Comment trouver chaussure à son pied?








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Zatopek N° 2 – Avril 2007

par Gilles Goetghebuer
Comment trouver chaussure à son pied?
Pour le coureur, le choix d’une chaussure constitue la première étape vraiment cruciale de l’entraînement. Et ceux qui se trompent risquent de le regretter longtemps!

Rien que sur un pays petit comme la Belgique, on trouve des chaussures de jogging dans un peu plus d’un millier de boutiques. Chacune d’elles propose plusieurs dizaines de modèles déclinables en multiples versions et pointures. Face à cette abondance de biens, la probabilité qu'il existe sur le marché un modèle parfaitement adapté à votre pied est très élevée. Toutefois, la probabilité de tomber sur cette chaussure idéale est quasiment nulle. Sauf évidemment à conditionner son choix à un gros travail de réflexion.
Un petit bijou architectural
Commençons par un constat: le pied humain est un trésor d'ingéniosité architecturale avec 26 petits os reliés par 32 petits muscles qui maintiennent une structure en forme de voûte capable de résister à un écrasement de plusieurs tonnes. Une bonne chaussure de jogging doit évidemment préserver la robustesse naturelle de cette armature. Une mauvaise, en revanche, risque de tout faire s'effondrer. Pour bien comprendre les enjeux, un petit calcul en dit plus que n’importe quel long discours. Lorsqu’on court, le pied encaisse une force égale à 2,5 fois le poids du corps à chaque réception sur le sol. Une course sur 10 kilomètres représente donc, en poids cumulé, une charge d’environ dix mille tonnes. Le poids d’un petit chalutier! Et ce n’est pas tout. Chaque impact sur le talon dure environ 25 millisecondes. C’est trop court pour la mise en place de l'arc réflexe qui a pour mission de protéger l’articulation. La charpente osseuse se trouve donc prise au dépourvu. Un peu comme la tape dans le dos assénée par un ami que l’on n’avait pas vu venir. L’onde de choc grimpe alors le long du squelette pour atteindre l’occiput à la base du crâne où l'on enregistre encore de faibles variations. Voilà qui explique pourquoi il faut y aller doucement, surtout lorsqu’on se remet à courir après des années de sédentarité.
La meilleure façon de marcher

Le pied est aussi une pièce anatomique très curieuse. Il n'a pas une croissance constante tout au long des premières années et sa forme n'est pas, comme celle de notre nez, entièrement déterminée par la génétique. Il se transforme selon des influences héréditaires certes, mais aussi en fonction des contraintes qui s’exercent sur lui. Ainsi, le pied rond et dodu des bébés reste désespérément plat jusqu’aux environs de quatre ans. Il se creusera ensuite avec l'habitude de la marche. La formation de l'arcade plantaire résulte en effet du renforcement de tous les petits muscles qui tirent sur les pièces osseuses comme on bande un arc. Et, plus on les sollicite, plus les pieds se creusent! Cette cambrure est d'ailleurs spectaculaire chez les tireurs de pousse-pousse en Asie, chez les danseurs de ballet et, bien sûr, chez les coureurs à pied. Comme les ogives d’une cathédrale, cette structure en forme d’arche permet de répartir équitablement les pressions. D’autres mécanismes de protection se mettent encore en place avec l’habitude de la marche ou de la course comme l’épaississement de la couche de lard (peau et graisse) sous l'os du talon (calcanéum). Le pied apprend aussi à se comporter comme un ressort. Il se déforme légèrement à chaque foulée avec notamment un coulissement de l'astragale le long du calcanéum pour permettre un atterrissage en douceur. Bien entendu, la phase d’écrasement doit alterner avec une reprise de la position initiale lors du trajet aérien. Cela se produit très naturellement à la fin de la poussée.
L'extension du gros orteil entraîne un effet de resserrement de tous les osselets, à la fois dans le sens latéral et longitudinal, et prépare ainsi le pied à subir une nouvelle déformation. Avec l’entraînement, on améliore aussi sa technique de course. Si vous regardez la semelle d'anciennes chaussures, vous verrez que le côté extérieur est (quasiment) toujours plus usé que l'autre (*). Normal! Le calcanéum prend contact avec le sol sur son bord externe et puis verse doucement en position latérale. Ce petit mouvement de bascule participe lui aussi à l’absorption de l’impact. Enfin, il faut compter avec la flexion du genou et la souplesse des hanches, puisque à chaque pas, le bassin s'écarte de l'horizontalité selon un angle de 4 ou 5 degrés. Au bout du compte, le contact du pied sur le sol jouit d'un espace d'amortissement de plusieurs centimètres qui annihile une transmission trop violente des chocs et protège le squelette.

(*) Luc Bouvier (directeur de Jogging Plus) estime qu’il a dû équiper plus d’une dizaine de milliers de coureurs dans ses quatre magasins. Des semelles usées à l’intérieur du talon, il se souvient en avoir vu deux fois seulement. Elles appartenaient à des personnes avec les jambes formant un X fort caractéristique !

Mexico 68: les pieds niqués!

Au premier temps du sport, on comptait sur ces facultés naturelles d’encaissement. De ce fait, les chaussures de course n’étaient pas très différentes des souliers de ville. Elles protégeaient du froid et des aspérités du sol. Mais, fondamentalement, elles n’en modifiaient aucune propriété.

Les coureurs se contentaient d'ajouter quelques clous sous la semelle pour stabiliser les appuis sur terrain meuble. Et c'était tout. Il faut dire qu'à l'époque, on s’entraînait sur des sols souples: la cendrée des pistes d'athlétisme et l'herbe des hippodromes où se tenaient traditionnellement les épreuves de cross-country (**).
Le grand changement survint à la fin des années 60 avec l’expansion de la course à pied vers de nouveaux publics, notamment dans les villes, et la popularisation d'épreuves de masse courues sur l'asphalte. L’intensification des enjeux sportifs a poussé aussi les athlètes à durcir parfois inconsidérément leurs programmes d’entraînement. Enfin, on a remplacé le revêtement des stades par des matériaux synthétiques beaucoup plus traumatisants. Les Jeux de Mexico en 1968 furent les premiers à être disputés sur tartan. On assista alors à une explosion des records! Les pistes artificielles possèdent en effet cet avantage de restituer l'intégralité des forces et d'empêcher le glissement des appuis. On limite ainsi les déperditions d’énergie. D’un autre côté, on soumet le pied à des contraintes tout à fait anormales et on oblige par exemple l'articulation de la cheville à travailler sans respecter ses quelques degrés de rotation anatomique. Alors, s’il est vrai que la dureté de la piste et la fixation du pied conviennent pour la performance, ces paramètres sont également responsables de très nombreuses blessures. Les années qui ont suivi ont d’ailleurs vu se généraliser ce type de revêtement, ce qui a eu pour double effet de pousser les performances vers le haut et de générer une épidémie de maux divers (tendinites, périostites, fractures de fatigue) que l'on désigna bientôt sous le nom de "syndrome du tartan". La société américaine 3M qui commercialisait ce type de surface se sentit un peu coupable de cette vague de douleurs et entreprit une série d'études pour tenter de mieux comprendre leur origine. Notre langage s’enrichit alors de nouvelles expressions telles que "forces bionégatives" ou "micro-traumatismes" qui, bien que banales aujourd'hui, nous étaient inconnues dans les années 70.
Lentement, on a pris conscience aussi des dangers de la course à pied et de son rôle dans des pathologies a priori très éloignées du sport comme l’anémie. La répétition des chocs sur la plante du pied produit en effet de microscopiques épanchements sanguins qui à la longue peuvent entraîner une importante perte de fer et affecter l’ensemble de l’organisme. Bref, l'industrie s’intéressa de plus en plus aux besoins des coureurs et elle tenta d’apporter des réponses à tous ces problèmes.
(**) Aux débuts de la course à pied, les organisateurs avaient tout copié sur les épreuves hippiques: terrain, distances, présence éventuelle d’obstacles (steeple-chase). Les coureurs s’habillaient comme des jockeys. Certains poussaient même l’analogie jusqu’à se munir d’une cravache pour se fouetter les jambes lors du sprint final!
Les années de mousse

Des biomécaniciens de renom comme Benno Nigg de l'Université de Calgary, supporté par Adidas, ou E.C. Frederick, directeur du laboratoire de Nike Sport au New Hampshire travaillèrent alors à la mise au point de semelles protectrices du système locomoteur. Leur défi consistait d’abord à estimer les forces qui peuvent, sans danger, s'exercer sur le pied et à trouver des matériaux suffisamment absorbants et légers à incorporer dans les semelles pour atteindre ces conditions optimales de confort et de sécurité. Il suffit de connaître un peu l'historique de la biomécanique pour mesure l'ampleur du travail. Car rien n'existait auparavant.

En quelques années, il a fallu inventer les concepts et élaborer en même temps des critères objectifs d'évaluation. Au Musée olympique à Lausanne, on peut s’amuser d’ailleurs à comparer les pompes de Zatopek aux Jeux de Helsinki en 1952 et celles de Lasse Viren à Montréal en 1976. Dans le premier cas, la semelle présente une épaisseur d’environ 7 millimètres et est constituée de matériaux (cuir et caoutchouc) assez peu déformables (maximum 30%) ce qui signifie que le pied lancé à pleine vitesse (+/- 1 mètre par seconde) s'écrasait sur le sol avec un espace d'amortissement d'à peine 2 millimètres. Un quart de siècle plus tard, on avait multiplié par dix la distance de freinage et raboté d’autant les pics d'intensité à l’origine des microtraumatismes. Un principe physique vieux comme le monde veut en effet que l'intensité d'un choc évolue toujours a contrario de sa durée. Le grand progrès de l’industrie réside uniquement dans cet artifice: doter le pied d'un système amortisseur afin de compenser le manque de souplesse des sols. Pour cela, les grandes marques rivalisèrent d'ingéniosité. Elles utilisèrent des mousses, des gommes spéciales, des plots amortisseurs, des tiges de renfort, des barres de torsion, des petites cavités remplies de gel, des alvéoles, des bulles d'air, des structures en pyramide, en tuyaux d'orgue, en nid d'abeille, etc. Ces nouvelles chaussures donnaient l'impression de courir sur des coussins de soie, à l'image d'une publicité réellement tournée par Harry Butch Reynolds dans les années 80. Le confort qu’elles procuraient déborda rapidement le cadre strict de la course à pied et pénétra la société civile. Les "joggings" devinrent des chaussures de ville pour toute une génération d’adolescents.
Aujourd’hui encore, on estime que, dans 70% des cas, les chaussures de course à pied ne servent pas à courir. Poussé à l’extrême, l’ajout de toujours plus de mousse sous la semelle aboutit au fil des années à des créations parfaitement ridicules comme ces chaussures dites à talons compensés: certains modèles présentaient ainsi une épaisseur de semelle de 5, 10, 20, voire 30 centimètres, qui donnait l'impression de marcher sur des échasses. On atteignait là des sommets d'imbécillité. D’autant que les résultats escomptés étaient loin, très loin, d’être au rendez-vous. Dans l’esprit de chacun, les formidables propriétés d'amortissement de ces nouveaux matériaux devaient permettre de résoudre tous les problèmes de blessures. La réalité est malheureusement très différente.

Des statistiques récentes révèlent que, chaque année, les douleurs articulaires arrêtent en moyenne deux coureurs sur trois! Les atteintes touchent principalement les genoux (25%), les tendons d'Achille (18%), les tibias (15%) et la voûte plantaire (10%). Bref, on se casse aujourd’hui avec autant voire plus d’assiduité que dans les années 60. Embêtant! Il a d’ailleurs fallu plusieurs années pour que l’on admette une réalité aussi contrariante. Deux raisons principales expliquent cette hécatombe. La première, c’est que les sportifs équipés du modèle dernier cri se bercent facilement d’une illusion de sécurité, savamment entretenue d’ailleurs par la publicité. Ils ont payé leurs chaussures, assez cher et s’imaginent de ce fait être à l’abri de tout pépin. Ce sentiment les pousse à augmenter parfois inconsidérément la charge d'entraînement, à ne pas tenir compte de signes avant-coureurs de blessures pour pousser leur organisme au-delà de ses capacités intrinsèques de résistance. Ce comportement apparaît très clairement dans les études du professeur Marti (Université de Berne). En 1984, il analysait les habitudes d'une population de quatre mille cinq-cents coureurs pour découvrir, avec étonnement, une absence totale de relation entre la fréquence des blessures et la qualité des chaussures. Qu’on se comprenne bien! Ce n’est pas que les chaussures bon marché valent les plus chères. Seulement, on se montre généralement plus prudent avec elles. Or ce sont les années de pratique et le nombre de kilomètres parcourus qui font le lit des blessures. Quant à l’autre explication, elle réside dans la conception même de la chaussure. Avec des semelles plus épaisses, le pied gagne en confort ce qu’il perd en stabilité. L’accentuation des contraintes articulaires remonte le long de l’appareil locomoteur et génère parfois une usure précoce des structures cartilagineuses au niveau des hanches et des genoux. Enfin, le pied lui-même risque de pâtir d’avoir été à ce point déchargé de ses anciennes responsabilités confiées à présent à la chaussure. Le problème se pose surtout chez ceux qui portent leurs joggings toute la journée. Une lente involution risque de se mettre en place: fonte musculaire, laxité ligamentaire, perte de tonicité. Cela aboutit parfois à un effondrement de l’arche! Le choix technologique qui a guidé les fabricants vers toujours plus d’amortissement prélevait donc lui aussi son lot de victimes. L'erreur était en somme de considérer qu'en renforçant la structure de support, on additionnait les qualités du pied à celles de la chaussure, sans tenir compte de l'existence de processus adaptatifs qui font qu'en palliant une carence, on en produisait une autre.
Le retour des semelles fines

Chose étrange: pendant que les scientifiques s’interrogeaient sur la pertinence de leur modèle de prévention, on observait dans le grand public les prémices d’un premier revirement des habitudes. Cela remonte au début des années 2000. Incrédule, la société Puma enregistre une flambée des ventes d'un modèle de chaussure (baptisé "Sparco"), conçue à l'origine pour la course automobile. Dieu sait pourquoi, les jeunes s'étaient soudain pris de passion pour ces fines pantoufles de daim, différentes en tous points des godillots massifs qui les enchantaient la veille. Les magasins se sont vus dévaliser et, dans la foulée, on a assisté à l'avènement d'une nouvelle mode talons plats avec notamment des bottines à haute tige et à lacets comme celles que portent les boxeurs ou les lutteurs de foire. Adidas aussi a connu une belle embellie avec ses vieilles Stan Smith au moment précis où la marque avait pourtant pris la décision d’arrêter la production. Aujourd’hui ce modèle se trouve d’ailleurs copié par tous ses concurrents.

Actuellement, ASICS fait aussi un malheur avec ses modèles Tigers. Sans parler du retour en force de la basket de toile de Converse (modèle All Star) que l’on croyait définitivement disparue. Pour les podologues, il s'agit plutôt d'une bonne nouvelle dans la mesure où ces nouvelles modes remettent le pied en situation de travailler un peu. Les joggeurs aussi sont concernés par ce grand revirement d’opinion. Certes, on ne leur conseille pas de se lancer dans un marathon avec des sandalettes de gymnastique - ce serait le plus sûr moyen de se flinguer les articulations - mais on a repris clairement conscience de l’importance du renforcement des muscles pédieux. C’est pourquoi de nombreux kinés préconisent toute une série d'exercices de musculation dans tous les plans articulaires avec des exercices d'équilibre sur des vessies très légèrement gonflées ou des plateformes posées sur des demi-sphères. Un truc très simple, mais redoutablement efficace, consiste à se mettre debout sur un tapis et à avancer les deux pieds simultanément à la seule force des orteils! Essayez, vous verrez. On peut même organiser des petites courses sur un mètre ou deux. Fous rires garantis! Certains entraîneurs prônent aussi la course à pieds nus. Avec un peu d'assiduité, on constatera très vite des transformations dans l'architecture du pied comme l'épaississement du coussin de graisse sous le talon ou l'accentuation des courbures qui lui confèrent un plus grand dynamisme.

Aujourd'hui, la musculation du pied est devenue un concept tellement à la mode que Nike vient de concevoir une chaussure baptisée "Free", extrêmement souple et légère qui, d'après la publicité, reproduit la sensation que l'on éprouve lorsqu'on marche pieds nus sur l'herbe. Nous sommes en train de vivre un nouveau tournant dans l'histoire du jogging. Et, inévitablement, cela conditionne le choix des nouveaux modèles. Disons en résumé qu’après trente années d'innovations technologiques, toutes orientées dans le sens de l’amortissement et du confort, on se remet à parler de nature et de liberté. S'il ne s'agissait pas de chaussures, on évoquerait un conflit de nature idéologique. Le véritable progrès passe parfois par sa remise en question.

La vérité toute nue

Lorsque l’Ethiopien Bikila remporta le marathon de Rome en 1960, tout le monde s’étonna de ce qu’il ne portait pas de chaussures. Depuis lors et à chaque grande compétition internationale, la présence d’athlètes à pieds nus inspire les gros plans des caméras. En général, il s’agit de coureurs africains. Mais pas toujours. Par le passé, c’était aussi le choix de l’Anglais Bruce Tulloh ou de la Sud-Africaine (naturalisée britannique) Zola Budd. Il s’agit d’athlètes souvent jeunes qui ont vécu pieds nus la majeure partie de leur enfance.

Dans le grand public, on considère ce choix comme une marque de désinvolture ou de pauvreté. Mais pas du tout. Il s’agit au contraire d’une richesse incommensurable, preuve que des pieds en parfaite santé sont capables d’encaisser toutes les contraintes. Bien entendu, de telles qualités ne s’acquièrent pas aisément et la plupart des athlètes se tueraient à vouloir les imiter. On peut néanmoins s’en inspirer.
Certains champions, comme l'Ethiopien Hailé Gebrselassié, courent en compétition avec des chaussures mais programment leurs séances pieds nus dans le cadre de leur entraînement. Pourquoi pas? Cela implique seulement de respecter certaines conditions très bien résumées par Serge Cottereau dans la première édition de son Encyclopédie du Jogging parue en 1986: "Il est possible de retrouver les facultés naturelles d'amortissement du pied en effectuant une partie de l'entraînement pieds nus", écrivait-il. "Cette réadaptation doit se faire progressivement. Lors de votre premier essai sur le macadam, contentez vous de marcher pieds nus trois ou quatre minutes. Augmentez d'une minute à chaque entraînement pour arriver à huit minutes. Lorsque vous en êtes là, vous pouvez commencer à trottiner très lentement (…) Au bout de 25 séances, vous devriez arriver à environ quinze minutes." L’encyclopédie vient de faire l’objet d’une réédition où le conseil ne figure plus. Nous avons demandé pourquoi à l’auteur: "Je n’ai pas changé d’avis sur l’avantage de la course à pieds nus", explique Serge Cottereau. "Mais il est difficile de trouver un bon terrain, et puis surtout, rares sont les personnes qui peuvent encore se le permettre." Un pied qui a vécu trop longtemps dans la mousse supporte difficilement le retour à la vie dure.

Système planté

Lorsqu'on marche pieds nus sur la plage, on laisse une trace qui marque l'appui successif du talon, de la tranche puis de l'avant-pied pour terminer par les 5 îlots caractéristiques des orteils. Mais attention, tout le monde ne définit pas exactement la même empreinte dans le sable. Chez certaines personnes, il ne reste qu'un isthme étroit –parfois même rien du tout- entre les appuis à l’avant et l’arrière du pied. Chez d'autres au contraire, le pont s’élargit et prend la forme d'un gros pâté. Par le passé, ces particularités ont fait l'objet de beaucoup d'attention. En orthopédie, on parle de pied en varus ou en valgus. En médecine du sport, on utilise des termes comme "hypersupination" et "hyperpronation".

Dans le langage courant, on entendra plus souvent parler de pieds creux ou de pieds plats. Peu importe! Ce que l’on doit savoir c’est que, pendant des années, les orthopédistes ont tenté de faire rentrer ces pieds déviants dans le droit chemin. Lorsqu’ils diagnostiquaient des pieds plats, par exemple, ils préconisaient un renfort pour soutenir la voûte effondrée dans l’idée de rétablir des appuis plus conformes aux dessins anatomiques. Déduction logique, certes. Mais le résultat ne correspondait pas toujours aux attentes. A la longue, le pied fainéant prenait de plus en plus clairement appui sur le bloc de mousse à l’intérieur de la semelle, ce qui provoquait la fonte des muscles chargés du soutien, et il s’avachissait alors lentement dans le luxe de sa semelle orthopédique. Aujourd'hui, on est beaucoup plus prudent. Ainsi, les pieds plats ne sont plus considérés comme une pathologie à part entière. Ni même comme une malformation.

Dans certains cas, cet affaissement résulte seulement d’un manque d’exercice et il suffit de se remettre à marcher pour voir les pieds se creuser spontanément. Cette situation est tellement banale qu'on en arrive à se demander d'où vient notre ancienne aversion. Selon les spécialistes, il y aurait des relents de médecine coloniale là-dessous. Certaines populations noires d'Afrique possèdent en effet des pieds naturellement plus plats que les nôtres. Une forme plus aplatie facilite la locomotion lorsqu’on se déplace à pieds nus sur un sol meuble. Seulement, les premiers colons blancs ont vu cela comme un signe d'arriération. Ensuite, ils appliquèrent leur théorie à l’ensemble de la population et les pieds plats furent considérés comme une tare suffisamment lourde pour justifier l’exemption de service militaire, par exemple. Aujourd'hui, on est un peu revenu de cette perception manichéenne des particularités orthopédiques. Certes, il arrive que des pieds plats accompagnent ou même signalent l'existence d'une maladie grave: trisomie 21, syndrome de Marfan, IMC (Infirmité motrice cérébrale), myopathie, neuropathie, etc. En cas de douleurs ou de difficultés ambulatoires, il n’est pas exclu que l’on recourt à la pose d'orthèses ou même que l’on intervienne par la chirurgie. Mais ces cas sont rares. Et, dans l’immense majorité des cas, la meilleure médecine pour corriger des pieds plats s’appelle la marche ou la course à pied. Pour s’en persuader, il suffit de voir les pieds des joggeurs. Pour un athlète aux pieds plats, on en compte au moins vingt aux pieds creux.
Les pompes qui fusillent
Le creusement du pied sous la contrainte constitue même un phénomène spectaculaire d’adaptation. Dans l’immense majorité des cas, cette transformation morphologique ne pose aucun problème. Mais il arrive parfois que le pied se creuse exagérément et qu’on finisse par tanguer latéralement comme lorsqu’on porte des chaussures à talon aiguille. La diminution de la surface d'appui risque alors de le faire verser soit vers l'intérieur (pied creux varus), soit vers l'extérieur (creux valgus). Le même problème se pose aussi pour les pathologies dites "flasques" (comme la polio). La fonte musculaire tire les genoux vers l'extérieur (jambes arquées) et déplace le poids du corps sur la tranche du pied (hypersupination). Cette diminution des surfaces d'appui entraîne des contraintes, parfois des douleurs, qui vont faire en sorte que, naturellement, la personne va tenter de remettre son pied plus à plat sur le sol (hyperpronation).
Que faire? Là encore, le premier réflexe consistait à traiter cette bascule par des semelles correctrices. On plaçait en somme des "coins" sous les pieds comme on glisse des cartons de bière sous les pieds d'une table. Mais cette analyse uniquement statique constituait une grave erreur car elle ne tenait pas compte du comportement du pied à l'effort. L’étude cinétique montre qu’un pied pronateur peut parfaitement devenir supinateur à l’effort. Si on conseille une chaussure spéciale, on risque de renforcer le défaut au lieu de s'en débarrasser. De plus, on accroît le risque d'entorse. La tendance actuelle consiste donc à concevoir des chaussures qui guident le déroulement du pied sur le sol plutôt que de le contraindre. Dans le catalogue des grandes marques, on trouve chaque fois des modèles neutres et d’autres pour les coureurs hyperpronateurs. Mais attention à ne pas se tromper. Un coureur lambda qui enfilerait ces chaussures se bousillerait les genoux en moins d’une heure! C’est dire s’il faut être prudent!
Lexique à bascule

Si vous avez des difficultés pour vous y retrouver avec les termes "pronateur" et "supinateur", pensez aux mains plutôt qu’aux pieds. Pronateur vient du verbe "prendre" comme dans l’action qui consiste à se saisir d’un crayon sur une table. Elle se réalise avec les doigts dirigés vers le sol et le dos de la main vers le ciel. Supinateur vient du verbe "soutenir". Imaginez-vous alors en train de porter un plat. Les doigts pointent vers l’avant, les paumes des mains vers le haut. C’est exactement la même chose pour le pied, sinon que l’articulation présente une moins grande amplitude de rotation. La pronation met le pied à plat. L’hypersupination le porte sur la tranche.
La petite boutique des erreurs

Pour réduire le risque de tomber sur une mauvaise chaussure, il faut d’abord bien choisir son magasin. On aura d’ailleurs tout intérêt à s'adresser à des petits détaillants spécialisés pour bénéficier des conseils d’un vendeur souvent compétent et lui-même coureur. Logiquement, celui-ci vous posera une série de questions: poids, niveau de performance, fréquence des entraînements, et, bien sûr, la pointure. Toutes les marques proposent des modèles distincts pour les femmes et les hommes. New Balance s’est même fait une spécialité de la déclinaison de ses modèles en différentes largeurs de pied. Il faudra aussi décider si vous poursuivez des objectifs de performance ou si vous privilégiez plutôt la sécurité et le confort.

Ainsi, à partir d’un certain niveau de pratique, la plupart des coureurs optent pour des modèles plus confortables à l’entraînement, avec des semelles épaisses, et d’autres aux semelles plus fines pour la compétition, afin de limiter la perte d'énergie induite par la déformation des matériaux. En outre, ces modèles de "compet" représentent un faible gain de poids. Or, on sait que 100 à 150 grammes économisés au niveau du pied se traduisent par un gain de temps d'environ une à deux minutes à l'issue d'un marathon. A l’heure du choix, on sera bien inspiré d’emporter avec soi d’anciennes chaussures qui permettront une rapide analyse de l’usure de la semelle. Normalement, elle sera plus marquée sur les
bords externes du talon. Mais ce n’est pas le cas chez tout le monde. Quoi qu’il en soit, on ne conseille plus le port de chaussures correctrices en première intention. Plus tard, il sera toujours temps de redresser le tir. Par exemple, en cas de douleurs et seulement après une petite visite chez un podologue. A ce stade-ci, le vendeur doit avoir sélectionné une série de modèles. On passe alors à la phase d'essayage. Enfilez les deux chaussures -avec vos chaussettes de course- et prêtez attention à une série de détails comme la découpe des malléoles ou le dégagement du tendon d'Achille qui ne doivent produire aucun frottement. L'examen statique terminé, il faut courir. Certains magasins sont équipés de tapis roulants. Sinon n'hésitez pas à demander à faire un petit tour à l'extérieur du magasin en évitant soigneusement les flaques d'eau et les crottes de chiens. Si vous êtes venus à deux. Laissez votre conjoint en otage… Il faut vérifier que le talon reste fixe dans le mouvement de la course et que la pliure s'effectue très exactement au niveau de l'articulation du gros orteil. Si la chaussure vous plaît, manipulez-la ensuite avec attention. Vous semble-t-elle suffisamment rigide? La pliure est-elle franche et nette? Les protections sont-elles cousues ou simplement collées? Y a-t-il des trous d'aération? Etc. A plusieurs dizaines d’euros la paire, on est en droit d'attendre une bonne solidité. Or, les maladies des chaussures de course sont variées: une couture défaillante, un œillet mal percé, un rebord mal collé, etc.
Si la chaussure ne possède aucun de ces défauts de fabrication, c'est la semelle d'usure - en contact avec le sol - qui s'en ira la première. Cette semelle a été inventée par Bowerman, célèbre entraîneur de l'équipe olympique américaine et co-fondateur de la société Nike. En 1975, il eut l'idée de couler du caoutchouc dans un gaufrier de cuisine pour produire une semelle d'adhérence qui lui permettait de mieux coller à la route sans retenir de la terre ou de l'eau dans les anfractuosités. Bien sûr, comme pour les pneus des voitures, l'abrasion diffère selon le type de gomme. Il faut donc aussi tenir compte de la nature des sols sur lesquels vous vous entraînez. Tout cela demande du temps. Evitez de faire vos achats le samedi, journée traditionnelle d'affluence. Souvent, on conseille également de faire cet achat le soir pour mieux tenir compte du gonflement du pied qui survient en cours de journée. Ce n’est pas idiot. Le pied se transforme effectivement au fil des heures. A l'effort aussi, il chauffe et perd jusqu'à 15 grammes de sueur par heure. Mais contrairement à une idée reçue, cela n’influence pas beaucoup son volume. Des études réalisées par le Centre Technique du Cuir en France n'ont finalement enregistré que

des variations infimes (maximum 2%) à l'issue de marches ou de courses sur plusieurs dizaines de kilomètres. Ainsi, le conseil classique de choisir des chaussures de course une demi-pointure au-dessus de la taille normale pour des raisons de dilatation du pied, ne se justifie guère (*). Pour choisir la bonne pointure, il existe un truc: glissez un doigt derrière le talon et voyez si cela suffit pour que les orteils entrent en contact avec le bout de la chaussure. Autre conseil: testez la chaussure en situation de flexion métatarso-phalangienne. Chez certaines personnes, le périmètre de l'articulation augmente de +/- 10%. Comment le savoir? Il faut réaliser le test de la savonnette: posez une savonnette sur le sol de votre salle de bains juste au contact de votre orteil le plus proéminent (le premier ou le second). Accroupissez-vous sans bouger l'appui des pieds sur le sol puis relevez-vous. De deux choses l'une. Soit la savonnette se trouve toujours au contact de votre orteil et il n'y a alors pas de raison pour que vous choisissiez une chaussure de jogging d'une pointure supérieure à la normale. Soit la savonnette aura légèrement glissé vers l'avant. Chez certaines personnes, en effet, les orteils travaillent en piston et poussent vers l'avant. Des écarts de plus de 7 millimètres peuvent être enregistrés. Mine de rien, cela représente plus d’une pointure (point de Paris = 6,66 millimètres). L'achat d'une chaussure de sport doit tenir compte de ce paramètre et on peut prévoir une taille légèrement plus grande que ne le suppose la longueur du pied. Retenez ceci: une bonne chaussure doit être agréable à porter, debout et accroupi.
(*) Beaucoup de coureurs observent néanmoins qu’à confort égal, leurs chaussures de sport présentent une pointure plus grande que les modèles de ville. En fait, le problème vient souvent d’une mauvaise conversion des systèmes de mesure.
Les forces de l’axe

Les pieds se divisent en trois grandes familles. Le pied égyptien est le plus répandu sur la planète. Il équipe environ 50% de la population mondiale. Le pouce est alors l'orteil le plus long. Dans le cas du pied carré (27% des personnes), les quatre premiers doigts présentent à peu près la même longueur. Enfin, il y a le pied grec (23% de la population), où le deuxième doigt est le plus long. Cette distinction est intéressante sur le plan biomécanique car elle recoupe aussi des observations réalisées sur les différents types de foulée, notamment lors de la phase finale de l'impulsion. Les différents fabricants établissent alors une différence selon l’axe de la chaussure que l’on définit grossièrement comme la ligne de forces dans le déroulement du pied sur le sol. Elle part toujours du talon et aboutit à l'avant du pied, soit via le gros orteil (axe courbe) soit par le milieu du pied (axe droit) ou entre les deux (axe semi-courbe). La distinction est intéressante sur le plan théorique! Mais, là encore, l'analyse de terrain s'écarte un peu des grandes considérations théoriques et la notion même d'asymétrie des chaussures est moins évidente qu'elle n’y paraît de prime abord. Les enfants, par exemple, éprouvent beaucoup de difficultés à reconnaître la chaussure droite de la chaussure gauche et se trompent d'ailleurs jusqu'à un âge avancé.
Dans l'histoire aussi, on a longtemps entretenu une certaine confusion. Si les Egyptiens et les Romains fabriquaient bien des chaussures spécifiques pour les pieds droit et gauche, l'habitude s’est perdue au début de notre ère et, jusqu'au XIXe siècle, les fabricants de chaussures ne possédaient qu'une forme de cordonnier par modèle. Ce furent les marches interminables des armées napoléoniennes qui relancèrent l'intérêt pour des souliers plus confortables. Les soldats de l'Empire en route pour Moscou se virent ainsi gratifier de chaussures à découpe asymétrique qui connurent ensuite un grand succès dans toute la population.

Mais pendant longtemps, les chaussures se déclinaient selon des critères purement esthétiques. On recherchait un certain équilibre de la semelle et l'axe droit s'imposait sur tous les modèles. L'axe courbe est apparu avec le phénomène jogging. Pour la première fois, les concepteurs prenaient quelques libertés avec les canons esthétiques et se sont mis à dessiner des chaussures avec une pointe légèrement décentrée. A proprement parler, il ne s'agit pas d'axe courbe, mais de cassure dans la ligne de force où la droite passant par l'emboîtage fait un angle avec celle qui passe par l'avant-pied. Selon les pays, on observe alors des stratégies d’équipement très différentes. En résumé, nous dirons que, dans les pays du nord de l’Europe, on recommande souvent des modèles avec un axe droit (*) censé mieux tenir le pied et corriger la tendance à la pronation. Dans les pays du sud, on est moins rigide. On préfère les axes courbes ou semi-courbes, quitte parfois à laisser le pied verser complètement sur l’intérieur. On dit alors qu’on "court sur les malléoles internes". Cette frontière passerait même par la Belgique qui reflèterait ainsi ces deux tendances. Aussi curieux que cela puisse paraître, on ne vend pas les mêmes chaussures en Flandre qu’en Wallonie. Disons alors que pour un coureur léger qui n’affiche aucun souci particulier de stabilité, l’axe courbe ou semi-courbe sera celui qui copiera le mieux le déroulement naturel du pied sur le sol. Pour quelqu’un de plus lourd, plus lent et surtout s’il se caractérise par une pronation dite tardive (le pied bascule vers l’intérieur au cours du mouvement), on conseille plutôt un axe droit. Evitez toutefois d’additionner les contraintes: axe droit, renforts internes, semelles orthopédiques. Au bout du compte, le pied sera tellement bien maintenu… qu’il risque de s’affaisser complètement. Enfin, sachez que la plupart des bons coureurs n’apprécient pas les axes droits qui leur donnent l’impression de ne plus avancer. Et parfois même de courir à reculons!
(*) Plusieurs marques utilisent aussi l’expression "motion control": contrôle du mouvement.
Les savates savantes

Au niveau actuel des pratiques, la podologie comporte une large part d’intuition. On doit en effet s’imaginer le comportement du pied à l’effort plus souvent qu’on ne peut véritablement le voir à l’œuvre. Quelques outils permettent néanmoins de réduire la part d’incertitude. Le podoscope est un appareil qui, par un système de miroirs, reflète à l'examinateur la face cachée des pieds. On s’en sert chez les marchands spécialisés et dans les cabinets médicaux. Mais il arrive que cette perception soit trompeuse et qu’au repos le pied affiche un équilibre très différent de celui qu’il adoptera naturellement pendant la course. Un peu comme si l’on comparait les qualités d’équilibre d’une bicyclette en train de rouler avec l’inertie de ce même objet lorsqu’il est abandonné en position couchée sur l’asphalte.
L’idéal serait donc de disposer d’une chaussure intelligente, bourrée de témoins électroniques capables d’évaluer précisément les pressions qui s’exercent véritablement sur le pied à l’effort. De nombreuses recherches sont menées en ce sens et devraient déboucher bientôt sur des nouveaux outils diagnostiques encore plus performants. Il se pourrait même que cette technologie affecte aussi les modèles de série. Il existe déjà une chaussure "Adidas One" équipée de deux petits capteurs insérés en bordure de la semelle qui enregistrent les forces d'écrasement au dixième de millimètre près. Ces données sont ensuite transmises, à raison d'environ 100 mesures par seconde, à un microprocesseur de 20 MHz dissimulé dans le talon. Puis des ordres sont envoyés à un petit moteur capable de comprimer plus ou moins les différentes parties de la chaussure afin d'obtenir le niveau d'amortissement optimal en fonction du poids de l'athlète, de la nature du terrain, de la vitesse de course, etc. Ce dispositif qui pèse à peine quelques dizaines de grammes pour la puce et la pile (à remplacer toutes les 100 heures d'utilisation) marque peut-être le début de progrès encore plus révolutionnaires. Les ingénieurs n’ont jamais renoncé à ce vieux rêve qui consisterait à récupérer l’énergie perdue dans la compression de la semelle à la réception du talon sur le sol pour l’utiliser dans la phase de propulsion. On bénéficierait à chaque pas d’un effet trampoline. Les nouvelles chaussures intelligentes permettront-elles cette prouesse? La question mérite d’ores et déjà d’être posée. Il faudra alors que les instances sportives se positionnent par rapport à ces innovations technologiques.

Récemment, la fédération américaine d'athlétisme a décidé d'interdire aux coureurs l'utilisation d'une paire de chaussures munies de petits ressorts dans le talon et à l'avant du pied. "Ces modèles apportaient un avantage déloyal vis-à-vis des coureurs chaussés traditionnellement", expliquait son porte-parole. Le fabricant rétorquait que le but n'était pas de courir plus vite mais d'aider les athlètes à mieux encaisser les contraintes de la course et à récupérer plus vite. "Cette interdiction range notre produit dans la même catégorie que des anabolisants et autres stimulants pour la performance", se plaignait-il. "Alors que nos chaussures se contentent d'amortir les chocs et reconstituent l'énergie du coureur, ce qui a un effet bénéfique sur le plan des sensations et de la santé. Nos chaussures sont vendues partout aux Etats-Unis et elles ne représentent aucun risque pour le coureur. Alors, pourquoi l'interdiction en compétition?" Ce genre de discussion préfigure bien des débats d'avenir.
A vos marques!

Derrière le nom de chaque grande marque du jogging se cache une petite histoire.
Adidas

Adidas est la contraction d’Adi Dassler, nom d’un petit cordonnier allemand qui, dans les années vingt, travaillait avec son frère Rudolf à la fabrication de chaussures à clous pour athlètes. Les deux hommes se disputèrent après la guerre et chacun partit de son côté. Adidas vit ainsi le jour en 1948 en même temps que son célèbre logo: les trois bandes. La marque allait ensuite connaître un incroyable succès planétaire. En russe, le mot Adidas est passé dans le langage courant pour désigner n’importe quelle chaussure de sport!

Puma

Après la dispute avec son frère, Rudolf Dassler a créé lui aussi sa propre marque et jeté son dévolu sur le nom Puma. L’histoire veut qu’il aimait bien les animaux, surtout les gros chats, et qu’il pensait que les qualités de l’animal (vitesse, force, souplesse, agilité) inspireraient les athlètes. Bien vu!
Reebok

Les fondateurs de cette marque américaine née en 1958 puisèrent, eux aussi, leur inspiration dans le monde sauvage. Ils arrêtèrent leur choix sur le nom d’une gazelle sud-africaine (en réalité rhebok). On retrouve cette filiation animale dans le logo. Avec un peu d’imagination, il est vrai.

Nike

On prononce "naïke" à l’américaine; on devrait plutôt dire "niké". Le nom de la marque créée par Phil Knight en 1972 fait effectivement référence à la déesse de la victoire Athéna Niké, représentée dans la mythologie grecque avec des ailes dans le dos. Cette idée de légèreté prévaut aussi à l’adoption du fameux "swoosh" le logo créé en 1971 par Carolyn Davidson: une virgule posée à l'envers et à l'horizontale.
Mizuno

Le nom Mizuno rappelle celui du créateur japonais de la marque, Rihachi Mizuno, né en 1884 à Ogaki et grand supporter de baseball, un sport qu’il avait découvert à l’âge de 18 ans. Il entama alors une carrière d’équipementier sportif qui lui permit notamment de reconstruire la fortune familiale perdue à la suite du tremblement de terre qui avait frappé sa ville natale en 1891. Bonne pioche!
New Balance

La marque New Balance (au début New Balance Arch) s’inspire directement de la volonté de son créateur, William J. Riley, un émigrant anglais spécialisé dans la production de chaussures orthopédiques, de rééquilibrer les habitants du nouveau monde. La conquête du marché sportif date seulement des années 30.
Asics

La marque Asics créée après la guerre par le Japonais Kihachiro Onitsuka n’est autre que l’acronyme de "Anima Sana In Corpore Sano" qui signifie "une âme saine dans un corps sain". Cette phrase ressemble très fort à la maxime du poète romain Juvénal "Mens sana in corpore sano" ("Un esprit sain dans un corps sain"). Toutefois, la juxtaposition de deux consonnes a poussé à quelques arrangements. Sans quoi, nous porterions des Msics!
Diadora

En 1948, Marcello Danieli cherchait un nom pour ses chaussures de sport. Un ami lui conseilla "Diadora" du grec "diamètre-dora" qui signifie "au moyen de cadeaux". Tout était là: partage, respect, confiance, générosité dans l’effort.
Saucony

Le nom provient de la rivière Saucon qui coule en Pennsylvanie (Etats-Unis). Les créateurs de la marque née à Kurztown avaient été inspirés par la vitesse du courant et la fluidité de l’écoulement. Le nom Saucony est resté assez confidentiel jusqu’au rachat de la société par Hyde Athletic Industries en 1968.
Fila

Ici, on a retenu le nom de famille des deux frères italiens qui créèrent la marque en 1911. Cela se passait à Biella au pied des Alpes. Au début, il s’agissait seulement de produire des vêtements solides pour montagnards. Ensuite, Fila a investi le sport. Avec le succès que l’on connaît.
Brooks

Brooks était le nom de jeune fille de la femme de Morris Goldenberg, fondateur de la société en 1914. En réalité, elle s’appelait Bruchs. Mais c’était trop difficile à prononcer pour le public américain. La société basée à Bothell dans l’état de Washington a débuté ses activités en faisant des modèles destinés à la baignade. Vinrent ensuite le tour du baseball, du football et finalement de la course à pied.


INTERVIEW

Les confessions d’un va-nu-pieds

Propos recueillis par Gilles Goetghebuer
Peut-être l’avez-vous déjà croisé sur l’une ou l’autre épreuve organisée en Belgique? Le Gerpinois Jean-Luc Scohier (57 ans) ne passe pas inaperçu. Il court pieds nus. Sur tous les sols et par tous les temps. Explications.
- D’où vous vient cette envie de courir pieds nus?

- Je n’en sais rien. Mais elle remonte à l’enfance. Je vivais à la campagne et je passais mes journées à courir dans les champs et à jouer au foot. Toujours pieds nus. Pourquoi? Mystère. Personne d’autre dans la famille n'avait cette habitude. Tous mes copains portaient des chaussures. Moi pas. Cela me gênait. Aujourd’hui encore, je les enfile à contrecœur. Et la première chose que je fais en rentrant du travail, c’est de les abandonner jusqu’au lendemain matin.
- Et pendant la course à pied?

- Lorsque j’ai commencé l’athlétisme, je me suis senti obligé de mettre des spikes comme les autres. Bien sûr, je savais que, par le passé, certains grands champions comme l’Ethiopien Abebe Bikila s’étaient illustrés en courant pieds nus. J’avais vu quelques années auparavant, le Britannique Bruce Tulloh devenir de la même manière champion d'Europe du 5000 mètres à Belgrade. Mais à la fin des années 60, je sortais de l’adolescence et je ne cherchais pas particulièrement à me faire remarquer. Petit à petit, je me suis habitué à porter des pointes. Je réalisais des chronos de l’ordre de 30 minutes sur 10.000 mètres. Ensuite, les obligations professionnelles m’ont progressivement amené à abandonner l’athlétisme. J’ai repris quelques années plus tard avec l’avènement des courses sur route. La Belgique à son tour découvrait le jogging.
- La majorité des coureurs optaient alors pour des nouveaux modèles de chaussures très amortissantes. J’imagine que cela ne devait pas trop vous plaire…

- De fait. A l’époque, je faisais les magasins pour trouver des modèles semblables à mes vieilles ASICS Tigers qui dataient de vingt ans auparavant. Je voulais des chaussures avec des semelles toutes fines. Mais cela devenait introuvable. C’est ainsi que l’idée de courir pieds nus a de nouveau trotté dans ma tête. En 1984, j’apprends que la Sud-Africaine Zola Budd vient de battre le record du monde du 5000 mètres en courant sans chaussures. Lors d'un entraînement, je me suis décidé à les ôter à mon tour. Je me suis rendu compte que je gagnais jusqu’à une seconde au 400 mètres.

- Comment expliquez-vous cela?


- Le poids. On essaie souvent de grappiller quelques grammes en créant des chaussures ultra-légères. En choisissant de rester pieds nus, on gagne plusieurs centaines de grammes d’un seul coup! L’inconvénient en revanche, c’est le manque d’amorti. Après un 10.000 mètres couru à pieds nus, il faut compter quatre jours de courbatures aux mollets. De ce fait-là, on est limité en termes de kilomètres. A ma meilleure époque, je n’ai jamais dépassé les 100 bornes par semaine. Aujourd’hui, j’en suis à 25 maximum. J’évite de martyriser mes muscles. Puis, comme je cours moins vite à cause de l’âge, je ressens moins de courbatures qu’autrefois. Chaque année, je perds environ une demi-minute au 10.000 mètres.

- Quels soins particuliers apportez-vous à vos pieds?


- Rien de spécial. Je veille seulement à me protéger le deuxième et le troisième orteil en les entourant de sparadrap. J’ai remarqué que c’est souvent là qu’on se blesse. Sur les photos, j’observe d’ailleurs que Zola Budd faisait la même chose. Sinon, je ne rencontre quasiment aucun souci. Etrangement, c’est lorsque je porte mes chaussures que je me fais des ampoules.

- Et vous n’êtes pas dérangé par la température?


- Quand il fait chaud, les pieds peuvent effectivement se mettre à chauffer après quelques kilomètres. Ce n’est pas le plus agréable. En revanche, le froid ne pose pas de problème. Avec l’habitude, on se sent parfaitement confortable jusqu’à des températures négatives de –5 degrés. Cela étonne souvent les gens autour de moi. Je me souviens que, lors de la dernière Corrida de Namur, il gelait au moment du départ. Je me trouvais alors à côté d’un coureur kenyan qui, manifestement, trouvait que cela ne faisait pas très sérieux de se lancer pieds nus dans l’aventure. Après la course, il est venu vérifier si j’avais bien terminé. Sinon, les autres coureurs me connaissent bien depuis les années. Pour eux, la surprise serait que je me pointe avec mes chaussures.


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