En cette belle matinée d’octobre








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Moi, je n’aime pas du tout cette façon de dépenser son temps libre. Le jeu a toujours été pour moi d’un ennui mortel. Je vais donc, seul, me promener. La solitude ne me pèse pas, au contraire. Je vais au cinéma, traîne dans Versailles, ou marche à travers le bois des fosses jusqu’à Buc faire la bise à ma Tante et surtout manger de son succulent gâteau au chocolat. Je prends aussi quelquefois le train à la gare rive gauche pour Paris. Je visite des musées, des expositions. Il m’arrive d’aller à la comédie Française en matinée à une de ces places au poulailler délivrées en dernière minute et à petit prix. J’’y vois entre autre Jacques Charon, François Chaumette, jean Piat, la belle Claude Winter, mais aussi et surtout celle dont la voix cristalline me donne le frisson, la toute jeune pensionnaire Geneviève Casile. Tout cela me passionne plus que de taper sur un flip et faire tilt…..

Je suis un grand utilisateur des livres de la bibliothèque du collège. J’en ai toujours un sur moi pendant ces virades du jeudi après midi.

Le vendredi matin, parmi les rugbymans du lycée qui ont disputé des matchs la veille beaucoup sont éclopés. Les absences sont nombreuses et les profs râlent.
Parmi mes professeurs un seul me laissera un souvenir indélébile, il s’agit de Monsieur Boiné, Maurice son prénom comme celui de mon père. Il faut dire que je suis ses cours depuis la classe de troisième, et, je ne le sais pas encore, il sera pour cinq années consécutives mon professeur de Français. C’est cette longévité, peut être, mais surtout la personnalité même de Monsieur Boiné qui me marquera.

C’est un homme en fin de quarantaine, long, maigre, raide dans un éternel costume gris, cravaté de rouge. Un long visage émacié, un nez épaté ; une bouche au rictus permanent. Une voie éraillée et sèche. Il ressort de ce personnage, une raideur ascétique un calme sévère et maîtrisé. Une présence forte.

Je ne serais jamais témoin pendant ses cours du moindre début de chahut. Une autorité naturelle émane de lui. Il lui suffit de redresser sa tête et de regarder la classe de son noir regard perçant pour que cesse toute velléité de turbulence. Il n’est pas craint mais respecté. Ses cours ne sont pas dirigistes. Chacun de nous peut s’exprimer, mais à bon escient et dans le bon ordre. Il est apprécié de tous autant des élèves que des autres professeurs, même s’il reste un peu à l’écart, secret, un peu hautain. Il sert de référence, tenu par ses confrères comme étant un de ces vieux enseignants de gauche encore à cheval sur les principes sacrés de l’enseignement laïc. Monsieur Boiné vit avec sa femme et sa mère, dans une petite maison à deux pas du collège. Il m’est arrivé plusieurs fois d’aller chez lui pour rendre ou chercher un livre, un exposé.

J’ai l’impression que malgré sons sens aigu de l’équité, Monsieur Boiné m’aime bien. Je suis parmi ses bons élèves, en permanence dans les cinq meilleurs et de temps en temps le premier et tout au moins l’un de ses plus assidus.

Mais ce que Monsieur Boiné ne comprend pas et il m’en fait souvent le reproche, c’est que je sois, assez bon en français (hormis quelques fautes endémiques d‘orthographe et d’accords) et aussi mauvais en mathématiques. Il m’arrive, certain trimestre d’être premier en Français et dernier en maths. Pour lui ce désaccord extrême entre ces deux matières n’est pas acceptable. Je devrais être bon partout.

Un jour, pendant l’un de ses cours, faisant semblant de suivre, je recopiais fébrilement un devoir de mathématiques que je devais rendre le jour même. Mr Boiné, m’a surpris, m’a fait la morale et m’a collé un double zéro ce qui a fait terriblement chuter ma moyenne en Français ce trimestre là. Le prof de mathématiques, dont je ne me souviendrai dans l’avenir ni du nom, ni du visage et encore moins de son enseignement a été mis au courant et, lui aussi, m’a collé un zéro. Mais dans cette matière ma moyenne n’a pas beaucoup été bousculée, seulement rapprochée encore plus du vide infini.

Un jour j’ai été très maladroit. A la fin du cours Mr Boiné nous dit en nous donnant du travail à faire pour la semaine suivante : « Et n’oubliez pas que le travail c’est la liberté »

-« Oui -Murmurais-je assez fort pour qu’il puisse entendre - C’est ce que les Nazis avaient inscrit à l’entrée des camps de concentration « Arbeit macht frei » » Il n’a rien dit, a seulement soulevé les épaules en me regardant méchamment. Il m’en a voulu quelque temps. Je dois avouer que je ne suis pas fier de ma réflexion. Les Nazis avaient bien sûr fallacieusement détourné le sens de cette phrase.

Monsieur Boiné sera un peu mon maître à penser comme le fut Mr Aubreton en primaire. Je me réfèrerai bien souvent à lui et à son enseignement, inconsciemment, dans ma façon d’aborder les méandres infinis de ma vie d’homme.
En Juin, je passe et je réussi mon premier examen professionnel : le C.A.P. d’aide comptable. C’est un bon entraînement, car à la rentrée de Septembre j’entre en première commerciale pour préparer à l’a fin de l’année scolaire le brevet d’enseignement commercial, l’alter ego de la première partie du Baccalauréat. .

ANNEE SCOLAIRE 1962/1963

(Première commerciale)

Une année charnière.

Une année de changements et de nouveautés.

Depuis la rentrée scolaire de septembre dernier je prépare, en classe de première commerciale, pour juin prochain un examen important, celui de Brevet d’études commerciales, équivalent au baccalauréat première année. Je n’oublie pas que je fais partie des 20% à peine des jeunes de ma génération qui « vont aux écoles » pour passer le baccalauréat (ou équivalent comme pour moi). Les autres, à dix sept ans, sont déjà dans la vie professionnelle depuis trois ans. Et pourtant depuis peu l’obligation est faite d’étudier jusqu’à seize ans.
L’hiver est très froid. Le thermomètre, la nuit peut connaître des descentes vertigineuses jusqu’à moins quinze degrés centigrades voire plus. La pièce d’eau des Suisses est gelée. Ce qui est, de mémoire de Versaillais un événement rarissime.

Des camarades essaient de traverser à pieds ce bassin peu profond. Mais des policiers interviennent en leur intimant l’ordre de revenir. Même si la glace paraît épaisse, marcher dessus est très dangereux car des plantes et surtout des sources actives peuvent affaiblir sa résistance au poids des patineurs improvisés.

Certains cours sont donnés dans des bâtiments préfabriqués installés prés des allés de la pièce d’eau des Suisses dans un petit bois à 500 mètres à l’extérieur du collège. Dans ces baraquements, il fait très froid. Moins deux degrés centigrades à l’intérieur, malgré la chaleur incertaine de poêles à mazout dégageant une odeur acre et huileuse.

D’un commun accord, internes, demi-pensionnaires et externes de notre classe avions décidé de faire grève pour obtenir des classes chauffées normalement. Nous, les cinq internes avons refusé de nous lever le matin. Bien sûr, intervention du surgé, palabres, menaces de sanction. Finalement c’est accompagné du Directeur et de son staff que nous arrivons prés des baraquements. Mauvaise surprise pour nous, tous les élèves « extérieurs » sont présents. Les traîtres, eux qui avaient promis de ne pas venir ce matin. Entrés dans la classe nous constatons la froidure, thermomètre en dessous de zéro. . Mais le Directeur, engoncé dans son énorme canadienne nous dit qu’en restant habillé il est possible d’étudier. Nous lui répondons qu’en restant assis, même vêtus de nos manteaux, nous gelons sur place. Heureusement les professeurs présents nous appuient complètement auprès des autorités. Finalement, nous allons nous réfugier dans une partie du réfectoire qui, lui, est très bien chauffé. Cet « exil » ne va durer que quelques jours jusqu’à la fin de la vague de froid.

Mais cette première expérience d’un mouvement de contestation va laisser un goût amer. La « trahison » des élèves « extérieurs » va accélérer la cohésion des « blouses grises » contre ces parjures habillés en « civil ».
Parmi les camarades internes de ma classe, un cas unique : Alain Benso.

Un gamin de 15 ans à peine, deux ans plus jeune que nous. La tignasse en pétard, un visage mal débarbouillé, l’oeil rieur. Un gosse des rues dans une blouse trop grande, tachée, déchirée et mal boutonnée. Et pourtant en semblant ne jamais travailler il est premier partout. Il est peut être, ce qu’on appellera plus tard un « surdoué. » Il est imbattable en maths. J’arrive à le contenir en Français, seulement parce qu’il n’aime pas trop cette matière. Quant au reste….Il survole. Il est passionné de physique et d’électronique. .Il lui arrive d’aider des gaillards de vingt ans qui préparent le B.T.S. en électronique à faire leurs devoirs. Il bricole des postes de radio à galène que l’on fait fonctionner dans le dortoir en les branchant aux radiateurs de chauffage central. Il a fabriqué seul, chez lui, à Villiers Neauphle, entre autres appareils, un poste de télévision.

Mais surtout il est devenu, avec autorisation spéciale du préfet de Seine et Oise, le plus jeune radio amateur de France. Il a confectionné un poste émetteur-récepteur qui lui permet de correspondre avec le monde entier par ondes courtes. Mais son appareil est si puissant qu’il perturbe en émettant, les postes de télévision du quartier. Suite aux plaintes des voisins, Alain a dû réduire la puissance de son émetteur.

Alain, le dimanche matin, aide ses parents à vendre sur les marchés des produits secs, olives et produits italiens. D’origine italienne, il affirme que sa famille est affiliée avec Camillio Benso comte de Cavour, un des acteurs vers 1860 de l’unité Italienne. Il est sympa, proche de ses camarades. Mais quelquefois poussé par l’admiration immodérée que lui portent les professeurs, il lui arrive d’être un peu condescendant envers les pauvres ignares, dont je fais partie, sans ressources devant la puissance des mathématiques. Il partira du Lycée en 1964 ou 65; se présentera en candidat libre au bac moderne et le réussira. Il commencera des études de droits, car son désir est de monter sa propre entreprise d’électronique.

Aura-t-il réussi ? Je ne le saurai jamais….
Pour pouvoir passer le B.E.C. il me faut effectuer un stage de trois mois en entreprise.

Après concertations, propositions, choix, il est décidé que j’exercerai mes talents au siège du Gaz de France, rue Philibert Delorme à Paris. Pendant ces trois mois je ne serais pas pensionnaire à Versailles mais hébergé chez les cousins Gilberte et Lucien qui habitent prés des buttes Chaumont.
A la fin des trois mois d’activité au Gaz de France j’ai établi un rapport de stage qui m’a permis d’avoir de bonnes notes pour l’examen à venir. J’ai aussi reçu mes premières paies.
Je suis triste est vexé. Je ne sais pas ce qui s’est passé, l’émotion, le manque de chance, j’ai raté l’examen du Brevet d’Etudes commerciales. Pourtant j’avais tous les atouts pour réussir. J’étais parmi les cinq premiers de la classe et je me retrouve avec les cinq derniers qui n’ont pas obtenu le sésame pour passer en classe terminale. Le professeur de comptabilité n’en revient pas non plus.

Bon, faut faire avec..

Avec l’accord de mes parents je décide de redoubler ma classe de première. Je pourrais m’arrêter là, car le Gaz de France satisfait de mes services pendant mes trois mois de stage est prêt à m’embaucher.

Les vacances sont un peu tristounettes, passées dans le Berry chez de lointaines cousines de Maman.

ANNEE SCOLAIRE 1963/1964

(Redoublement Première commerciale)

A la rentrée scolaire de 1963, j’entame ma cinquième année d’internat. Je redouble la classe de première,
Cela devrait une année de routine et pourtant tout change :
- En juin j’avais quitté un collège, en septembre j’intègre un lycée. C’est toujours la « Boite à Jules », mais elle a pris du galon pendant les vacances d’été.
-Les classes « classiques » et « modernes » disparaissent peu à peu. Le lycée devient de plus en plus « technique ».
-Des classes de BTS et de préparation aux écoles d’ingénieur apparaissent.
-.Cette année la section à laquelle j’appartiens reçoit une autre dénomination : la section de commerciale devient économique. En redoublant, je reste donc en première mais en classe économique. Cette section, pour l’instant, s’arrête en terminale par l’examen du B.S.E.C. Brevet supérieur enseignement commercial équivalent au bac deuxième année. .

-Les blouses des internes commerciaux devenus économiques changent de couleur. De grises elles deviennent blanches. En fin de semaine la blancheur de ces blouses a perdu de son éclat et s’est enrichies de taches diverses et variées. Les sections « techniques » conservent la blouse grise
-Les programmes sont différents de ceux de l’an dernier. Je ne vais donc pas réapprendre les mêmes choses mais je vais devoir m’adapter à de nouvelles matières.
-Mes camarades ne sont plus les mêmes. J’étais avant l’un des plus jeunes de la classe, né en Juillet 1946, alors que la plupart des autres élèves étaient de 1945. Je cohabite maintenant avec des garçons nés la même année que moi.
-Mais je retrouve en cette nouvelle première économique les mêmes professeurs que ceux de la défunte première commerciale. Je suis heureux d’avoir pour la troisième année consécutive Monsieur Boiné mon professeur de Français. Cela ne me déplait pas de continuer avec Mme Roussel la prof de compta et Mme Bousquet la Prof d’Allemand. Malheureusement, pour ma perte, le même professeur de mathématiques. Ce personnage rougeaux, alcoolique qui, si nous avons cours l’après-midi avec lui, arrive en retard en classe, à moitié ivre et la braguette ouverte. Il est dans un tel état qu’il bégaie et écrit n’importe quoi au tableau. Alors il s’éloigne à reculons en se grattant le museau et en marmonnant

-«Cherchons l’erreur!».

Toute la classe rigole… il se mets en colère et hurle « Cherchez l’erreur !».

Comme si nous, les cancres nous pouvions corriger les âneries éthyliques d’un prof de maths. Bien sûr cela se termine en chahut inorganisé et quelque fois par l’intervention du surgé. Et pourtant ce professeur est un brave type, sa compétence n’est pas mise en cause, mais il fait ce qu’il peut. Certains élèves suivent bien et l’apprécient. Mais ceux qui, comme moi, sont largués par le peloton, ils ne leur reste plus que la voiture balai…
La jeune femme qui a été sacrée la plus belle fille de notre pays la « Miss France » pour l’année 1963 s’appelle Muguette Fabris. Rien d’extraordinaire me direz-vous et pourquoi en parler maintenant? C’est que cette très jolie Muguette est professeur de mathématiques. Vous avez bien lu, Miss France de cette année est professeur de mathématiques. Incroyable, non ? Laissez-moi rêver. Si Muguette était ma professeur de mathématique je suis sûr que je serai attentif et que je ferai des progrès fulgurants.

Mais malheureusement ce n’est pas le cas. Muguette est professeur dans un lycée de filles à Loudun (Quel gâchis, pourquoi pas un lycée de garçon, comme par exemple Jules Ferry à Versailles ?).

Et puis le 22 Novembre, 9 heures du soir dans le dortoir nous attendons dans un calme relatif l’extinction des feux et le retour de deux ou trois camarades partis à l’infirmerie pour leur traitement du soir. Certains lisent, d’autres dorment déjà, quelques uns chahutent. C’est une jolie et timide infirmière d’à peine vingt cinq ans qui remplace à l’infirmerie l’ancienne « Titine » partie à la retraite. Curieusement, la fréquentation de l’infirmerie a considérablement augmenté depuis la rentrée.

La chambrée lentement s’assoupit. Soudain, un fracassant brouhaha, une porte violemment poussée. Un cri :
« Les copains, on vient d’assassiner Kennedy »
Stupeur ! Montée quatre à quatre de l’escalier. Tous à l’infirmerie. En effet l’infirmière est la seule à posséder un poste de télévision dans le Lycée (à part bien sur le Directeur et le surgé) Et nous voilà une vingtaine d’internes en pyjama, un ou deux pions et l’infirmière en robe de chambre, entassés dans la petite pièce à regarder passionnément la seule chaîne en noir et blanc de la RTF. La deuxième chaîne, c’est pour bientôt, à la fin de l’année. Léon Zitrone à Paris et Jacques Sallebert en direct de Washington (grâce au satellite telstar) essayent de traduire ce qui ce passe en Amérique sous le choc.
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