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ANTISEMITISME


L'incroyable destin du "Juif Süss"
Publié le 17/02/2010 à 11:52 Le Point.fr

LITTÉRATURE

Par François-Guillaume Lorrain

De Munich au camp des Milles, le plus grand détournement littéraire de l'histoire.

Le 5 septembre 1940, la Mostra de Venise, sous bannière fasciste, accueille l'avant-première du Juif Süss , la superproduction nazie, orchestrée par l'incontournable Goebbels. Ce film répugnant va entrer dans l'Histoire comme le symbole même de l'oeuvre antisémite : il sera vu par 10 millions d'Allemands et des séances spéciales seront organisées pour les forces de police et le personnel des camps de concentration.

En France aussi, Le juif Süss sera un joli succès : 1 million de spectateurs se ruent dans les salles en 1941 : les murs de la capitale, les emplacements du métro sont couverts d'affiches aux teintes verdâtres et avec des doigts crochus qui serviront de modèle à l'exposition "Le juif et la France", sommet de l'antisémitisme hexagonal. Le film servant de plate-forme de recrutement pour les partis collaborationnistes de Doriot et Déat, la Résistance lancera lors des projections des bombes qui feront huit morts.

Ce 5 septembre 1940, Lion Feuchtwanger, l'auteur du roman Le juif Süss (republié par les éditions Belfond, voir extraits pages suivantes) , essaie d'échapper aux nazis en France. Il vient de s'extirper du camp français des Milles, il est allemand, mais il est juif. A ce stade, tout lecteur serait en droit de s'étonner : un juif auteur d'un texte antisémite ? On touche là le coeur de la tragédie d'un homme, victime, par une cruelle ruse de l'Histoire, du plus ignoble détournement qu'un auteur ait jamais subi.

Car, à l'origine, son roman, paru en 1925, n'a rien d'anti-sémite. Ce chef-d'oeuvre foisonnant du roman historique y raconte le douloureux destin de Joseph Süss Oppenheimer (1691-1738), juif de cour, financier et protégé du duc de Würtemberg. Arrêté à la mort de ce dernier, Süss est accusé d'enrichissement personnel, de commerce sexuel avec des chrétiennes. Après un procès inique, qui le condamne à mort, il préfère la mort à la conversion qui lui est proposée. Sous les insultes d'une foule allemande hystérique, il finit pendu dans une cage. Süss ou le juif victime par excellence.

"Tu es un idéaliste"

Mais d'une victime il est facile de faire un coupable. Depuis sa mort en 1738, des textes, qui flirtent avec l'antisémitisme, ont bâti ce que Claude Singer, dans un remarquable essai (1), nomme la "légende noire" de Süss, qui est à l'Allemagne ce que l'affaire Dreyfus est à la France. Critique littéraire reconnu, Feuchtwanger s'intéresse très tôt à Süss : pacifiste en pleine guerre, ce juif allemand se sent isolé et s'identifie à cette figure.

Dès 1917, il lui consacre une pièce de théâtre. Pour lui, Süss symbolise l'impossible dialogue entre les cultures allemande et juive. En refusant de se convertir, il incarne aussi la fidélité à ses origines. En 1921, Feuchtwanger revient vers ce personnage pour en saisir les contradictions par le roman.

D'où certaines ambiguïtés et une complaisance dans le stéréotype juif, qui relèvent chez Feuchtwanger de la haine de soi : Süss est aussi un ambitieux cupide, qui "s'insinue" et se confronte à son double chrétien, le duc de Würtemberg. Pourtant, l'objectif de l'écrivain est clair : il rédige son texte à Munich, la ville de Hitler, en pleine flambée d'antisémitisme. On accuse les juifs de vouloir conquérir le monde ? Le Süss de Feuchtwanger, en refusant la conversion, en se résignant à la mort, renonce au pouvoir et à l'argent.

"Tu es un idéaliste" , objectera à l'auteur son ami Brecht. Mais Feuchtwanger, comme Hermann Hesse ou Alfred Döblin, est à l'époque sous influence hindouiste et prône le renoncement. Sorti en 1925, son roman est un best-seller international qui se vend à 3 millions d'exemplaires. Il est reçu par le Premier ministre anglais, salué comme le nouveau Walter Scott. Dans la foulée, il s'engage contre le nazisme et signe un roman, Erfolg , qui dénonce l'attentisme de la société allemande. Quand Hitler arrive au pouvoir, il est en train de sillonner les Etats-Unis pour des conférences. Il ne reverra jamais son pays natal.

"Comme Dieu en France"

Dès avril 1933, sa maison est pillée, ses livres finissent sur le bûcher des autodafés et son nom figure sur la première liste d'intellectuels déchus de la nationalité allemande. Il s'exile à Sanary-sur-Mer, où il retrouve d'autres bannis prestigieux : Heinrich et Thomas Mann, Franz Werfel, Bertolt Brecht.

Il va connaître sept années heureuses en France, où ses romans creusent le sillon antinazi. Son livre Le faux Néron ne trompe personne, le travestissement romain stigmatise Hitler en filigrane. Mais première alerte en septembre 1939 : une loi française sur l'internement de tous les Allemands le conduit au camp des Milles, près d'Aix-en-Provence. Lui, l'antinazi notoire, qui vient justement d'être reçu par le président Lebrun, est déclaré dangereux. On intervient, on proteste, il est libéré. Mais rebelote en mai 1940 : la France en pleine débâcle l'expédie à nouveau aux Milles.

Dès 1942, il décrira, avec un style clinique, ce séjour humiliant et absurde où il côtoie d'autres Allemands, vivant comme lui sur le sol français, mais aux sympathies nazies ! Titre du témoignage : Le diable en France (publié par Belfond, lire les extraits) . Allusion à une expression allemande qui affirme, quand quelqu'un vit confortablement, qu'il vit "comme Dieu en France". Tout est dit de son amour déçu pour un pays dont il vénère la culture - il consacrera à Rousseau une somme après-guerre - mais qui part à vau-l'eau.

Une France qui trahit ses valeurs et ses idéaux. Brinquebalé en train jusqu'à Bayonne, puis vers Nîmes et Marseille, il se sauve grâce à l'aide de quelques Français. Sa photo, prise par un inconnu au camp des Milles, parvient jusqu'à son éditeur américain, qui a fait intervenir le président Roosevelt (violemment mis sur la sellette cet hiver à travers la polémique "Jan Karski" voir Le Point n° 1950 et 1951) . Une structure est créée qui va permettre à Feuchtwanger - sous le nom de Wetcheek (joue mouillée), traduction de son nom en anglais -, mais aussi à Max Ernst, Heinrich Mann et d'autres, de quitter la France via l'Espagne.

Mais, au même moment, Goebbels met la dernière main au Juif Süss. Un nom qui hante le IIIe Reich : né Süss, Reinhard Heydrich, concepteur de la Solution finale, n'a-t-il pas caché ce nom pour adopter le patronyme de sa mère ? Pour ne faire aucune mention du livre interdit du juif Feuchtwanger, Goebbels a eu recours à un vague scénario, écrit par un certain Metzger en 1922.

Avec le renfort des plus grands acteurs allemands - Werner Krauss, Heinrich George, Ferdinand Marian -, la caricature se met en place : Süss devient le juif comploteur qui avance masqué pour souiller la race aryenne. Par association, Feuchtwanger connaît la calomnie. Quand il publie en 1946 un nouveau livre, le journal Le Franc-Tireur le voue aux gémonies, croyant qu'il est à l'origine du film nazi.

Jusqu'à la fin de sa vie, en 1958, Feuchtwanger essaiera de réhabiliter le personnage du juif Süss. A sa mort, sa veuve intente, en vain, un procès contre le film réalisé par Veit Harlan, l'oncle de l'épouse de Kubrick, qui éprouvait d'ailleurs pour ce nazi notoire une trouble fascination. En 1978, quand Le juif Süss est publié en France, un bandeau dissipe heureusement la confusion : "Une grande oeuvre trahie par un film tristement célèbre"

1. "Le juif Süss et la propagande nazie" (Les Belles Lettres).

Le juif Süss , trad. de l'allemand par Serge Niémetz (Belfond, 520 p., 19 E). Le diable en France , préface d'Alexandre Adler, traduit de l'allemand par Jean-Claude Capèle (Belfond, 300 p., 20,50 E). Les deux livres paraissent le 18 février

http://www.lepoint.fr/culture/2010-02-17/litterature-l-incroyable-destin-du-juif-suss/249/0/424954
http://www.collectifvan.org/article.php?r=4&id=40531

Le chef de la diplomatie roumaine accusé de propos racistes contre les Roms

Europe
AP | 16.02.2010 | 19:56

Des organisations de défense des droits civiques ont demandé mardi en Roumanie la démission du ministre des Affaires étrangères Teodor Baconschi, coupable selon elles de propos racistes suggérant que certains Roms naissent délinquants.

Lors d'une réunion la semaine dernière avec le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Pierre Lellouche, M. Baconschi a déclaré: il y a "certains problèmes physiologiques, naturels de criminalité dans certaines des communautés roumaines" en France, "surtout chez les Roms". La déclaration avait été initialement diffusée sur le site Web du ministère avant d'être ensuite retirée.

Ces propos suggèrent que la criminalité est biologique, une explication invoquée par "l'Allemagne nazie au moment de justifier l'Holocauste", dénoncent des organisations roumaines de défense des droits civiques. Et d'ajouter: il est "inacceptable" que le chef de la diplomatie roumaine utilise "des explications scientifiques typiques du Moyen-Age".

Le ministère roumain des Affaires étrangères a affirmé mardi que la déclaration ne présentait aucun "caractère raciste ou ethnique". M. Baconschi a tenté d'indiquer qu'il y a un certain taux "naturel" de criminalité dans tout groupe d'immigrants, explique le ministère dans un communiqué. La déclaration du ministre n'a pas exprimé "de manière adéquate" le message qu'il voulait faire passer, ajoute le ministère.

La Roumanie compte quelque deux millions de Roms, qui vivent pour la plupart dans la pauvreté et sont victimes de discriminations. AP
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/europe/20100216.FAP8720/le_chef_de_la_diplomatie_roumaine_accuse_de_propos_raci.html
http://www.collectifvan.org/article.php?r=4&id=40530

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