Partie I préambule théorique et méthodologique








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Partie III : La Constitution d’une discipline.

A leur manière, les auteurs vus plus haut ont contribué à légitimer la démarche sociologique, son sous bassement idéologique, mais n’ont pas su engager le mouvement d’institutionnalisation de la discipline, dans le champ universitaire et scientifique.

Introduction : ce travail de reconnaissance institutionnel a été différent en Allemagne et en France, et s’est révélé très conflictuel parce que les fondateurs ont du vaincre des oppositions politiques et provenant des autres champs disciplinaires dominant (philosophie, Lettres…). Troisième difficulté dans ce travail de reconnaissance, le fait que dans les deux traditions nationales on a affaire à une dimension de fondateurs, Durkheim et Weber, qui seront à l’origine d’école de pensée. Pour comprendre l’organisation de la sociologie française il faut prendre en considération plusieurs éléments :

  • L’importance du contexte politique.

  • Les luttes d’influence entre auteurs.

Durkheim est considéré comme LE sociologue par excellence, fondateur de la sociologie moderne pour plusieurs raisons :

  • Contrairement aux autres, il fait preuve dans ses analyses de rigueur et de méthode. Il énonce des problèmes sociaux problématisés, des idées innovantes.

  • C’est lui qui a fait advenir la sociologie comme une véritable discipline scientifique.

  • Il va faire de la sociologie une entreprise académique légitime. Il va faire rentrer la sociologie dans l’instance universitaire, il va contribuer à légitimer dans le cadre universitaire la sociologie. Avant Durkheim, la sociologie se fait systématiquement en dehors du monde académique et ne pouvait pas avoir de visibilité intellectuelle, ne pouvait pas avoir de prétention. Durkheim réussit là où Comte à échouer, il devient le premier professeur de sociologie, il est celui qui donne de la respectabilité, de la légitimité à la matière. Il est forcément nettement plus dangereux pour l’académie, il l’attaque de l’intérieur entre guillemets. Il est le premier sociologue de métier.

Chapitre V : La sociologie du fait social, Emile Durkheim 1858-1917.

  1. Quelques repères biographiques.

Durkheim à son apogée est l’incarnation exemplaire de l’universitaire de la III° république. Il faut l’imaginer posé, rigoureux, toujours sérieux. Il se sent convaincu d’être au service de son pays, qu’il a une mission, et notamment qu’en tant qu’enseignent il se voit charger d’une mission qui est de contribuer à former la jeunesse, à travailler à la transmission de nouvelles valeurs etc. … Il a une certaine rectitude morale, intellectuelle. C’est un universitaire, producteur d’œuvre, fondamentalement marqué par ça. Mais également par l’histoire mouvementée de son époque. Défaite de 1870, répression de la Commune et évidemment la guerre de 1914. Il est né à Epinal le 15 Avril 1858, d’une famille juive très traditionnelle, au sein d’un des plus vieilles familles juives de l’Est de la France et d’une des plus vieilles communautés juives de France (rabbins de père en fils). Famille fidèle aux exigences de conduites de vie, traditionnelle, rectitude morale. Il était tout destiné à suivre la tradition familiale et à devenir rabbin. Dans ses années d’adolescence, il a abandonné la foi de ses pairs et la tradition religieuse. Il demeurera de toute façon très lié à ce passé familiale, mais en tant que sociologue il sera toujours interpellé par le fait religieux et la fonction religieuse dans la société. Il va devenir agnostique, mais autant la religion comme phénomène sociale l’intéressera. Il perd la foi et la pratique parce qu’il n’est pas satisfait des réponses apportées par la tradition. Il est très curieux et on assiste à un déplacement de cette curiosité, de la métaphysique à la politique et au social. Derrière la question de la foi, c’est celle de la place de l’homme dans la société qu’il se posait.

D’abord il est obsédé par la question de l’ordre social, de la pauvreté, du travail. Il est aussi frappé par la défaite de 1870 (il est lorrain). La Commune elle aussi est symptomatique d’un problème d’intégration sociale. Il décide de devenir enseignant parce que pour lui c’est participer d’une mission civique, d’une tâche sociale. C’est contribuer à libérer et émanciper et socialiser et intégrer. Il veut répondre aux demandes et relever l’esprit public de son temps. Ils veulent tous participer à soigner la société, relever, réformer socialement et intellectuellement le pays.

Pour devenir enseignent il a suivi le profil type : khâgne, ENS en philosophie, et aura comme camarade normalien un grande partie de l’élite politique et intellectuelle de son temps, et notamment Jean Jaurès. Ils deviendront très amis et échangeront beaucoup. La lecture de l’œuvre d’Auguste Comte le transforme, c’est son choc intellectuel. Il part une année en Allemagne, pour étudier parce qu’à cette époque elle a un monde intellectuel très moderne, une université très moderne. Ce n’est pas qu’un lieu de certification mais aussi un lieu de recherche et de séminaire. Il revient pour un poste à l’université de Bordeaux pour un poste de pédagogie de sciences sociales. Même si on emploie par le terme de sociologie, c’est la 1ere fois qu’elle est enseignée. Il reste 15 ans à Bordeaux et c’est là qu’il crée ses principales œuvres : De la division du travail social. Etude sur l’organisation des sociétés supérieures (1893); Les règles de la méthode sociologique (1895) ; Le suicide, étude de sociologie (1897). Il fonde dans cette même ville et une revue : l’Année sociologique. C’est la première revue disciplinaire académique, c’est un outil politique aussi, pour convaincre et transmettre les idées. C’est dans cette ville qu’il vit l’affaire Dreyfus. Il est témoin de la haine antisémite, et réagit « humainement » en se mobilisant pour Dreyfus, et un des fondateurs de la Ligue des droits de l’Homme, un des premiers à se positionner en tant qu’intellectuel. Il écrira d’ailleurs un livre sur « qu’est ce qu’un intellectuel ». En 1902, il quitte Bordeaux pour une consécration institutionnelle à Paris, à la Sorbonne, où il est nommé sur une chaire de sciences de l’éducation et en 1913 sciences de l’éducation ET de sociologie.

Il faudra attendre en 1932 pour qu’un professeur ait une matière dite de « sociologie » uniquement. Il écrit en 1912, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Les années parisiennes sont celle de participation à des colloques, des séminaires pour faire vivre la sociologie. Il devient un intellectuel très important, conseiller de Jean Jaurès, du ministère de l’éducation pour les convaincre de réorganiser et de structurer le système d’enseignement pour le rendre plus intégrateur. Il est important de faire comprendre que la réforme universitaire est le moyen de régénérer la république. Il y a un enjeu politique. Il a un fils : André, sociolinguiste, qui meurt en 1915 et donc après ça, Durkheim se laisse un peu mourir. Il a perdu aussi une grande illusion, la foi que la civilisation gagne en progrès ≠ WWI.

  1. Le contexte politique social et religieux de la III ° République.

La question sociale est toujours d’actualité. On se rend bien compte que l’industrialisation fait apparaitre une société nouvelle.

  • Les intellectuelles pointent une montée de l’individualisme aux deux sens du terme : égoïsme et montée en revendication d’autonomie de l’individu face au groupe, relâchement du lien social. Effondrement des croyances.

  • Crise de la forme de sociabilité traditionnelle, on ne fait pas société de la même façon, les groupes se transforment, et la manière d’être dans les groupes aussi.

  • Paramètre plus politique : la vague nationaliste qui se développe suite à 1870, l’esprit revanchard.

  • La quête pour consolider la III° République, arrêter l’instabilité politique. Au fond, les républicains sont des bourgeois progressistes qui rêvent de stabilité politique. Que faire pour que ce régime se consolide, se légitime ?

  • Quand les républicains gagnent, ce qui leur manque c’est la légitimité, les monarchistes gardent leur influence. La force politique particulièrement importance au gouvernement  sociologie, c’est une partie des républicain qui est représentée par les radicaux. Ils défendent un certain nombre de valeurs : solidarité sociale, réforme sociale, libéralisme au sens politique, instruction publique, la laïcité. Les radicaux ont besoin d’un appui intellectuel, de théoriciens qui formalisent le programme radical. Ils vont le trouver en partie dans l’école Durkheimienne. Elle va être le bras intellectuel des radicaux, parce qu’elle porte ce qu’on appelle un holisme moralisateur. Durkheim est homme qui a une certaine idée de la société, qui pense qu’il faut absolument renforcer l’intégration sociale en France, elle est malade du fait d’une faiblesse de l’intégration sociale, il faut travailler à raffermir les sentiments collectifs. Il faut régénérer le corps social, fonder une morale des temps nouveaux. Il croit d’un point de vue théorique que la société est capable d’exercer une saine influence et détermination des individus. Son holisme moralisateur rejoint parfaitement les radicaux lorsqu’ils disent que grâce à l’école, à l’éducation, on pourra changer la société et recréer du tissu social. Durkheim est le fondateur de la sociologie de l’école. Il préconise comme les radicaux une socialisation scolaire, qui doit être capable de répandre une morale républicaine, une morale laïque dans le cadre de l’école publique. L’école doit arracher l’enfant à son milieu familial, le socialiser dans une grande enceinte neutre et rationnelle, ce qui rencontre parfaitement le point de vue des radicaux. En disant ça, il apporte une caution intellectuelle aux dirigeants de l’époque. Durkheim pour fonder une morale des temps nouveaux, capable de raffermir le ciment collectif, dit qu’il faut avoir à disposition une science nouvelle. Il lui faut des outils scientifiques et théoriques nouveaux.

  1. La naissance de la sociologie scientifique.

Son activité (à Durkheim) se caractérise par un double projet :

  • Etablir la sociologie comme discipline rigoureuse et autonome avec une vocation à être la Reine mère des sciences sociales.

  • User des connaissances de cette discipline pour créer un nouveau système capable d’assurer la cohésion des sociétés. Il est obnubilé par une idée, que les sociétés modernes sont potentiellement anomiques. L’anomie c’est l’affaiblissement du lien social, du degré de cohésion sociale.

Volonté d’être à la fois théoricien et acteur de la réforme. Il est capable de faire des études positives et en même temps mettre en place une action sur le monde social. Il est le continuateur en cela d’A.Comte.

La vocation de la sociologie c’est donc d’étudier le monde social et de le réformer. Il a une conception très particulière du monde social en tant que théoricien. Pour lui l’action politique se devra de participer à fonder une société plus intégrée, plus cohérente, plus consensuelle. Il a derrière tout ca une conception communautaire du lien social. Elle repose sur les groupes et la prégnance des groupes.

Pourquoi : pour lui, les sociétés modernes ont comme problème fondamental ce qu’on appelle aujourd’hui une tendance à l’individualisation du lien social. Le degré d’intégration social est moindre, les individus s’autonomisent de leurs groupes, prégnance de l’individuel sur le collectifs. Chez Durkheim, cette émancipation historique des individus, ce droit à exister par soi même et dire Je, il voit d’emblée que cela pose un problème. Malgré les avantages, le problème de fond c’est la question de la cohésion sociale : pas de ciment si on est dans une société des individus. (Elias). L’individu a des angoisses et est victime de la solitude. Les sociétés modernes produisent du malheur, il faut étudier les raisons de ce malheur.

Durkheim a une sociologie qui nous interpelle autour de cette question : en quoi la société moderne, le passage a la modernité s’accompagne d’un processus d’affaiblissement où de diminution du lien social. Pour lui, une société ne se constitue et ne se maintient que si au contraire la solidarité entre les individus est soudée. Il a une lecture très communautaire du lien social. La notion de cohésion présente deux dimensions dans la sociologie Durkheimienne :

  • Elle est une aspiration morale, c’est SA philosophie sociale. Dans son modèle, dans son humanisme, il ne considère une société que si elle est avant tout organisée autour de formes de solidarité.

  • En même temps, elle est au cœur même de l’objet de la sociologie. La question centrale c’est pourquoi des individus qui ne se connaissent pas, ne se ressemble pas arrivent à faire une société. C’est cette coïncidence entre sa conception d’une discipline et sa conception de l’ordre moral qui fait que sa sociologie est aussi cohérente.

Pourtant contradiction inhérente : comment peut on concilier la recherche objective, une posture désintéressée ET le caractère éminemment politique, puisque pour Durkheim la sociologie doit aider à régénérer le tissu social. Cette question est indépassable, et il n’en trouvera pas la clé.

Il y a un aspect dans la sociologie de Durkheim qu’on pourrait résumer sous le terme de militantisme sociologique. Il va faire œuvre de propagande, il va la porter pour faire reconnaitre et institutionnaliser sa discipline. Cet impérialisme sociologique se voit dans les sujets d’étude sociologique. Il sait qu’il doit convaincre à la fois ses paires mais aussi un grand public, cultivé. Il doit trouver un sujet d’enquête qui à travers ses réponses lui permettent de prouver la pertinence de la sociologie. L’histoire de la sociologie c’est aussi l’histoire des stratégies intellectuelles. Il a besoin de démontrer le sérieux de ses écrits, l’utilité de sa discipline et qu’elle n’est pas réductible à la psychologie ou toute autre discipline. Son étude sur le suicide est à ce titre le plus stratégique. Il l’a choisi parce qu’on n’attend pas le sociologue sur ce genre de sujet. Ca n’est pas « légitime ». Il veut montrer à travers un cas limite de comportement individuel, qu’il s’agit aussi d’un phénomène social. Le phénomène le plus individuel qui soit est traversé en réalité par des déterminismes collectifs. Ce texte est important parce qu’il veut montrer qu’il y a des causes sociales qui pèsent sur ce comportement. Son sujet est stratégique pour deux raisons :

  • A travers la question du suicide, le questionnement de fond sur le rapport individu/société se pose.

  • Il va démontrer qu’il y a une prégnance du collectif et que ce phénomène ne relève pas de la pure individualité.

A coté de ses livres, il a aussi sa revue, une arme stratégique intellectuelle. C’est le bras armé de son école de pensée. Il veut montrer que la sociologie avec un champ de recherche, un objet, une méthode et des techniques d’enquête.

Quel est l’objet des sciences sociales ?

Au départ, il dit que la science sociale a un objet qui lui est propre : étude de la réalité sociale et des faits sociaux. Cet objet est irréductible à tout ordre de phénomène. La sociologie ne s’intéresse qu’aux phénomènes qui se produisent dans chaque société, que ceux qui sont le produit de la société. S’il n’y avait pas de société, il n’y aurait pas ces phénomènes. La sociologie a un objet irréductible.

Les règles de la méthode sociologiques. 3 dimensions des faits sociaux :

  • Le caractère d’extériorité des faits sociaux par rapport aux individus. Les faits sociaux durent à travers le temps alors que les individus disparaissent. Le fait que les institutions étaient avant nous et vont perdurer prouvent que les faits sociaux sont extérieures à la conscience individuelle.

  • Le caractère de coercition/contrainte. Les faits sociaux exercent sur les individus des contraintes, qui s’imposent. Sa présence se reconnait « soit à l’existence de quelques sanctions déterminées, soit à la résistance que le fait oppose à toute entreprise individuelle qui tente à lui faire violence.

  • Les faits sociaux sont donc différents des faits collectifs. Faits sociaux = je peux repérer l’influence du social, les faits collectifs ne sont pas nécessairement sociaux (phénomènes purement physiques par exemple type nécessité de se nourrir).

Durkheim en arrive à définir ce qu’est la sociologie : c’est donc la science des faits sociaux. Qu’est ce qu’un fait social ? « Les faits sociaux sont des manières d’agir, de penser et de sentir, extérieurs à l’individu, et qui sont doués d’un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s’imposent à lui. » « Toute manière de faire, fixée ou non, susceptibles d’exercer sur l’individu une contrainte extérieure ». La contrainte n’est pas de type physique, pas quelque chose qui semble nécessairement comme une contrainte. On croit faire des choix libres alors qu’ils sont déterminés. Il y a une ambivalence liée à la contrainte. La contrainte ou la pression n’est pas uniquement le contrôle que la société exerce chez nous et notre volonté, c’est aussi une obligation morale à se conformer à des normes, à des règles auxquelles consentent les individus. La société est à la fois extérieure à nous et en nous.

Les faits sociaux sont des phénomènes irréductibles. On ne peut pas expliquer le fait social par autre chose que le social, on en l’explique pas par du biologique ou de la psychologie. Les faits sociaux doivent être considérés comme naturels et la société comme naturelle. Il ne veut pas dire par là qu’il y aurait un caractère naturel du social, mais que les faits sociaux peuvent être étudiés par, une méthode scientifique comme les faits naturels. On peur leur appliquer les mêmes règles de méthodes, d’objectivation.

La posture méthodologique de Durkheim.

Si les faits sociaux sont irréductibles à tous autres faits, c’est déjà une première règle : les faits sociaux ne peuvent être expliqués que par des faits sociaux. Le social en tant que tel doit s’expliquer par le social.

Deuxième élément ; quand on fait la sociologie, on se doit d’étudier à la fois les fonctions et les causes des phénomènes sociaux. Causes = mettre à nu les variables qui pèse sur les phénomènes. Les fonctions sont à découvrir dans le but social que le phénomène poursuit.

Troisième chose : Il faut considérer les faits sociaux comme des choses. Cela signifie que qu’il faut avoir la même attitude que l’esprit a envers les choses incompréhensibles, il faut objectiver, mettre à distance le phénomène social qu’on étudie. Considérer que les phénomènes sociaux sont des inconnues, qu’on n’interprète pas en fonction de ce qu’on croit savoir. IL faut en sociologie savoir écarter systématiquement les prénotions. Toute entreprise sociologique repose sur la capacité à s’interdire de mobiliser dans l’analyse les idées préconçues. Il ne faut pas prendre les prénotions pour des catégories construites (ce n’est pas parce que tout le monde dit « c’est ça la pauvreté » que c’est un fait sociologique).

Exemple de prénotion contre lequel Durkheim a tenté de s’immuniser c’est un certains nombres de jugements de valeurs qui feraient de certains phénomènes des anormalités, des phénomènes pathologiques : suicide, crime… Ce n’est pas parce qu’ils sont contraires à l’ordre moral qu’ils sont anormaux ou pathologiques : ils sont dans la société et sont des réalités statistiques. Ils sont « normaux » au sens statistiques. A partir du moment ou il ya production de norme il y a déviance.

Autre exemple de lutte contre les prénotions : une bonne manière de lutter c’est de donner une définition la plus objective possible du fait étudié. Exemple encore, le crime. Le crime n’est jamais étudié en Sciences sociales pour la nature de l’acte, mais plutôt ce que la société fait de l’étiquetage et de la répression. « Le crime est l’acte réprouvé comme tel par la société », il le définit au travers de la capacité de la société à y réagir. Il ne définit jamais la déviance de manière absolue mais de manière relative et normative.

Usage des statistiques. D. a une lecture très déterministe du social. Il n’a pas idée de l’intérêt des entretiens et pour lui le seul outil du sociologue c’est la statistique. Cela permet de saisir et de mesurer des faits sociaux dans leur globalité. Cela permet sur le modèle des sciences de la nature de repérer des régularités = le déplacement des cas individuel. Il y a une contrainte sur les individus.

Pour le suicide, les statistiques vont lui permettre de révéler, de justifier de la pertinence de la sociologie. Il repère que la courbe des suicides dans une société est régulière, et que si les causes des suicides étaient individuelles, pourquoi mathématiquement en terme de probabilité la courbe serait régulière ? Elle devrait être décousue, aléatoire.

La Division sociale du Travail

D’une manière globale c’est un livre qui ramène à des questions fondamentales. Elles sont quasi obsessives chez lui :

  • Par quel mécanisme les individus sont ils intégrés à la société ?

  • Comment les activités des hommes sont elles compatibles avec le social ? Comment se construit le lien social ? ≠ autonomes ?

Question majeure : le lien social. Il fait l’hypothèse qu’il existe une relation entre la nature du lien social (la solidarité sociale) et la division du travail. De quoi sont faites nos sociétés ? Pour comprendre nos sociétés, il existerait un lien entre la nature du lein et les sociétés à division du travail. Pour lui le travail n’est pas qu’un facteur économique, il renvoie fondamentalement au fonctionnement de la société, c’est une instance d’intégration sociale parce qu’elle vous lie, vous place dans des situations, des réciprocités. Pour étudier le lien social, il va faire le choix de l’étudier à travers le Droit. Le lien social ne se voit pas dans la rue, ce sont des concepts. La forme du lien social selon lui peut se donner à voir selon la forme du Droit. Il prend comme indicateur du lien social, le droit et la forme du droit. Il déduit deux types de sociétés, deux types de solidarité et d’organisation sociale donc deux types de Droit. Les sociétés à solidarité mécanique, et les sociétés à solidarité organique. La solidarité mécanique comme forme d’intégration social se donne à voir dans certaines société, où les individus diffèrent très peu, il n’y a pas de place pour la pensée individuelle, pour dire je, pour s’émanciper du groupe. C’est donc une solidarité particulière où l’intégration est forte par similitude. Il y a une conscience collective très forte, vous obligeant à être le porteur du groupe. La conscience étant directement commune, tout écart à la norme se traduira par une réaction collective massive du corps social. La forme du droit dans se type de société serait en quelque sort la loi du Talion, ultra répressif. Deuxième forme de solidarité : la solidarité organique. Elle prédomine dans les sociétés industrielles. Le consensus, l’intégration sociale à lieu parce que précisément les individus sont différents. La société est pérenne parce que les individus sont différenciés, qu’ils ont des rôles individualisés et qu’il y a une intégration, une complémentarité et une interdépendance.

  • Pour Durkheim, les sociétés collectivistes sont les premières sociétés humaines, où chacun se ressemble.

  • L’individu est le produit de la société. L’individu nait de la société et non pas l’inverse.

  • Pour lui finalement les sociétés à solidarité organiques sont les sociétés « modernes », i-e à forte différenciation sociale et division du travail. Pour lui, la différenciation sociale est la condition sine qua non des libertés fondamentales. Quand la conscience collective est trop massive, les libertés individuelles sont impossibles. Il a une lecture normée de la société.

  • Ce qui en découle, d’un point de vue moral et sociologique, Durkheim s’oppose en même temps à l’individualisme. Oui à l’émancipation de l’individu mais en même temps il s’oppose à l’individualisme comme tendance naturelle des hommes. L’idéal c’est la coopération, l’altruisme…

Comment peut on expliqué la Division du travail ?

  • Il pointe l’augmentation du volume des sociétés, du nombre d’individu.

  • L’augmentation de la densité matérielle des sociétés = le nombre d’habitant sur une surface donnée.

  • L’augmentation des échanges, de la communication, plus il y en a plus les individus rentrent dans des réseaux et plus la différenciation sociale pourra se produire. C’est bien l’état du social qui explique les changements sociaux.

Problèmes : L’individu n’est pas forcément plus satisfait de son sort, il y a du suicide et du malheur. Comment maintenant de la cohésion sociale si l’ont dans des sociétés différenciées, spécialisées ? En allégeant les règles collectives ne risque t’on pas la désintégration du lien social ?

Dans des sociétés moins collectives, risque de désintégration collective du lien social. Provoque de la désintégration collective et la montée de l’individualisme. Il le résume sous le terme d’anomie : moins intégrer les gens, moins socialiser les individus, moins les souder puisqu’est affirmée la primauté de l’individu. Le lien social dans les sociétés modernes ne peut plus être mécanique, il ne peut plus découler de la proximité spatiale. Ce risque a été perçu par tous les sociologues de l’époque.

Sa solution est claire, si la société naturellement produit pas naturelle de l’intégration, c’est au politique de le faire. Il faut donc qu’on arrive à renforcer les institutions, à renforcer le lien social. C’est son projet politique. On doit trouver les moyens par le jeu institutionnel de renforcer le lien social puisqu’il s’amenuise historiquement. Action volontaire de la société sur elle-même selon trois axes :

  • Fonder un système de valeur rigoureux. Un système qui serait républicain et laïque (religion = dissensions sociales), partagé par tous, universellement.

  • Le programme de la socialisation. Pour lui, si on veut re fabriquer de l’intégration sociale il faut que la socialisation des enfants soit forte et notamment scolaire. Les instances traditionnelles de socialisations des enfants sont insuffisantes et inadaptées. 1) la famille n’est pas bien. Elle socialise au particularisme, contre l’extérieur ce qui est un danger 2) l’Eglise elle aussi manque de consensus. L’école est l’institution parce que précisément sa fonction sera d’arracher l’enfant à sa famille (l’enfant est considéré comme une cire molle, par de lecture psychologisante de l’enfant). On doit faire entrer les enfants dans ce nouveau régime social. L’instituteur doit avoir un rôle moral. L’enfant devra apprendre à accepter son futur rôle social ( ≠ révolution). C’est par l’acceptation de la contrainte qu’on arrive à penser la contrainte et qu’on peut s’émanciper. Les structures professionnelles sont fortement favorables à l’intégration parce qu’elle encadre la vie sociale : syndicats, corporation doivent être encouragés car ils dépassionnent, encadrent la vie professionnelle.

Le suicide.

C’est un ouvrage marquant pour la sociologie. Il nous dit que les individus dans les sociétés modernes ne sont pas nécessairement plus heureux que ceux des sociétés à solidarité mécanique. Deuxième chose : augmentation du nombre de suicide. Cette augmentation à la fin du XIX° des taux de suicide dans les sociétés modernes c’est la preuve que ces sociétés sont malades, qu’elles présentent des traits pathologiques, que le lien social est malade. Ce livre est à rattaché à son projet social et politique. Ce livre est stratégique pour Durkheim : il aborde la question de fond de la relation entre l’individu  société ; il est inattendu de traiter du suicide et il veut démontrer qu’il y a des causes sociales qui pèsent sur le phénomène, que le suicide est un bon objet pour appliquer ses règles méthodologiques ; il y a différentes formes de suicide et notamment il y a une part des suicides qui s’expliquent par le relâchement du lien social, parce qu’il y a un problème au niveau du degré d’intégration sociale. Sa définition du suicide : « on appelle suicide tout cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte positif ou négatif accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat. »

C’est un exemple de rigueur et de méthode parce que :

  • Il a passé du temps à construire, déconstruire des définitions. Il va passer à la moulinette toute les explications de l’époque pour le suicide. En faisant une critique mathématique, il montre que ces explications ne collent pas. Il a éliminé toutes les explications pseudo scientifiques qu’on mettait à l’époque pour expliquer le suicide (thèses de psychopathologie, thèses de l’hérédité, ou encore théorie de l’imitation, ou influence du climat). Ces thèses ne collent pas avec ses statistiques.

  • Il va démontrer que le suicide est un fait social en montrant des régularités. Il fait des calculs et pose des constats.

  • En faisant ses calculs il obtient un taux social du suicide, et les chiffres lui apparaissent sous un autre jour (quand il fait des pourcentages). Il observe une constante des taux de suicide à court terme dans chaque pays européen. Tous les pays européens sont confrontés à une augmentation notable des taux de suicide, qui maintient les écarts entre les pays. Il va nous dire que chaque société « est prédisposée à livrer un contingent déterminé de morts volontaires ». Il met en évidence un certain nombre de corrélations (état de dépendance ou d’indépendance de deux variables) statistiques. Le taux de suicide augmente avec l’âge (reste vrai aujourd’hui), il est supérieur chez les hommes que chez les femmes. A son époque il constate qu’on se suicide plus à Paris qu’en province, on se suicide plus en début de semaine qu’en fin de semaine. Le suicide croit avec la durée du jour. Les protestants : ce sont les religieux qui se suicident le plus, les catholiques ensuite et les juifs sont ceux qui se suicident le moins. Il va croiser ces taux de suicides avec d’autres variables pour obtenir des coefficients de préservation : probabilité de se suicider ou pas selon la catégorie. Le taux de suicides des époux avec enfants est inférieur de 2,9 fois celui des célibataires. Ces personnes sont socialement immunisées contre le suicide. La famille offre la plus grande immunité, comme si le fait d’avoir la responsabilité de personnes est le meilleur rempart contre l’acte du suicide. Le fait d’être pris dans cette micro société, dans des responsabilités, des réciprocités, vous protège socialement. Il a l’intuition donc que le suicide a bien avoir avec la question de la régulation sociale, donc il va organiser l’analyse des suicides en fonction soit de l’intégration sociale soit de la régulation sociales.
    Intégration sociale = Une société est d’autant plus intégrée que les individus sont soudés par des liens sociaux qu’on qualifie de liens horizontaux. Liens forts et nombreux : liens de sociabilité (plaisir de l’entre soi), les liens amicaux, les liens familiaux, les liens professionnels, et les liens associatifs. L’insee fait régulièrement des enquêtes pour mesurer l’intégration sociale. Le capital sociale qui se fait autour de l’amour est plus intégrateur que l’amitié, elle-même plus intégratrice que les liens de politesse. Le lien social c’est un réseau de relation qui vous donne des obligations, qui vous oblige dans une réciprocité. Un peu comme la loi du don contre don : je reçois et je rends. Il y a tout de même un petit aléa dans la règle de l’échange. Je demande aux individus de me prêter attention et en échange je dois faire attention à eux, c’est pour ça qu’on parle de lien horizontal, c’est réciproque. C’est à travers ça qu’on maintient du lien social. On s’est rendu compte que le chômage est par contre pour les familles populaires se traduit par un mouvement de repli de la famille sur elle-même. => Robert Castel dit qu’il n’est pas très judicieux de parler du couple intégration- exclusion mais de affiliation-désaffiliation.

La régulation sociale : désigne l’ensemble des moyens par lesquels le groupe ou la société rend conforme et prévisible le comportement de ses membres. Par quel mécanisme ? La socialisation. C’est le processus d’intégration et d’incorporation des normes et des valeurs sociales. C’est un processus par lequel on incorpore également des rôles et des statuts. Autre processus dans la société qui permet de faire de la régulation sociale : les mécanismes de contrôle social. Toutes les institutions qui visent à surveiller, réprimer, sanctionner les actes délictueux. Quelqu’un qui commet un acte délictueux ; l’acte est désigné puis sanctionné. Amont = socialisation, Aval = sanction morale ou judiciaire. Dès l’enfance et tout au long de notre vie sociale on est placé sous le regard des autres, le poids de ce regard a pour résultat l’intégration de règles. Socialisation primaire, dans l’enfance portée par trois groupes : la famille, l’école, le groupe des paires. Aujourd’hui aussi les médias. La socialisation secondaire a lieu au sortir de l’enfance, et puis la socialisation des adultes. Cela a pour résultat final de maintenant chacun dans la norme.
Statut social : c’est ce que de part ma position dans la structure sociale je peux ou je dois attendre des autres à mon égard.
Le rôle social : ce que de part ma position dans la structure sociale, les autres peuvent ou doivent attendre de moi. Le lien social est ici vertical : c’est le groupe qui exerce une contrainte sur l’individu.

Durkheim repère plusieurs formes de suicide :

  • Le suicide altruiste. C’est d’après lui, le suicide par excès d’intégration social, pas trop plein d’intégration sociale. Il concerne des individus qui sont tellement bien intégré à leur groupe que si le groupe connait un revers, une destinée dramatique ils sont incapables d’y résister. C’est le suicide propre à des individus qui ont très, trop bien intériorisé les règles : les kamikazes, le militaire qui pour sauver l’honneur de son régiment sait qu’il va à la mort. C’est quelqu’un qui a trop bien intériorisé les valeurs de son groupe. Le suicide des femmes à la mort de leur mari, du serviteur sans son maître. La contrainte sociale est tellement forte que finalement le suicide devient un devoir (la ballade de Narayama).

  • Le suicide égoïste. Il serait lié, enfin varierai inversement au degré d’intégration de la société. C’est un suicide qui serait lié à la faiblesse de l’intégration sociale. Pour Durkheim, c’est un suicide qui apparait par excès d’individuation. C’est un suicide qui apparait chez des personnes qui sont livrées à elles mêmes par manque d’autorité intégratrice. Elles sont peu intégrées socialement. Exemple : le célibataire qui se suicide plus que l’homme marié. La femme marié se suicide moins que l’homme marié, parce que c’était beaucoup difficile pour elles de s’occuper d’elles mêmes toutes seules. Le protestant qui se suicide plus que les autres : la religion est plus libre, fait injonction de se faire sa propre religion = on est plus seul.

  • Le suicide anomique. Il relève de l’absence de frein aux passions, de dégoûts et de la déception face aux ambitions déçues : lorsqu’un individu a plein d’aspirations individuelles mais il vit dans une société qui ne les régule pas. Les aspirations sont étendues à l’infini en période de faste, mais la réalité est telle qu’on ne peut pas les satisfaire. Il y a une disproportion entre les espoirs et la réalité, et cette tension pourrait aboutir au suicide.

  • Le suicide fataliste. C’est le suicide opposé au suicide anomique. Il résulte d’une trop forte régulation sociale. Il apparait chez des individus qui ont l’impression de vivre dans des cadres ou la discipline du groupe est oppressive, ou l’individu est brimé. Selon lui : les mariés trop jeunes, la femme mariée sans enfant (critique sociale à l’égard de son infertilité) par exemple.

Il repère les suicides en fonction de deux variables : soit l’intégration soit la régulation sociale.

Si l’on prend la variable intégration sociale, on soit le suicide égoïste (pas assez d’intégration sociale) ou le suicide altruiste (excès d’intégration sociale). Si on regarde l’intégration sociale, on a soit le suicide anomique (manque de régulation), soit le suicide fataliste (excès de régulation sociale).

Ce sont plus des types idéaux que des concepts rigides, il y a des cas où des suicides ont des origines mixtes.
Il rappelle :

  • Que le suicide est un fait répandu, donc normal au sens sociologique, il existe, il est là. Sa progression est trop rapide dans les sociétés modernes.

  • La répression ne peut pas suffire. La loi peut pas réveiller la sensibilité morale.

  • L’éducation ? Elle ne peut pas suffire parce que l’école est l’image, le reflet de la société, elle ne peut pas s’imposer.

  • La seule manière d’y remédier est de redonner aux groupes sociaux plus de consistance pour qu’ils tiennent l’individu et que l’individu tienne à eux. Il faut travailler à ce que les institutions encadrent l’individu, créent de la solidarité. Il faut que la politique ait du sens pour les individus, la remettre à la hauteur des hommes. La famille : elle pourrait être une instance qui protège les individus, mais il a des doutes sur le long terme. Il pointe, perçoit des phénomènes de grande ampleur : conjugalisation de la famille. Elle se réduit en nombre et se régule sur l’affectif. Pendant des siècles, les personnes étaient liées à la famille par des intérêts matériels. L’affectif en famille est un fait historique du XIX°. Au XIX°, la famille se privatise, devient plus affective mais du même coup elle se fragilise, parce que l’affectif est nettement moins intégrateur que le bien matériel. Un lien conjugal basé sur l’affectif est plus précaire qu’un lien basé sur la nécessité matérielle. C’est la raison pour laquelle il était contre le divorce, il ne voulait pas contribuer à précariser cette cellule du lien social. La famille selon lui est de moins en moins une instance d’intégration sociale, elle se précarise du fait de la montée en puissance du lien affectif. Autrefois l’individu était au service de sa famille, désormais la famille est au service de l’individu.
    La religion : elle ôte la liberté de pensée des individus, n’est pas assez intégratrice. Toutes les institutions traditionnelles ne pouvant remédier au suicide, il faut en inventer de nouvelles. Pour lui, celle qui fonctionnerait ce serait le lien professionnel, il défend une sorte de corporatisme moral.

Les limites du travail de Durkheim : on ne peut pas nier que certains de son texte ont vieilli, et peuvent être critiqués aujourd’hui. Pour autant, de nombreux travaux statistiques d’aujourd’hui confirment les mêmes tendances. Le jour de la semaine ou les femmes se suicident le moins tombent historiquement le jour où les enfants n’ont pas école : le jeudi ou le mercredi. Cela confirme une des principales découvertes de Durkheim : le rôle de la situation social. Le mariage protège les hommes et la famille protège les femmes. Cette permanence risque d’être affectée par des nouvelles tendances : la désinstitutionalisation du mariage, de la famille…. Nous interpelle. Cela va-t-il avoir un impact sur le suicide ? Va-t-elle moins protéger ?

Durkheim a négligé un autre facteur : le lien professionnel, alors que l’on sait que la hausse du taux de suicide est en raison inverse de la hiérarchie sociale. Plus vous avez une position dominante, moins vous vous suicidez. Le suicide des ouvriers dépassent largement le suicide des cadres. Globalement, le lien entre niveau d’intégration et suicide peut être appliqué pour étudier d’autre paramètre : on pourrait mettre en évidence la relation entre intégration sociale et crime et délit. Les crimes et délits augmente avec le manque d’intégration sociale, sauf pour les crimes et délits financiers.

1ere critique des thèses de Durkheim : la confiance excessive qu’il apporte aux matériaux statistiques de son époque. Il ne critique pas suffisamment les sources statistiques qu’il utilise. Elles sont grossières et il ne les discute pas. On mesurait de manière très aléatoire ce phénomène, on n’était pas dans des procédures de collectes méthodiques, rigoureuses. Ca pourrait remettre en cause son œuvre. Autre paramètre : les suicides à l’époque étaient souvent cachés par les familles, pour des raisons religieuses notamment (réprobation morale des catholiques envers le suicide : pas le droit d’être enterré dans un cimetière chrétiens, ou alors aux marges). Les familles essayaient de s’arranger avec les médecins et les gendarmes pour cacher le suicide. Ca peut jouer encore une fois sur la réalité des chiffres, même s’ils étaient globalement bons. La définition du suicide varie selon les sociétés et les époques donc les comparaisons internationales peuvent être hasardeuses. Dernière limite : les statistiques varient à l’intérieur même d’un pays selon les sources : judiciaire, médicales…Une partie de son analyse portait sur des stats incertaines. Pour autant, ses thèses ont été vérifiées par la suite.

2eme critique : l’oubli parfois des effets de structure. Un effet de structure c’est : une valeur observée peut subir un biais du fait de la structure spécifique à l’ensemble dans lequel elle s’inscrit. Il faut donc établir des comparaisons à structure constante. Les protestants se suicident plus, mais est ce a cause de la religion, ou le fait qu’ils sont majoritairement urbains et que l’urbain produit plus de suicide ? C’est une variable cachée, il en a parfois oublié.

3° critique : il a parfois des explications ambigües voire même qui s’oppose. Il veut tellement prouver sa thèse qu’il en arrive à avoir des argumentaires qui peuvent paraître contradictoire. Notamment lorsqu’il explique le suicide par des variables religieuses. Quand il explique que les protestants se suicident plus, il dit qu’il faut se mettre à la place du croyant. Il mobilise une méthode individualisante alors que dans son livre il défend une méthode objectiviste et pas individualisante. Il part du principe que la présence d’un clergé organisé est une preuve de la cohésion, de l’intégration de la société, or on peut penser que l’incapacité des croyants à s’organiser par eux-mêmes est au contraire une preuve de manque de cohésion.

Il ne peut pas basculer d’un cadre théorique à l’autre comme ça.

4° critique, de fond, le fait que il accorde peut d’importance aux individus. Il a une perspective très déterministe, très holiste, et aujourd’hui quand on étudie le suicide on mobilise plus de paramètres individualisant, la trajectoire individuelle, les apports de la psychologie.
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