Notes du cours de Michel Murat 1








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Envoyé par Isabelle.

Les avant-gardes littéraires au 20ème

notes du cours de Michel Murat (1er semestre 2001-2002)

1 – délimitations et définitions

L’avant-garde constitue un axe qui permet de déterminer comment se déroule le 20ème siècle. Ce fut une idéologie dominante jusqu’aux années 1970 (structuralisme) où un revirement d’opinion tient dès lors l’avant-garde en suspicion, à cause de son implication dans les mouvements politiques totalitaires du siècle (collusion historique). L’avant-garde pose le problème de l’inscription du projet artistique dans l’Histoire : à partir des années 70, les avant-gardes sont tenues pour responsables du désastre historique du siècle.
Il y a donc un héroïsme des avant-gardes, qui ont déployé une puissance d’invention et de renouvellement sans précédent. Ce cours sera plus une apologie des avant-gardes qu’une déconstruction de celles-ci.
a) définition empirique

- les avant-gardes sont des groupes : les projets ont une réalisation collective. Un mouvement d’avant-garde dit « nous » (« nous sommes un roc », proclamaient les futuristes russes) et se manifeste en tant que groupe, régi par des procédures d’inclusion et d’exclusion. Le groupe n’est pourtant pas la somme des individus qui le composent, selon l’idéologie du « communisme de la pensée » et du travail collectif. La collaboration est active, et peu-à-peu se forge une mythologie des groupes.

- un projet idéologique, politiquement ancré à gauche, progressiste sans être obligatoirement révolutionnaire, est nécessaire pour fédérer le groupe.

- les avant-gardes historiques se constituent autour d’une articulation réfléchie entre esthétique et politique : que ce soit la politisation de l’esthétique (question de l’art révolutionnaire ou de l’art au service de la Révolution) ou l’esthétisation du politique (le politique conçu comme œuvre d’art, ce qui est caractéristique du fascisme et du nazisme, cf. grandes manifestations de Nuremberg).

- les avant-gardes sont des mouvements radicaux, marqués par la violence, dans les rapports entre les êtres comme dans le rapport au temps signalé par la vitesse… Frénésie, tension et intensité caractérisent l’esthétique du 20ème (cf. le geste rapide et brusque de Pollock ou Picasso). Les produits de la révolution industrielle du 19ème passent au 20ème dans l’univers mental des créateurs, qui les mettent au cœur de leur œuvre (chemin de fer, automobile, usine, machines…) parfois caricaturalement (Marinetti).
b) périodisation

- si le 20ème est le siècle par excellence de l’avant-garde, le 19ème n’est pas en reste, avec la Sécession viennoise de 1890. La ligne de fracture se situe à la Commune de Paris (1870-71) où s’écrivent les œuvres de Rimbaud et de Lautréamont, dont les avant-gardes se réclameront : dès 1873, dans Une saison en enfer, Rimbaud affirme qu’ « il faut être absolument moderne. »

- survivance des avant-gardes : en France, Christian Prigent, initiateur d’un courant de poésie expérimentale, et Guyotat sont encore en activité. Mais de façon générale, il n’y a plus d’avant-garde : le passage de Philippe Sollers de ParadisII (pages dépourvues de ponctuation) à Femmes (littérature romanesque traditionnelle) est symptomatique à cet égard. En peinture, au contraire, l’avant-garde est devenue l’art officiel ; le marché de l’art est dominé par ses critères. En musique, il y a eu avec l’Ircam et l’école de Boulez une institutionnalisation partielle de l’avant-garde.

- les avant-gardes ont coïncidé avec le marxisme (1905-1989), car ils ont des soubassements communs. Un des projets fondamentaux des avant-gardes était de donner leur conception des choses au parti comme doctrine officielle (cf. le surréalisme et le réalisme socialiste).

- quelques jalons :

1909 : publication du manifeste du futurisme de Marinetti dans le Figaro

1912 : Kandinsky passe de la peinture figurative à la peinture abstraite (Du spirituel dans l’art)

1913 : apogée de la modernité en France. Le coup de dé de Mallarmé (1897) n’est diffusé qu’à partir de 1913. Compris seulement à mi-siècle, cette pièce domine la poésie française au 20ème et pose des questions indépassables (Ezra Pound et TS Eliot viennent de là).

1917 : Duchamp expose le fameux urinoir

1918 : manifeste Dada de Tristan Tzara ; Malévitch, Carré blanc sur fond blanc

1922 : James Joyce publie Ulysse (écrit en 1912)

c) avant-garde et modernité

- modernité < modo, tout juste, tout récemment ; par extension, ce qui est actuel, d’où « tendance ». Lors de la querelle des Anciens et des Modernes, l’opposition ancien/moderne n’est pas historique, mais symbolique : elle renvoie dos-à-dos l’ancien, c'est-à-dire l’idéal qu’on doit non pas dépasser, mais imiter, au moderne, c'est-à-dire à l’actuel (ce qui est réalisé de façon contingente). Autrement dit, le moderne s’oppose à l’archaïsme. A partir du 18ème, on invente un sens à l’Histoire, on prend conscience du progrès. Le temps n’est plus conçu de façon cyclique, mais linéaire, selon une logique prénarrative, logique de l’irréversibilité du temps et de la causalité : ce qui vient après est déterminé par ce qui précède.

- la loi du perfectionnement découverte dans les sciences est transférée dans les arts : apparaît alors une esthétique du nouveau, le nouveau chassant l’ancien, le dévaluant et le rendant illisible. En contrepartie, ce nouveau est pressenti comme instable et éphémère (qualité de la mode : ce qui passe de mode).

- Baudelaire pense ce nouveau et donne à la modernité une consistance que le concept péjoratif n’avait pas, notamment dans son étude sur Constantin Guys, peintre de la vie moderne. Pourtant, Baudelaire n’avait de cesse de pourfendre le progrès, « cette grande hérésie de la modernité ». Sa conscience est partagée entre la curiosité pour le présent et la haine de l’évolution qui lui inspire le sentiment d’une déchéance plutôt que celui d’un progrès : « la mesure des traces du progrès serait la diminution des traces du péché originel sur la terre. » Chrétien, il est déchiré entre des partis inconciliables, entre le matériel et l’idéal.

- tout change avec la Commune de 1871 : avant, Baudelaire n’était pas en rupture avec l’Institution et n’avait pas d’intention subversive. La génération de 1870 (Rimbaud, Lautréamont) est marginalement subversive, elle transpose son ambition révolutionnaire dans le domaine de l’art : c’est la différence entre la modernité et l’avant-garde. Il y a une dimension prométhéenne ou faustienne dans l’avant-garde : « j’ai seul la clé de cette parade sauvage », déclare Rimbaud dans la langue de la frsutration et de la ruse. De Baudelaire à Rimbaud change également le rapport à la vitesse : Rimbaud brûle les étapes, il rétorque par Les poètes de 7 ans à Baudelaire qui disait « j’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans ».

- la pesée du temps oppose la modernité à l’avant-garde : la modernité conçoit l’art comme l’arrachement à l’écoulement du temps d’une parcelle d’éternité ; le beau bizarre soustrait à l’éternel un élément transitoire. Les avant-gardes privilégient une temporalité programmatique ; elles accordent plus de prix aux lendemains qui chantent qu’au présent (messianisme : le présent est sacrifié car la valeur est dans le futur).

- contrairement à la modernité, l’avant-garde a une dimension nihiliste, une ambition destructrice. Marcel Schwob prétend que la destruction est l’objectif du Livre de Monelle ; Tristan Tzara recopie dans le Manifeste Dada (1918) une citation de Descartes et affiche sa volonté de faire table rase du passé : « je ne veux même pas savoir s’il y eu des hommes avant moi. »

2 – un phénomène européen

- mot d’origine française, importé du lexique politique, mais qui n’est jamais utilisé par les mouvements eux-mêmes qui recourent plutôt au lexique de la modernité : il s’agit donc d’une étiquette critique rétrospective et non d’un appellation historique.

- répartition géographique

France : surréalisme

Allemagne : expressionnisme, dadaïsme

Italie, Russie : futurisme

territoire anglo-saxon :
a) la Sécession viennoise (1914)

- coïncide avec l’effondrement de l’empire austro-hongrois.

- Joseph Roth, alcoolique, qui s’est suicidé à Paris où il a fini sa vie, auteur de La marche de Radrusky (traitant des rapports père-fils) est le représentant emblématique de ce courant.

- architecture : Adolphe Loos, Otto Wagner

- philosophie analytique de Wittgenstein

- essor du roman et de la poésie : Robert Musil, Hermann Broch (La mort de Virgile)

- autour de la revue Printemps sacré

- l’avant-garde est à la pointe de l’élite sociale
b) l’expressionnisme (mouvement berlinois, 1910-1920)

- en peinture, les Fauves (George Braque, André Derain) sont exposés à Berlin en 1911. Peinture puissante, colorée et figurative.

- l’expressionnisme désigne un mouvement pictural actif mais peu théorisant (die Brücke, der Blaue Reiter), qui se cristallise dans la revue der Sturm (1910-1912) dirigée par Herwart Walden autour d’un Weltgefühl (sentiment commun). La revue der Sturm publiera Zone la première.

- mouvement des fils à tendance anarchiste (spartakisme) dressés contre les pères de Prusse à l’arrogance dogmatique, trop sûrs de leurs forces.

- lieux de regroupement (associations, maisons d’édition, revues) comme foyers de production et de publication, tenus par des animateurs plus que par des leaders : à la tête du mouvement, on trouve des allemands francophiles.

- mouvement basé sur la philosophie idéaliste de Novalis, lu par Kandinsky (Du spirituel dans l’art, 1912) avec un infléchissement spiritualiste. Il faut plonger dans les profondeurs de la vie intime de l’être, afin d’extérioriser le noyau intime de l’être et le projeter à l’extérieur, avec le maximum d’intensité. Théorie du « neuer pathos » : extériorisation violente de soi-même.

- Paul Klee : « l’art rend visible les choses » ; Eluard : « donner à voir ». L’acte de peindre est un don, une faveur généreuse.

- art non figuratif, mais pas abstrait. Torsion, distorsion des apparences : esthétique de la déformation (Verfremdung) qui donne au réel un caractère d’étrangeté.

- déconstruction de l’ancienne armature rhétorique, au profit de la parataxe, de l’absence de liens logiques.

- en peinture, fauvisme (Wilt) poussé jusqu’au grotesque (Otto Dix, GroB)

- en poésie, poésie lyrique (August Stramm, die Altion)
c) le modernisme du Bauhaus

- école de design, lieu de formation en architecture, dirigé par Walter Gropius

- doctrine à rebours des positions d’avant-garde qui refusent la socialisation, prônent la marginalisation… Au contraire, pour le Bauhaus, tout repose sur le mouvement social. La création procède du lien social et en retour le construit.

- Gropius cherche à restaurer une nouvelle unité entre art et technique (« eine neue Einheit » est sa devise) par la création de formes-types pour les objets d’usage quotidien. Réinventer les objets avec lesquels on pourra « manger, dormir et s’asseoir ».

- concept du standard : non pas au sens de copie d’un modèle originaire, mais au sens de forme bonne, morale, qui est comme elle doit être. Le standard est créateur d’un lien social.

- esthétique austère, anti-ornementale, fonctionnaliste, universaliste
d) le futurisme de Marinetti comme prototype du discours d’avant-garde

- naissance le 20 février 1909 : Marinetti publie le Manifeste du futurisme dans le Figaro

- perspective de surenchère caractéristique (« ces théories dépassent en hardiesse… ») de l’influence de Jarry et de Marinetti qui avait publié le Roi Bombance (1905), dans la veine Ubu.

- Marinetti emprunte le mot « futurisme » dans un article publié par un catalan dans le Mercure de France

- Marinetti est un grand provocateur : est moderne l’importation des actions politiques dans le milieu littéraire (remplacement de la rhétorique par des actions, des insultes et autres réglements de compte)

- fondateur de la revue Poésia, qui ouvre sur une enquête sur le vers libre.

- modernisme de ses positions inspirées du courant vitaliste : nietzschéïsme vulgarisé (Zarathoustra est le « surhomme au supermarché »)

- production littéraire médiocre (Marinetti, Mafarca le futuriste) mais production artistique foisonnante et surtout production de textes manifestaires sur tous les sujets (politique, peinture, contre les profs, contre les glossateurs de la Divine Comédie, contre le tango et Parsifal, contre Venise et Rome…)

- Marinetti approuve l’entrée en guerre de l’Italie en 1915 ; il est fasciste car il partage le programme de modernisation de l’Italie archaïque et vieillote proposé par Mussolini.
- le Manifeste du futurisme articule 3 moments :

. fable, fiction narrative (road-movie automobile, flirt avec la mort) sorte d’épreuve initiatique, écrite dans un style emphatique décado-fin-de-siècle sur le modèle de d’Annunzio  el triumpho della morte, prêche un nietzschéisme vulgarisé, le triomphe vitaliste fin-de-siècle.

. programme

. considérations sur le nous et la temporalité (« les plus âgés d’entre nous n’ont pas trente ans »)

- audace, pas de gymnastique, saut périlleux… : le cirque comme modèle littéraire reprend un topos de la fin-de-siècle (Goncourt, les frères Zemgano)

- éloge de la guerre, militarisme : le futurisme est le contrepoint du terrorisme anarchiste.

- mépris de la femme (cf. symbolisme), combat contre le féminisme

- rapport vitesse/machine : « beauté de la vitesse », mais ce goût n’est pas nouveau (cf. Vigny, La maison du berger, éloge de la locomotive). Ce qui est nouveau, c’est la vitesse mise en œuvre dans les réalisations de l’art (Picasso, peintures automatiques de Masson). L’art moderne est confiné dans un temps qui est presque purement performatif.

- influence des travaux de Jules-Etienne Marey et de Muybridge sur la décomposition du mouvement selon un processus analytique sensible dans Le nu descendant un escalier de Duchamp (1911). On parle de « nus vites », la vitesse devient une propriété adverbiale des personnes.

- combattre les musées (dimension italienne : trop de musées en Italie)

- le futurisme est une avant-garde qui n’a pas su inventer son langage. Le manifeste est une idéologie d’avant-garde coulée dans une phraséologie d’arrière-garde (style fin-de-siècle, décado-symboliste très marqué), ce qui n’est pas comparable au manifeste Dada de Tzara qui invente une langue pour couler ses propositions.

- diffusion des manifestes techniques en Europe, avec comme mots d’ordre

. « entfremdung » : le futurisme s’attaque à la période logico-rhétorique et refuse la syntaxe

. « les mots en liberté » : prône le style télégraphique (cf. Barthes, Degré zéro de l’écriture)

. « l’imagination sans fils » : valorisation de l’écart sémantique, productions d’images télégraphiques, d’analogies par juxtaposition et rapprochement brutal

. suppression de la ponctuation

. destruction du « je » au profit d’une « obsession lyrique de la matière », donc de la corporalité.
e) Apollinaire et le futurisme français

- Apollinaire n’est pas futuriste et le futurisme français n’existe pas (sauf Valentine de Saint-Point), mais il a connu une période moderniste (1910-12) avec Alcools. Il connaît Marinetti, est influencé par Jarry. Il écrit un manifeste L’antitradition futuriste.

- reprise du programme de Marinetti sous une forme moqueuse et parodique : reprend les dispositions typographiques avec beaucoup d’inventivité, les mors d’ordre de Marinetti dans Merde à/rose à qui s’appuie sur une comptine enfantine.

- pratique le calembour (jeu sur les signifiants) et l’analogie (de nature para-conceptuelle)
f) Reverdy

- obsession de la pureté obtenue par concentration et spécificité des moyens, d’où le recours à une langue intense et abstraite à la fois, citée par Breton : « le jour s’est déplié comme une nappe blanche ». Poète chrétien, qui prend en 1920 sa retraite à Solemmes. Dans l’image de la nappe blanche de l’autel, git une mémoire liturgique.

- Reverdy insiste sur la force de réinvention, de renouvellement, de l’image, qui permet de montrer les choses sous un jour neuf. Ses décors sont très simples (décor d’habitation) mais les choses sont montrées sous un point de vue qui crée un décentrement de perspective qui nous les fait voir sous un jour neuf : « la grande réalité » selon Reverdy, qui n’est pas « surréalité », mais métaphysique du réel.
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