Cours de Sabine lardon, octobre 1996-février 1997








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RENAISSANCE et ÂGE CLASSIQUE

Histoire Littéraire des XVI° et XVII° siècles

(Cours de Sabine LARDON, octobre 1996-février 1997)

LET 103a


LES GRANDS RHÉTORIQUEURS


I - DÉFINITION DE L’EXPRESSION
1) Origines du nom « Grands Rhétoriqueurs » :
[note: l’expression « Grands Rhétoriqueurs » peut s’écrire avec ou sans majuscules, peu importe].
L’origine du nom est originale ; en effet, il vient d’une erreur d’interprétation d’un critique du XIX° siècle, d’Hericault (1861) : il tire cette expression du livre Les Droits Nouveaux (1481, M. Coquillart), ouvrage satirique du XV° siècle. A l’intérieur de cet ouvrage, Coquillart se moque de 4 défauts : les sophistiqueurs, les topiqueurs, les délicqueurs et les rhétoriqueurs.

— Les Sophistes : ce sont ceux qui parlent bien, mais qui soumettent la vérité au langage et non l’inverse.

— Les Topiqueurs : ceux qui utilisent les figures de rhétorique.

— Les Délicqueurs : ils sont bavards.

— Les Rhétoriqueurs (néologisme) : désigne ceux qui font de belles phrases, les beaux parleurs (mot très péjoratif).
Coquillart, dans son ouvrage, s’attaque en fait aux gens de la justice, mais pas aux auteurs (d’Hericault interprète donc mal ce que Coquillart dit).

Le terme « Grands Rhétoriqueurs » désigne les auteurs ayant écrit entre 1460 et 1515 (avènement du règne de François Ier), dans la période charnière entre le XV° et le XVI° siècle qui précède la Renaissance.

Les Grands Rhétoriqueurs sont des écrivains qui ont écrit sous le règne de Louis XI, Charles VIII et Louis XII.

Au XIX° siècle, les dictionnaires et les critiques pensaient que « Grands Rhétoriqueurs » était le nom que se donnaient les écrivains de l’époque — ce qui est faux, puisque ce nom leur a été donné au XIX° siècle seulement.
2) Renom des Grands Rhétoriqueurs.
Leurs textes sont très travaillés du point de vue du style : cela en a fait des auteurs méconnus et peu appréciés. Leur renommée est très brève (pratiquement que de leur vivant). Deux Grands Rhétoriqueurs ont une réputation parmi leurs confrères en particulier, qui les nommaient dans leurs poèmes : Molinet et Guillaume Cretin.

Au début du XVI° siècle, leur réputation a perduré avec Geoffroy Tory (humaniste et linguiste important, qui a écrit La Brève doctrine), qui n’hésitait pas à comparer Cretin à Homère, Virgile ou Dante. L’influence des Grands Rhétoriqueurs se poursuit avec Clément Marot (lui-même fils d’un Grand Rhétoriqueur, Jean des Maretz, dit Marot), auteur très célèbre au début du XVI° siècle. Dans son Épigramme à Salel, il cite plusieurs auteurs en références littéraires, dont plusieurs Grands Rhétoriqueurs. Mais le problème est que la renommée des Grands Rhétoriqueurs s’arrête là.
Les auteurs de la Pléiade vont condamner l’œuvre des Grands Rhétoriqueurs. Joachim Du Bellay, dans sa Défense et Illustration de la Langue Française (DILF), essaie de revaloriser l’écriture en français (et non en latin). Il y recommande la lecture des auteurs du Roman de la Rose (Jean de Meung et Guillaume de Lorris) et celle des auteurs antiques. Il n’y figure qu’un Grand Rhétoriqueur, Jean Lemaire de Belges, qui est une exception, car il a illustré et enrichi la langue française. Les Grands Rhétoriqueurs sont condamnés, car on leur reproche de ne s’être souciés que de la langue, mais de ne pas s’être penchés sur les sentiments, de n’avoir qu’une production artificielle (ils ne sont pourtant pas dénués d’intérêt).
Au XX° siècle, on va redécouvrir les Grands Rhétoriqueurs, avec les surréalistes, le mouvement Oulipo (OUvroir de LItt‚rature POtentielle, qui regroupe des auteurs comme Italo Calvino, Georges Pérec, Quenau), qui ont cherché à explorer le potentiel du langage.

Il y a un critique qui s’est intéressé à la Renaissance et à la Grande Rhétorique : Paul Zumthor. Il a écrit deux ouvrages : Anthologie des Grands Rhétoriqueurs (éd. 10/18), et Le Masque et la Lumière, la Poétique des Grands Rhétoriqueurs (éd. du Seuil).

II - L’ART DES GRANDS RHÉTORIQUEURS
1) Les conditions de leurs créations.
Un Grand Rhétoriqueur est un poète et un auteur de cours, attaché au service d’un prince en tant que fonctionnaire de cours (régionale ou royale). Ces dernières se développent durant la seconde moitié du XV° siècle. On peut citer quelques cours régionales importantes : la cours ducale de Bourgogne (avec le duc Charles le Téméraire, mort en 1467, qui eut des Grands Rhétoriqueurs à son service, comme Jean Molinet, qui à la mort de Charles se mit au service de sa fille Marie, épouse du futur empereur Maximilien et mère de Marguerite d’Autriche) ; la cours de Bretagne ; la cours de Provence. Ce sont des cours relativement autonomes.

La cours Royale : sous Louis XI, Charles VIII (1483-1498) et Louis XII (1498-1515). Ces cours sont des lieux d’apparat : on y fait des démonstrations de luxe, des cérémonies somptueuses, où l’art et la culture sont importants (la littérature et l’éloquence, en particulier).
2) Rôle des Grands Rhétoriqueurs.
Un Grand Rhétoriqueur est un poète de cours. Il est à la fois secrétaire, propagandiste, mémorialiste et chargé des divertissements. Il est censé recenser tous les hauts faits de son protecteur.

Le Grand Rhétoriqueur est donc en fonction de subordonné / dépendance au protecteur dont il dépend :

— du point de vue de sa condition matérielle.

— du point de vue de sa création poétique : les thèmes lui sont imposés, car c’est un poète de circonstances ; il est chargé d’évoquer divers événements ; il peut écrire sur des thèmes religieux (en particulier dans le cadre de fêtes religieuses), sur un événement historique (texte patriotique) : c’est donc également un historiographe chargé d’écrire l’histoire de son temps et de son souverain ; il peut également écrire à l’occasion d’une fête ou d’une cérémonie, un événement officiel de la cours ; un événement lié au couple princier, à son protecteur (mariage, naissance, mort, etc.) ; il peut aussi donner des œuvres plus gaillardes pour se distraire.
Le recours à la rhétorique se justifie de deux façons :

— Pour des raisons liées aux mentalités de l’époque : grands bouleversements, guerres, troubles civils. La Grande Rhétorique est censée, par le biais d’un langage strict et clair, fixer les mentalités en faisant entrer la réalité dans un cadre fixe.

— Pour des conséquences liées à la condition d’asservissement du Grand Rhétoriqueur. Le poète compense son asservissement thématique par la composition littéraire. Les Grands Rhétoriqueurs concevaient leur tâche comme une « science / forme nouvelle ».

III - L’ART DE SECONDE RHÉTORIQUE
1) Les traités de rhétorique.
Dans la seconde moitié du XV° siècle, les traités de rhétorique se multiplient. Parmi eux, en particulier, des traités de seconde rhétorique, c’est-à-dire de versification. Deux sont à retenir : L’Art de rhétorique, de Jean Molinet, et Le Grand et vrai art de pleine rhétorique, de Pierre Fabri.


2) Les figures.
Les Grands Rhétoriqueurs apprécient toutes sortes de figures :

— Les images, métaphores, métonymies et allégories.

— Les figures de sonorités : allitérations, assonances, paronomases (quand deux mots ont pratiquement le même son à une syllabe près, par ex. nombre et sombre), consonances (répétition de sons harmonieux), homophonies (deux mots qui se prononcent de la même façon mais qui ne veulent pas dire la même chose), homonymies (idem, avec en plus la même orthographe).

— Les figures de mots : jeu sur les dérivés (isolexisme : mots qui ont la même base lexicale), paronymes, synonymes, antonymes, polysémie (différents sens d’un même mot), jeu sur les noms propres.

— Les figures de l’accumulation : répétitions, anaphores, énumérations.

— Intertextualité (références à d’autres discours) : proverbes, devises, on intègre dans son texte des paroles déjà toutes faites.

— Importance du rythme.
3) Les formes poétiques.
Les formes poétiques prisées par les rhétoriqueurs sont des formes anciennes qui seront ensuite condamnées par les auteurs de la Pléiade et par la DILF.
a) La ballade et ses formes dérivées:

La ballade : poème constitué par trois strophes carrées (nombre de vers par strophe = nombre de pieds par vers), s’achevant chacune par un refrain (retour du même vers à la fin de chaque strophe), suivie chacune d’une demi-strophe appelée envoi qui commence par une apostrophe et se termine par le refrain. La ballade est composée sur trois ou quatre rimes qui se répètent d’une strophe à l’autre suivant une règle de symétrie (ex: abab / cdcd ou ababb / ccdccd) ; ces règles s’assouplissent au XVI° siècle.

Le chant royal : ses règles sont celles de la ballade à une nuance près : il se compose de cinq strophes de onze vers (au lieu de trois de taille variable) suivies d’un envoi de cinq vers. On peut avoir jusqu’à cinq rimes par strophe, et le ton et le thème sont généralement élevés.

L’arbalétrière ou baguenaude : forme de chant royal dont le sujet, de manière symbolique, portait sur l’arbalète.

La pastourelle : pièce qui pour la forme s’apparente au chant royal, à la différence que le vers choisi est un octosyllabe, que le refrain est facultatif et que l’inspiration est, comme son nom l’indique, pastorale.
b) Le rondeau et ses formes dérivées :

Le rondeau : forme poétique à l’origine assez souple qui consistait à reprendre des éléments fixes, appelés refrain, à l’intérieur d’un texte variable, appelé couplet. Le rondeau a été ensuite codifié de manière plus stricte à la fin du XV° siècle, en particulier par Pierre Fabri qui fixe les règles de ce qu’on appelle le rondeau ancien : il doit alors être constitué de trois couplets de longueur variable, et le couplet du milieu comprend moitié moins de vers que les deux autres qui l’encadrent (trois vers dans le cas de quintils et de sizains). Jean et Clément Marot l’ont encore modifié en reprenant en refrain à la fin du deuxième et troisième couplet l’hémistiche initial du premier vers du rondeau : c’est le rondeau nouveau.

La bergerette : poème à forme fixe en vogue au XV° siècle et dont le thème est d’inspiration pastorale. Sa forme s’apparente, selon Pierre Fabri, à celle du rondeau, dont elle diffère par le couplet du milieu construit sur des rimes entièrement différentes de celles du premier couplet.
c) Le lai et le virelai.

Le lai : c’est soit une pièce narrative en vers (généralement des octosyllabes) à rimes plates, soit une pièce à forme fixe constituée par des couplets hétérométriques (à vers généralement impairs) à deux rimes, dont une dominante, le premier et le dernier couplet reprenant la même combinaison de rimes.

Le virelai : c’est un poème à forme fixe constitué de couplets de quatre vers (quatrain) généralement brefs dont les deux derniers sont repris en refrain. Il est construit sur deux rimes (parfois trois ou quatre). Le dernier couplet reprend le premier.

— Lai et virelai sont souvent confondus et on donne alors le nom de lai au poème (partie variable) et celui de virelai au refrain (partie fixe).
d) Autres formes.

La terza rima : forme fixe d’origine italienne pratiquée par Jean Lemaire de Belges ; écrite en décasyllabes, puis en alexandrins (seconde moitié du XVI° siècle), elle consiste en la succession de tercets aux rimes enchaînées sur le schéma suivant : aba bcb cdc... D’où son nom, chaque rime étant utilisée trois fois. Le poème s’achève sur un vers isolé qui rime avec le vers antépénultième.

Le palinod : pièce à refrain en l’honneur de l’Immaculée Conception de la Vierge et que l’on représentait dans le cadre d’un concours de poésies à Rouen, à Caen ou à Dieppe.
4) Les rimes.
Les Grands Rhétoriqueurs recherchent des rimes riches et originales :

Rime intérieure (interne) : quand les hémistiches riment à l’intérieur du vers (- - - a - - - a).

Rime batelée ou en écho : la fin du vers rime avec l’hémistiche du vers suivant.

Rime brisée : les vers riment par la césure et par la fin. Vers léonins, dont les hémistiches riment.

Rime couronnée : rime répétée deux fois en fin de vers (- - - a - a).

Rime emperiere : rime répétée trois fois en fin de vers (- - - a – a - a).

Rime léonine (ou double) : les deux (ou même trois) dernières syllabes riment (- - - a – b / - - - a - b). À manier avec précaution car la définition est subtile et variable (parler plutôt de rime riche sans autre précision).

Rime teste et queue (ou epanalepsis) : mot répété en début et fin de vers.

Rime senée (ou pangrammatisme, ou rime ingénieuse) : tous les mots du vers commencent par le même phonème (procédé allitératif, vers lettrisés) ; ou bien les vers riment par le début et non par la fin.

Poème acrostiche : quand les initiales de chaque vers permettent de constituer verticalement un mot, nom de l’auteur ou du personnage dont parle le poème par exemple.

Concaténation : jeu de répétition de phonèmes sur deux vers.

Rime concaténée : reprise à l’initiale du vers suivant.

Rime fratrisée : le mot à la rime est intégralement repris à l’initiale du vers suivant (Comme / Comme).

Rime entrelâchée : la finale du mot à la rime est reprise à l’initiale du vers suivant ( dolente / Lente).

Rime annexée : l’initiale du mot à la rime est reprise à l’initiale du vers suivant (annexée / Annexant).

Rime enchaînée : la base lexicale du mot à la rime est reprise à l’initiale du vers suivant (garde / Me gardant).

Rime équivoquée : quand l’équivoque (même son, sens différent) porte sur les syllabes finales (deux ou plus) (tour, engelle / tourangelle).

Vers holorimes : quand l’équivoque porte sur l’ensemble du vers (Désir entend cour de vain et lâche homme / Désirant temps qu’heure vienne et la chôme).

Rime rétrograde : le vers peut se lire de gauche à droite et de droite à gauche par mots (Source vilaine, fine bête punaise) ou lettres séparées (A mesure ma dame ruse m’a).

Rime bilingue : qui fait rimer un mot français et un mot latin.
— Les Rhétoriqueurs pratiquent enfin le jeu de mots à la rime, jeu fondé sur :

- les paronomases, en faisant rimer des paronymes.

- l’homophonie, en faisant rimer des homophones (cf. aussi rime équivoquée).

- l’adnominatio, répétition d’un même radical pourvu de terminaisons différentes.

- la figura etymologica qui rapproche des mots de même famille (dérivés).
5) La versification.
Le traitement du e muet ne suit pas toujours les règles de la versification classique, ainsi :

— Le e muet peut parfois être élidé devant initiale consonantique ou h aspiré (ex : de honte se lit en une seule syllabe avec élision de e muet : d’honte).

— le e muet peut parfois ne pas être élidé devant initiale vocalique (ex : comme orrez se lit en quatre pieds).

— le e muet suivi d’une désinence du pluriel peut être élidé (ex : pierreries antiques prononcé en cinq syllabes).

— le e muet placé à la rime ne s’élide pas toujours (ex : mène à ce rime avec menasse, où ace / asse constitue par l’élision du e une syllabe féminine unique ; mais homme ne rime avec amene, les syllabes me et ne constituant cette fois deux syllabes distinctes pénultième et ultime).

— le e muet placé à la césure peut être ou non élidé (ex. de décasyllabes scandés 4+6 : selon vos bill(es) // vous aurez le billard mais ceste choses // doibt estre à chascun seue).

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