la classe des Lettrés, qui sont par là intéressés à maintenir l’ordre établi. Aussi, l’empire chinois est-il le plus ancien qui existe. Ainsi le principe du gouvernement par l’intelligence serait dû à la Chine ? Eh ! pourquoi pas ? La Chine n’a-t-elle pas inventé et mis en usage, longtemps avant l’Europe, les canaux de navigation, la poudre à canon, la boussole, les puits artésiens, l’éclairage et le chauffage au gaz, et par-dessus tout l’imprimerie ? Y aurait-il de quoi s’étonner qu’elle eût découvert aussi le vrai principe du gouvernement politique ? Mais la Chine, qui a presque tout découvert, n’a presque rien perfectionné, ce que l’on peut attribuer à l’absence de la concurrence étrangère, due elle-même à l’isolement systématique où cette nation s’est de tout temps efforcée de se tenir vis-à-vis des autres nations. N’ayons donc pas honte d’emprunter à l’aîné de tous les empires existants un principe de gouvernement fort et stable, que nous pourrons, en l’améliorant, facilement coordonner avec les idées et les institutions du monde occidental.

Pour attendre du régime héréditaire la permanence de l’ordre social, il faudrait que l’intelligence fût aussi héréditaire. Or, l’expérience présente un résultat à peu près tout contraire. En effet, on a remarqué que les grands hommes avaient rarement des enfants qui les valaient. Les hommes donc, en établissant des droits et avantages héréditaires, d’une manière aussi générale qu’ils l’ont fait, ont tout simplement voulu détrôner la nature, et porté un défi à Dieu ; même ils ont érigé leur tour de Babel, renouvelé la guerre des Titans. Ils devaient être confondus et écrasés, et soyons sûrs que la confusion des langues, le Babélisme, qu’un écrivain contemporain dit être la grande maladie de notre temps, et surtout de la France, ne cessera jamais parmi nous, tant que nous serons sourds aux enseignements de la nature et rebelles à ses lois.

Au moyen du gouvernement représentatif, on a bien fait un pas vers la nature ; mais je ne vois pas encore une seule constitution qui ne soit autre chose qu’un acheminement vers le but, un compromis avec les anciennes idées ; et cela ne peut constituer qu’un état transitoire, une étape plus ou moins avancée dans la voie du progrès humanitaire. On ne sera véritablement arrivé au port que lorsque les institutions sociales et politiques seront telles, que l’intelligence, reconnue puissance directrice, arrivera sans lutte, sans obstacle, au gouvernement des sociétés humaines, soit directement par l’administration des affaires publiques, soit indirectement par une position sociale influente.

Qu’on ne vienne pas me dire que, sous le régime constitutionnel, tel que l’ont les peuples modernes, la voie est ouverte à l’intelligence sans distinction : ce serait une dérision. La voie est ouverte, dites-vous : eh ! bien, suivez avec moi la marche d’un être humain que Dieu a marqué du sceau de l’intelligence. Il naît dans la condition des trois quarts et plus des hommes qui composent nos sociétés, d’un père qui vit honnêtement de son travail journalier. Dans notre pays, il sera le fils d’un cultivateur ou d’un artisan, qui ne manquera pas de l’envoyer à la meilleure école du canton, si école il y a. Là il apprendra, outre la lecture et l’écriture, un peu d’arithmétique, et bien rarement un peu de géographie et d’histoire. Son père a d’autres enfants, il ne peut faire guère plus pour lui. Voilà donc notre jeune prétendant qui part avec ce mince bagage scientifique, renforcé peut-être d’un pécune non moins modeste, pour la conquête de son royal patrimoine. Sur cent pèlerins de cette espèce, combien arrivent au terme du voyage ? un ou deux ; et c’est ce qu’on appellera ouvrir à l’intelligence la voie du pouvoir ou de l’avancement, sans distinction ! Voilà pour la généralité des intelligences supérieures ; voyons maintenant ce qui advient au petit nombre d’entre elles que le sort de la naissance favorise un peu plus. Pour ces dernières, à l’instruction de l’école du village, on ajoutera l’instruction collégiale, et l’assistance de la famille pour entrer dans une carrière quelconque. Il semblerait qu’avec l’amour du travail et une conduite régulière, rien ne doive s’opposer à l’avancement de notre jeune candidat. Arrêtez ! il n’est, lui, que le candidat de la nature, l’élu de Dieu, et dans la lice il va rencontrer ceux de l’hérédité, ceux de l’homme enfin. Ces derniers, pour la plupart, n’étaient destinés, par leur intelligence, qu’aux positions secondaires ou infimes de la société ; mais en vertu des écus de leurs pères, qui leur sont bien religieusement et intégralement garantis par les lois, ils vont faire une rude concurrence à ces nouveaux venus, qu’ils regardent comme des intrus. Plusieurs de ces derniers succomberont dans la lutte, ou s’en retireront le cœur ulcéré ; d’autres en sortiront victorieux, mais épuisés d’efforts et chargés d’infirmités ; un très petit nombre pourront jouir de leur triomphe, si chèrement acheté.

Or, que résultera-t-il de cette lutte, presque impie, entre le principe du vrai droit divin, et le principe du droit humain ? Il en résultera qu’une proportion plus ou moins grande des forces vives de la société se tournera contre elle, contre l’ordre établi. À défaut de griefs réels, et malheureusement ce moyen ne leur manquera pas souvent, ces nouveaux Géants entasseront un Ossa de déclamations inflammatoires sur un Pélion d’utopies prestigieuses ; et les masses, naturellement envieuses, et faciles à égarer, tressailliront, applaudiront aux paroles brûlantes de ces nouveaux apôtres ; et les gouvernements chancelleront sur leurs bases ébranlées, et toutes les énergies humaines, divisées en deux camps ennemis, travailleront à leur mutuelle destruction, usant, dans une lutte fratricide, des forces données aux hommes pour travailler, chacun dans sa sphère, à leur bonheur et à celui de leurs frères, en subjuguant la nature brute, non en exploitant leurs semblables. On comprendra qu’il n’est pas ici question de ces luttes salutaires, entre un parti au pouvoir et un parti hors du pouvoir, lesquelles ne dépassant pas le cercle de l’ordre constitutionnel, ne peuvent que tourner à l’avantage général. J’entends parler, on le sait, de ces tourmentes sociales qui, de notre temps, mettent si souvent en question le sort des empires.

Mais toute déplorable que soit la chose, elle est inévitable, elle est d’ordonnance divine, elle est la conséquence d’une des grandes lois de la création, méprisée, violée, foulée aux pieds. Point de paix ! guerre, guerre sans fin entre les hommes d’un même sang, entre les citoyens d’un même pays, tant qu’ils n’auront pas reconnu leur souverain légitime, l’Intelligence, et ne la traiteront comme tel.

Mais, me dira-t-on, ces hautes et fortes intelligences, en faveur desquelles vous réclamez, n’ont-elles pas eu leurs jours de triomphe complet ? n’ont-elles pas eu leurs trois grandes révolutions en France depuis un demi-siècle à peu près, sans compter les petites plus nombreuses encore, et qu’ont-elles fait ? la France et l’Europe ne sont-elles pas plus que jamais sur un volcan ? Il est facile de répondre à cette objection, qui argue d’un état de choses où tout était violence, désorganisation et démence, contre un état de choses où la raison, l’organisation et l’harmonie régneraient ; d’un ordre social où l’intelligence était comprimée, aigrie, en révolte, ne rêvant que destruction, sans avoir encore eu le temps ni l’occasion de s’occuper de réédification, et par conséquent sans expérience sous ce rapport, contre un ordre social où cette même intelligence pourrait se livrer librement et tout entière à l’œuvre du gouvernement des hommes.

Puis il faut remarquer que ce n’était pas toute l’intelligence d’une société qui était à l’œuvre, non plus que cette intelligence mise dans la voie libre d’un complet développement.

Jusqu’à présent, nous avons forcé l’intelligence, en grande partie au moins, à exercer le rôle de tribun ; laissons-la prendre celui de l’homme d’État ; et si sa libre action alors ne prépare et n’assure des jours meilleurs à la société humaine, les bons esprits, avec le témoignage d’avoir de bon cœur essayé du dernier moyen de salut qui restait, pourront de découragement abandonner la civilisation aux dieux infernaux, et laisser le champ libre aux prôneurs de systèmes de nivellement universel, qui doivent ramener l’espèce humaine à l’état de barbarie primitive, ne laissant que l’espoir que la civilisation en sortira retrempée pour renaître à une nouvelle vie, semblable au Phénix, oiseau divin, que les anciens faisaient renaître de ses cendres.

Avant d’abandonner la partie, cependant, et de livrer le monde social à la fatalité, demandons-nous si nous n’avons pas jusqu’à présent traité l’intelligence humaine comme l’apôtre reproche aux juifs d’avoir traité l’intelligence divine, le Verbe :
1   ...   8   9   10   11   12   13   14   15   ...   20

similaire:

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconLittérature québécoise Volume 543 : version 0 Le grand sépulcre blanc...

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconLittérature québécoise Volume 522 : version 0 La ceinture fléchée...
«Hue donc ! Pommette !» cria-t-il au second chevreuil au moment où les deux bêtes montaient, rapides comme l’éclair, un banc de neige...

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconLittérature québécoise Volume 553 : version 0 Du même auteur, à la...
«dédaignant d’être le lierre parasite, Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul»

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconLittérature québécoise Volume 52 : version 1 «Oh ! que tout était...
«La Huronne» qui faisait autrefois le coin des deux routes conduisant à Longueuil et à Saint-Jean, que quelques pierres encore enkystées...

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconAdresse : 53 rue de Rosny, 94120 Fontenay-sous-Bois
«mécanismes de réduction des prix» installée par Christine Lagarde, ministre de l’Economie, Luc Chatel, secrétaire d’Etat à la consommation,...

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconVeille media
«traître» par le quotidien nationaliste Hurriyet : le journal avait déjà lancé la cabale contre le journaliste arménien Hrant Dink,...

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconSH: Oui, ce film présente une version complètement abracadabrante,...
«Jeudi Investigation» un reportage de Stéphane Malterre, journaliste à l’agence tac presse

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconLa commission accessibilité de l’union des aveugles vous propose...
«Montpellier notre ville». En page 2 de ce document un sommaire a été créé pour faciliter l’accès aux différents articles du journal....

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconLa commission accessibilité de l’union des aveugles vous propose...
«Montpellier notre ville». En page 2 de ce document un sommaire a été créé pour faciliter l’accès aux différents articles du journal....

Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien, iconLa commission accessibilité de l’union des aveugles vous propose...
«Montpellier notre ville». En page 2 de ce document un sommaire a été créé pour faciliter l’accès aux différents articles du journal....








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com