Leçons du cas «silicon tuners» Fanny Simon








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XXIème conférence de l'AIMS – 3-5 Juin 2012 – Lille
Les réseaux sociaux associés à la production d’innovations en rafale : les leçons du cas « silicon tuners »
Fanny Simon (fanny.simon@unicaen.fr)

Albéric Tellier (alberic.tellier@unicaen.fr)

Université de Caen Basse-Normandie, IAE, NIMEC

3, rue Claude Bloch, BP 5160

14075 Caen cedex, France
Résumé :
Le développement continu de produits innovants est souvent considéré comme un facteur clé de la compétitivité des organisations. Or, la plupart des innovations n’émergent pas de façon isolée mais s’inscrivent au contraire dans une « lignée » : elles se développent sur la base d’innovations préexistantes et peuvent par la suite en générer d’autres.

L’objectif de cet article est de contribuer à l’analyse de ces « routes d’innovations » (Tushman et al., 1997) qui peuvent conduire la firme, sur une période donnée, à des innovations incrémentales ou radicales. Le niveau d’analyse retenu est celui des équipes-projets. En effet, les générations successives d’innovations peuvent être considérées comme un flux continu de projets entrelacés, qui partagent plus ou moins des ressources ; certaines équipes transitant d’un projet à l’autre. Nous posons d’emblée que les relations entre les individus impliqués dans les projets d’innovations vont influencer à la fois la diffusion et l’acquisition de connaissances. La théorie des réseaux sociaux qui s’intéresse aux configurations relationnelles et à la position des individus dans des ensembles de relations peut dès lors être mobilisée pour comprendre dans quelles conditions s’effectuent la création et la recombinaison de ces connaissances.

Peut-on identifier une relation entre les caractéristiques des configurations sociales et les processus de création, transfert ou recombinaison de connaissances nécessaires aux rafales d’innovation ? Nous considérons un cas particulier : le développement de générations successives de circuits intégrés permettant la réception de chaînes de télévision sur différents supports. Nous considérons les réseaux d’acteurs associés au développement de cette série d’innovations au sein d’un centre de R&D d’un fabricant de semi-conducteurs, de 2000 à 2010. Nous nous intéressons particulièrement à l’évolution de la centralité des acteurs et à la structure des réseaux.

Cette recherche montre que les structures sociales doivent évoluer pour répondre aux impératifs successifs des innovations d’exploration et d’exploitation. Ainsi, si des relations nouvelles avec des clients vont favoriser les innovations de rupture dans un premier temps, ce seront des relations établies qui permettront les innovations suivantes d’exploitation. Il apparait également que le renouvellement des membres composant la périphérie du réseau permet la génération de nouvelles innovations. Similairement, la forte centralité du réseau semble surtout néfaste lors de la phase liée à l’exploration de nouvelles technologies et marchés.
Mots clés : connaissances, rafale d’innovations, réseaux sociaux, projet

Les réseaux sociaux associés à la production d’innovations en rafale : les leçons du cas « silicon tuners »
Le développement continu de produits innovants est considéré comme un facteur clé de la compétitivité des organisations et de leur pérennité (Eisenhardt et Brown, 1998). Plusieurs auteurs s’interrogent ainsi sur les dispositifs propices à la production d’innovations en rafale. Dans ces recherches cependant, les innovations sont souvent considérées comme séparées les unes des autres. Or, la plupart des innovations n’émergent pas de façon isolée mais s’inscrivent au contraire dans une « lignée » : elles se développent sur la base d’innovations préexistantes et peuvent par la suite en générer d’autres.

L’analyse de ces « routes d’innovations » (Tushman et al., 1997) qui peuvent conduire la firme, sur une période donnée, à des innovations incrémentales ou radicales souffre encore de plusieurs limites. En effet, la grande majorité des auteurs se focalisent sur les stratégies et les dispositifs organisationnels propices. Or, au sein de la firme, la capacité à innover dépend également de la possibilité donnée aux équipes d’exploiter leurs connaissances, de les renouveler et plus largement de libérer leur potentiel créatif. Dans ce travail, le niveau d’analyse retenu est celui des projets d’innovation qui peuvent être considérés comme le lieu de l’utilisation des connaissances nécessaires à l’innovation mais aussi celui de leur renforcement et de leur renouvellement.

Afin de comprendre dans quelles conditions s’effectuent la mobilisation et la production de ces connaissances, nous utilisons la théorie des réseaux sociaux qui s’intéresse aux configurations relationnelles et à la position des individus dans des ensembles de relations.

L’objectif de cette recherche est ainsi de mieux comprendre l’articulation entre la création, la recombinaison et le transfert de connaissances au sein des réseaux sociaux des équipes-projets et la génération de rafales d’innovations. Peut-on identifier une relation entre les caractéristiques des configurations sociales et les processus de création, transfert ou recombinaison de connaissances nécessaires aux rafales d’innovation ?

Pour répondre à cette question, nous considérons les réseaux d’acteurs associés à une rafale d’innovations sur dix années au sein d’un centre de R&D d’un fabricant de semi-conducteurs. La première partie de l’article permet de présenter le cadre théorique et les objectifs de la recherche. La deuxième partie est dédiée au dispositif méthodologique. Les résultats sont ensuite présentés (partie 3) et discutés (partie 4).

1. La production d’innovation en rafale : une question de réseau social ?

De nombreux auteurs ont mis en avant la nécessité pour les firmes de lancer à un rythme soutenu des innovations susceptibles de renforcer la position concurrentielle. La « transformation stratégique » (Saïas et Métais, 2001), c’est à dire la capacité de la firme à se transformer et à évoluer en permanence, est ainsi considérée comme une clé de la compétitivité à long terme. Cette question est notamment cruciale dans les travaux sur l’ambidextrie qui insistent sur la nécessité de maîtriser le « tempo » du lancement successif d’innovations (Brion, Favre-Bonté et Mothe, 2008).

Après un retour sur cette question de la production d’innovation « en rafale », nous montrons en quoi une approche en termes de réseau social peut s’avérer utile pour améliorer notre compréhension de ce processus.
1.1. Produire des innovations en rafale : un impératif stratégique, des questions d’organisation

La littérature1 sur la production d’innovations successives dans le temps trouve son origine dans la nécessité d’analyser les liens entre les outputs mis sur le marché par les organisations, de mettre en exergue les « lignées de conception » (Le Masson et al., 2006). En effet, si de nombreuses recherches examinent les conditions qui permettent à des innovations d’émerger dans des organisations matures (Dougherty et Hardy, 1996 ; Burgelman, 1985), identifient les dispositifs organisationnels qui permettent de générer des idées de nouveaux produits (Von Hippel, 1988) ou s’intéressent à la diffusion des innovations (Rogers, 2003), elles considèrent essentiellement les innovations comme isolées les unes des autres. Or, au sein d’une firme, la plupart des innovations sont liées : elles sont construites à partir d’innovations préexistantes et peuvent, par la suite, en générer d’autres (Podolny et Stuart, 1995).

L’identification et l’exploitation des liens entre innovations sont d’une importance toute particulière quand on cherche à lancer de multiples produits nouveaux sur un laps de temps réduit. Dès lors, de nombreux auteurs ont tenté de mettre en exergue les conditions de la création en continu d’innovations et, plus largement, d’avantages concurrentiels temporaires mais renouvelés. Comme l’indiquent les développements ci-dessous, certains travaux se sont focalisés sur des questions stratégiques tandis que d’autres ont privilégié l’analyse des structures afin de déterminer les processus organisationnels sous-jacents.

Au niveau stratégique, les chercheurs ont tout d’abord tenté de mettre en exergue les avantages et les conditions de réalisation des stratégies fondées sur la vitesse d’introduction de nouveaux produits. L’idée de base est que le flux continu contribue au renouvellement des offres sur le marché et assure la pérennité sur le long terme des entreprises (Tushman et al., 1997). L’analyse par Deschamps et Nayak (1997) du développement de Sony sur le marché des baladeurs entre 1981 et 1989 montre l’importance de ces questions de « chrono-compétitivité ». Dans ce cas, le succès de la firme nippone a reposé sur la production en « rafale » d’un nombre important d’innovations incrémentales qui renforçaient plus qu’elles ne contestaient le concept d’origine. Dans d’autres cas cependant, des innovations d’exploration peuvent émerger après une succession d’idées incrémentales (Van de Ven et al., 1999).

Toujours au niveau stratégique, d’autres auteurs ont abordé la question des processus de décision, plus largement du fonctionnement des équipes dirigeantes, adaptés à une telle course à l’innovation. On doit essentiellement à Eisenhardt et ses collaborateurs (Bourgeois et Eisenhardt, 1988 ; Eisenhardt, 1989 ; Eisenhardt. et Brown, 1998 ; Eisenhardt et Tabrizi, 1995) les travaux permettant de comprendre comment il est possible de « décider vite mais bien » et « comment fonctionnent les équipes qui décident vite » (Laroche, 2007).

Enfin, le thème des capacités stratégiques nécessaires pour soutenir un tel changement continu a également fait l’objet de nombreux développements. L’approche par les ressources dynamiques de la firme a clairement identifié les « capacités dynamiques » comme la principale source d’un avantage concurrentiel dans les environnements à évolution rapide (Verona, 1999 ; Verona et Ravasi, 2003). Ces capacités dynamiques sont définies par Teece, Pisano et Shuen (1997) comme « la capacité de la firme à intégrer, construire et reconfigurer des compétences internes et externes pour faire face à des environnements changeant rapidement » (Mothe, 2007, p. 163).

Au niveau de la structure, divers travaux ont cherché à mettre en évidence les dispositifs organisationnels propices à l’innovation en rafale. Il s’agit essentiellement de définir des modèles organisationnels adaptés (notamment les travaux sur l’ambidextrie structurelle : Benner et Tushman, 2003 ; Brion, Favre-Bonté et Mothe, 2008 ; Chanal et Mothe, 2005), de mettre en exergue les dispositifs permettant la création, l’absorption et la reconfiguration de savoirs nouveaux (Verona et Ravesi, 2003), la captation et la sélection d’idées neuves parfois en décalage avec la stratégie (Chapel, 1999), ou encore d’analyser les liens entre les fonctions de la firme, leurs rôles, ainsi que ceux des partenaires dans les logiques de co-développement (Hatchuel et al., 2001 ; Gastaldi et Midler, 2005).

On le voit, la très grande majorité des travaux se focalise sur la question des stratégies et des structures qui permettent à la firme d’acquérir la capacité à produire des innovations successives (Verona et Ravasi, 2003, p. 577). Cependant, toutes ces questions sur les stratégies et les dispositifs organisationnels propices à l’innovation intensive renvoient aux caractéristiques que doit posséder l’entreprise et aux leviers d’apprentissage qu’il est possible d’utiliser. Or, on sait que l’entreprise innovatrice est celle qui est capable d’utiliser conjointement trois leviers d’innovation : la stratégie, la structure mais aussi les individus, qui doivent trouver des occasions, au sein des projets, d’exploiter leurs connaissances, les renouveler et plus largement libérer leur potentiel créatif (Loilier et Tellier, 1999).
1.2. Les équipes projets : un niveau d’analyse propice à l’étude des rafales d’innovations

Les travaux d’Eisenhardt et ses collaborateurs, sur la vitesse d’introduction des nouveaux produits, montrent toute l’attention qu’il faut porter à la transition entre les projets. Les générations successives de nouveaux produits doivent être considérées comme un flux continu de projets entrelacés, notamment parce qu’ils partagent des ressources, des procédures identiques et que certaines équipes transitent d’un projet à l’autre. C’est principalement au cours du processus de développement des produits nouveaux que les firmes trouvent les occasions d’intégrer des connaissances nouvelles de différentes natures (scientifique, technologiques, marketing…), de les combiner de manière originale et ainsi d’en créer de nouvelles (Verona et Ravasi, 2003, p. 577). Etudiant différents cas de transitions entre innovation, Ayerbe et Fonrouge (2005) montrent qu’au cours des projets, l’intégration de connaissances nouvelles, apportées notamment par des partenaires, l’utilisation de connaissances déjà établies, ou encore le transfert de connaissances d’un domaine à un autre, débouchent sur différents modes de raisonnement propices à l’innovation. Le projet d’innovation apparaît comme le lieu du renforcement et de la destruction des ressources de la firme2. Gupta et al. (2006) considèrent d’ailleurs que la différence entre l’exploitation et l’exploration vient du type d’apprentissage au cours du projet. L’exploitation réside dans l’amélioration et l’extension des ressources existantes tandis que l’exploration consiste à découvrir de nouvelles alternatives (March, 1991). Tushman et al. (1997) utilisent le terme d’« innovation streams » pour définir ces « routes d’innovations » qui s’appuient sur les versions antérieures de produits en les étendant et, de façon simultanée, détruisent ces produits qui ont permis le succès historique de l’entreprise. Ces routes d’innovations se composent donc à la fois d’innovations incrémentales dans des produits existants et au moins d’une innovation non incrémentale (Tushman et al., 2010).

Dans ce processus d’innovation, l’organisation sélectionne ou rencontre des problèmes, et développe de nouvelles connaissances ou en recombine d’autres pour les résoudre (Nonaka, 1994). La connaissance peut se définir comme l’ensemble des perceptions cognitives, des compétences, du savoir-faire ou encore de l’expertise, intégrés dans les produits ou services (Nonaka & Takeuchi, 1995, traduction de Berthon, 2001). Si l’exploration implique une expansion des connaissances scientifiques et techniques afin de résoudre des problèmes inédits (Garel et Rosier, 2008, p. 136), l’exploitation repose davantage sur l’utilisation et la recombinaison de connaissances existantes. Dès lors, dans ce processus, les transactions entre les individus sont au cœur du développement des innovations (Van de Ven, 1986). Pour que ces innovations se développent il faut que les individus parviennent à (1) mobiliser des connaissances existantes et les transférer sur de nouveaux projets, (2) en acquièrent de nouvelles ou (3) les combinent de nouvelles façons (Hargadon et Sutton, 1997). Certaines connaissances sont détenues par les acteurs dès les débuts du projet d’innovation tandis que d’autres sont constituées dans l’action et s’apparentent ainsi à des compétences (Musca, 2007, p. 96). Le développement de l’innovation repose ainsi sur la mise en œuvre de connaissances à la fois formalisées et tacites. Les premières sont « non visqueuses » (Von Hippel, 1994) puisqu’elles peuvent être codifiées puis transmises sans perte d’intégrité. Les connaissances tacites sont au contraire très difficiles à codifier par un discours écrit. Dans cet article, nous nous intéressons à la création, à la recombinaison et au transfert des connaissances formalisées (brevets notamment) et tacites lors de la production d’une série d’innovations. Les connaissances tacites peuvent être associées au savoir-faire et aux connaissances pratiques (Grant, 1996). L’étude de leur transfert est particulièrement intéressante car elles ne peuvent être diffusées que par des relations interindividuelles et se heurtent souvent à des problématiques complexes liées à la confiance entre les individus (Ibid).

Les relations entre les individus impliqués dans les projets d’innovations vont influencer à la fois la diffusion et l’acquisition de connaissances. La théorie des réseaux sociaux qui s’intéresse aux configurations relationnelles et à la position des individus dans des ensembles de relations peut permettre de comprendre dans quelles conditions s’effectuent la création et la recombinaison de ces connaissances. En effet, le contexte dans lequel ces individus évoluent, et les relations qu’ils peuvent tisser jouent sans doute un rôle important dans le développement de nouvelles connaissances et donc dans la construction de routes d’innovations, mêlant innovations incrémentales et radicales. Ce présupposé incite à mobiliser la théorie des réseaux sociaux.
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