La Coursive, Scène Nationale de La Rochelle








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La fin du monde

est pour dimanche

La fin du monde est pour dimanche
avec François MOREL
Mise en scène Benjamin Guillard

Texte François Morel
Scénographie, lumières et vidéo : Thierry Vareille

Effets vidéos et post-production : Etienne Waldt

Assistant à la lumière : Alain Paradis

Musique : Antoine Sahler

Son : Mehdi Ahoudig

Costumes : Christine Patry

Collaboration artistique: Lionel Ménard

Direction technique : Denis Melchers

Costumes réalisés par l’Atelier Les Vertugadins

Voix du chœur : Lucrèce Sassella, Karine Sérafin, Jean-François Novelli

Equipe de tournage : David Chambille, David Rit, Jean Delhomme, Mytil Brimeur
Régie son et vidéo : Mehdi Ahoudig ou Thibault Vincent

Poursuiteur : Djibrill Thomas
Remerciements :

Dominique Bluzet, Muriel Mayette, la Comédie-Française, l’Opéra de Rouen, Jean-Luc Godard, Anna Karina, la succession Carné-Lessaffre, STUDIOCANAL, David Chambille, Emmanuel Noblet, Paule Ducellier, Jean-Claude Fitting, Simone Vayssade, Sylvie Moteau, Centre Chopin

et la RATP.
Production :

Les Productions de l’Explorateur,

La Coursive, Scène Nationale de La Rochelle,

Le Théâtre de la Pépinière-Paris

La Scène Nationale d’Albi

avec le soutien du Pôle Culturel – Commune d’Ermont

et du CADO d’Orléans
Production déléguée : Valérie Lévy et Corinne Honikman

assistées de Constance Quilichini

Création lundi 8 avril 2013

à La Coursive, Scène Nationale de la Rochelle
durée : 1h20
tous publics

Le livre du spectacle est édité aux Solitaires Intempestifs.

A propos du spectacle …

François Morel – Avril 2012
Mettons la jolie nappe blanche

Les fleurs coupées

Le vin au frais

Allons déjeuner sous les branches

Ça va tomber par où ça penche

La fin du monde est pour dimanche
Promettez-moi de ne pas rire : je rêve d’un spectacle existentiel. Oui, allons-y, ne nous gênons pas, ne nous mouchons ni du pied, ni du coude, il s’agirait d’un spectacle traitant de la vie, de la mort, autant dire que je deviens ambitieux avec l’âge. Justement, il y sera question de l’âge et du temps qui passe, et aussi de la recherche du bonheur. Il y sera forcément question de la déchéance, des amours impossibles et d’autres sujets aussi délicieux. Oui, je rêve d’un spectacle existentiel : promettez-moi de rire !
S’imaginer encore un peu

Presque éternel

Presque immortel

Juste avant de se dire adieu

Ça va tomber par où ça penche

La fin du monde est pour dimanche
Texte de Pierre NOTTE –

mars 2014


Ça va tomber par où ça penche.

Le jour va se lever, le soleil avec. Un grand-père montre une aurore à son petit-fils, trésor insaisissable. « Profite, ça rend philosophe ». Les choses de la vie, vues par François Morel, réconcilient avec le moment présent. C’est l’inexorable fuite du temps qu’il attrape, épingle, observe avec le sourire en coin et l’oeil mélancolique.

Janine sirote son vin cuit, parle à une photographie de Sheila, et remercie son idole d’avoir été là, à chaque instant de sa vie. Un figurant, hallebardier de fond de décor, dit sa carrière sans gloire et son blues en alexandrins. Un envoyé spécial de France Bleu Judée, journaliste mécréant, couvre en direct un 24 décembre la naissance à Bethléem du divin enfant.

Chroniqueur pour France Inter, ancien acteur des Deschiens, le comédien et poète réunit des textes écrits pour la radio. Seul en scène, narrateur et personnages, il s’entoure d’images mouvantes, d’effets sonores et d’apparitions magiques. François Morel fait vivre une galerie de gens simples aux joies extraordinaires. Un amour fou pour une huître, un regard dans le métro, la voix d’Anna Karina… Tous voyagent entre des cadeaux tombés du ciel, les saveurs perdues au fil des épreuves de l’existence, des bonheurs sans nom et quelques éclats de rire. La vie est là et la philosophie si simple. Si le monde tient encore jusqu’à dimanche, profitons-en pour exister.

Note d’intention

Benjamin Guillard

« Tu vois gamin, la vie, c’est comme une semaine.

Ni plus, ni moins.

Lundi, mardi, jusqu’à dimanche…

Quel jour qu’on est ? Mercredi, jeudi ?

On n’en sait rien.

La vie, c’est comme une semaine.

On se croit mercredi. On a tout le temps qu’on se dit. Vu qu’on a toute la semaine, vu qu’on a toute la vie. Mais si ça se trouve, on est jeudi ou vendredi… Ça file ! Ça court ! Ça va trop vite … »
Au soir de sa vie, un vieil homme profite d’un lever de soleil pour partager avec son petit-fils ses quelques théories sur la vie…

Une caissière de supermarché écrit à Sheila pour lui faire part de son admiration et la remercier de l’avoir accompagnée toute sa vie en musique...

Dans le métro parisien un homme fatigué croise le regard d’une jeune femme et se prend à rêver : malgré ses premiers cheveux blancs et sa silhouette un peu voûtée, il est capable de séduire encore…

Dans un tribunal imaginaire, un homme accuse férocement le Bonheur d’être un sale type qui se cache…

Un envoyé spécial de France bleue Judée assiste en direct de Bethléem, un 23 décembre, à l’accouchement de la vierge Marie.

Un homme nous raconte son histoire d’amour passionnée avec une huître, une fine de claire n°3…
Pour composer « La fin du Monde est pour dimanche », François Morel réunit quelques-uns de ses textes écrits originellement pour la radio. Ils ont tous pour point commun de nous parler du temps qui passe, de la vie qui suit son chemin avec en point de mire ce dernier jour de la semaine. Ce « Dimanche », synonyme du dernier jour de la vie qui approche. Inéluctablement.

François Morel fait exister une galerie de personnages vieillissants qui font le bilan et viennent partager avec nous leurs rêves, leurs folies, leurs angoisses et leurs petits bonheurs. Il imagine des moments de vie et d’humanité qui se répondent et se télescopent dans une ambiance de fin du monde à la fois intime et globale…

Avec humour, tendresse, absurdité et légèreté l’auteur compose un spectacle existentiel.
Seul en scène, François Morel sera le maître du jeu. Le « monsieur loyal » d’un spectacle où il passera tour à tour de narrateur omniscient à acteur incarnant ses personnages.

Par une utilisation pertinente d’éléments sonores et vidéo, le spectateur voyagera autour du monde dans des ambiances tantôt quotidiennes et tantôt surréalistes.

La fin du monde- la fin d’UN monde- est pour dimanche. En attendant, nous avons une semaine pour exister. Il reste quelques jours pour être heureux et amoureux.
Quatre textes de François Morel
1. Salaud de bonheur
Ne me parlez pas du bonheur : c’est un salaud.

Un vrai salaud, un dissimulateur. Un sale type qui se cache. Un sale mec qui ne joue pas franco. C’est un genre de cambrioleur. Un pickpocket. Un détrousseur. Quand il est là, dans la maison, entre les quatre murs, il est invisible. Il se cache, il se camoufle, on ne sait pas qu’il est là. Salaud de bonheur ! Il entre par effraction. Il est malin… Il est maquillé, il ne dit pas son nom. Mais, c’est quand il part qu’on s’aperçoit de son absence… C’était donc ça le bonheur… La vie, avec des projets, des sourires, des dîners aux chandelles. La vie avec des voyages, des amis, du Médoc, des petits farcis, des déjeuners au soleil, de l ‘insouciance et des roses trémières. C’était donc ça le bonheur ? La vie avec un chien qui gambade, un enfant qui réussit pour la première fois à faire du vélo sans les stabilisateurs, une femme à la peau douce, un Chasse-Spleen empoussiéré, oublié puis retrouvé dans la cave… C’était donc ça le bonheur. On ne l’a pas vu venir. On l’a juste entendu s’en aller…

Ne me parlez pas du bonheur : c’est une ordure. Une belle ordure qui ne se conjugue qu’au passé. Un salopard, un beau fumier ! »
L’accusation était violente. Le ton était grave. L’homme qui s’exprimait avait les larmes aux yeux, des sanglots dans la gorge.

Le bonheur restait impassible. Il écoutait son procès sans réagir. Comme sonné, à terre, humilié. Une fois de plus, il était ailleurs.

« Qu’avez vous à répondre ? » interrogea le juge.

Le bonheur resta muet, comme absent. Comme si son procès ne le concernait pas.

« Je vous ai posé une question, s’énerva le juge. Je vous ai demandé ce que vous aviez à répondre ! »

L’avocat de la défense se leva. Il avait l’air un peu narquois. Il tenait entre les mains une boîte à chaussures… « Si monsieur le juge le permet, j’aimerais présenter à la cour, à mesdames et messieurs les jurés certains documents particulièrement intéressants… »

De la boîte à chaussures, il sortit des photos…

Sylvie, les cheveux défaits sur la plage de la Baule. Corentin en train de jouer de la trompette. Jean-Jacques et Patrick au sommet du Ventoux. Papy jouant au Scrabble avec Charlotte. Charlotte et Corentin faisant un spectacle sous les châtaigniers…

Le bonheur était là, sur chacune des photos… Éclatant, évident, lumineux. De main en main, les photos passaient. On voyait des sourires émus sur les visages du greffier, de l’avoué, du procureur…

Chacun, en découvrant les photos de la boîte à chaussures, voyait bien que le bonheur sautait aux yeux. Il n’était pas le salaud infâme dont on venait de faire le procès. Même l’accusateur fut bien obligé d’en convenir. Il quitta la salle d’audience sous les injures et les quolibets.

Le bonheur, sous les bravi et les acclamations, fit un signe de la main. On tenta de l’interroger, de lui faire dire quelques mots. Mais personne ne put réussir à le retenir.

Il était déjà loin…



2. C’est un homme un matin
C’est un homme un matin, il a pris le métro. Il est debout, adossé à la portière, il ne regarde personne. Il a un journal à la main, pas tellement pour le lire, plutôt pour se mettre hors du monde. Hors de ce monde qui se presse, qui pousse, qui éructe, qui pue de la gueule, qui demande avec l’onctuosité d’un ultimatum « Vous descendez ? », qui se regarde de travers, qui la mort dans l’âme observe, comme un remords, sur les murs de faïence des paysages de campagne ensoleillée, comme une insulte, les plages de rêves, si chaudes, si lointaines. C’est un homme parmi les autres qui a un journal à la main. Pas tellement pour savoir ce que Copé a dit de Fillon, ce que Fillon a dit de Sarkozy, ce que Sarkozy a dit de Copé, vu que comme tout le monde il s’en fout, mais pour ne pas avoir à supporter tous ces visages fraîchement vaporisés, tous ces destins vieillis avant l’âge, déjà fatigués, broyés.

Il jette un œil sur le programme télé. Hommage à Joe Dassin. La violence à l’école. Et puis une toute nouvelle émission présentée par Pierre Bellemare. Il imagine déjà sa soirée : dans sa tête, le coupable sentiment de ne pas avoir ouvert un livre depuis… Depuis combien de temps déjà ?

C’est un homme, un matin, il a pris son métro. Tout d’un coup sur sa gauche, il sent qu’un regard s’est posé sur lui, insistant. Quelqu’un là-bas, (sur le strapontin d’en face) le dévisage. Il n’arrive plus à se concentrer sur rien. Ni sur les mots croisés, ni sur le box-office, ni sur les petites annonces. Il y a quelqu’un qui l’observe. Il lève les yeux, un peu malgré lui, un peu confus de se soumettre au diktat d’un regard inconnu, peut-être hostile.

C’est une jeune fille, elle est jolie. Dans sa main, elle tient un livre. Tiens c’est un livre qu’on lui a déjà offert deux fois et qu’il n’a jamais lu. Pas le temps… Pourtant, on lui a dit que c’était bien, que ça se lisait facilement… La jeune fille lui sourit. Il regrette de ne pas avoir lu le livre, il aurait pu l’aborder, lui conseiller une autre œuvre du même auteur, faire son intéressant, lui dire qu’il a écrit un autre bouquin bien meilleur mais qui évidemment n’a jamais eu de succès. Ca fait combien de temps qu’il n’a pas osé parler à une fille comme ça ? Peut être depuis la fac… ça fait si longtemps. Evelyne, il y a vingt ans (« Qu’est ce que je dis ? vingt-cinq ans ! »), c’est comme ça qu’il l’avait rencontrée, en lui parlant de Le Clézio.

La jeune fille est belle, elle lui sourit jusqu'à montrer ses dents, si blanches, si parfaites, si émouvantes. Il sent qu’il devrait dire quelque chose mais il reste muet. Muet de désir, mais effervescent. C’est elle qui va lui adresser la parole et lui rougit comme un adolescent, ému aussi de s’apercevoir que malgré ses premiers cheveux blancs, sa silhouette un peu voûtée, ses demi-lunes, son ventre un peu trop rond mais tellement rassurant, il est capable de séduire encore.

Le sourire de la jeune fille est plus pur que La naissance de Vénus de Botticelli. Plus beau que le plafond de la chapelle Sixtine. Un instant, elle plonge à nouveau son regard dans le livre et puis le relève, incapable de se concentrer sur les mots, sans doute plus troublée qu’il n’y paraît.

Peut-être déjà amoureuse elle aussi, transie, emportée, bouleversée par le jeu de regards qui s’est installé entre eux et qui dans quelques heures sans doute les aura transformés en amant exaltés, passionnés, insatiables et fougueux.

Ses lèvres si adorables, si voluptueuses enfin remuent. Elle dit : « Vous voulez ma place Monsieur ? »



Qui n’est jamais tombé de la tour Montparnasse sans parachute ne peut imaginer ce que le monsieur a ressenti. C’était la première fois que, dans le métro, on lui cédait une place. Il s’est assis sur le strapontin, a constaté que le Cac 40 avait encore baissé. Le soir, entre l’émission chiante et l’émission conne, il a zappé.

Sur une étagère il a aperçu ses deux exemplaires du même livre. Il les a saisis, il a ouvert la fenêtre, les a balancés aussi loin qu’il a pu.

3. Une huître
On m’a souvent demandé «comment se fait-il que vous avez pu vivre une relation amoureuse avec une huître ? » Qu’est-ce que j’en sais ?...

On m’a souvent fait remarquer « c’est quand même curieux de choisir de partager une idylle avec une huître… » Mais bon sang de bonsoir, je n’ai rien choisi ! Comment une histoire pareille aurait-elle pu se préméditer ? Comment aurais-je pu la programmer ?

Non, c’est une histoire qui, un beau jour, m’est tombée dessus…

Comme toutes les histoires d’amour.

Si quelqu’un m’avait dit avant que ça m’arrive «vous allez partager trois ans de votre vie avec une huître », immédiatement, j’aurais ri au nez de mon interlocuteur. Ça m’aurait semblé mais totalement invraisemblable. Une huître…

Et puis voilà, il me faut bien convenir que j’ai vécu une histoire sentimentale, passionnelle, romantique avec une fine de claire numéro 3. Pas facile. Nous étions si différents l’un de l’autre. Moi, comme vous me connaissez : volubile, drôle, brillant, spirituel, souvent étourdissant d’inventions. Elle : plus renfermée sur elle-même. Extérieurement, un peu rugueuse, un peu dure, mais à l’intérieur, une perle.

Oui, je sais, vous me reprochez de tomber dans la plaisanterie facile, la blague de caniveau. Je sais, je suis pathétique… Mais comment raconter cette histoire sans la distance de la dérision ? Chaque fois que j’évoquais cette relation, on me regardait avec ironie, condescendance.

L’ostracisme des bons amis qui lisent Le Nouvel Observateur, qui se croient généreux, larges d’esprit, le stylo toujours à la main pour signer toutes les pétitions, soutenir les plus grandes causes et qui ne peuvent pas s’empêcher de vous faire leur réflexion. Sans méchanceté mais de façon si maladroite «ta copine, on l’installe dans l’assiette ou devant ». Ce que j’ai pu endurer… La goguenardise imbécile de ceux qui, comme ils pouvaient, dissimulaient leur malaise «j’espère qu’elle est bonne ta fiancée parce qu’elle n’est pas bavarde… »

J’avais rencontré Marcelle…, oui elle s’appelait Marcelle, là encore l’étonnement de mon entourage… Que je vive une histoire d’amour avec une huître passe encore mais une huître qui s’appelle Marcelle, alors là on rigole, on se tape sur les cuisses. Ha ! Ha ! Ha ! Moi ça ne me faisait pas rire. Marcelle s’appelait Marcelle en souvenir d’un de ses ancêtres prénommé Marcel goudronné en 1978 sur les plages de Bretagne par l’Amoco-Cadiz. Passons…

J’avais rencontré Marcelle sur la place du marché à Lambezellec. Là encore, les saillies, les quolibets… Que je vive une histoire passionnelle avec une huître qui s’appelle Marcelle, passe encore, mais une huître qui s’appelle Marcelle et qui vient de Lambezellec… Passons…

Tandis que je faisais mes courses en vue du réveillon, je m’étais arrêté, je ne sais pas pourquoi devant l’écailler. Je n’avais aucune raison de m’arrêter devant l’écailler, j’avais pour mission d’acheter du foi gras, du boudin blanc et une vendange tardive… Mystère de la nature humaine, je me suis entendu dire «tiens, je vais prendre une bourriche ». Et je rentrais chez moi, ma bourriche sous le bras.

Rétrospectivement lorsque je me revois dans la cuisine, un couteau à la main, face à mon amour, comme un assassin en puissance, j’ai des sueurs dans le dos… Heureusement, je me suis tout de suite rendu compte que Marcelle n’était pas comme les autres. Elle se distinguait du groupe, ne me demandez pas pourquoi. Peut-on jamais expliquer l’inexplicable, cette part de magie qui parfois accompagne la première rencontre amoureuse ? Aussitôt, je l’ai retirée du groupe, j’ai enfilé un manteau, j’ai mis Marcelle au fond de ma poche et j’ai marché dans la campagne. Au bout d’un moment, je l’ai prise dans ma main, j’étais si troublé, si intimidé, c’est la première fois que je faisais un petit bout de chemin avec une huître, j’avais tellement envie de lui parler mais je ne savais pas comment, par où commencer… Et puis les mots sont venus, espacés d’abord, rares, réussissant à peine à briser le silence, et puis ils sont devenus plus nombreux, les uns après les autres, plus rapprochés, ils se sont enchaînés, ils ont fini par faire des phrases… Je parlais, je parlais encore, longtemps, longtemps, jusqu’à la nuit tombée et Marcelle m’écoutait. Sans jamais m’interrompre, sans jamais poser de questions, sans commentaires déplacés. Voilà, peut-être était-ce le secret de Marcelle : elle savait écouter…

Très vite, nous avons décidé de nous mettre en ménage. Je crois que c’est moi qui ai eu l’initiative de cette union mais Marcelle n’a rien fait pour me décourager. Au contraire. Je savais traduire ses silences en cris de joie. Avons-nous Marcelle et moi été un vrai couple ? J’éviterais d’apporter aux indiscrets les détails croustillants dont ils sont avides. Qu’ils sachent cependant qu’en aucune manière Marcelle n’aurait supporté la contrainte, la brutalité. Sans doute, nos lunes de miel n’auraient pas intéressé les échotiers les plus malsains. Il me fallait faire preuve de doigté, d’une délicatesse infinie. Derrière l’apparente carapace de Marcelle se cachait une fragilité quasiment liquide.

Quand je partais le matin, je savais que le soir, elle serait là, à la même place, immobile, patiente, tellement paisible, tellement sereine. Rassurante. Quelque fois, j’avais peur qu’elle s’ennuie, je lui disais « sors, va voir des amis, profite de la vie » mais non, elle préférait ne pas bouger. Simplement, profiter de notre intimité lui suffisait.

Un jour, elle n’était plus là. J’ai eu la peur de ma vie. Je regardais partout, dans chacune des pièces, Marcelle avait disparu. Et j’ai crié, crié « Marcelle » pour qu’elle revienne. Oh, j’avais tant de peine… En fait, elle était dans le freezer du réfrigérateur, une simple envie de fraîcheur.

Un jour, Marcelle et moi, nous nous sommes quittés, par consentement mutuel. Du haut d’une falaise, je l’ai rejetée dans la mer, comme on quitte une partie de son passé, comme on dit «bonne chance » à l’avenir. Quand nous nous sommes dit « adieu », mes mains étaient blessées de l’avoir tant et tant étreint tant et tant étreint tant et tant étreint…

Depuis, chaque fois qu’au restaurant je commande un plateau de fruits de mer, je ne peux m’empêcher de chercher Marcelle du regard. Quelle serait ma réaction si je la découvrais, étendue, sur la glace pilée,  offerte…, partagé que je serais après tant d’années entre la joie de la retrouver avec tant d’émotion et la crainte de l’avaler avec tant de citron ?

4. Un figurant
C’est un homme élégant aux tempes grisonnantes

Qui depuis des années dans les théâtres enchante

Il a joué Musset, Molière et Marivaux,

Il a joué Labiche, et Guitry et Feydeau.

Comédien raffiné, cet esthète accompli

A consacré aux planches la passion de sa vie.

Oui je parle de moi Augustin de Beaupré

Acteur de complément qui jamais n’a percé.

J’avais toutes les grâces, tous les dons, cependant

Personne n’a jamais remarqué mon talent.

La fortune a souri à d’autres et me voilà,

Ca fait penser un peu à Je m’voyais déjà.

J’ai aimé le théâtre en fou sans équivoque

Mais hélas mon amour ne fut pas réciproque.

Ah ! le rideau qui bouge, le public impatient


Qui murmure excité tout fébrile et content,

Le rideau qui frémit, les coups de brigadier,

Et le rideau qui s’ouvre sur un monde inventé

Je n’ai jamais joué que les utilités,

Ceux qu’on appelle ainsi car on peut s’en passer,

Ceux qui sont sur la scène mais ne font pas rêver,

Ceux qu’on ridiculise quand ils sont hallebardiers.

Je fis du cinéma dans les années cinquante

C’est moi qu’on aperçoit près du jardin des Plantes

De dos sur un vélo dans un film de Gabin.

Il était très gentil, m’avait serré la main.

En famille je suis vedette de renom

On m’invite aux mariages, aux fêtes, aux communions,

A la fin des repas quand on s’attarde à table

On réclame de moi un poème, une fable.

Volontiers je récite un passage d’Hugo,

La tirade du nez de mon cher Cyrano,

Les mots de Perdican admirable Musset,

On m’applaudit alors j’ai enfin mon succès,

Avant qu’on me demande d’un air un peu gêné :

« Pourquoi ne vous voit-on jamais à la télé ? »

J’ai joué à Vierzon, Vesoul et Concarneau

Dans des tournées minables des spectacles idiots.

Pour jouer en plein air j’étais très recherché

Car ma voix de stentor couvrait jusqu’aux sifflets.

Plusieurs fois j’ai reçu tomates avariées

Et quelques fruits pourris rançon de l’insuccès.

Sur les Boulevards jadis j’avais été doublure

Pendant toute une saison de Jean Piat, une pointure.

Je savais tout son texte, pouvais le remplacer,

Reprendre tout son rôle comme ça au pied levé,

Mais je n’ai jamais pu au public le montrer :
L’était jamais malade, jamais indisposé.

Quand au mois de juillet sur les routes de France

On voit passer le Tour ah ! Quelle effervescence,

On acclame le vainqueur sur les Champs-Elysées

Avec l’indifférence on reçoit le dernier.

Lui aussi a couru lui aussi a souffert


Mais son effort jamais n’est mis dans la lumière.

S’il vous plaît lorsqu’un jour je quitterai la scène

Pour aller m’allonger dans un cercueil en chêne,

Qu’on grave sur ma tombe « Ici gît de Beaupré 

Un acteur passionné, un comédien français,

Qui a vécu de songes et de rêves manqués,

Qui voulait à la vie préférer son reflet ».




François Morel




Après des études littéraires et un passage à l'École de la Rue Blanche (ENSATT), François Morel entame une carrière de comédien et entre dans la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Il joue dans Lapin-Chasseur, Les Frères Zénith, Les Pieds dans l'eau, Les Brigands, C'est Magnifique, Les Précieuses Ridicules et est Monsieur Morel dans les Deschiens sur Canal + de 1993 à 2000.
Il écrit et interprète Les Habits du dimanche mis en scène par Michel Cerda, en tournée dans toute la France pendant trois ans.
Il joue dans Feu la mère de Madame et Mais n'te promène donc pas toute nue de Feydeau, mis en scène par Tilly et, au Théâtre du Rond-Point, dans Le Jardin aux Betteraves de Dubillard, mis en scène par Jean-Michel Ribes.
Il a créé le spectacle Bien des Choses en juillet 2006 avec Olivier Saladin et le joue depuis régulièrement. Le spectacle a été joué au Théâtre de La Pépinière à Paris entre septembre et décembre 2009. Le livre du spectacle est sorti chez Futuropolis avec des illustrations de Pascal Rabaté, le DVD chez Polydor.
Entre novembre 2007 et avril 2009, il joue Les Diablogues de Roland Dubillard avec Jacques Gamblin, dans une mise en scène de Anne Bourgeois au Théâtre du Rond-Point et en région.
Parce qu'il adore la chanson et le théâtre, il écrit en 2006 ses propres textes de chansons pour le spectacle Collection Particulière mis en scène par Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point . Le disque et le DVD du spectacle sont sortis chez Polydor.
Il a demandé à Juliette de le mettre en scène dans son nouveau concert Le soir, des Lions, sur des musiques de Reinhardt Wagner et d’Antoine Sahler. Le spectacle a été créé à La Coursive à La Rochelle en février 2010 et tourne depuis (Théâtre du Rond-Point en mai-juin 2010). Le disque est sorti chez Polydor en avril.
Il écrit des chansons pour Norah Krief, Natalie Miravette, Juliette, Juliette Gréco, Anne Baquet, Maurane.
Il met en scène en mai 2011 « Instants Critiques », un spectacle à partir des échanges entre Jean-Louis Bory et Georges Charensol, critiques emblématiques de la célèbre émission radiophonique « Le Masque et la Plume », interprétés par Olivier Broche et Olivier Saladin.
De novembre 2011 à janvier 2013, il a été Monsieur Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme mis en scène par Catherine Hiegel.
En avril 2013, il créé à La Rochelle son dernier spectacle, La Fin du monde est pour dimanche, mis en scène par Benjamin Guillard. Ce spectacle sera joué 60 fois à la Pépinière dans le cadre de sa Carte Bblanche qui a réuni 6 spectacles entre janvier et juin 2013.

Ce spectacle est en tournée dans toute la France en 13-14.
Il est acteur dans les films de Etienne Chatiliez, Lucas Belvaux, Jacques Otmezguine, Christophe Barratier, Michel Munz et Gérard Bitton, Guy Jacques, Pascal Thomas, Gérard Mordillat, Pierre-François Martin Laval, Jean-Michel Ribes, Tonie Marshall…
Il a écrit la préface pour le théâtre complet de Jules Renard, sorti en avril 2010 chez Omnibus,

le livre « Hyacinthe et Rose », sorti en octobre 2010 aux Editions Thierry Magnier, avec les illustrations de Martin Jarrie, « La raison du plus fou », portrait impertinent de Raymond Devos, sorti au Cherche Midi en décembre 2012, « La vie des gens », avec les illustrations de Martin Jarrie, Editions Les Fourmis rouges, mai 2013.

Le dernier recueil de ses chroniques à France Inter sort en octobre 13 chez Denoël : « Je veux être futile à la France ».
Depuis septembre 2009, il fait une chronique sur France Inter tous les vendredis matins dans le 7-9 présenté par Patrick Cohen.

Benjamin Guillard




Formé au Conservatoire national d'art dramatique, il travaille au théâtre notamment sous la direction de Muriel Mayette (L'épreuve), Gérard Desarthe (La Veillée), Philippe Adrien ("Yvonne Princesse de Bourgogne" puis "Meurtres de la princesse juive") Jean Bellorini (Paroles Gelées).
Au cinéma il tourne avec Michel Boujenah et Pascal Thomas. A la télévision, il tourne dans plusieurs téléfilms réalisés par Jean Daniel Verhaeghe et Stephane Kappes.
En 2007, il rencontre François Morel qu'il assiste dans sa mise en scène de "Bien des choses" au festival d'Avignon. Il le met en scène l'année suivante dans "La nuit Satie" avec Alexandre Tharaud, Olivier Saladin et Juliette.
En 2011, il met en scène la chanteuse Francesca Solleville et le comédien François Marthouret dans un hommage à Jean Ferrat au Théatre 71 de Malakoff puis au festival Ferrat d'Antraigues.
En 2008, il réalise son premier court-métrage "Looking for Steven Spielberg" dans lequel François Morel et Olivier Saladin jouent les premiers rôles.
En 2012, il réalise son deuxième court métrage "Véhicule-Ecole".
Il est actuellement en écriture de son premier long métrage.


Thierry Vareille



Autodidacte passionné de dramaturgie d'espaces d'images et de lumière, il collabore comme scénographe ou éclairagiste notamment avec :

Danielle Boutillon (Opéra), Didier Capielle (Cie Barbaroque), Violaine de Carné (Cie Le T.I.R. et la Lyre) Mareva Carrassou, (Cie La Poursuite), Léonore Chaix (Cie de la Demoiselle),Marianne Clevy (Théâtre Avril), Yann Dacosta (Cie du Chat Foin), Michel Deneuve et Marc- Antoine Millon (ensemble Hope), Filip Forgeau (La Cie du Désordre), Colette Froidefond (Théâtre du Sorbier), Didier Kowarsky (conteur), Jean-Marie Lejude (Cie L’œil du Tigre), Le Maxiphone (collectif de musiciens), Lionel Parlier (Cie de l’Arc), Nieke Swennen (Cie Invivo),Patricia Dallio (Compositrice, Cie Soundtrack), Dominique Wittorski (auteur, réalisateur, cie La Question du Beurre), Opéra national d'Hanoï, ...

Environ 90 créations d’Opéra, Théâtre, Danse, installations en France et à l'étranger.

Il oeuvre également dans les domaines :

- de l'Architecture : réalisation d'une étude de plan lumière pérenne de plusieurs édifices et sites historiques

- des Arts plastiques : mise en lumière d'expositions : Georges Rousse, Patrick Faigenbaum, Vincent Floderer, Laurence de Bordeaux, Marc Oliviero, Expositions du Musée du Quai Branly et du Louvre, Galerie JG Mitterand Création d'une oeuvre interactive avec le public :

« Bouger pour exister »

- du Cinéma : Co-réalisateur avec Gilles et Christian Boustani (ANIMAVIVA production) d'un documentaire fiction pour le Familistère de Guise, co-écriture du scénario d'un long métrage « Le Retour » (en cours).

Planning
Création à La Coursive le 8 avril 2013
Du 8 au 13 avril 2013 à La Coursive

Du 18 avril au 22 juin 2013 au Théâtre de la Pépinière
Tournée 13-14

Orléans du 2 au 18 octobre

Clermont-Ferrand 22 octobre

La Rochelle du 5 au 8 novembre

Beaupréau 10 novembre

La Roche sur Yon 12 et 13 novembre

Angoulême 15 et 16 novembre

Laval 19 novembre

Vannes 21 novembre

Saint-Nazaire 23 et 24 novembre

Meyrin(Suisse) 26 et 27 novembre

Annecy du 28 au 30 novembre

Villefontaine 3, 4 et 5décembre

Oyonnax 6 décembre

Beauvais 9 décembre

Compiègne 10 décembre

Argenteuil 11 décembre

Ermont 13 décembre

Conflans 14-15 décembre
Valenciennes 9-10 janvier

Hazebrouck 11 janvier

Rueil-Malmaison 13-14 janvier

Cesson-Sévigné 16 janvier

Dinan 17 janvier

Loudéac 18 janvier

Château-Arnoux 21 janvier

Gap 22 janvier

Cavaillon 24-25 janvier

Aix en Provence du 28 janvier au 1er février

Argentan 4 février

Le Havre 6 février

Pont-Audemer 7 février

Grand Quevilly 8 février

Val de Reuil 11 février

Saint-Lo 13 février

Granville 14 février

Coutances 15 février

Montargis 11 mars

Amiens 13-14 mars

Châteauroux 16 mars

Nîmes du 18 au 20 mars

Istres 21 mars

Arles 22 mars

Saintes 25 mars

Périgueux 27-28 mars

Albi 1er et 2 avril

Béziers 3-4 avril

Pontault-Combault 8 avril

Le Kremlin-Bicêtre 9 avril

Provins 11 avril

Clamart 12 et 13 avril

Epernay 15 avril

Charleville 16 avril

Bar le duc 17 avril

Suresnes 28-29 avril

Chelles 30 avril

Grasse 3-4 mai

Saint-Raphaël 6 mai

Toulon 7 mai

Alès 9-10 mai

Châlons-en-Champagne 13-14 mai

Vernon 16 mai

Cébazat 20 mai

Saint-Etienne du 21 au 23 mai

Brest du 26 au 28 mai

Nice du 3 au 7 juin





Fiche financière

Equipe : 1 comédien, 4 régisseurs, 1 administrateur

Prix de vente (France) pour la saison 2014/2015 :

1 représentation : 12 000 € HT tous frais inclus

2 représentations : 22.000€ HT tous frais inclus

Séries : selon devis

explorateur logo

LES PRODUCTIONS DE L’EXPLORATEUR

FRANCOIS MOREL – VALERIE LEVY – CORINNE HONIKMAN
Siège social : 6 rue de l'Explorateur Delaporte 95390 Saint-Prix

Adresse postale : 37 avenue Pierre Larousse 92240 Malakoff

Tél. : 01 46 57 52 52 – Fax : 01 57 21 06 75

Valérie Lévy : 06 64 25 03 16 – valerielevy9@orange.fr

Corinne Honikman : 06 12 60 29 88 - c.honikman@orange.fr

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