9 Nouvelles 2016: «Nuit noire, rue des docks»








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date de publication07.02.2018
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Laurence DECIS
9 Nouvelles 2016: « Nuit noire, rue des docks »
Rue des Docks. On appelle ainsi ce bout de chemin serpentant dans le vert. Ma famille y habite une vaste maison qui concourt en hauteur avec les arbres. C’est à qui atteindra le ciel en premier !

Nous sommes huit : mon père Marc est informaticien ; Toujours dans la lune, l’air éberlué. Mais très performant dans son domaine et excellent mathématicien. Il travaille en partie avec un laboratoire sur des recherches dont jamais personne n’a compris le thème.

Ma mère, Catherine, a les pieds sur terre. Petite, fine, elle mène sa vie, son métier, sa famille de main de maître, tambour battant. Architecte, elle ne s’en laisse compter ni par ses collègues, ni par sa famille. Elle a décidé qu’elle aurait des enfants. Célibataire, elle circulait en cinquecento. Du jour où elle décida de fonder une famille, elle l’a vendit et acheta une voiture berline familiale. Elle voulait beaucoup d’enfants.

Leur rencontre à ces deux là a été fracassante. A la sortie d’une conférence d’astronomie, un coup de porte battante trop énergique avait malencontreusement abouti dans la figure de Marc, de l’autre côté. Résultat : un nez tordu, des lunettes cassées. Mais un coup de porte fondateur. Pas de ces banaux coups de foudre fulgurants mais stériles.

Moi, leur premier enfant, je suis arrivé peu après leur mariage. Un mariage conclut très vite, entre deux portes, celles de la mairie et celles de l’église. Ils n’étaient pas traditionnels mais ils répondaient ainsi au formalisme des deux familles. Après, ils feraient comme ils voudraient.

Dès le départ, j’ai étonné. A l’approche du 9eme mois, Catherine était persuadée que je caressais son ventre de l’intérieur. Par moment, elle ressentait une douce chaleur à l’endroit où je m’appuyais. Ils n’avaient pas voulu, d’un commun accord, savoir le sexe de l’enfant.

Ce fut moi, un garçon, Gaspard. Je suis né, les cheveux d’ébène hirsutes, myope comme mon père. Je fus un bébé très calme, souriant aux anges. En grandissant, je me cognais de partout. Des lunettes s’imposaient. J’étais et, suis resté très câlin. Avec mes parents ou mes animaux. Ce n’est pas moi qui tire sur les poils du chat, Pop Corn ! Le chat vient plutôt se frotter à moi. Je suis fasciné par les animaux, tous les animaux.

Le suivant vînt 9 mois plus tard. Une fille. Ursuline. Depuis son premier cri, elle ne cessa de pleurnicher et d’avoir la goutte au nez. Le contraire de moi. Née chauve, elle s’avéra être une petite fille blonde frisée aux yeux très clairs, à la peau pâle. Elle touchait à tout et malmenait le chat de la maison... A mon grand dam !

Survînt le reste de la smala : Pierre, le placide de la famille qui dort tout le temps, Céline, la peste qui entend tout et redit tout. Et enfin les jumeaux, Paul et Justine. Qui ne font rien l'un sans l’autre.

Au bout de six enfants qui s'égrenaient tous les un an et demi, Catherine fut pleinement satisfaite de sa famille et décida de s’en tenir là. Marc adhéra à son avis s’en sourciller. Lui, du moment que la maison grouillait de vie, enfants et animaux, il était content. Tous les caractères étaient réunis, des plus opposés, au plus proches. Toutes sortes d’animaux, des plus classiques : poisson rouge, hamster, chat, au plus exotiques, le perroquet, et les gerbilles.

Au plus variés en tailles : le petit escargot des jardins, au plus grand, vif et alerte, un beau chien de berger des Pyrénées. Chien à qui l’on confia la conduite des enfants et leur manœuvre. La cohabitation ne s’avérait pas sans heurt, ni inimitié. Le chat lorgnait sur le perroquet dans sa prime jeunesse, et les gerbilles. La femme de ménage sur les beaux escargots bien dodus. Le chien venu a posteriori, avait préféré faire alliance avec la gente féline, à moitié domestiquée. Mais en tout état de fait, la vie pour chacun était préservée et un modus vivendi trouvé lors des crises politiques.
Mon père n’était pas homme à tout laisser à sa chère moitié. Il s’emparait allègrement du chiffon pour traquer la poussière ou de l’aspirateur pour dégager les moutons réfugiés sous les meubles, faisant disparaître par là-même beaucoup de jouets.

Tout ce monde vivait dans cette vaste bâtisse au bout du petit chemin, encerclée de verdure. C’était une haute maison de trois étages en bois vermoulu. Une affaire d’après Mr Docks, bien qu’un peu défraîchie. Une aubaine pour Mme Docks, qui voulait loger sa future marmaille. Il y avait là, huit chambres spacieuses. Le couple avait donc déménagé d’un coquet appartement en ville à cette demeure champêtre.
La vie s’avéra radicalement différente. Le bois craquait, les portes grinçaient, rendant les nuits très sonores. Les fenêtres n’étaient pas très isolées, laissant s’infiltrer les éléments extérieurs, vents ou petits rongeurs. Au grenier avaient élu habitat les oiseaux diurnes et nocturnes. Là aussi la cohabitation continuait.

Au fur et à mesure de l’extension familiale, la conquête verticale de la bâtisse s’opérait. Les aînés montaient d’un étage pour laisser le premier aux plus jeunes, plus proches de la chambre parentale.

L’école fit connaissance des Docks avec moi, Gaspard, le début d’une dynastie. Gaspard Ier. Je n’étais pas très emblématique du niveau d’intelligence de mes géniteurs. En classe, je rêvais, l’esprit vagabondant dans la verdure de cette école de campagne. Au fur et à mesure des arrivées dans la famille, le nombre d’enfants alignés en rang d’oignons que je tirais par la main pour aller à l’école, augmentait.
Un enfant avait particulièrement de la peine : c’était Justine. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle ne comprenait rien à l’école. Sur le coup, à l’oral, tout lui paraissait clair. Mais pour l’application, c’était beaucoup plus difficile. Elle regardait beaucoup Paul, son jumeau, qui essayait de l'aider. Mais rien n'y faisait. Elle peinait. Son entrée au CP fut une épreuve. Loin de l'affection de sa maman, elle dépérissait à vue d’œil. Elle était très maladroite, les objets lui échappaient des mains, les meubles se mettaient sur son chemin. Heureusement que Tobby, le chien avait pris l’habitude de la guider. C’est ainsi que déjà à la sortie de la nounou, puis de la maternelle, le premier, qui en avance attendait les enfants à l’heure de la sortie, était Tobby. Il prêtait attention à tous ses marmots, mais particulièrement à sa petite maîtresse.
Devant les difficultés de leur dernier enfant, les parents Docks prirent rendez-vous auprès de spécialistes. Le résultat, tomba, laconique, un couperet de guillotine dans le bonheur : Justine perdait la vue, inexorablement. Maladie génétique. Aucun espoir de contrer le mal.
Le monde s'effondrait pour la famille Docks...Comment le sort pouvait-il leur être si défavorable ? La digestion de cette terrible nouvelle fut lente.Rien n'avait été caché à Justine. Le monde des formes et des couleurs s'éloignait d'elle, remplacé par des taches floues, une lumière brumeuse. Pour compenser, elle se réfugia auprès de ses compagnons à quatre pattes : son chien Tobby et son chat Pop Corn. Ses frères et sœurs firent tout ce qui était en leur pouvoir pour l'égayer et lui faciliter la vie, mais pour eux aussi la nouvelle était surprenante...Justine échappait au chemin heureux du reste de la famille.
Un soir, les parents réunirent tout leur monde. Conseil familial. Les enfants assis au salon firent silence. Ils attendaient La nouvelle. La mère, debout prit la parole : « Justine va aller à l'école pour mal-voyants de la ville d'à côté. Votre père et moi-même avons aménager nos horaires pour pouvoir l'y conduire chaque jour. »

D'un seul coup, toute la smala se mit à parler en même temps. C'est à celui qui poserait le plus de questions : « Où est-cette école ? Pourra-t-on l'accompagner ? Si elle ne voit pas, comment elle va apprendre à lire ? Comment seront ces livres ? Elle aura un chien d'aveugle ? » La mère stoppa net cette tempête « Cela suffit ! Justine doit d'abord s'habituer à cette nouvelle vie ! Comportez vous comme d'habitude. »
C'est ainsi qu'à la rentrée de septembre, la dernière des Docks ne se joignit pas au reste de la famille. De sa nouvelle école, elle ramenait des merveilles. De l'écriture en relief, avec des trous, des livres au toucher, aux senteurs magnifiques, des histoires, des chants, de la vannerie...un monde que les écoliers voyants ne soupçonnent pas !
La nouvelle du handicap fit grand bruit dans le petit village. Que lui était-il donc arrivé à cette petite pour qu'un si grand malheur s'abattit sur elle ? Le village entier la plaignait. Les promenades au village devenaient pénibles pour toute la famille.
Pour fêter la première année scolaire de Justine, en juin, papa eut l’idée d’organiser une soirée « Vivre comme Justine, sans voir ». Bref, une soirée dans le noir pour tout le monde.

Les lumières furent éteintes dans la maison. Tout le monde se banda les yeux et avança à tâtons, sortant, rentrant, déambulant dans la maison. Les étages nous étaient interdits. De même que certaines parties du jardin. Papa et Maman nous avaient munis de longs bâtons en guise de canne blanche mais cela n’empêcha pas les télescopages ! Et les bris d’objets. Depuis ce soir-là, le ménage de la poussière sur les meubles a été grandement simplifié ! Il y eut bien quelques bleus et des chutes. Mais rien de bien méchant. Le rire l’emporta sur la douleur car en plus étaient organisées toutes sortes de jeux : des jeux de balle, de pêche, de course en sac guidés par la voix d’un autre, voyant lui.

Justine fut ravie de sa soirée. Tout le monde avançait comme elle, les bras en avant. Ce fut une soirée mémorable, où l'on s 'amusa comme des fous. Tobby fut heureux comme un pape, guida et lécha tout le monde.
Dès la rentrée de septembre, notre phratrie diffusa allègrement les avantages de cette fête. L' arborant avec fierté comme une innovation signée famille Docks. Les rencontres impromptues, l’autorisation de parler très fort, de taper dans les coins, de devoir reconnaître par le toucher les objets ou les personnes en face de soi, le secours à Tobby en cas de pépin, des limites et des règles différentes furent l'apanage de notre fête.

Tobby dans notre quartier était devenu une véritable icône. Tous mes camarades voulaient le caresser. Il faut dire que beaucoup ne possédaient pas d’animaux de compagnie, alors que nous on en regorgeait. Mais Tobby était un fidèle. Il ne se laissait caresser que par mes copains. Les autres, il se débinait ou montrait les crocs.
Les rumeurs dans le village à propos de la cécité de Justine persistaient. Notre isolement dans le chemin ne favorisait pas le contact. De plus le bouche à oreille de notre « soirée pour Justine » auprès de nos camarades alimentait la curiosité. Nos amis invités à la maison demandaient si cette soirée allait se renouveler.
Devant l'intérêt suscité et pour faire taire les rumeurs du village, papa décida de réitérer la « soirée spéciale Justine ». Simplement, elle serait ouverte aux gens du village qui voudraient bien venir. Cela mettrait un terme aux commérages et faciliterait la vie au village pour sa fille handicapée.

Papa nous rassembla pour trouver des idées d'animation et nous mettre au courant de l'organisation : seul le rez de chaussée serait accessible. Un petit bal pour apprendre à tourner dans le noir aurait lieu. Il y a suffisamment de place à l'extérieur pour accueillir tout le monde. Des tréteaux, des planches, des chaises seront installés pour que chacun puisse se restaurer et se reposer. A la fin de la soirée, tout le monde ôterait son bandeau et allumerait une bougie, distribuée à l'entrée. Le jardin sombre se transformerait en féerie, reflétant le ciel étoilé.
La soirée fut fixée fin juin, aux beaux jours. Papa prit contact avec Monsieur le Maire du village pour avertir la population de son invitation. Deux consignes : venir avec un bandeau et accepter de jouer dans le noir ! Le Maire remercia mon père et l'avertit de sa présence ainsi que de celle de sa famille.
Le fameux jour arriva. Les villageois commencèrent à se présenter à 20h, suivant l'horaire établi. Ils laissaient leur voiture en début de chemin, sur la route goudronnée. A leur arrivée à la maison, enfants et adultes se bandaient les yeux. Des repères jalonnaient le parcours jusqu'au lieu de festivités, et le jardin pour que chacun puisse se déplacer facilement, se nourrir, se reposer. Maman n'avait préparé que des choses simples à grignoter, facilement identifiables au toucher ou à la senteur.

Le bal fut l'attraction de la soirée. Les danseurs étaient lents, hésitants mais tout le monde finit par se lancer. Au début chacun resta avec sa ou son partenaire. Puis papa instaura le changement de cavalier et le mélange se fit.

Les enfants tâtonnaient, furetaient de partout. Tobby était leur héros quand il déboulait soudain dans leurs jambes pour les cajoler.
Notre soirée « Nuit noire » fut un véritable succès ! Surtout le final, le jardin illuminé ! Les participants, enthousiastes, se retirèrent en exprimant le vœu de renouveler l'expérience.
La nouvelle soirée fut décidée pour la fin d'été. Il fallut instaurer un nombre limité de participants car à notre grande surprise, nous fûmes dépassés par le nombre d'inscrits. Le succès de la précédente en avait assuré une sacrée publicité ! On finirait par ne plus pouvoir se déplacer correctement. On prit la précaution d'abriter les meubles trop précieux.

Le maire, en pleine campagne électorale et pour faciliter la vie de Justine, ordonna la mise en conformité de notre chemin, en accord avec nos parents ; Le chemin fut aplani, damé et pavé. Ma mère était contre le goudronnage qui nuit à la vie de la terre. Et pour parachever son œuvre, il fit apposer un panneau de rue. Notre rue à nous, avec notre Nom à nous tout seul ! Rue des Docks ! Le maire n’avait pas cherché midi à quatorze heure. Pour ma dernière année à l’école, j’étais un privilégié. J’étais le seul qui habitait une rue à son nom de famille : la rue des Docks ! La maîtresse nous a dit que cela était très rare. Seul un grand écrivain, Victor Hugo a eu cet honneur. Que l’adresse de cet homme un temps fut «  A Monsieur Victor Hugo, en sa rue ». Je vais écrire la même chose « A Monsieur Docks Gaspard en sa rue ». Cela sonne bien ! Et dorénavant, nous annonçons notre soirée annuelle dans le bulletin de la mairie par « Nuit noire, rue des docks » !


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