Leçon 1 01 Décembre 1965








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Le piège de cette phrase, qui conclut l'un des chapitres du Discours sur la causalité psychique, c'est que cela a l'air de vous dire qu'il n'y a pas d'image, alors que cela veut dire que l'image ne reflète rien, désignant là, déjà ceci que le texte de DANTE accentue et qui est proprement ce dont je vous dis : que le (a) n'est pas spéculaire. En effet, quand il apparaît sur le fond transparent de l'être, c'est justement à la fois d'apparaître comme une image et une image de rien.
C'est ce que DANTE accentue dans cette seconde apparition, de la référence du miroir, à savoir que là où il croit qu'« il y a » en fonction du miroir, ce n'est que pour s'apercevoir que quand le (a) apparaît, s'il y a miroir, il n'y a rien qui s'y mire.
Telles sont les structures que la construction poétique de DANTE met au jour, et s'il le peut c'est parce qu'il est poète et que,

étant poète, ce qu'il rejoint, ce n'est pas tant notre science que ce que nous sommes en train de construire pour l'instant,

et que j'appelle la théorie. Le privilège de cette construction poétique par rapport à la théorie, la théorie psychanalytique

si vous voulez, pour nous la théorie tout court, tient à ceci d'une relation privilégiée qui est construite,

à travers une certaine forme d'ascèse du sujet à l'Autre.
Cette structure privilégiée, je l'ai définie l'année où j'ai fait mon séminaire sur l'éthique. C'est celle de l'amour courtois

en tant que nous pouvons y repérer d'une façon éminente les termes :

  • I : idéal du moi,

  • (a) : l'objet(a),

  • i(a) : image du (a) le fondement du moi,

  • et S.


Cette structure privilégiée - je ne puis ici, que renvoyer à mon séminaire sur l'éthique ceux qui y ont assisté - est liée à

ce quelque chose qui est l'amour courtois et qui est tellement important pour nous, pour révéler les structures de la sublimation.
Le centre de la vie de DANTE et de son œuvre c'est, comme le souligne fortement une tête aussi rassise que M. Étienne GILSON89, son choix de BÉATRICE et l'existence, l'existence réelle, de la personne désignée dans son œuvre sous ce nom.

C'est dans la mesure où DANTE - comme la seule suite de son œuvre le désigne et s'en origine dans la Vita Nuova 90 -

est un poète lié à la technique de l'amour courtois qu'il trouve, qu'il structure ce lieu élu où se désigne un certain rapport à l'Autre comme tel, suspendu à cette limite du champ de la jouissance que j'ai appelé « la limite de la brillance ou de la beauté ».
C'est en tant que la jouissance - je ne dis pas le plaisir - est soustraite au champ de l'amour courtois qu'une certaine configuration s'instaure où est permis un certain équilibre de la vérité et du savoir. C'est proprement ce qu'on a appelé - sachant ce qu'on faisait –

le gai savoir.
Et dans mille termes de ce champ ainsi défini, où les érudits se perdent faute de pouvoir y apporter la moindre orientation philosophique, là nous trouvons mille termes qui nous désignent les références topologiques. Un terme très éminent

par exemple celui-ci, qui est employé pour référer à la fonction de l'Autre et de l'Autre aimé, que la femme choisie

est celle [...] ce qui nous paraît paradoxal, mais c’est dans Guillaume IX D'AQUITAINE : « le Bon Voisin ». Ce «  Bon Voisin »,

pour moi - si j'avais le temps je pourrai y insister - …est là aussi proche que possible de ce qui, dans la théorie mathématique la plus moderne s'appelle la fonction du voisinage : ce point absolument fondamental à instaurer cette dimension

que j'ai introduite tout à l'heure de l'ensemble ouvert et de l'ensemble fermé.
Dans le développement que j'aurai à poursuivre sur le sujet de la structure, celle que je ramènerai…

après l'avoir introduite l'année dernière sous la forme qu'elle a pour l'instant,

c'est un fait, ça s'appelle comme ça, c'est la bouteille de Klein

…permettra de structurer d'une façon décisive, ce que j'entends ici par « ce rapport du sujet à l'Autre ».
C'est en tant que DANTE, poète courtois le rejoint, qu'il peut faire les rencontres que je viens maintenant, je pense…

il est trop tard en tout cas, pour savoir si je l'ai atteint cette année, dans la suite vous me le prouverez

…j'ai suffisamment repéré ce dont il s'agit.
Nous arrivons à l'heure de deux heures et par conséquent, ce que je n'ai pas pu faire autrement - tout à l'heure -

que de vous annoncer - et ce dont je me réjouis maintenant de ne vous avoir pas dit plus : comme cela vous n'aurez pas trop le sentiment d'être frustrés - ce dont je voulais parler comme second temps aujourd'hui, je n'ai pas le temps de le faire.
Je le ferai donc à mon prochain séminaire, et à ce titre, les gens qui sont invités au troisième séminaire,

seront donc invités cette fois-ci, du même coup au quatrième séminaire.

26 Janvier l966 Table des séances

STEIN CONTÉ MELMAN AUDOUARD

LACAN
Mes chers amis, la question est de l'existence et du fonctionnement de ce séminaire fermé. Ce qui m'a décidé à le faire,

c'est que j'entends que s'y produise ce qu'on appelle plus ou moins proprement un dialogue. Ce terme est vague et on en abuse beaucoup. Le dialogue tel qu'il peut se produire dans le cadre que j'essaie de fonder de ce séminaire fermé n'a rien de privilégié au regard de tout dialogue.
Tout récemment par exemple quelqu'un est venu me demander quelque chose, ce quelque chose était en soi quelque chose de si exorbitant et impossible à accorder que je n'ai même pas cru un instant que c'était ça qu'on me demandait. Le résultat c'est que, concédant quelque chose que je pouvais tout à fait accorder, la personne qui était en face de moi a été convaincue que je lui accordais ce qui était selon son désir et qui, je vous le répète, était tellement hors des limites de la possibilité

que je ne pouvais même pas penser que c'était ça qu'on me demandait.
Tel est l'exemple, facile à rapprocher d'une foule de vos expériences de ce que c'est qu'un dialogue. Il est évident que tout dialogue repose sur un foncier malentendu. Ce n'est tout de même pas une raison pour qu'on ne le provoque pas ne serait-ce

que pour en faire ensuite le bilan et en démontrer le mécanisme. J'ai assuré, je pense la transition.
La dernière fois, vous avez entendu un travail fort sérieux et fort honnête qui a fort plu, à la suite de quoi j'ai fait

des développements, trop brefs sans doute au regard de tout ce que j'aurais pu apporter sur ce sujet énorme,

qui revient en somme à dire ce qu'est la fonction du désir dans La Divine Comédie.
Cette comédie, divine ou pas, je ne la recommencerai pas aujourd'hui. Je veux qu'aujourd'hui la séance soit remplie par les réponses, si courtes soient-elles, que pourra évoquer chez chacun de vous ce que vous allez entendre.
Vous allez entendre quelque chose certainement de très soigné. Tous ceux qui sont ici étaient, je pense, déjà le dernier

mercredi de Décembre, à ce séminaire. Vous avez entendu un exposé très remarquable de GREEN sur ce qui est

actuellement issu de ma définition de l'objet(a). Ce travail paraîtra, et à partir de sa parution, c'est-à-dire des textes que

vous pourrez tous avoir en main, sera repris à un des futures séminaires fermés. C'est du travail de GREEN que je parle.
D'autre part, vous avez eu une présentation de mon élève CONTÉ, un certain nombre de questions posées par mon élève MELMAN. Ces trois travaux qui ont été très préparés, ont suffi à remplir le quatrième mercredi auquel je fais allusion, celui du mois de Décembre. Il est dans la ligne des choses - et de ce fait promis - que vous entendiez aujourd'hui une réponse de STEIN.
J'ai appris hier soir de lui, avec plaisir, qu'il me demandait de parler plus d'une demi-heure. Qu'il parle tout le temps qu'il voudra !

À une seule condition : de manière à laisser la moitié de la séance pour les réponses qui, j'espère, se manifesteront.

Je m'excuse donc auprès de lui si je m'engage comme je le fais à ne pas prendre la parole moi-même aujourd'hui.
Puisqu'il s'avère pour certains que c'est la présence même de cette parole qui les met dans une position à ne pas vouloir

- je résume, c'est bien plus complexe - s'exposer à je ne sais quelle comparaison dont la référence, à une occasion semblable,

me paraît absolument à la limite de l'analysable, n'est-ce pas.
J'obtiendrai, ou je n'obtiendrai pas…

mais il ne s'agit pas, pour moi du tout, de la valeur du travail que j'ai fait pour vous ici

…j'obtiendrai donc ou je n'obtiendrai pas qu'on intervienne.
Je vous prie donc maintenant de prêter votre attention à ce que va nous dire STEIN à qui je passe immédiatement la parole.

Conrad STEIN


Je prendrai pour point de départ de mes réponses, les remarques très précises et très pertinentes que CONTÉ a faites

la dernière fois et du même coup, je serai amené à répondre à un certain nombre de questions de MELMAN

pour ensuite relever un problème qui concerne tout particulièrement l'exposé de MELMAN.
Je crois qu'au centre de la préoccupation de CONTÉ, à propos des deux articles de moi qu'il a analysés, se trouvait cette notion de situation fusionnelle. C'est sur ce que CONTÉ relève ainsi qu'il insiste au départ et il cite deux phrases de moi,

deux phrases qui figurent dans le premier article :

  • l'une : « Il y a un unique ça parlant et écoutant… »

  • et la deuxième : « Le patient et l'analyste tendent à être tous deux en un, en lequel est tout. »


À partir de là CONTÉ note que de tels états sont rares. Il est ainsi conduit à me demander :

l) si je rapporte ces états à une structure névrotique déterminée.

2) Comment je situe ces états par rapport à l'ensemble de la cure.
Arrêtons-nous donc à cette première question de CONTÉ. La réponse que j'espère pouvoir vous fournir, servira

dans une grande mesure de clé pour toutes les autres questions et pour toutes les autres objections qui m'ont été faites.

Ma réponse pourrait être la suivante : il est vrai que je rapporte ces états à une structure déterminée, à une structure névrotique déterminée, mais cette structure déterminée concerne tous les patients, l'ensemble de tous les patients capables de transfert.
Je dirai encore : oui, je rapporte tous ces états à une structure commune qui définit cette catégorie, et que j'essaierai d'élucider un peu tout à l'heure.
Je répondrai : non, s'il fallait prendre « structure », structure névrotique au sens strict du terme, c'est à dire ce qui distingue une forme de névrose d'une autre. Je ne pense pas que ces états ne se rencontrent que dans l'une des formes de névroses

que l'on peut distinguer.
Quant à l'ensemble de la cure, je dois dire que la question est un peu plus difficile étant donné que dans ces travaux

- travaux que j'ai donnés jusqu'à maintenant - l'ensemble de la cure n'est pas encore pris en considération en ce qui différencie dans ses phases successives.
Ce n'est pas de ça que j'ai traité pour l'instant. Par contre il s'agit bien de choses, de phénomènes qui se rencontrent d'un bout à l'autre de la cure, c'est à dire que dans ce premier stade, j'ai pris en considération quelque chose qui est commun, qui concerne non pas la cure mais qui concerne la séance analytique, quelle qu'elle soit, c'est à dire que j'essaie pour mon usage personnel - en premier lieu d'ailleurs - de trouver des repères qui soient valables pour la première séance aussi bien que pour la dernière dune cure.
Les réponses que je viens de donner ainsi à CONTÉ sont en contradiction avec la notion, que je privilégie selon CONTÉ, d'états rares. Je pourrais objecter à cela : ou bien peu importe que ces états soient rares s'ils sont exemplaires.

Je pourrais aussi objecter à cela : moi je les rencontre très fréquemment. Vous ne manqueriez pas de trouver que l'une

ou l'autre réponse serait trop subjective pour servir de base à une discussion. Ce caractère subjectif de ma réponse serait encore accru si je vous rappelais qu'il s'agit là d'états limites qui ne sauraient être réalisés. Ce qu'on peut percevoir c’est que ce sont seulement des états qui peuvent - c'est ce que j'ai fait - être décrits comme tendant plus ou moins vers cette limite.
Pour abandonner ce registre par trop subjectif, nous devons considérer que les cas limites en question ne sauraient être réalisés

et sont, par définition même, imaginaires. Nous sommes donc amenés à définir cet état imaginaire, ce qui revient plus précisément à définir le sens de la proposition : « ça parle ». C'est à propos de la définition du sens de cette proposition

que je vais être amené à vous exposer un argument qui est peut-être un peu nouveau mais qui devrait vous servir de clé

pour les principales questions qui ont été soulevées.
Je suis donc obligé de vous demander une attention particulièrement soutenue pendant quelques instants,

puisque je suis obligé de vous énoncer un certain nombre de propositions sous une forme assez aride.
Il s'agit donc d'élucider le sens de la proposition : « ça parle ». Nommons prédication toute proposition qui désigne

un sujet par le moyen de son prédicat.

Ce sujet, appelons-le sujet du prédicat. Quant à celui qui est à l'origine ou celui qui est l'agent de la prédication, celui qui, réellement, prononce les paroles et qui n'est pas habituellement représenté par un terme de la proposition, celui qui pourrait faire précéder la proposition d'un « Je dis », appelons-le sujet prédicant. S'il n'est pas grammatical, c'est un sujet supposé.

Vous noterez qu'il est nécessairement toujours à la première personne.Maintenant, convenons que dans toute proposition,

le sujet du prédicat est le terme qui désigne un patient déterminé une fois pour toutes.
Dans la situation analytique, il s'agit de celui que l'on appelle habituellement le patient, et si l'on voulait examiner avec cette méthode le contenu d'un dialogue quelconque, celui dont vous parlait LACAN tout à l'heure, eh bien, le patient pourrait être choisi arbitrairement mais il devrait rester toujours le même. Le patient doit rester toujours le même, qu'il soit parlé de lui, qu'il soit parlé à lui, ou qu'il parle lui-même.
Je vous donne un exemple pour bien préciser les choses. Le patient…

disons dans la situation analytique puisque en fait, ce n'est que celle-là que nous aurons en vue aujourd'hui et que je n'irai pas jusqu'à l'extrapolation qui concerne tout dialogue

…le patient dit à son psychanalyste :

« Vous ne répondez pas à mon attente. »
Le sujet du prédicat, contrairement aux apparences, est contenu dans « mon ». Ce qui veut dire que cette phrase, pour éclairer les choses, pourrait être transposée :

« J'attends en vain votre réponse ».
Là le sujet du prédicat serait bien « Je » : « Je » (prédicat) attends votre réponse. À ceci vous objecterez que les deux phrases n'ont pas le même sens. Je vous répondrai que cela nous montre qu'il n'est pas indifférent que le sujet du prédicat y figure d'une manière ou d'une autre. Notre proposition à nous : « 
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