Partie I préambule théorique et méthodologique








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L’organicisme.

Dans la 2ieme moitié du XIX°, on voit s’élaborer les fondements d’une sociologie scientifiques. Sur quoi repose cette conviction positiviste de pouvoir produire une science du social. Se défaire de toute recherche de causalité métaphysique, se défaire de rechercher l’essence des choses, pour mieux s’en tenir exclusivement aux faits constatés, aux régularités.

L’organicisme c’est un mouvement d’auteurs qui mobilisent la métaphore biologique pour expliquer le fonctionnement de la société. Il regroupe plusieurs écoles donc deux très célèbres :

  • Le darwinisme social

  • L’évolutionnisme.

Ces deux courants participent de ce mouvement d’ensemble, de ces deux écoles, celle qui reste célèbre très longtemps c’est l’évolutionnisme.

Quel est le projet, au cœur de ces deux écoles ?

Ce sont des penseurs qui veulent fonder une théorie, trouver la théorie qui permettrai de comprendre la loi universelle d’évolution des sociétés humaines ; Ils veulent compulser tout ce qu’on sait des sociétés humaines et leur projet c’est rendre homogène l’hétérogène, c’est ramener les différences humaines à une loi universelle. Ce courant affirme que des sociétés primitives vers les sociétés modernes on pourrait repérer la loi d’explication du passage d’un état à l’autre : ce serait un mouvement de complexification et une loi de différenciation fonctionnelle.

= ce qui s’est passé pour les organismes vivants pareil. Ils appliquent les apports de la biologie à la sociologie, forme une analogie.

La sociologie pour se donner de la consistance chercher du coté des disciplines parallèle, cela traduit les tendances d’une discipline à se chercher.

Herbert Spencer. 1820-1903.

C’est un autodidacte, pas du tout universitaire. C’est un personnage organiciste très important qui influencera toute la sociologie du XIX°.

Il écrit : Principes de sociologie.

  • La société est un organisme et pour la comprendre il faut mobiliser d’abord un modèle naturaliste. Il faut faire une analogie entre sciences de la nature et sciences de l’homme. Les institutions sociales sont du même ordre que les fonctions vitales du corps humain. Il va plus loin puisqu’il dit qu’il y a un appareil régulateur de la société : dans le corps humain c’est le système nerveux central, dans la société c’est le pouvoir central, l’Etat.

  • Pour comprendre la société, j’ai besoin d’un modèle naturaliste mais également d’un modèle évolutionniste : les sociétés évoluent et de ce fait il faut repérer les lois d’évolutions des sociétés. Il établi une classification des sociétés en fonction d’un critère : le degré de complexification des sociétés. Il va distinguer les sociétés qu’il appelle « militaires », à forte coercition, et à l’opposé des sociétés « industrielles », à forte division du travail et libertés affirmées. Sa thèse évolutionniste, c’est que les sociétés humaines passeraient de l’homogène (société militaire) à l’hétérogène, du simple au complexe, au différencié, au coordonné, vers un agencement du social plus complexe.

Quel est le modèle de l’évolution ? Quel est le Principe ? On tombe dans le domaine le plus ambigüe : la sélection des meilleurs. Dans la nature, la sélection naturelle ne laisse de place qu’aux plus aptes. Via la libre concurrence. La compétition, la concurrence, l’émulation serait source de progrès. Ils nous disent que toute contrainte qui pèse sur la concurrence limiterait le progrès social. Ils auront des formules très dures envers les plus pauvres évidemment. Il faut refuser l’assistance aux plus faibles parce que ca émousse leur volonté de se battre, ne pas mettre d’entrave à la libre activité sociale ou économique. Pour eux les aides et les contraintes qui pèsent sur le tissu social mènerait l’humanité à sa perte.

  • Darwinisme social qui a mené à tous les dérapages idéologiques possibles (racisme etc. …).

La sociologie a eu besoin, et il ne faut pas le nier, de ces théories là. Cette histoire révèle que la sociologie pour se constituer en discipline scientifique a eu tendance à aller ailleurs pour se justifier, pour se donner crédit et légitimité.

Autre chose importante : cette obsession de dégager des lois générales. Ces thèses ont fait des dégâts parce qu’elles ont ralenti le mouvement d’autonomisation de la sociologie  sciences.

  1. Marx et la lutte des classes.

Soif de connaissance, de recensement. On veut connaitre pour déterminer l’action et mieux agir. Il y a des bouleversements sociaux depuis la révolution qui posent de nombreuses questions sociales : l’émergence du prolétariat. Il y a un sentiment d’urgence qui va rendre de plus en plus indispensable le désir de connaitre et de comprendre, d’intervenir ensuite. Tous ces faits vont servir d’argument à deux choses :

  • Des lois de protection sociales, d’encadrement du monde du travail. L’Etat sent la nécessité d’intervenir.

  • Volonté de connaitre d’expliquer.

Au fond avec Marx, on veut chercher à décortiquer le principe régissant l’organisation des sociétés modernes. Face à cela, des mouvements de militants, de condamnation du système : le courant socialiste qui refuse plus ou moins l’individualisme libéral qui se met en place à cette époque là. Ce qui est important par rapport à l’émergence de ces mouvements contestataires c’est qu’ils ne sont pas désorganisés, ils ont pour but d’agir à partir d’un programme d’action, théorique et c’est ce que fait Marx. S’esquisse au XIX° une autre voie dans la construction du social, on ne cherche plus uniquement à cumuler des données ou des particularités statistiques, mais ce qui est fondamental c’est de trouver LE principe, la structure fondamentale qui explique l’état des sociétés modernes. On dépasse la démarche de Tocqueville et on passe à un degré supérieur de volonté, d’explication. L’apport essentiel de Marx réside précisément dans la construction d’un cadre et d’une méthode d’analyse du social. Son cadre à lui repose sur une certaine conception de la philosophie de l’Histoire. Pour lui, les sociétés humaines sont en devenir, elles ont un sens.

Mode de production conditionne le mode de vie social, intellectuel et culturel. C’est leur être social qui détermine leur conscience. A un moment, les rapports se confrontent et donnent lieu à un conflit social.

Marx fournit les bases de ce qu’on pourrait appeler une théorie de la dynamique du social, d’une lecture du social en termes de dynamique. Selon Marx, la société est composée de 3 états :

  • Une infrastructure économique

  • Une superstructure juridique et politique

  • Des formes de conscience sociale.

  • Il y a une détermination du premier étage qui s’impose au second etc…. il y a une détermination fondamentale de l’infrastructure éco sur tout le reste du social.

  • L’organisation d’une société repose sur son organisation économique. Elle réside toujours sur l’état de son fonctionnement économique (le mode de production = les forces productives et les moyens de travail). Pour Marx, le mode de production conditionne l’ensemble de la vie sociale.

Le mode de production est aussi une structure dynamique, en changement. Elle est faite de :

  • Les forces productives et des moyens de travail, qui sont susceptibles de se développer, d’être plus ou moins complexes en fonction du contexte historique.

  • L’état des rapports de production, i-e d’abord entre les hommes et les moyens de travail (les moyens de production), mais plus fondamentalement les rapports des hommes entre eux. Cela lie des groupes d’hommes entre eux, des groupes qui ont des intérêts en commun ou divergents = des classes. Ces rapports tendent à s’inscrire dans des règles juridiques qui les légitiment.

Pourquoi constituent-ils une force dynamique qui a un effet durable sur la société ?

La manufacture du XVI ° rassemble des ouvriers. Elle cherche à rationnaliser son processus de production, en organisant une division du travail. Cette division du travail va tendre à accroitre la capacité productive, mais pour augmenter sa production, elle a besoin d’ouvriers libres de s’embaucher comme ils l’entendent. Cela s’oppose fondamentalement a une structure locale de base : sociétés de corporation, où l’on n’est pas maitre de son destin ni de soi. C’est une contradiction « dialectique » entre des principes d’organisations contraires et elle sera au fondement de la révolution industrielle. La RI c’est la substitution d’un mode de production et d’une société capitaliste à un mode de production et une société féodale.

On voit qu’il accorde un poids très important à la notion de contradiction. Et l’on voit déjà ici qu’il privilégie une approche dialectique des phénomènes, pour lui les phénomènes ne sont pas des structures fixes, ce qui l’intéresse c’est d’étudier le devenir des organisations, des rapports entre les hommes. Il veut saisir l’essence des mécanismes, les moments et les processus qui font que les choses sont en devenir = du matérialisme historique. Il veut non seulement voir ces phénomènes dialectiques mais aussi dire qu’il y a une détermination du tout par la sphère économique.

Avec Marx, l’histoire rentre vraiment dans la sociologie. Il en fait un élément constitutif de la sociologie, il faut prendre en compte les logiques historiques. Il va être capable de produire une analyse des phénomènes qu’il a sous les yeux, les phénomènes du XIX° s’éclairent d’une nouvelle manière au regard de ses théories. Il explique le pourquoi et le comment du dénuement des plus pauvres. Il a une prétention a produire une théorie susceptible d’expliquer l’exploitation des plus faibles.

Sa théorie :

  • A son époque il constate qu’il existe des nouveaux rapports de production, qui sont des rapports de productions capitalistes. Ces rapports de production capitalistes exigent une main d’œuvre qui doit être très abondante, et non qualifiée. La machinisme qui va de pair exige des gestes peu qualifiés. D’où le fait qu’on recrute les femme se tles enfants.

  • La misère ouvrière n’est pas une fatalité, c’est pas un accident, mais la conséquence d’une mutation économique fondamentale. Elle est inscrite dans le fonctionnement même du capitalisme, il engendre naturellement une exploitation forcené des plus pauvres. Pourquoi ? L’entrepreneur va faire du travail de l’ouvrier une marchandise qui coute nettement moins cher que ce qu’elle rapporte. La plus value c’est la différence entre la valeur crée par le salarié et la valeur qui lui est restituée sous forme de salaire. Pour dire autrement, la plus value c’est la valeur supplémentaire produite par le salarié que le capitaliste s’approprie gratuitement et légalement. La logique capitaliste c’est que l’entrepreneur doit retirer toujours plus de plus value au travail ouvrier ; Pour ca il a deux moyens : soit il prolonge la durée du temps de travail, soit il augmente l’intensité du travail (machinisme etc. …). Pour Marx, sur le long terme, il va y avoir une baisse tendancielle du profit qui oblige a exploiter toujours plus la classe ouvrière donc on va a toujours plus de prolétarisation. Les contradictions entre intérêts sont insurmontables et vont mener à la ruine du capitalisme et à son remplacement par un autre moyen de production.

Au delà de cela, c’est aussi une théorie du militantisme, de la contestation politique.

Eléments biographiques : c’est un fil d’avocat allemand, et son père porte lui quasiment tous les espoirs d’une patrie. Il fait des études en Droit et en Philosophie. Il est trop proche du mouvement d’Hegel (les jeunes hegeliens) qui lutte contre le despotisme prussien. La philosophie d’Hegel se caractérise par deux traits, deux dimensions :

  • Il affirme que le moteur de l’Histoire, du monde, c’est le règne des idées. Pour Hegel, l’idée guide l’Histoire, guide le devenir historique. C’est pour cela qu’on le dit « idéaliste ».

  • Il énonce le principe de la dialectique. Pour Hegel, toute réalité, tout phénomène est traversé de forces contradictoires. Ce sont ces luttes, ces forces contradictoires en confrontation qui provoquent le changement et le progrès.

Mais très jeune, Marx remarque les limites de la pensée d’Hegel et rompt avec celle-ci sauf pour un principe : celui de la dialectique qu’il reprendra à sa matière. Pour lui, la rupture fondamentale, le changement issu de la dialectique ne peut avoir lieu que quand la partie la plus faible dans ce jeu des contradictions se renforce. Ex : histoire de la bourgeoisie, c’est bien sa lente montée en puissance qui amène à la RF. De même, il anticipe la lutte du prolétariat contre la bourgeoise avec l’espoir que le prolétariat va gagner en puissance et donner lieu à une révolution. Pour lui, le monde est un espace de luttes toujours au profit des forces les plus faibles au final. Sa philosophie est matérialiste qui s’oppose donc sur un point à celle d’Hegel.

Il devient un journaliste (la Gazette rhénane). Cette revue va subir de nombreuses interdictions et censures à cause de ses attaques contre le dirigeant. Il s’exile, d’abord à Paris puis en Angleterre. Sa construction intellectuelle se complète à ce moment là, il y fait la majeure partie de son œuvre et rencontre Engels. Ce dernier est riche intellectuel, qui lui permet de survivre. Sa vie entière est consacrée à son œuvre : L’idéologie allemande (avec Engels);Le Manifeste du parti communiste (1848) ; 1850 : Les luttes de classes en France ; 1852 : Le 18 brumaire de Napoléon Bonaparte ; 1867 : Le Capital. (essentiellement publiée à titre posthume).

Son œuvre est complexe et difficile à restituer, tout d’abord parce que sa pensée à énormément évolué, elle se modifie et se transforme au cours du temps.de plus, il aborde une multitude de domaines différents : philosophie, économie, sociologie… . Enfin, il y a une tension permanente dans ses textes entre analyses scientifique, volonté d’être objectif ET parti pris idéologique.
Les apports importants du Marxisme : son analyse du capitalisme et l’affirmation du matérialise historique : le matériel et non l’idéal conditionne le devenir historique, le social est déterminé par les conditions matérielles. Tous ces éléments ont influencé les sciences sociales :

  • Par une certaine représentation du sociale, une lecture matérialiste et déterministe du social.

  • Il a laissé une méthode : l’holisme. Partir de l’organisation matérielle des sociétés.

  • Des concepts : la classe sociale, il a conceptualisé la différenciation sociale, la notion d’idéologie, qu’est ce qu’un idéologie ? Autre concept : l’aliénation, l’aveuglement. Enfin, le concept d’Etat : d’un point de vue politique et social.

  • Il n’en reste pas moins que Marx est resté important comme théoricien de l’action révolutionnaire.

Qu’est ce que le « holisme marxiste » ?

Il renverse le parti pris Hégelien : à l’inverse de Hegel qui dit que c’est le monde des idées qui conditionne le devenir historique, lui conteste en disant que c’est le matériel qui conditionne l’idéel. C’est une inversion du propos d’Hegel. On parlera à ce moment là de matérialisme.
Sous ce matérialisme se dessine un déterminisme plutôt radical qui se traduit ainsi :

  • d’une part, pour Marx, les individus sont totalement aveuglés par les rapports sociaux dans lesquels ils sont, qui leur échappent et les enferment et les aveuglent.

  • Tout ce qui fait le monde social : les institutions, les productions matérielles et intellectuelles, n’est qu’un état de développement des formes productives. D’où son intérêt pour l’économie. Pour lui, la clé de voûte de tout système social c’est l’Etat de développement des forces productives. C’est un chercheur qui prétend décrire cette détermination. Décrire ces rapports sociaux, de quoi est faite une société, comment elle est organisée et régulée. Il souhaite construire une théorie du champ social.

Architecture de l’édifice social pour Marx : c’est un édifice composé de plusieurs étages.

  • La superstructure : l’ensemble des institutions juridiques, politiques, sociales, les idéologies, les manières de penser. Elle définit et organise la vie sociale. Sa fonction est « de protéger, reproduire les rapports sociaux existants, i-e défendre la classe des exploiteurs contre celle des exploités ». Cette super structure elle est elle-même déterminée par les rapports de production et varie en fonction.

  • L’infrastructure : l’état de développement des forces productives, l’organisation économique à un moment T, l’état des rapports sociaux de productions. Définition «  c’est l’ensemble des rapports s’imposant aux hommes et les unissant dans un ensemble social en tant qu’agent de production » C’est l’instance décisive du social, et elle est déterminée par l’aspect technique.

  • En dessous encore, le mode de production. C’est la manière selon laquelle les individus gagnent leur vie, l’ensemble des forces productives matérielles.

Pourquoi parle-on d’holisme méthodologique pour parler de la pensée de Marx, parce que d’abord il part toujours de la société, sa réflexion part toujours du niveau macro-social. C’est une lecture qui néglige les individus (≠ Tocqueville) et il fait des raisonnements qui sont toujours globaux, qui renvoie à du collectif et des structures.

Quelques principes théoriques.

Déterminisme et messianisme.

Le déterminisme historique renvoie à l’idée que l’histoire est déterminée par des variables sociales, et messianisme renvoie au rôle de « messie » du prolétariat ?

Pour lui, l’Humanité à travers des révolutions, des changements techniques, des évolutions, serait passé finalement d’un mode de production à un autre mode de production ‘esclavage, féodalisme). Mais pour Marx, le devenir de cette grammaire évolutive c’est d’atteindre un stade final supérieur, qui sera le communisme. Il développe une vision à la fois évolutionniste mais également téléologique. On va vers quelque chose qui sera foncièrement meilleur que maintenant. Le passage d’un mode de production à un autre mode de production se fait sous une double influence, sous la pression de deux éléments :

  • Influence des changements techniques.

  • Les forces sociales : la lutte des classes. Elle est le moteur de l’Histoire et du changement social parce qu’elle booste le passage d’un mode de production à l’autre.

Chaque sociale a donc comme fonction historique de travailler à la meilleure défense de ses intérêts et à faire advenir un type de société correspondant aux demandes de cette classe en mouvement. Dans sa lecture globale, il y a une classe qui tient une place importante : le prolétariat. Pour Marx, c’est la classe qui devra prendre le pouvoir mais pas pour exploiter une autre classe, pour libérer l’humanité de toute exploitation. L’Humanité sera libérée de toute forme de servitude. Le prolétariat l’emportera.

Qu’est ce que le communisme pour Marx ? C’est la société sans classe, sans Etat, sans exploiteur à protéger. Etape intermédiaire : la dictature du prolétariat.

Deuxième concept important à envisager ; la notion de classe sociale. Marx a construit une sociologie des classes sociales. Leurs analyses lui permettent de produire des analyses concrètes du temps de son époque. Il raisonne sur une réalité tangible. Mais aussi, en réfléchissant sur les classes sociales, il produit une réflexion sur la différenciation sociale : sur quoi reposent les différences ?

Une classe sociale, c’est une certaine position économique, une certaine position dans les rapports de production. Cette position est fondée sur la possession ou la non-possession des moyens de production. D’emblée, ce qu’il faut avoir en tête c’est que du même coup, qui dit classe sociale dit groupe marqué et pris dans un conflit social. La classe sociale n’est pas une entité ou une substance, c’est le rapport à quelqu’un d’autre et pour lui il est conflictuel (exploiteur/exploité).

Au-delà de Marx, de manière générale, on entend par classe sociale un groupe qui possède des éléments communs (habitudes, façon de penser, modes de vie). Qui dit classe sociale dit également posséder des différences communes vis-à-vis des autres. C’est cette idée que derrière la classe il y a le sentiment d’appartenance, la conscience de former un groupe distinct au sein d’une hiérarchie sociale. Le problème théorique quand on parle de classe sociale en sociologie, n’est pas d’en donner une définition, ou un nombre précis, c’est la question des rapports qu’elles entretiennent. L’enjeu théorique c’est de savoir sur quoi elles s’opposent, comment elles s’affrontent.

Autre notion : la stratification sociale, qui est très répandue. C’est un système de classification entre groupes, on cherche à établir un principe de classement pour les principes de différenciations qui existent dans les sociétés modernes. C’est admettre, que dans nos sociétés actuelles, il existe des richesses sociales qui circulent et qui se distribuent de manière inégale entre les individus et entre groupes. Quand on travaille en terme de stratification sociale, c’est chercher à déterminé comment ces richesse sociales (carnet d’adresse, scolaire, prestige, argent) circulent et se distribuent inégalement. Il y a une différence de fond entre raisonner en termes de classes sociales et de stratification sociale, on n’est pas dans la même sociologie. Parler en termes de stratification sociale c’est d’abord caractériser les groupes comme fait l’INSEE par exemple, en croisant plusieurs critères. Ces groupes (les CSP) sont caractérisée par le revenu, le statut professionnel, le prestige, le niveau d’étude toute sorte de variables. On va donc découper une grande variété de groupes en fonction de ces critères. Derrière cette réflexion, il y’a une lecture de la société très particulière. On pense que la société est faite d’un continuum de strates et des groupes, organisée sur les critères énoncés. Ca veut dire qu’il y a des passages entre les strates, ca n’est pas imperméable. Donc, la société est mobile, on admet la mobilité sociale, les individus sont considérés comme ayant la possibilité de passer d’une strate à l’autre. Les gens qui raisonnent ainsi, admettent que la société est quelque chose d’ouvert avec des groupes au frontières plutôt floues et qui autorisent les passages. La continuité progressive, le passage, s’opposent à la lecture Marxiste qui pense le conflit, la dichotomie fondamentale entre les groupes, la fixité des positions.

Parler comme Marx, ca veut donc dire que les classes sont des groupes figés, en conflit, Marx voit la société comme organisée et tendue par le conflit.
Parler en termes de classes sociales c’est admettre des relations de dominations, d’exploitation.
Parler de classes sociales c’est postuler que les classes contribuent à la reproduction sociale. Il n’est pas l’inventeur des classes sociales et a évolué au cours du temps sur cette thématique. Ce qu’il faut retenir, c’est que pour lui fondamentalement parler en termes de classes sociales c’est admettre une dichotomie sociale fondamentale entre deux classes. Cette lecture bipolaire s’organise auteur de deux classes antagonistes : les bourgeois capitalistes face au prolétariat, aux salariés. Le seul critère qu’il retient encore une fois c’est la propriété du moyen de production.

La conception des classes sociales de Marx est dite « réaliste », le seul critère qu’il retient pour déterminer l’appartenance de classe, c’est la possession des moyens de production et donc la position dans le système économique. Quel est l’inconvénient de cette nomenclature : on peut repérer plusieurs limites :

  • Elle n’est que monocritère, et Max Weber voit bien que c’est plus compliqué que ça.

  • Il est tenté de ramener les catégories sociales en deux groupes, et ça pose un problème. Il est très conscient que c’est schématique, que cela présente des limites. Il se pose lui-même la question : où situer la paysannerie ? Où situer les classes moyennes ? Il développe parfois la notion de « petite bourgeoisie ». Dans certains écrits, il introduit cette idée qui regroupe les paysans, les artisans et les commerçants. Ils sont proches de la bourgeoisie parce qu’ils sont propriétaires, mais sont proches du prolétariat par le travail routinier, direct…

  • Le fait que ce modèle n’aide pas vraiment à penser la société actuelle. Il y a une multiplicité de groupes et de sous groupes dans nos sociétés, qui sont moins polarisées, vers une sorte de « moyennisation » qui rend difficile son analyse par les théories marxiennes.

Marx a le sens de la relativité et sait que ce qu’il dit ne peut pas correspondre à toute réalité, que son modèle n’est qu’une tendance historique, il veut aider à décrypter mais relativise les cadres qu’il produit, et ses limites. Il est critique sur son outillage.

Il dit parfois que y’a trois classes, puis il en repère huit (les grands propriétaires fonciers, la bourgoisie financière, industrielle, commerçante, petite, la classe paysanne, la classe prolétarienne, les bandits, les représentants idéologiques=les intellectuels) puis deux…. Il parle souvent de deux classes mais sa pensée est évolutive est ce serait le réduire à deux.

Il peut y avoir des groupes importants mais ne forment pas forcément des classes parce qu’ils n’ont pas conscience d’eux même. Ils leur manquent une conscience de classe, notamment la paysannerie. Il dit que la paysannerie ne constituait pas une classe.

Il dit autre principe que les classes ne sont pas homogènes à l’intérieur d’elles mêmes, elles peuvent donner à voir des fractions : des sous groupes à l’intérieur d’une classe qui peuvent avoir des intérêts divergents.

Il dit que c’est bien beau de faire une théorie des classes sociales, mais il ne faut pas oublier qu’elles ne sont pas seules en jeu, il existe un instrument qui soutient ce jeu : l’Etat. C’est un instrument.

Dans Misère de la philosophie, Marx fournit encore et complexifie son analyse des classes sociales et va aller au-delà de sa conception réaliste en distinguant deux éléments importants :

  • La conscience de classe. C’est la conscience de l’unité de son groupe, le sens de la séparation, de former un « nous » face à l’adversité. C’est la classe en soi. C’est un certain sentiment de former un nous.

  • L’organisation de classe : la conscience sociale de l’intérêt en commun et de la dynamique collective que cela peut produire. C’est la classe pour soi, la capacité de mobilisation.

Une classe peut avoir conscience de soi sans s’organiser et se mobiliser.

Autre concept : le concept d’aliénation et d’idéologie.

Pour Marx, sa réflexion sur l’aliénation vient de ce que l’homme se réalise par le travail. Dans les sociétés capitalistes, le travail fait exister l’homme, il devient homme par le travail, mais le travail peut aliéner l’homme. Notamment dans les sociétés capitalistes. On est plus dans le compagnon membre d’une corporation, fier de son métier dont il est un peu le propriétaire. L’aliéné, l’ouvrier prolétaire ne s’appartient pas. Il est aliéné au sens ou il est étranger au produit de son travail. Deuxième dimension : l’ouvrier est aliéné parce qu’il est contraint par l’organisation du travail qui ne lui laisse aucune marge, aucune autonomie. Troisième élément, il est aliéné parce que l’ouvrier rentre en concurrence avec d’autres ouvriers, il est séparé de la communauté car même les relations entre ouvriers deviennent des luttes. C’est que la vie se réduit au travail, le travail est devenu le cœur même de la vie de l’ouvrier.

La notion d’idéologie : par delà son analyse sociale, Marx est un grand théoricien de la fonction sociale de l’idéologie. C’est un critique de l’idéologie et un théoricien de l’idéologie dans la société.

C’est quoi l’idéologie ? Une idéologie c’est une représentation déformée, biaisée, fausse de la réalité en science sociale. De fausses imaginations, de fausses croyances collectivement entretenues, des mystifications, produites par les groupes sociaux, par les hommes eux-mêmes. Une idéologie au sens large c’est une justification, des discours qui permettent d’argumenter pourquoi on vit de telle manière etc. …. La fonction sociale de l’idéologie c’est d’occulter la réalité, il ne peut pas y’avoir de rapport sociaux de production, de rapport de classe s’il n’y pas cette illusion, cette mystification. Il faut une sociologie de la fonction du symbolique dans les rapports sociaux. Elle peut être une arme au service de la classe dominante, elle produit une idéologie dominante capable de justifier sa domination. Exemple : la religion « opium du peuple ».

Dans le cadre de sa réflexion sur l’idéologie, il est amené à rencontrer la question de l’Etat ? Pour lui, c’est un instrument au service de la classe dominante. Ce n’est pas toujours une force impartiale, qui défendrait l’intérêt général. Ce serait une instance ayant essentiellement pour finalité de protéger les dominants, il a été confisqué par ces catégories dominantes. C’est le bras armé, juridique, de la bourgeoisie, pour organiser la domination. C’est une agence idéologique par excellence. Elle produit de l’illusion et notamment en affirmant qu’il est au service de l’intérêt général.

Il est amené aussi à s’intéresser au statut des créations intellectuelles. Les intellectuels seraient des producteurs de l’idéologie dominante permettant au plus dominants d’être ce qu’ils sont. Toutes les créations culturelles sont rangées dans la production bourgeoise, elles sont toujours en liaisons avec une classe sociale, et surtout la classe dominante. Faire de la sociologie c’est aussi comprendre ce travail de mystification. En quoi les hommes ont-ils des représentations mystifiantes de ce qu’ils sont ? Nous sommes voilés, aveuglés, parce que pris dans des rapports sociaux de production.

Il développe deux idées importantes en termes de méthodes :

  • Il faut faire une distinction fondamentale entre les conditions réelles d’existence des hommes et les représentations que les hommes s’en font. On ne juge pas une époque en fonction de la conscience qu’elle a d’elle-même.

  • Les groupes sont ce qu’ils font et non ce qu’ils disent ou s’imaginent être.



  • Finalement étudier c’est aussi dévoiler les illusions, mettre à nu nos croyances et saisir la réalité concrète derrière les discours, les idéologies, les croyances.



  • Autre concept : la lutte des classes. Il y a des groupes qui sont dans des rapports de conflit parce qu’ils ne se situent pas dans les mêmes intérêts. La lutte des classes c’est cette opposition, ces rapports inégaux et fondamentalement divergents entre les groupes sociaux. Le moteur de l’Histoire chez Marx c’est le conflit donc la lutte des classes. L’issue en est fatale. Plus ca va, plus la polarisation des deux classes se renforcent. Les dominants sont toujours plus riches mais de moins en moins en nombreux, tandis que les propriétaires sont toujours plus pauvres et toujours plus nombreux et de plus en plus conscient. Ca va aboutir à la lutte finale, au conflit majeur qui va faire advenir l’Histoire. Cette utopie étant que on va atteindre une société qui, internée par la dictature du prolétariat, sera non conflictuelle, harmonieuse etc. ….

  • Ce qui est compliqué, c’est que d’un coté il développe une théorie de la lutte des classes, et puis dans la phrase d’après il parle de ses souhaits et ses croyances et donc son idéologie.

  • Sa sociologie des idéologies est pertinente, autant sa vision de l’Histoire est inacceptable pour un penseur actuel. D’abord, le sociologue actuelle n’a pas et n’est pas en mesure honnêtement de dire de quoi l’avenir sera fait. La sociologie n’a pas a donné un sens à l’Histoire.

  • La vision historique de Marx repose sur une erreur théorique de fond : il est parti d’un raisonnement biaisé est faux dès le départ, de faire une analogie historique entre la civilisation de la montée en puissance de la bourgeoisie et celle du prolétariat. Il assimile la montée du prolétariat sous la bourgeoisie à celle de la bourgeoisie sous le féodal. Or, même sous l’Ancien régime, la bourgeoisie a un pouvoir économique, c’est une classe intermédiaire, porteuse d’une idéologie quand même entendue, elle a des intellectuels pour elle. Elle va donc se donner les moyens politiques du conquérir le pouvoir. Or, le prolétariat au XIX° siècle est une masse exploitée politiquement, économiquement, intellectuellement. Elle est dominée, ne possède aucun pouvoir et ne peut pas imposer sa vision du monde.



  • La sociologie de Marx dans son rapport avec l’histoire des Sciences sociales.



  • Marx appartient à l’histoire sociologique, mais jusqu’à la WWII il n’est pas considéré comme une sociologue. On le voit uniquement comme un théoricien d’une idéologie. Durkheim lui-même n’accorde aucune importance à la pensée marxiste, pour lui il y a des précurseurs qui l’ont formé, mais jamais il ne cite Marx. A partir des années 50 avec le déclin du Durkheimisme, on commence à l’étudier. Des mouvements structuralistes réapparaissent.

  • Weber non plus n’envisage pas Marx comme un sociologue mais un théoricien du socialisme.

  • Dans la sociologie américaine, il est resté quasiment tout le temps absent et rentrera dans les analyses sociologique dans les années 40-50 notamment par des sociologues noirs qui l’appliquent à la société américaine.



  • Pour Marx, la sociologie c’est bien la science des rapports humains, c’est une science qui se caractérise par une double dimension : l’analyse des phénomènes de la société, mais c’est en même temps qui veut faire de la sociologie la sphère de la pratique sociale, de l’engagement (logos et praxis). Les faits sociaux pour Marx ne peuvent pas être compris indépendamment de la pratique sociale et historique. On peut connaitre le monde social en même temps que l’on change le monde social, il croit en la possibilité d’une très bonne connaissance du monde social qui permet en même temps à son changement.



  • Avec lui, on est dans une connaissance pratique et révolutionnaire du sociale, un théorie c’est une théorie du monde social et de l’action sur le monde social. C’est lui qui va le plus loin dans l’unité de l’action et la réflexion.



  • Au contraire, Durkheim et Weber disent que seule une connaissance à distance des faits sociaux permet la connaissance. Il faut étudier le social en envisageant une posture d’extériorité, on ne peut pas être objectif si on est pris dans la réalité qu’on observe.



  • Pour résumer, toute l’ambigüité de la pensée de Marx c’est sa philosophie de l’Histoire, qui doit mener à la non organisation sociale, l’harmonie, la réconciliation et sa vision messianique révolutionnaire. Sa théorie n’est pas toujours facile à comprendre parce qu’on est au cœur de tensions entre ces paramètres.

  • Il n’empêche que c’est le premier qui va aussi loin pour saisir les fondements de l’organisation des sociétés. Au fons, il arrive quand même à produire une théorie globale de l’organisation du social. Il va chercher à dégager un modèle théorique de la production du social, dans le sens que ce sont les hommes eux même pris dans des rapports qui construisent la société. Sans intervention divine ou quoi. Ce sont les hommes qui construisent le monde dans lequel ils vivent.



  • Conclusion : il faut se rappeler qu’à travers sa théorie matérialiste de l’histoire et de l’économie, Marx cherche bien à restituer et comprendre à sa façon les fondements de l’ordre social = en ça, il doit être considéré comme un des fondateurs de la sociologie. Le marxisme au fond c’est quand même une théorie générale de la production du social, il considère qu’il faut partir des individus et de leur rapport pour comprendre comment le social se produit. Le fait qu’il refuse de mobiliser la transcendance, la biologie, l’âme des peuples, une espèce de conscience nationale est la preuve qu’il a la volonté de démontrer que ce sont les hommes pris dans des rapports particulier qui nous donne a voir la spécificité des rapports humains. Marx fait œuvre de sociologie parce qu’il rappelle que toute œuvre sociale est un artifice relatif, transitoire, les sociétés ne sont que le produit des rapports entre les groupes sociaux.

  • La pensée de Marx est une construction théorique d’une grande puissance intellectuelle parce qu’elle a la prétention de mobiliser plusieurs dimensions de la vie sociale, voire toutes.

  • C’est une construction proprement sociologique dans le sens que les faits sociaux s’expliquent par les faits sociaux. Il refuse de tomber dans la psychologisation et sa prétention c’est bien de décrire l’état d’une société à partir de ses rapports sociaux.

  • C’est une construction fragile parce qu’elle repose sur un parti pris, un postulat indémontrable qui est que en dernière instance les forces matérielles conditionneraient toute la construction sociale.

  • Il développe une démarche structuraliste, ce qui l’intéresse c’est de regarder le système dans sa totalité et pas ses parties qui constituent le système, ce qui l’intéresse se sont les relations entre les éléments et pas leur nature. La classe sociale en elle-même, en tant qu’entité singulière autonome ne l’intéresse pas, ce sont les relations entre les classes. C’est la lutte qui définit la classe, pas la classe qui définit la lutte.

  • La notion fondamentale du conflit. Sa sociologie est conflictuelle, parce que pour lui la cohésion de la société, une des conditions de sa perpétuation c’est précisément l’existence du conflit. Paradoxalement, le conflit produit du social, parce qu’il met de l’ordre, définit des règles. Le conflit est constitutif de l’ordre social (≠Durkheim). Une partie des sociologues lui répondront que la conflit au contraire est générateur de désintégration sociale.



  1. Enquête de terrain et monographie

On peut dire que le XIX° siècle est celui où l’on voit se mettre en place un puissant outil d’enquête social. Une volonté de rationnaliser et systématiser la façon d’observer le social = technique d’enquête. Suppose de la rigueur.

Pour la première fois, s’opère une relative convergence entre trois éléments, séries de fait différents.

  • Les intérêts étatiques du contrôle social. Au XIX°, l’Etat commence véritable à entrer dans des logiques de contrôle, d’encadrement et de gestion des populations. Ils leur faut donc des outils de contrôle, d’observation, de connaissance.

  • Des préoccupations humanistes d’aide aux populations les plus défavorisées. Entreprises philanthropiques, qui eux aussi ont besoin de boîte à outils.

  • Le fait que dans le champ intellectuel il y a une volonté de + en + marquée d’étudier avec rigueur, notamment avec des techniques mathématiques et rigoureuses, le social  positivisme.

Mobilise plusieurs acteurs : les administrations qui s’organisent, les bureaux d’assistance, les enquêtes lancées par des sociétés savantes, les associations philanthropiques.

Deuxième catégories d’acteurs : les premières enquêtes s’appuient sur des observateurs privilégiés : les médecins, les prêtres, les magistrats, les enseignants etc. … . Les dames charitables ne vont pas enquêter elles mêmes mais distribuent des questionnaires aux notables locaux qui les renvoient sous forme de compte rendus. Le problème c’est que ces notables ont une certaine bonne volonté mais ne sont pas spécialistes.

Les statistiques.

Les stats se développent d’abord dans une perspective éminemment moralisatrice. On veut les améliorer parce qu’on veut comptabiliser la « dégradation générale des mœurs ». Au départ, la curiosité statistique repose sur une volonté de quantifier la normalité au sens morale du terme.

Trois faits surtout sont étudiés :

  • La criminalité

  • La prostitution

  • L’alcoolisme.

Elles ont été inventées par Lambert Adolf Quételet, c’est un mathématicien belge qui crée tout le système statistique de la Belgique. Il va donner son nom à une unité de mesure. Il fonde la « revue statistique » dans laquelle il étudie toute sorte de statistiques et notamment au crime. Il observe que le nombre de crimes varie très peu d’une année sur l’autre. Il en déduit mathématiquement une loi de constance de la criminalité. Il permet donc de prévoir le nombre de crime. Durkheim est au courant de la mathématique sociale, il découvrira le même principe pour le suicide. Il est l’un des premiers à dire qu’un des caractéristiques fondamentales du social c’est sa régularité. La statistique a pour fonction de révéler des régularités, chercher les causes profonds qui pèsent sur ces régularités. La statistique doit chercher à caractériser l’homme moyen, un être fictif représentatif des variables sociales qui pèsent sur lui. On ne s’intéresse ni au cas particulier. Elle ne repère que la normalité régulière.

Faire l’histoire des statistiques, c’est faire l’histoire de la façon dont l’Etat en a eu besoin et donc des institutions : les premiers grands recensements de la population apparaissent au XVIII° siècle et notamment dans les pays scandinaves. John Sinclair, écossais, qui en 1779 a lancé une enquête sociale via les paroisses, grâce à un questionnaire pour dénombrer le plus mathématiquement possible la population. Au XIX° siècle, ces procédures se spécialisent, se segmentent : criminelles, sociales, économiques, agricoles… et un certain nombre de sociétés savantes vont aussi chercher à améliorer l’outillage statistique. En France, la Société Française de Statistique Universelle est créée en 1829 (mouvement européen aussi).

Cette époque se caractérise par une fois scientiste, positiviste dans les vertus de la mesure. Comme si dénombrer les phénomènes se suffisait. Cette période est marquée par le développement de l’outil statistique : questionnaire, façon de poser les questions.

Au XIX° siècle se développe l’exploration sociale qui veut essayer de mener des études qualitatives fondée sur l’observation in situ. Cela va donner lieu à de très beaux portraits d’observation in situ. Docteur Villermé par exemple. C’est quelqu’un qui est très important, pour la prise de conscience qu’il va induire et pour sa méthode. Il est chargé par l’Académie des sciences morales et politiques d’une enquête afin d’étudier les conditions de vie et d’existence des ouvriers du textile, dans le Nord de la France. Son rapport : Tableaux de l’état physique et moral des ouvriers (…) 1840. Dans laquelle il décrit les conditions de travail et de logement des ouvriers de l’époque. C’est l’une des grandes études in situ, qui va choquer l’opinion.

Autre : Frédérique Le Play 1806-1882. Même travers que Villermé qui est de pas toujours suffisamment faire la part des choses entre analyse et jugement de valeur. Ils oublient que faire de l’analyse et de l’observation suppose de mettre à distance ses préjugés et de ne pas tout confondre. C’est un ingénieur des mines qui va être à l’origine le fondateur d’une méthode systématique de recueil de donné. Il va créer une méthode de recueil des données. Cette méthode se qualifiant aujourd’hui d’étude monographique. C’est un ingénieur des mines, conseiller de Napoléon III. Il va être à l’origine d’un mouvement de réforme sociale qui existe encore + ou – la Société d’économie sociale. Il a donc une volonté réformiste qui se concrétise dans un projet politique. Il veut collecter des matériaux sociaux économiques sur le monde ouvrier. Il veut faire œuvre de recueil d’un certain nombre d’éléments descriptifs et écrit deux livres : Les ouvriers européens (1855) ; Les ouvriers des deux mondes. Treize tomes de monographie.

  • Dans chaque monographie qu’il entreprend, pour un village ou un quartier, elles sont toujours structurées selon un même plan intangible. Systématicité dans la façon d’aborder la description du monde ouvrier.

  • Les informations qu’il mobilise dans ce plan détaillé sont des informations très précises. Il se renseigne pour savoir combien ils gagnent, quel est leur logement, leur ustensiles etc. …

  • Il est l’inventeur à travers cette manière de procéder de la codification, une logique d’observation qui permet la comparaison.

Son problème comme celui de Villermé c’est que s’immisce dans ses analyses beaucoup de convictions idéologiques, de parti pris moraux. Il y aura à la fois un souci de description très fort, une volonté d’être rigoureux, des ordres donnés à ses informateurs, mais en même temps la mobilisation d’une doctrine morale, d’un vocabulaire non épuré, une idéologie moralisatrice qui nous laisse sur notre faim.

Bilan : progrès indéniable, accumulation de plus en plus minutieuse d’observations, mais une conceptualisation faible. Un vocabulaire qui n’est pas critiquée, morale souvent mobilisée pour expliquer les phénomènes, faiblesse dans la capacité d’analyse objective.  Jusqu’à Durkheim.

Ils veulent de la rigueur mais ne se rendent pas compte que la qualité de leur travail est plombée par leur subjectivité et leur manque d’analyse.


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