Leçon 1 01 Décembre 1965








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l'unique ça parlant et écoutant » désigne bien évidemment le fantasme du patient, fantasme que trahit, au point de vue phénoménologique, un certain affect, une certaine manière d'être, temporaire, aléatoire, que j'ai désignée comme étant l'expansion narcissique.
Il ne s’agit pas du tout que l'on retienne cette terminologie qui n'a pas une importance fondamentale.

Ce qui est important c'est de souligner le caractère irréductiblement inconscient du fantasme du patient en énonçant…

plutôt que de parler d'expansion narcissique puisque nous faisons la théorie

…en l'énonçant, ce fantasme, de la manière suivante : « Ça dit tu es Je ». Vous remarquerez que « tu es Je », cette formule

n'est pas spécularisable et qu'il n'y qu'un « ça », ce qui répond, je crois suffisamment à la question de CONTÉ .
Autre question :
CONTÉ dit que pour moi le narcissisme primaire paraît - il ne l'assure pas - paraît comme un pas primordial,

comme un pas anté-verbal ou pré-verbal du développement. Par ailleurs le patient se posant comme l'objet manquant

à son psychanalyste, parait dans son travail viser à la restauration du narcissisme de l'autre. Cette restauration du narcissisme de l'autre se présenterait comme le mythe ou le fantasme de la complétude du désir de l'autre.
Alors CONTÉ se demande : quel est l'aspect décisif et comment les deux aspects s'articulent-il entre eux ?
Eh bien ma réponse : sur le premier point, je crois que j'ai suffisamment répondu pour ne pas avoir à donner des précisions

sur le fait qu'il est bien évident que je ne puis considérer le narcissisme primaire comme quelque chose d'anté-verbal ou de pré-verbal, c’est ce que j'ai essayé de vous montrer tout à l'heure.
Pour le deuxième point, je dirai à CONTÉ que je crois qu'il faut distinguer le fantasme narcissique ou le mythe narcissique.

Du moins on peut les distinguer. Le fantasme narcissique c'est le fantasme du patient : il est inconscient.
Le mythe narcissique

voilà une notion, peut-être un peu plus nouvelle que CONTÉ introduit ainsi

le mythe narcissique, lui, n'est pas inconscient mais conscient ou préconscient, susceptible de devenir conscient, ce mythe narcissique est celui selon lequel l'autre pourrait accomplir ou combler son désir.
Le mythe narcissique serait par exemple :

  • le mythe du psychanalyste ordonnateur du destin,

  • le mythe du psychanalyste érigé dans une fonction qui est à proprement parler celle d'une idole.


CONTÉ et MELMAN, par ailleurs ont voulu s'interroger sur le rapport des repères fournis par mes deux premiers textes

avec un certain nombre des principales catégories lacaniennes. Ils se sont alors trouvés gênés de ce que le narcissisme primaire décrit en première approximation comme un état-limite de fusion, pouvait apparaître dans un aspect, en quelque sorte, amorphe.
Peut-être les précisions que leurs remarques m'ont amené à formuler quant à la signification de la proposition « ça parle », peut-être ces remarques, ces clés que j'ai essayé de fournir en une première approximation contribueront-elles à mieux poser

les éléments d'une telle confrontation. Cependant, il reste, ne l'oublions pas que mon premier article introductif conserve et conservera un caractère plus descriptif que théorique à proprement parler, et que le deuxième article que CONTÉ a résumé vise à situer la parole du patient dans un plan défini par deux axes de coordonnées :

  • celui imaginaire où « ça parle »,

  • et celui formel où « il parle », désignant la première personne par le moyen de l'attribution de son objet.


La progression asymptotique vers le premier de ces axes je l'ai appelé « mouvement de régression topique », et la progression asymptotique vers le second de ces axes je l'ai appelé « mouvement du refoulement ». Ceci justifie pleinement l'impression

de CONTÉ et de MELMAN qu'il s'agit là - comme ils disent - d'un cadrage de la situation analytique en référence à l'opposition, je ne dirais pas tellement de deux termes, comme ils disent, mais plutôt de deux axes.
CONTÉ a très bien senti par ailleurs que dans toute la mesure où un tel repérage conduisait à évoquer

la relation sadomasochiste dans le transfert comme je le fais dans le deuxième article, un troisième terme s'y trouvait déjà nécessairement impliqué, troisième terme qui sera introduit dans le troisième de ces articles que MELMAN a commenté, celui de La fonction de prédication de la parole du psychanalyste.
Mais il reste qu'en ce troisième article le travail est loin d'être achevé. C'est bien cet inachèvement qui rend la confrontation en quelque sorte bancale. La question de la situation de la castration par rapport à la frustration, sur laquelle s'achève

le commentaire de CONTÉ , sera abordée corrélativement à celle de la constitution de l'idéal du moi en tant qu'héritier

du narcissisme primaire. Cela, je ne l'ai pas encore fait, mais c'est seulement alors que je pourrai parler de l'évolution

et de la terminaison de la cure.
À propos de la terminaison de la cure, il est peut-être maintenant inutile que je dise…

comme le pensent peut-être CONTÉ et MELMAN

…que je dise si je puis la subordonner à quelque artifice dit technique.
Je crois avoir évoqué - sinon répondu à - toutes les questions et remarques de CONTÉ et à un grand nombre de celles

de MELMAN. Pour CONTÉ, il ne reste que la question du rêve pour laquelle la réponse serait d'ailleurs un exercice

très instructif mais je n'ai pas le temps. Mais il y a une sorte de reste en ce qui concerne MELMAN, je dois lui répondre séparément sur ce qui parait faire entre lui et moi - ce qui a paru faire, tout au moins l'autre jour, entre lui et moi –

le principal malentendu.
Voici de quoi il s'agit. Comment - dit MELMAN - l'analyste pourrait-il faire de sa parole la garantie de vérité alors que

le patient, dans le transfert, lui attribue un pouvoir qu'il n'a pas. C'est ce que dit MELMAN me faisant parler,

ce qu'il me fait dire. Or je n'ai rien dit qui puisse prêter à une telle paraphrase.
J'ai écrit - et ici MELMAN me cite correctement et même à deux reprises - dans un article qui au demeurant ne traite pas

de la parole prononcé par le psychanalyste, c'est peut-être un artifice de faire un article laissant pour plus tard la question

de la parole effectivement prononcée par le psychanalyste, mais cet artifice a été le mien. J'ai écrit dans cet article :
« Il n'y aurait pas de psychanalyse si le psychanalyste prétendait à tout instant se poser en fidèle serviteur de la vérité. »
Voilà ce que j'ai écrit et dans un contexte qui ne laisse - je crois - aucun doute sur le sens de cette phrase.

Pour être encore plus explicite, replaçons le terme serviteur, si vous voulez, par le terme champion : « champion de la vérité ».
Qu'il ne s'en fasse pas le champion à tout instant ne signifie point qu'il ne serve point à ce que, tôt ou tard, cette vérité éclate.

D'une manière générale, cela signifie donc qu'il se tait et qu'il n'empêche pas le patient de parler. Il ne s'oppose pas au développement du transfert en lequel le patient fait de lui un trompeur trompé, cela n'implique point - tout au contraire - qu'il accepte ou qu'il entérine cette position lorsqu'à son tour il vient à parler, c'est-à-dire à interpréter.

La place d'où le psychanalyste parle n'est pas la même que celle d'où, dans le transfert, il est supposé parler. C'est essentiel.
Une remarque un peu incidente quand même, n'est–ce pas ? À ce propos MELMAN parle de la place d'où la parole de l'analyste prendrait cette brillance si singulière. C'est une très belle expression. Mais lorsqu'on parle de ce problème :

  • de la place de l'analyste,

  • de la place occupée par l'analyste,

  • de la place où l'analyste parle,

…je crois qu'il y a souvent dans le dialogue une certaine confusion entre un problème de droit et un problème de fait.
Je ne pense pas que nous soyons là en premier lieu pour dire de quelle place le psychanalyste doit parler, pour que sa parole prenne cette brillance si singulière, mais je crois que nous sommes là pour examiner en premier lieu, de quelle place il s'avère que le psychanalyste parle. Je soutiendrai cette considération d'une remarque qui peut paraître peut-être un peu méchante,

mais MELMAN m'accordera bien que la parole de tel de ses collègues analystes - pour l'intelligence de qui il n'a pas la plus grande estime, je ne mentionne personne, c'est un exemple - dont il considère que cet analyste ne comprend pas grand chose à l'analyse et à ce qu'il fait, il m'accordera que même dans ce cas, pour peu qu'il soit en situation d'analyste avec son patient,

il arrive bien de temps à autre que sa parole prenne cette brillance.
En fait, peut-être pas pour nous qui pourrions avoir le compte-rendu de l'analyse, mais pour son patient. Il ne s'agit donc pas tellement de la question de droit mais de la question de fait. MELMAN note que la parole, considérée indépendamment de son contenu qu'il m'accorde, semble évoquer essentiellement la place d'où la parole de l'analyste prendrait, dit-il,

cette brillance si singulière. Il s'agit, dis-je, bien de la question de la place de celui qui prononce la parole, autrement dit

du statut du sujet prédicant. Celui qui prononça l'interprétation désigne le patient comme sujet du prédicat à la 2ème personne.
Il n'a pas le même statut que celui qui, supposé parler dans le transfert est supposé désigner le patient à la deuxième personne, alors qu'il est en fait désigné par lui-même à la première, dans sa forme réfléchie : moi.
Le psychanalyste ainsi supposé parler, occupe la place du sujet du mythe de l'accomplissement narcissique. Il est supposé

à l'origine de toute chose. Le psychanalyste donnant l'interprétation occupe la place d'un sujet lui-même désigné à son tour

à la deuxième personne par un autre. Au contraire de celui qui est supposé à l'origine de toute chose, il est marqué par sa place dans la succession de la généalogie.
Je serais très bref pour terminer, mais il me reste à répondre à la suggestion que M. LACAN nous a faite à l'issue

de la dernière réunion, de la réunion où il a été question de ces textes. Il nous a suggéré de reprendre aujourd'hui

notre débat à partir de l'idée suivante : si l'analyste est dans une certaine position, ce ne peut être que celle de la Verneinung

et non celle d'une Bejahung.
Bejahung, c'est en français, tout simplement l'affirmation. Or, chacun sait que la prédication peut prendre une forme affirmative ou négative, la catégorie de la prédication ne saurait donc être ni celle de l'affirmation ni celle de la négation.

Voilà qui récuse, je crois, l'argument de M. LACAN selon lequel je situerais, moi, le psychanalyste dans une position d'affirmation, de Bejahung.
Et pour tenter de situer ce que j'ai tenté de formuler aujourd'hui dans l'optique de la suggestion de M. LACAN,

je dirai en très bref, ceci. La parole du psychanalyste désignant le sujet à la deuxième personne est incompatible avec

l'imaginaire « tu es Je » du narcissisme, je vous le rappelle.
Lorsque la parole du psychanalyste est entendue, elle ne peut être reçue :

  • que comme une coupure,

  • que comme la coupure constitutive du désir,

  • que comme un déni de narcissisme, répétition du premier déni mythique où le fantasme « tu es Je » s'était constitué dans l'aliénation de la fonction de prédication ou fonction de déni, car c'est une seule et même chose ici, de la parole.


Ou selon les termes de FREUD, cette parole ne peut être reçue que comme un déni de toute puissance infantile,

première formulation de FREUD, ou disons, comme un déni de toute puissance narcissique, pour s'en référer à

la formulation ultérieure de FREUD. Déni qui est par conséquent corrélatif du refoulement.

Ce déni de toute puissance est au mieux illustré par la parole suivante, par la parole : « du fait de votre souhait », parole que le psychanalyste ajoute au texte du rêve de son patient : « Il ne savait pas qu'il était mort » suscitant ainsi la dénégation du patient :

« tel n'est point mon souhait ».
Voilà ce que je voulais vous dire.

LACAN

STEIN, Je vous remercie beaucoup de ce que vous avez bien voulu apporter comme rassemblement de précisions sur

ce que vous nous avez présenté d'ailleurs comme n'étant que les trois premiers temps de quelque chose qui est votre projet et qui, assurément doit en comporter au moins un autre, n'est-ce pas ?
Il faut donc que je vous remercie de deux choses :


  • d'abord d'avoir réussi à en sortir cette première partie,

  • deuxièmement d'avoir bien voulu nous les situer dans l'ensemble de votre dessein.


Je ne vais pas - comme je l'ai annoncé tout à l'heure, conformément à ce que j'ai annoncé - je n'interviendrais pas aujourd'hui ni sur le fond ni sur les détails de l'articulation que vous nous avez apportée, comptant sur les personnes qui vous ont entendu dans l'assistance pour apporter de premières remarques.
Je ne puis dire qu'une chose c'est que je me félicite, au-delà de ce qui a été la motivation immédiate pour laquelle j'ai voulu que certains de ces articles, dans l'ensemble et précisément à propos du premier, la discussion fût portée ici dans le cadre de notre séminaire. Assurément, dans ce que vous avez énoncé un certain malentendu a été dissipé concernant l'essence de ce que vous vouliez dire. Il reste néanmoins que ceci ne veut pas dire que je puisse être d'accord sur l'ensemble

de votre situation du problème puisque c'est de cela qu'il s'agit.
Mais c'est assurément une chose assez profondément armaturée pour que cela nous désigne très bien le niveau où se placent certains problèmes essentiels. Je pense que…

car les limites que vous impliquez du développement de cette situation analytique peuvent être dépassées

…que c'est ici justement, là, une base, un point d'appui qui peut m'être excessivement précieux pour repérer en quoi ce que j'articule cette année me permet de critiquer cette position. Je le ferai assurément d'autant plus…

et d'autant plus aisément, et d'une façon d'autant plus pertinente pour tous

…que vous verrez où en sont tels ou tels de mes auditeurs par rapport à l'audition que cette présentation d'aujourd'hui impose.
Néanmoins, je ne peux pas, dès maintenant ne pas faire une rectification. Elle est importante. Je suis vraiment tout à fait désolé que le texte que je vous ai communiqué où particulièrement MELMAN avait apporté ses corrections, ait laissé passer dans la dernière page ce qui n'était de ma part, même pas un jalon, une corde lancée de votre côté.

J'ai parlé le temps de deux pages et demie.
Il y a en effet écrit dans ce texte le mot dont peut-être l'incorrection aurait dû vous éveiller, le mot « Verneunung » qui n'existe pas.

Vous avez traduit Verneinung et j'avais dit Verleugnung. De sorte que ceci met un peu en porte à faux - sans du tout d'ailleurs en diminuer l'intérêt - ce que vous m'avez, à moi, directement répondu en terminant.
STEIN  - Je suis beaucoup plus d'accord avec Verleugnung.
LACAN
Alors, je demande d'abord, ce qui est naturel, à ceux à qui il a été répondu, à savoir nommément CONTÉ et MELMAN s'ils veulent bien maintenant prendre la parole. CONTÉ, vous avez pris des notes. Est-ce que vous voulez vous réserver un temps de réflexion ou est-ce que vous pouvez dès maintenant aborder ce que vous avez à dire ? Ne parlez pas de votre place, venez ici.
Alors puisqu'il est possible que les choses se passent assez bien à mon gré pour que tout à l'heure le départ se fasse par échelon comme il arrive, à savoir que quelques-uns soient limités par l'heure et s'en aillent, je tiens à vous en annoncer,

c'est une des raisons pour lesquelles tout à l'heure je me réjouissais qu'ait pris dans l'ensemble de mon séminaire cette année, cette place qui a été prise par un discours tel que celui que nous venons d'entendre. En effet, peut-être n'en saisissez-vous pas dès maintenant le rapport mais je crois qu'il n'y a pas de meilleur texte…

qui nous permette de relancer certaines des affirmations que j'entends discuter, de ce que nous a annoncé STEIN que celui–ci, ce texte, celui que je vous avais annoncé la dernière fois, avant que Mme PARISOT vous parle de l'article de DRAGONETTI sur DANTE. Je ne peux, bien sûr, aucunement aujourd'hui commenter la fonction que j'entends lui réserver.

Mais après tout, pour ne pas l'aborder dans un effet de surprise et que quiconque à sa venue ait à tomber de son haut,

je vous annonce à toutes fins utiles, c'est-à-dire pour que vous en rafraîchissiez votre connaissance, voire même que vous vous rapportiez aux commentaires nombreux et essentiels qu'il a provoqués, ce texte d'où je partirai la prochaine fois,

que je prendrai comme relais de la suite topologique qui, cette année, vous apprend à situer la fonction de l'objet(a),

n'est autre que Le pari de Pascal.
Ceux qui veulent - comme il convient - entendre ce qui se dit cette année, ont donc huit jours au moins, pour se référer

aux différentes éditions qui en ont été données. J'insiste - la plupart d'entre vous, j'espère, le savent - sur le fait qu'il y en a eu, depuis la première édition, celle des Messieurs de Port-Royal, une série de textes qui sont différents, je veux dire

qui se rapprochent plus ou moins, qui tendent à se rapprocher de plus en plus des deux petites feuilles de papier, écrites

d'une façon incroyablement grafouillée, des deux petites feuilles de papier recto-verso sur lesquelles ce qu'on a publié sur ce registre du pari de PASCAL se trouve nous avoir été laissé.
Donc je ne vous donne pas toute une bibliographie, à moins qu'à la fin quelqu'un me le demande.

Vous savez aussi que nombreux sont les philosophes qui se sont attachés à en démontrer la valeur et les incidences.
Là aussi ceux qui peuvent avoir à me demander quelque chose, sur les articles les plus gros auxquels il convient

qu'ils se réfèrent, pourront venir à l'occasion me le demander à moi-même à moins qu'un temps me soit laissé

qui me permette de les indiquer.

Claude CONTÉ


J'ai l'intention de me limiter à très peu de choses, et essentiellement de remercier STEIN de ce qu'il nous a apporté aujourd'hui qui, en effet, m’a paru en grande partie nouveau par rapport à ce que j'avais lu et qui nous permet de situer les choses dans une autre perspective.
Déjà, certainement, le troisième article sur Le jugement du psychanalyste, avec l'introduction de la fonction de prédication aurait certainement pu permettre de mieux comprendre son premier article et en tout cas, ce qu'il a dit ce matin qui est plus précis,

plus développé, laisse la plupart de mes remarques sans objet. Je dois dire que les difficultés qui se trouvaient soulevées

sont résolues à ce niveau-là, le problème c’est de les reporter à un autre niveau de discussion.
Je reste tout de même un tout petit peu sur ma faim sur un certain nombre de points notamment sur les rapports entre le registre du narcissisme et le registre du désir par conséquent la dimension de l'objet(a). Je ne vois pas encore très bien comment STEIN articule tous les registres.
Deuxième point : le deuxième article, celui sur le masochisme dans la cure insistait sur la référence à la parole prononcée par le psychanalyste comme réelle, ceci s'opposant à la dimension de l'imaginaire et je voulais demander à STEIN à ce propos s'il ne tend pas, dans ce texte, à situer le transfert - à faire basculer le transfert - un petit peu trop du côté de la demande

et est-ce qu'il n'y aurait pas là une partialité de sa part au niveau de cette présentation.
En fait, je crois que le débat doit maintenant se porter, en effet, sur la fonction de la prédication, et c'est là une référence

à laquelle je suis peu préparé pour intervenir. Je me réserverai une plus mûre réflexion à ce sujet. Et je me demande simplement à première écoute, à première audition, si on a à situer la prédication, cette première parole fondatrice originelle comme une prédication fondant le sujet c'est-à-dire attribuant au sujet un prédicat, le sujet devient tel, il est ceci ou cela,

ou si la prédication ne serait pas à rapporter plutôt à un jugement porté sur des objets, ce qui pourrait éventuellement développer ce point.
Et à propos de ce troisième article sur Le Jugement du psychanalyste, il y a là aussi quelque chose que pour l'instant je saisis mal dans la pensée de STEIN où justement l'articulation du niveau du désir est celui de la loi ou encore de l'interdiction,

c'est-à-dire le moment où STEIN passe du manque…

et par exemple l'analysé tentant de se poser comme objet manquant à l'analyste

…où il passe donc de ce niveau, à celui du manquement, où il s'agit là du manquement à une loi et où il s'agit donc

de l'interdiction, à savoir l'articulation très précise que fait STEIN entre le premier jugement fondateur, en tant qu'il établit

le sujet d'une part comme objet du désir et d'autre part comme sujet d'une faute passée.
Il y a là une articulation que je n'ai pas bien saisie, mais sans doute faute d'y avoir réfléchi.
C'est tout ce que je voulais dire pour aujourd'hui.
Charles MELMAN

Il me semble que l'un des grands mérites de ton exposé est en tout cas de l'avoir rendu peut-être à tes auditeurs,

beaucoup plus clair que nous n'avons essayé de le faire avec CONTÉ : quelles sont tes positions et ton avis sur la cure,

ce qui bien sûr permet d'engager une discussion peut-être plus aisément.
Ce que je voudrais tout de même te dire, c'est que j'ai lu tes textes avec beaucoup d'intérêt et certainement d'autant plus grand que comme j'avais essayé de le dire la dernière fois, tout ce qui peut se présenter comme un effort de théorisation générale c’est à dire de ce qui se passe dans l'analyse, ne peut que bien entendu qu'éveiller toute notre attention, tout notre intérêt et toute notre sympathie, bien sûr.
Ceci dit, j'ai eu l'impression et le sentiment, en lisant justement ces trois textes - les trois derniers textes récents - qu'il était possible d'articuler les divers termes que tu avances, et qui sont ceux d'expansion narcissique primaire, tu nous as dit aujourd'hui, qu'après tout, ce terme tu n'y tenais pas trop, tu l'abandonnerais volontiers , je veux bien.
STEIN
Je précise qu'il ne s'agit pas là… que ce terme ne se réfère pas à un concept théorique.

C'est pour ça que j'ai dit que je le considère comme descriptif donc comme d'une importance effectivement secondaire.
LACAN
C'est une précision très importante étant donné le caractère généralement essentiellement théorique qu'on donne au terme de narcissisme primaire.
MELMAN
Essentiellement théorique et très difficile à situer, je veux dire à l’intérieur de ton texte. Je veux dire qu'on a parfois l'impression… je veux dire que par exemple, quand tu situes le narcissisme primaire - ou tout au moins le but du narcissisme primaire - comme la retrouvaille de cet objet mythique perdu, il est bien certain que tu t'engages là dans une certaine voie,

un certain mode d'approche de ce terme.
Mais ce que je voulais te dire c'est que j'ai regroupé en quelque sorte, tes diverses propositions et tes divers termes autour

de quelque chose qui me semble être une position. Cette position est celle qui ferait de la parole de l'analyste un objet(a).

C'est autour de cela que j'ai essayé de te parler et c'est également, je dis bien autour de cela, qu'il me semble que les divers moments de tes textes semblent très bien s'articuler.
Lorsque tu dis que la parole de l'analyste est susceptible de prendre ce que j'appelais - d’ailleurs de manière un peu forcée, enfin - de prendre cette brillance si singulière. Je n'en doute bien sûr absolument pas, la question essentielle me paraissant bien plutôt celle de la position de l'analyste à l'égard de sa propre parole et en tant qu'elle est susceptible de figurer pour

le patient cet objet particulier, cet objet singulier.
Pour reprendre les choses peut–être un petit peu par le commencement, ce qui m'a semblé, je dois dire, coincer, en quelque sorte les développements de ces textes, en quelque sorte les réduire constamment à ce jeu duel entre le patient et l'analyste,

ou les choses comme cela, oscillent de l'un à l'autre dans un mouvement où, comme tu le dis très clairement :

« on se demande comment ça peut finir ».
Car enfin tu le dis quand même très clairement, tu poses en tout cas la question de façon très claire et tu as une certaine franchise, il me semble que la référence à l'Autre - j'entends ici bien entendu le grand Autre - le défaut de références

que tu fais ici au grand Autre est le point où justement les choses viennent dans le texte s'agglutiner, se colmater

et on finit par se demander comment elles peuvent se dénouer.
Par exemple, j'aurais tendance à interpréter ce que tu définis sous le terme de situation fusionnelle par lequel tu as commencé ton propos, je veux dire la réalisation de cet unique « ça parlant et écoutant »…

que CONTÉ a relevé d'ailleurs comme un phénomène bien sûr possible mais rare

…j'aurais bien sûr tendance à essayer de l'évoquer dans cette dimension qui serait, peut-être éventuellement celle où le patient pourrait avoir le sentiment que sa parole risquerait de rejoindre un discours, le discours de l'Autre, où toute séparation à partir de ce moment là, où toute rupture, où tout hiatus, où toute distance se trouverait abolie.
Je me demande aussi, si d'introduire cette référence ne permettrait pas de situer à mesure en tout cas…

je t'en demande pardon s'ils n'ont pas été en t'écoutant là forcément toujours suffisamment attentifs

…mais ce que tu introduis au sujet de cette distinction des diverses personnes au sujet du « tu » et du « il » qui sont des catégories grammaticales qui, bien sûr, sont essentielles mais dont je dois dire, je me demande chaque fois en t'écoutant comment tu les utilises.
Je veux dire est-ce que tu les prends, est-ce que tu les relèves telles quelles dans le sujet de ton patient, je veux dire, est-ce que quand le patient dit « je » par exemple, à partir de là est–ce que tu le fais rentrer dans l'une des trois catégories que tu as isolées : désignation du sujet du prédicat à la deuxième personne, ou à la première personne réfléchie, ou bien encore, désignation du sujet du prédicat à la seconde personne, n'est–ce pas ?
Autrement dit, tout ce que tu introduis là dans un effort de distinction et d'analyse, du « Je », du « tu », et du « il »,

je me demande s'il peut même, je dirais être situé en dehors de cette référence à ce lieu tiers d'où le sujet reçoit sa parole à lui en tant que sujet. Pour ce qui est de cette petite pointe, comme cela, que tu avances concernant la vérité,

la question de la vérité, permets-moi de te citer, lorsque tu dis ceci, dans ce texte sur le masochisme :
« Le psychanalyste est appelée à intervenir, il est appelé de deux côtés à la fois. Dans le transfert le patient l'appelle en un lieu où il n'est pas.

Il le situe au lieu supposé du pouvoir, du fait duquel il éprouve la frustration, c'est-à-dire ce pouvoir de réalité que l'analyste détiendrait

et dont il pourrait faire usage à son gré pour interrompre l'expansion narcissique du patient. Au nom de la vérité, il serait appelé à se prononcer sur le transfert, l'analyste, à dénoncer l'illusion du patient. Répondant au premier appel d'un lieu où il n'est pas, il tromperait le patient en acceptant de lui servir de leurre et de s'arroger un pouvoir qui n'est pas le sien. Au nom de la vérité, il devrait s'abstenir de répondre à l'appel du patient et intervenir pour se récuser. Mais, dans l'écoute de l'analyste, l'appel du patient est constant. Tolérer le transfert c'est déjà tromper puisque c'est l'écoute qui le suscite. L'analyste devrait donc intervenir constamment pour dénoncer le faux au nom du vrai et ne point entendre l'appel à la tromperie. Son efficacité alors serait celle du prédicateur et non plus celle du psychanalyste. »
Et c'est là que tu ajoutes : « Il n'y aurait pas de psychanalyse si le psychanalyste prétendait se poser à tout instant en fidèle serviteur de la vérité. »
Je crois que c'est certain, je crois que tu as parfaitement raison, mais je ne vois pas comment dans cette articulation là que tu avances, tu ménages – ce qui parait néanmoins essentiel pour tout développement possible de la cure, à moins qu'elle ne devienne… je ne saurais pas trop exactement comment la situer – à moins que tu ne laisses une place pour, néanmoins dans ce mouvement, permettre l'existence de sa dimension qui serait celle de la vérité.

STEIN
Là je te réponds tout de suite. C'est que, il n'en est pas traité à ce point-là. Quant au terme prédicateur, dans ce texte

il est bien évident que les développements ultérieurs vont n'amener à le supprimer. Jusque-là je l'avais simplement pris dans le sens de celui qui fait des sermons. Donc pour qu'il n'y ait pas de confusion, il sera supprimé là. C'est évident
MELMAN
Bon. Entendu comme cela. Je reprendrai peut–être également, peut–être à mon compte, peut-être en tout dernier lieu,

ce que tu dis à l'égard du sujet prédicant qui tient une place importante dans tes derniers développements qui je crois mérite une grande réflexion. C’est là, la fonction éventuellement prédicante que tu assignerais à l'analyste.
LACAN
Bon. STEIN a évidemment - je m'en suis aperçu seulement après coup, j'étais sous le charme de sa parole –

STEIN a sensiblement dépassé son temps, ce qui ne nous laisse pas suffisamment de temps pour la discussion que j'aurai attendue aujourd'hui. Maintenant, il y a place pour encore une personne. Est–ce que vous voulez intervenir GREEN ?
GREEN - Moi, je veux bien mais je ne veux pas priver les autres d'intervenir.
LACAN
Est-ce que MAJOR voudrait intervenir ?

Vous avez quelque chose à dire MAJOR ? Il faut que vous partiez. Bon...

Alors AUDOUARD ?

Xavier AUDOUARD

Il me semble que cette sorte d'univers grammatical où STEIN nous a situé tout à l'heure laisse à tout moment se constituer comme un reste. Et c'est sensible dans divers aspects de ses propos, par exemple lorsqu'il dit :

  • que même si le psychanalyste a une activité contestable, ou qu'il occupe une position contestable à notre regard, il reste cependant qu'il y a une certaine brillance dans ses propos,

  • que même si le psychanalyste n'est pas détenteur de la vérité, il reste cependant qu'il en est le serviteur fidèle,

  • que s'il est vrai que la prédication est toujours ou positive ou négative, il reste cependant que le champ propre de la prédication tombe hors du positif comme du négatif.


Et ce n'est pas peut-être pour rien que justement Verneinung ici a été entendu à la place de Verleugnung.

Car Verleugnung justement introduisait la dimension du mensonge qui est autre chose que la dénégation.
Dans cet univers grammatical où STEIN m'a paru situer les rapports de l'analyste avec l'analysé, il y a comme une sorte

de fidélité qui apparaît à tout moment, où l'effort de spécularisation qui se ferait par exemple entre le « Je » et le « tu »,

entre la première personne se réfléchissant, où le « tu » venant là réfléchir la première personne, il y a dans cet effet de spécularisation où STEIN essaie d'introduire le rapport de l'analysé avec l'analyste, il y a comme du non spécularisable qui apparaît à tout instant. En somme on pourrait dire que cet univers logique d'une réflexion du « tu » sur le « je » ou « je » sur lui-même n'est peut-être pas tout à fait négligeable dans une orientation d'une dialectique et que, même si on introduisait dans une orientation plus dialectique, encore resterait-il que dans cette dialectique on ne trouverait guère de fond ou de vérité qui la fonde.
C'est en liaison par exemple avec ce que Mme PARISOT nous a dit l'autre jour qu'on pourrait mettre tout ceci, à savoir qu'après tout le spécularisé n'est pas le spécularisable. Loin d'être le spécularisable il est peut-être simplement ce qui fait croire qu'il y a un spécularisable et que le spéculaire en tant que tel est toujours traversé par un reste qui tomba hors du champ de la réflexion.
En somme qu'il y ait une sorte d'abîme entre le sujet prédisant et le sujet du prédicat cela nous indique qu'il y a là entre eux deux, comme un monde, comme un vide, comme un quelque chose qui les éloigne, non certes sans pouvoir les dialectiser mais sans permettre à aucun moment que cela vise « tu es Je », sans que se constitue comme autre chose, comme un forçage qui n'appartient ni à la logique ni à la grammaire, mais à ce forçage particulier du désir.
La prédication ne me paraît pas être au départ un acte logique comme l'enfant dit que le chien fait « miaou » et le chat « wouh » - comme le disait LACAN - il ne s'agit pas d'une prédication qui appartient à l'ordre de la logique mais à l'ordre

de ce forçage particulier qu'est le désir. Enfin, c'est simplement pour indiquer dans quelle voie on pourrait à mon sens introduire une critique d'une interprétation, peut-être à mon sens, trop satisfaisante parce que trop grammairienne.
LACAN – GREEN, dites un mot.
GREEN
Je m'excuse : j'aurais besoin du tableau. Je m'efforcerai d'être aussi bref que possible. Je pense que je voudrais juste dire quelques mots concernant la formule de LACAN :

« Moi la vérité, je parle… » avec ce que vient de dire STEIN. Alors, si nous écrivons :
30
nous trouvons une phrase qui est en fait articulée selon deux axes : l'axe Moi-Je », et l'axe « la vérité-parle ».

Je pense que tout ça a un rapport avec ce que nous a dit STEIN des rapports entre le je, le moi et la parole.
AUDOUARD vient de faire remarquer que STEIN construit une équivalence des différents pronoms entre

le « Je », le « tu » et éventuellement le « il ».
De même que le sujet ne peut pas dire « je dis que tu es Je » :

  • du fait même que le « je dis que tu es je » est remplacé par « ça dit que tu es je »,

  • de ce fait même je crois que c'est cette équivalence entre les différents pronoms qui me paraît fausser les choses.


Pourquoi ? Parce que si à ce moment-là - en connotant sous forme d'index « ça dit que tu es Je » - on peut dire en quelque sorte que dans l'énonciation même, dans la succession de l'énonciation, à partir du moment où le « tu » parvient au « je »,

le je s'en trouve pour ainsi dire transformé et n'est plus le même Je qu'au départ et il est ramené au tu primitif.
Je crois que ce point est très essentiel pour concevoir qu'il y a là quelque chose, qui est une circularité close et que la seule façon de sortir de la circularité, la seule façon que ça ne constitue pas un système qui tourne en rond, est en effet de concevoir qu'il existe une différence entre le « tu » et le « Je », cette différence étant celle du grand Autre et celle du grand Autre barré en tant que justement ce qui libère la barre, c'est un reste.
Il faut qu'il y ait un reste, et pour qu'il y ait un reste il faut qu'il n'y ait pas d'équivalence entre les différentes valeurs pronominales.

Sur quoi tombons-nous là ? Nous tombons justement sur le terme, justement dont je parlais en premier : la vérité.

C'est-à-dire que STEIN a parlé du moi, qu'il a parlé du Je, qu'il a parlé de la parole, mais justement la question, reste pendante en ce qui concerne la vérité. L'analyste est-il ou non le fidèle serviteur de la vérité ?
Eh bien je crois que c'est là qu'il nous faut quand même revenir, à la formule proposée par LACAN comme spécifiant le transfert, à savoir que le transfert s'adresse à un sujet supposé savoir, supposé savoir quoi ? C'est toute la question.

Qu'est-ce qu'il sait le psychanalyste ? Eh bien ? Qu’est-ce qu’il sait ?
Je pense que tout le malentendu de la cure, toute sa Verleugnung c'est qu'il est censé savoir tout, sauf la vérité, et que c'est

dans la mesure où ce malentendu existe au départ, que la cure peut se poursuivre pour arriver finalement à une situation

où évidemment, il est bien entendu que le sujet supposé savoir n'est plus du côté de l'analyste, et que ce dont il est question, c'est bien une vérité qui ne peut être que celle du sujet. Je crois que nous trouvons une problématique tout à fait identique à celle que j'ai essayé d'analyser en ce qui concerne l'oracle chez les Grecs.
LACAN
J'essaierai de donner des formules encore plus précises mais celle-ci me parait vraiment massive et tout à fait fondamentale.
Est-ce que vous voulez, STEIN, répondre tout de suite, ou bien comme il est concevable…

car je vous annonce déjà que je ferai en Février trois séminaires, deux séminaires ouverts et

je ferai encore un séminaire fermé, le quatrième je serai, en principe, parti aux U.S.A.

…il est tout à fait concevable que le quatrième séminaire se passe à poursuivre une discussion si bien engagée.
Ce qui vous laisse tout loisir d'attendre pour répondre aux interventions d'aujourd'hui la prochaine fois, à moins que vous ne vouliez tout de suite placer quelques mots.
STEIN
Je ne pense pas qu'il me soit facile de faire une introduction substantielle la prochaine fois sur la base des remarques qui ont été faites aujourd'hui car ça ne mènerait à rien.
LACAN
Non, mais la prochaine fois il peut s'inscrire auprès de vous - ce serait plus simple - un certain nombre de personnes qui, ayant laissé mûrir ce qu'ils ont entendu aujourd'hui se proposeraient à venir discuter avec vous le quatrième mercredi.

STEIN - Oui, mais je ne pourrais pas m'avancer encore beaucoup plus sur…

LACAN - Non, il ne s'agit pas de ça. Il s'agit ou bien que vous disiez un mot auquel vous teniez beaucoup…
STEIN
Si ! Il y a un mot que je voudrais dire. C'est le suivant : dans toute cette discussion, et cela n'est pas fait pour nous étonner, on en arrive toujours à la tentation de réduire ce reste dont parlait AUDOUARD et que reprenait GREEN.

Dans l'argument de GREEN, que je ne veux pas reprendre dans son ensemble parce qu'il est très important, intéressant,

je voudrais quand même simplement lui faire remarquer que, en me prêtant le propos d'établir une équivalence entre les différents pronoms, il réduit justement ce que je laissais en quelque sorte comme reste, car je n'ai pas désigné l'équivalence entre les différents pronoms mais justement, une confusion entre les différents pronoms dans le registre imaginaire,

ce qui est tout à fait différent.
Et ceci m'amène - pour être très bref - à AUDOUARD, qui à mon avis a admirablement défini quelque chose

qui se rapporte, qui est dans ce que je vous ai dit aujourd'hui, que le non-spécularisable apparaît à tout instant dans l'effort de spécularisation, dans la tentative de spécularisation, ceci est certain et ceci pourrait même résumer ce que j'ai dit aujourd'hui.
Mais alors je ne vois pas pourquoi AUDOUARD en tire argument pour dire que ma grammaticalisation

n'est pas satisfaisante dans la mesure où elle réduit ce reste non-spécularisable, puisque justement, pour reprendre

les excellents termes d'AUDOUARD, cela pourrait être encore formulé autrement.
Mais qu'est-ce qui est apparu dans ma démarche comme étant le reste, si ce n'est justement ce registre imaginaire ?

C'est-à-dire qu'il est bien vrai qu'il n'y a pas discours spécularisé qui ne se réfère, qui ne comporte un reste ou,

dans les termes où j'ai posé les choses, qui ne se rapporte à un registre imaginaire.
LACAN
Une des choses les plus saillantes et un point clé de votre exposé d'aujourd'hui, c'est quand vous dites que ce « ça parle »,

à savoir ce que j'appellerais la surface topologique unique du sujet et de l'Autre qui est bien là impliquée, cette surface topologique est de l'ordre imaginaire. La clé de tout est là et c'est là je crois qu'est votre erreur de formulation.
Nous pouvons aujourd'hui laisser les choses ici suspendues. Petite anecdote : je ne suis pas du tout opposé à cette grammaticalisation qui me paraît un point d'appui, si on sait s'en servir, un instrument tout à fait excellent.
Je voudrais quand même, comme ça, pour le plaisir de l'histoire, rappeler qu'à un certain congrès d'Amsterdam qui,

si je crois bien, se situe en 1950… non, le premier Congrès d'Amsterdam c'est en… ?
GREEN - En 1948...
LACAN
En 1948, j'ai fait le discours que j'avais préparé à ce moment-là. Nous n'en étions pas encore au commencement

d'un enseignement quelconque de ma part, qui était, qui tournait autour, non pas seulement de n'importe quelle grammaticalisation mais très précisément celle des pronoms personnels, discours au cours duquel j'ai dû crever les interprètes car j'ai été forcé de dire en dix minutes ce que j'avais préparé pour vingt, Mme Anna FREUD ayant cru devoir dépasser largement son temps d'intervention...
02 Février l966 Table des séances

Je me soucie de savoir si ceux des psychanalystes à qui j'ai enseigné quelque chose transmettront proprement ce que j'ai dit.

C'est là le sens de l'épreuve que constituent les séances consacrées à un séminaire auquel je ne puis pas admettre autant

de monde, pour la raison que cette assistance même serait un obstacle à cette vérification.
S'il est vrai que l'aspiration primaire du sujet psychologique est de présenter au désir de l'Autre cet objet fallacieux

qu'est son image de soi, nous ne saurions prendre de précautions trop rigoureuses pour ne jamais…

sous une forme quelconque, voir dans ce qui s'appelle la cure psychanalytique qui est une expérience proprement transcendante au regard de ce qui s'est exprimé jusqu'alors dans l'ordre de l'éthique

…nous ne saurions jamais prendre trop de précautions pour définir les voies par où cette formule du rapport du sujet

au désir de l'Autre - que je viens de donner d'abord et qui n'a jamais été, dans aucune doctrine philosophique dépassée -

soit effectivement dépassée, franchie d'une façon radicale.
C'est pourquoi, faute de pouvoir être au quatrième mercredi où se poursuivront les débats qui se sont instaurés depuis

les deux mercredi derniers sur le sujet des formulations de Monsieur STEIN ici présent au premier rang de cette assemblée, je l'interrogerai pour que la balle en soit reprise sur ce qu'il entend par ce prétendu masochisme imputé au patient

dans la mesure où il se soumet à une règle sévère.
Pourquoi si vite aller que de définir masochisme ceci, après tout dont nous pourrions n'avoir rien à dire au départ,

si ce n'est qu'il en veut. C'est tout ce que nous pouvons en dire : « il en veut ! », formule non pas vague mais minimale du désir.

Tout désir alors serait-il d'être désir et en lui-même masochiste. Assurément si la question vaut d'être posée, elle vaut aussi de n'être pas tranchée trop tôt, surtout si nous nous souvenons de la formule que j'ai donnée, en parlant du désir et de son interprétation [séminaire 1958-59] qu'en un certain sens, vues les conditions de l'expérience psychanalytique, le désir c'est son interprétation.
S'exposer à cette situation, qui est vraiment fondamentale, que toute demande ne peut qu'être déçue, c'est là sans doute,

ce que le patient a à affronter et ce qu'il ne saurait au départ prévoir, et au reste quel masochisme dans ce cas à s'offrir à la déception, comme l'a formulé fort bien quelqu'un d'autre de mes interlocuteurs91. L'analyste est en effet le sujet supposé savoir,

supposé savoir tout sauf ce qu'il en est de la vérité du patient. Et bien plus qu'une situation s'établissant sur les données

dont je vous indique ici la pointe, est-ce que le patient qui s'offre à l'expérience analytique ne nous dit pas :
« C'est vous qui subirez, si vous me demandez la vérité, cette loi que toute demande ne peut qu'être déçue. Vous ne jouirez pas de ma vérité et c'est pour cela que je vous suppose savoir. C'est parce que c'est cela qui vous oblige à être trompé. La pulsion épistémologique, c'est la vérité qui s'offre comme jouissance et qui sait, par là même, être défendue car, qui pourrait jouir de la vérité ? »
Pulsion donc, « plutôt mythique », laissez-moi accoler ces deux termes en un seul mot et recevez - psychanalystes -

l'investiture de ce qui vous est ici imposé, l'adjectif en un seul mot : la plutomythique . Ce que le patient fait de nous

c'est qu'il nous fait déchoir de la position de pyrrhonien92. Vous voudrez en savoir plus :
« J'éveille votre désir le plus réfléchi, c'est-à-dire le plus méconnaissable.

Le prédicat dont vous m'affecterez, c'est votre chute à vous, si vous qualifiez, vous vous qualifiez, je triomphe. ».
Sans doute y a-t-il là, comme STEIN l'a perçu, la pointe et la naissance d'une culpabilité chez le patient.

Mais vous, si vous vous acceptez comme juge, vous voilà rejeté comme sujet, dès lors dans l'ambiguïté d'avoir à se juger.

Le glissement harmonique de la langue, ce sujet qui a à se juger, reconnaissez-en là une de ces formes dont chaque langue,

à sa façon, nous offre l'indication. Sans doute, ici, du même coup est l'avertissement de n'aller pas,

de n'avoir pas à aller trop loin car, dit le patient :
« Bien sûr vous me rendriez masochiste c'est-à-dire amoureux de votre angoisse que vous prenez pour une jouissance. Je suis devenu l'Autre pour vous et si vous n'y prenez garde, vous ne pouvez plus que jouer tout de travers. Car il suffit que je m'identifie à vous

pour que vous voyiez bien que ce n'est pas de moi que vous jouirez. La muscade est passée et qu'à prendre votre réalité (Wirklichkeit),

ce que j'efface jusqu'à la trace dans le réel (Realität), c'est justement ce que j'ai choisi en vous pour sanctionner cet effacement. »

Ainsi l'idée d'un être subsistant et saisissable, fondant les relations de sujet à sujet est proprement le terrain savonné

de pièges sur lequel au départ, une théorie insuffisante s'engage irrémédiablement. Et c'est pour cela qu'il est pour nous

si souhaitable d'élaborer la structure qui nous permette de concevoir d'une façon radicale, comment est possible le progrès de celui qui s'offre dans la position de sujet supposé savoir et qui doit pourtant, initialement et de façon pyrrhonienne,

renoncer à tout accès à la vérité.
Οὐ μᾶλλον [ou mallon], « pas plus ceci que cela », cette formule nodale est celle où s'exprime la position du pyrrhonien

ou du sceptique, PYRRHON étant le chef de file d'une de ces sectes philosophiques que j'ai encore appelées à l'occasion « écoles » pour bien rappeler qu'autre chose était la pratique de la philosophie dans un certain contexte,

celui où s'achevait un certain ordre socialement défini du monde antique.
Songez à ce qu'était la discipline de ceux qui s'imposaient précisément :


  • dans l'introduction de tout prédicat,




  • dans quelque question que ce fût sur la vérité,


…non pas seulement de repousser par un  « ni... , ni... » les membres d'une alternative, mais de toujours se défendre contre l'introduction même de la disjonction - celle la plus apparemment s'imposant - le refus précisément de franchir la barre

de son établissement et de rejeter tout ensemble les deux membres de la disjonction.
La position donc fondamentale d'un sujet comme s'imposant son propre arrêt au seuil de la vérité est ici quelque chose

qui mériterait sans doute plus longue explication, retour sur ces textes, sans doute épars, insuffisants, pleins de problèmes, mais dont pourtant la lecture d'un SEXTUS EMPIRICUS93 peut nous donner toute l'ampleur, celle qui ne se touche pas simplement à en lire dans quelque manuel le résumé, mais à suivre au détour d'un texte qu'il faut effeuiller page par page,

le style, le poids, la réalité du jeu qui y était engagé.
Ce n'est point pour rien qu'ici j'avance cette référence que je donne comme visée aux plus studieux, fusse à leur indiquer

d'y trouver dans l'excellent ouvrage de Victor BROCHARD94 « Les sceptiques grecs », le complément, la situation, le fruit

d'une méditation réelle dans un esprit moderne. Ce n'est point par hasard que je le mets ici au seuil de ce que j'ai annoncé aujourd'hui comme devant être mon sujet qui, sans doute ne doit pas être pour rien dans l'énorme assistance que je recueille,

c'est à savoir : Le pari de Pascal.
Le pari de Pascal, j'espère qu'il n'est nul d'entre vous qui avant aujourd'hui n'en ait eu quelque vent.

Je ne doute pas que Le pari de Pascal ne soit quelque chose - j'entends comme objet culturel - d'infiniment plus diffusé

qu'on ne le suppose et si l'on s'émerveille qu'il y ait eu quelques textes de philosophes.
Après tout si je devais ici vous en donner la bibliographie, j'arriverais - mon Dieu - assez vite à l'épuiser : quand j'aurais atteint à une cinquantaine de références, du côté de ceux qui écrivent et qui jugent bon de nous faire part de leur pensée, j'en aurais vu le bout. Et tout ce qui a été dit - je regrette d'avoir à énoncer une formule si déprimante, je le regrette d'autant plus que ceci intéresse, si je puis dire, la réputation d'une corporation dite philosophique - tout ceci ne va pas bien loin.
Je ne serai pas, pourtant, sans vous recommander tel article, qui se recommande par le procédé excellent d'un départ

au niveau, je ne dirai pas, du texte mais de l'écrit de ce petit papier, ou plutôt de ces deux petits papiers couverts recto et verso,

qui est ce que PASCAL nous a laissé de ce qu'on pourrait appeler son griffonnage, et qui partant de là, car c'est bien nécessaire de n'y point voir quelque chose qui aurait été achevé à notre adresse mais qui pourtant - et peut-être d'autant plus -

mérite d'être retenu comme nous donnant en quelque sorte, une sorte de substitut ou de substance réelle concernant

cette singulière réalité incorporelle qui est proprement celle dont j'essaie, avec les ressources d'une topologie élémentaire,

de faire valoir pour vous ce que nous pouvons en tirer au niveau de nos articulations.
À ce titre, l'article de Monsieur Henri GOUHIER…

paru dans une revue italienne et dont après tout, j'aimerais vous laisser ici l'indication, revue italienne qui est celle publiée sous le titre de Archivio di filosofia, n°3, l962, organe de l'institut des études philosophiques, Di studi filosofici à Rome

…l'article de Monsieur Henri GOUHIER : Le « pari » de Pascal mérite, si vous pouvez vous procurer le tome de cette revue, votre attention. C'est, comme vous le voyez, un des derniers parus.
Dans le passé il y en a eu bien d'autres :


  • depuis les étonnements de VOLTAIRE95,

  • les précisions de CONDORCET,

  • les divagations de LAPLACE,

  • le scandale de Victor COUSIN96 sur lequel ici je ne m'étendrai pas, n'ayant pas le temps de vous dire quelle fut la véritable fonction de ce qu'on appelle l'éclectisme [cf. 09–02],

  • plus récemment les remarques de mérite qui ont été données par le bon LACHELIER97, qui assurément peuvent se lire.

  • Je n'en dirai pas autant de quelque chose dont je vous donnerai un échantillon tout à l'heure, l'article de DUGAS et RIQUIER dans la Revue philosophique de l900.


Depuis les choses ont été reprises au niveau de ce que nous appellerons le pari considéré au niveau du plan de l'Autre.
Doit-on parier ?
Parier - comme PASCAL nous l'indique, si tant est que c'est de cela qu'il s'agisse - ce qu'aurait de certain

le bien de notre vie - conçue à son niveau le plus ordinaire - pour l'incertitude d'une promesse

dont l'articulation de PASCAL semble toute entière orientée à nous montrer le sans mesure

au regard de ce que nous abandonnerions

…« introduction » dit-on - pour nous : « invite » - au pari de la croyance : assurément discernez dès maintenant ce qui se propose dans l'avancée de ce quelque chose, après tout qui n'est pas si loin de la conscience la plus commune,

cette vague angoisse de l'au-delà - qui n'est point forcément un au-delà de la mort - ne faut-il pas qu'elle existe

pour se supporter dans toutes sortes de références qui, pour les plus exigeants, prennent forme dans ces espoirs

auxquels on se consacre et qui ne sont, dans cette perspective, au regard de la religion, que quelque chose que pour le moins nous qualifierons d'analogique
Dans un chapitre court et substantiel, l'auteur du Dieu caché
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