Leçon 1 01 Décembre 1965








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On reconnaît la formule de la Verwerfung [forclusion] laquelle viendrait ici s'adjoindre en une série fermée, à la Verdrängung [refoulement],

à la Verneinung [dénégation] dont vous avez reconnu, je pense, au passage la fonction dans la magie et la religion.

Sans doute ce que nous avons dit des relations de la Verwerfung avec la psychose, spécialement comme Verwerfung du Nom du Père vient-il là, en apparence, s'opposer à cette tentative du repérage structural.
Pourtant :

  • si l'on s'aperçoit qu'une paranoïa réussie apparaîtrait aussi bien être la clôture de la science si c'était la psychanalyse qui était appelée à représenter cette fonction,

  • si d'autre part on reconnaît que la psychanalyse est essentiellement ce qui introduit, ce qui réintroduit dans la considération scientifique le Nom-du-Père,

…là on n'est pas plus avancé en apparence puisqu'on retrouve la même impasse semble-t-il, mais on a le sentiment

que de cette impasse même on progresse et qu'on peut voir se dénouer quelque part le chiasme qui semble y faire obstacle.
Peut-être le point actuel où en est le drame de la naissance de la psychanalyse, et la ruse qui s'y cache à se jouer de la ruse consciente, sont-ils ici à prendre en considération car ce n'est pas moi qui ait introduit la forme de la paranoïa réussie 29.
Certes me faudra-t-il indiquer que l'incidence de la vérité comme cause dans la science est à reconnaître sous l'aspect de la cause formelle, mais ce sera pour éclairer que la psychanalyse, par contre, en accentue l'aspect de cause matérielle.
Telle est proprement son originalité dans la science. Cette cause matérielle est proprement la forme d'incidence du signifiant

que j'y définis. Par la psychanalyse, le signifiant se définit comme agissant d'abord comme séparé de sa signification.
C'est la figure, le caractère littéral que dessine la configuration copulatoire quand, surgissant hors des limites de la maturation biologique du sujet, elle s'imprime, sans pouvoir être le signe à s'articuler effectivement de la présence du partenaire sexuel,

c'est-à-dire son signe biologique. Qu'on se souvienne de nos formules différenciant le signifiant et le signe 30.
C'est assez dire au passage que dans la psychanalyse l'histoire est une autre dimension que celle du développement, et que c'est une aberration que d'essayer de l'y résoudre : l'histoire ne se poursuit qu'en contretemps du développement. Point dont l'histoire comme science a peut-être à faire son profit si elle veut échapper à l'emprise toujours présente d'une conception providentielle de son cours.
Bref nous retrouvons ici le sujet du signifiant tel que nous l’avons articulé l’année dernière : véhiculé par le signifiant dans son rapport à l'autre signifiant,

il est à distinguer sévèrement, tant de l'individu biologique que de toute évolution psychologique subsumable comme sujet de la compréhension.
C'est - dit en terme minimaux - la fonction que j'accorde au langage dans la théorie.

Elle me semble comparable avec un matérialisme historique qui laisse là un vide.
Peut-être la théorie de l'objet(a) y trouvera-t-elle sa place aussi bien. Cette théorie de l'objet(a) est nécessaire, nous le verrons,

à une intégration correcte de la fonction de la cause, au regard du sujet du savoir et de la vérité.
Vous avez pu reconnaître au passage dans les quatre modes de sa réfraction qui viennent ici d'être recensés, le même nombre

et une analogie d'épinglage nominale, qui sont à retrouver dans la Physique d'ARISTOTE. Ce n'est pas par hasard puisque

cette physique ne manque pas d'être marquée d'un logicisme qui garde encore la saveur et la sapience d'un grammatisme originel.
Τοσατα γὰρ τὸν ριθμν τ δι τί περιείληϕεν 31 s’interroge-t-il.
Nous restera-t-il valable que la cause soit pour nous exactement autant à se polymériser ?
Cette exploration n'a pas pour seul but de vous donner l'avantage d'une prise élégante sur les cadres qui échappent en eux-mêmes

à votre juridiction - entendez : magie, religion, voir science - mais plutôt pour vous rappeler qu'en tant que sujet de la science psychanalytique, c'est à la sollicitation de chacun de ces modes de la relation à la vérité comme cause, que vous avez à résister.
Mais ce n'est pas dans le sens où vous l'entendrez d'abord : la magie n'est pour nous tentation qu'à ce que vous fassiez de ses caractères la projection sur le sujet à quoi vous avez affaire pour le psychologiser, c'est-à-dire le méconnaître.
La prétendue « pensée magique » - qui est toujours celle de l'autre - n'est pas un stigmate dont vous puissiez épingler l'autre.
Elle est aussi valable chez votre prochain qu'en vous-même, dans les limites les plus communes : elle est au principe de la moindre transmission d'ordre. Pour tout dire le recours à la pensée magique n'explique rien, ce qu'il s'agit d'expliquer c'est son efficience.
Pour la religion, elle doit bien plutôt nous servir de modèle à ne pas suivre dans l'institution d'une hiérarchie sociale où se conserve la tradition d'un certain rapport à la vérité comme cause. La simulation de l'Église catholique qui se reproduit chaque fois

que la relation à la vérité comme cause vient au social, est particulièrement grotesque dans une certaine Internationale psychanalytique

pour la condition qu'elle impose à la communication.
Ai-je besoin en effet de dire que dans la science, à l'opposé de la magie et de la religion, le savoir se communique ?
Mais il faut insister que ce n'est pas seulement parce que c'est l'usage, mais que la forme logique donnée à ce savoir inclut le mode de la communication comme suturant le sujet qu'il implique.
Tel est le problème premier que soulève la communication en psychanalyse : le premier obstacle à sa valeur scientifique

est que la relation à la vérité comme cause sous ses aspects matériels est resté négligée dans le cercle de son travail.
Conclurai-je à rejoindre le point d'où je suis parti aujourd'hui : division du sujet ? Ce point est un nœud.
Rappelons où FREUD l'ouvre : sur ce manque du pénis de la mère où se révèle au sujet, la nature du phallus.
Le sujet se divise ici - nous dit FREUD - à l'endroit de la réalité, voyant à la fois s'y ouvrir le gouffre contre lequel il se rempardera d'une phobie, et d'autre part le recouvrant de cette surface où il érigera le fétiche, c'est-à-dire l'existence du pénis comme maintenue, quoique déplacée.


  • D'un côté extrayant le « pas de... » du « pas de pénis », à mettre entre parenthèse, pour le transférer au « pas de savoir »

qui est le pas-hésitation de la névrose.

  • De l'autre, reconnaissons l'efficace du sujet dans ce gnomon qu'il érige, à lui désigner à toute heure le point de vérité, révélant du phallus lui-même qu'il n'est rien d'autre que ce point de manque qu'il indique dans le sujet.


Cet index est aussi celui qui nous pointe le chemin où nous voulons aller cette année, c'est-à-dire là où vous-même reculez

d'être en ce manque - comme psychanalystes - suscités.

08 Décembre l965 Table des séances


La dernière fois, vous avez entendu de moi une sorte de leçon qui ne ressemblait pas aux autres parce que, il se trouve qu'elle était entièrement écrite. Elle était entièrement écrite aux fins d'être donnée au plus vite à une sorte d'impression

qu’on appelle « ronéotypie » et que vous puissiez l'avoir comme repère, eu égard à mon enseignement.
Certains en ont émis un certain regret, disons une déception. La chose vaut qu'on s'y arrête. Pour y mettre un peu d'humour,

je dirai que la façon dont cette déception s'exprimait était quelque chose autour de ceci - je force un peu :

on préférait cette sorte de « bagarre », paraît-il, que représente d’assister - j’ose à peine le dire - à « la naissance » de ma pensée.
Vous pensez si ma pensée naît quand je suis là en train de me colleter avec quelque chose qui est loin d'être tout à fait ça.

Comme tout le monde, c'est avec ma parole, bien sûr, que je m'explique. Ça prouve, bien entendu, qu'elle s'est formée ailleurs.
D’ailleurs, vous avez peut-être pu entendre que mon cogito à moi…

ce qui ne veut pas dire d’ailleurs qu'il est en quoi que ce soit en contradiction avec celui de DESCARTES

…ce serait plutôt : « Je pense, donc je cesse d'être. »
Alors comme je ne cesse pas d'être, comme vous le voyez bien, ça prouve que ma pensée, j'ai moins de raison que d'autres d'y croire. Néanmoins il est bien certain que c'est à ça que nous avons affaire. C’est ce qui ne rend pas les rapports plus faciles

avec ceux à qui elle s'adresse tout spécialement, c'est à dire les psychanalystes.
Et le fait que les remarques de tout à l'heure me soient venues, je le répète, avec une pointe d'humour, tout spécialement de leur côté, prouve bien - ce qui se confirme - que c'est aussi de leur côté qu'on préfère ce que j'appellerai le côté « numéro » de cette exhibition.
Ça ne facilite pas les rapports...
C'est bien aussi de ce point de vue qu'il faut entendre le fait que j'ai cru à plusieurs reprises, dans mon dernier exposé, devoir faire allusion à ce qui constitue un certain temps de mes rapports avec les psychanalystes, et par exemple que j'aie parlé de ce que j'appelle

La Chose freudienne ou tel ou tel autre point analogue. Il ne s'agit pas là de ce que j'ai pu entendre qualifier de vains rappels d'un passé.
Ce qui est bien curieux pour des analystes, puisque aussi bien ce passé fait, à proprement parler, partie d'une histoire, au titre que j’ai essayé la dernière fois de préciser ce qu'il en est pour nous de l'histoire, ce que nous y apportons de contribution essentielle

en montrant ce qu'il en est de la fracture, du traumatisme, de quelque chose qui se spécifie dans les temps du signifiant,

et que ce serait vraiment tout à fait méconnaître la fonction que je donne à la parole - et telle que je l'ai, la dernière fois tout spécialement, affirmé - si je ne tentais pas de quelque façon, d'inclure dans ce que j'en enseigne, ce que j'enregistre et constate

des effets de la mienne, et tout spécialement concernant ce qu'il en advient de ceux à qui elle s'adresse.
C'est pour cela que, dans toute la mesure où nous nous avançons cette année autour d'un point radical, il ne peut se faire que ceci n'aboutisse pas à mettre en relief quelque chose qui doit donner la clé du passage, ou non, de mon enseignement là où il doit porter.

Il doit y avoir quelque rapport étroit entre ce que nous pourrons appeler ses phases, ou ses difficultés mêmes - pour appeler les choses par leur nom - et ce que précisément j’ai pu dire et avancer concernant le sujet, pour autant qu'il se divise entre vérité et savoir.
La dernière fois je n'ai pas, pourtant, intitulé ce discours « courtois débat entre vérité et savoir ». J'ai parlé du sujet de la science et non pas du savoir. C'est bien là que gît quelque chose, dont j'ai dit aussi qu'il y a quelque chose qui boîte, autrement dit, qui ne s'abouche pas d'une façon tout à fait adéquate ni aisée.
C'est bien pour ça d’ailleurs que cette leçon, cet exposé a pour véritable titre « Le sujet de la science », mais comme il doit être mis en vente, la loi d'un objet vendable c'est que l'étiquette couvre ce que j'appelle la marchandise, et comme il s'agit évidemment à l’intérieur,

de la science d’une part et de la vérité…

à condition que vous mettiez le « et » dans la parenthèse qu'il mérite, à savoir que c’est un terme qui n’a pas du tout un sens univoque, qu’il peut bien, aussi bien, inclure la dissymétrie, l’oddité dont je parlais tout à l’heure

La science (et) la vérité sera le titre de cet exposé, ou bien si vous voulez : La science, la vérité.
Ce qu'il y a dans cet exposé est aussi important par ce que cela laisse en blanc, que par ce que cela contient. Dans l'énumération des diverses phases, des divers temps, de la vérité comme cause, vous verrez que si sont produites les phases dites « causes efficientes »

et « causes finales », j'ai laissé dans le discret suspens de ce qui va alors être bien appelé « débat entre psychanalyse et science »

le jeu des rapports des « causes matérielle et formelle ». C'est de ceci que nous allons avoir aujourd'hui à nous approcher.
Dans ce qui s'obtient comme effet de ce que j'enseigne, dans la pratique de ceux qui le reçoivent, je puis constater une certaine tendance, un certain versant, qui est celui - curieuse conséquence - de la forme singulièrement stricte que je tente de donner au terme de sujet,

et qui aboutit à une singulière laxité, proprement celle qu'on pourrait qualifier au dehors et selon l'usage ordinaire de ce terme de subjectivisme.
C’est à savoir que chacun à tour de rôle, et aussi bien suivant je ne sais quel up to date

il peut être à la mode, par exemple d’être un petit peu à la traîne sur la mode

…aurait à user comme repère dans la position qu'il prend dans l'activité analytique successivement :

  • de l'être et de l'avoir,

  • du désir et de la demande - je ne les dis pas dans l'ordre où je les ai sortis,

  • voire alors au dernier terme : le savoir et la vérité.


Voilà une des formes d'échappatoire…

si je puis dire : j'espère qu'elle n'est que mythique, approximative, que je ne désigne là et pointe qu’une tendance

…voilà bien une des formes d'échappatoire les plus radicales à ce que je peux tenter d'obtenir puisque, quel sens aurait-elle cette formulation que je donne, de la fonction du sujet comme coupure…

laissant peut-être une certaine indétermination, dans son choix à l'origine, mais dès lors que faite, absolument déterminante

…s'il ne s'agissait pas précisément, d'obtenir une certaine accommodation de la position de l'analyste à cette coupure fondamentale qui s'appelle le sujet ?
Ici - ici seulement - comme identique à cette coupure, la position de l'analyste est rigoureuse. Bien sûr, elle n'est pas tenable !

Ce n'est pas moi qui l'ai dit le premier, c'est FREUD, qui n’en doutait pas. C'est bien pour ça que pour tenir leur place,

les analystes ne la tiennent pas. À ceci, il n'y a pas à proprement parler à remédier, mais il y a à le savoir, ce qui peut être

une façon de le contourner.
Ici se décèle la différence qu'il y a entre la Wirklichkeit, à savoir la réalisation possible de mes relations avec le psychanalyste pour autant qu’il me laisse à la place où je suis et où j'essaie de serrer un certain type de formules, et la
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