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Zatopek N°15

Les enfants de Bikila

Aurore Braconnier

Au mois de janvier, la revue "Nature" publiait une étude qui remettait en cause les bienfaits de la chaussure de course à pied. D'après elle, il serait plus sain, plus efficace et plus économique de courir pieds nus.
Samedi 10 septembre 1960, au marathon de Rome, le soleil est déjà couché quand Abele Bikila franchit, tout sourire, l'arc de triomphe. Il vient de parcourir un peu plus de quarante kilomètres sous une chaleur torride avec une aisance stupéfiante. "Il a commencé à parler, à discuter, à raconter des petites histoires", raconte l'écrivain français Jean Giono, qui se trouvait lui aussi sur la ligne d'arrivée. "Les autres étaient soutenus par des nourrices et on s'est demandé qui était ce personnage extraordinaire qui venait d'arriver comme ça, si fort, si magnifique et très beau." En 2 heures 15 minutes et 16 secondes d'effort, Bikila venait de marquer l'histoire de l'athlétisme de son empreinte, abaissant de huit minutes le précédent record d'Emil Zatopek et devenant du même coup le premier athlète africain médaillé d'or aux Jeux olympiques. Cela se passait en Italie, qui plus est! Le pays du dernier colonisateur et même à l'endroit précis où, 25 ans plus tôt, Mussolini avait lancé ses troupes à l'assaut de l'Ethiopie. Enfin et surtout, Bikila avait réalisé cet exploit sans chaussures! Sur le coup, ce dénuement fut interprété comme la volonté de "montrer au monde que son pays, l'Ethiopie, a toujours gagné avec détermination et héroïsme" (dixit Bikila lui-même). Un demi-siècle plus tard, on se dit qu'il y avait aussi des raisons plus pragmatiques, pour ne pas dire biomécaniques, à ce renoncement.
Les chaussures changent notre façon de courir
La course à pieds nus vient effectivement de faire l'objet d'une grosse étude scientifique sous l'autorité de Daniel Lieberman, professeur de biologie à l'Université de Harvard (1). Avec son équipe de chercheurs, Lieberman a analysé la façon de courir de plus de 200 athlètes originaires des Etats-Unis mais aussi du Kenya et notamment ceux de la Vallée du Rift, le plus célèbre terroir de champions. Tous ces sujets avaient été séparés en cinq groupes suivant leur pays d'origine et leurs habitudes d'entraînement (avec ou sans chaussures). On leur demandait de courir sous l'œil de la caméra à une vitesse oscillant entre 4 et 6 mètres par seconde sur une longueur de 20-25 mètres. La première fois cela se passait sur tapis roulant entre les murs d'un laboratoire. Ensuite, on répétait l'opération à l'extérieur sur un chemin de terre dure. Première constatation: les coureurs à pieds nus n'attaquent pas le sol comme le font les coureurs qui portent des chaussures, c'est-à-dire en posant d'abord le talon. Et pour cause! A chaque réception, ils subiraient un impact violent, un peu comme un coup de marteau assené sur l'os du talon. Une onde de choc remonterait alors le long du squelette, exposant aux traumatismes non seulement les pieds mais aussi les genoux, les hanches, le dos et le cou. L'atterrissage sur le talon, c'est le genre de truc que l'on peut se permettre seulement si l'on est bien protégé, en l'occurrence si l'on porte des chaussures équipées d'épaisses semelles amortissantes. Sans cela, mieux vaut changer carrément de technique et se recevoir sur le côté ou sur l'avant du pied. C'est d'ailleurs ce que l'on fait naturellement. Tentez l'expérience d'ôter vos chaussures et de courir quelques dizaines de mètres sur une surface dure, vous verrez: aussitôt on se met à sautiller comme à la marelle. Et c'est normal! En se recevant sur l'avant du pied, on s'assure de bénéficier d'un bien meilleur amortissement grâce notamment aux petits coussinets prévus à cet endroit par Dame Nature pour atténuer l'impact. Lors de cette étude, les chercheurs ont mesuré précisément les pics de pression. Pieds nus, ils ne dépassaient pas une valeur égale à 50 à 70% du poids du corps alors que cette même valeur grimpait à 200 ou même 300% en cas d'atterrissage sur le talon! Plus surprenant encore: les résultats restaient inchangés quel que soit le type de surface. En d'autres termes, les coureurs sont capables d'adapter naturellement la pose du pied en fonction du type de terrain. Le coureur à pieds nus sait comment faire pour jouer sur la hauteur du centre de gravité par le biais d'une plus grande flexion des genoux et des chevilles pour atténuer les chocs. Voilà qui explique qu'ils puissent affronter les pavés ou le bitume avec autant d'aisance et de sécurité que s'ils couraient sur une pelouse. Ce faisant, ils se protègent ainsi des risques de blessures. Le scénario est beaucoup moins joyeux pour les coureurs qui frappent le sol avec le talon. Pour se rendre compte de la violence du choc, il faut imaginer un pavé qui tombe sur un sol en béton. Deux surfaces dures se rencontrent, sans bénéficier d'un véritable espace d'amortissement. Multipliez cela par le nombre de foulées, environ 600 par kilomètre, vous comprendrez mieux l'origine des maux qui nous accablent: fractures de fatigue, tendinites, périostites et arthrose. Le Docteur Casey Kerrigan, professeure de médecine et de réadaptation à l'université de Virginie a comparé la course à pieds nus et avec chaussures en enregistrant sur un tapis roulant, celle de 37 hommes et 31 femmes en bonne santé, habitués à effectuer 15 kilomètres par semaine. Elle s'est aperçue qu'avec des chaussures typiques de running, les forces de tension au niveau du genou augmentaient de 36 à 38% par rapport aux coureurs pieds nus. Elle s'est prêtée encore à d'autres investigations dont il ressort par exemple qu'à choisir entre une petite sortie de course avec des joggings dernier cri et une après-midi de shopping avec des hauts talons, les genoux préfèreront encore les hauts talons!
Un calcanéum de Cro-Magnon
Le simple fait de porter des chaussures de course équipées d'une semelle d'amortissement sous le talon suffit à changer radicalement notre façon de courir. Mais quel avantage tirons-nous de cette réception sur l'arrière du pied? La réponse réside probablement dans la mise sous tension de la voûte plantaire et du gros tendon d'Achille. La course à pied nus sollicite énormément ces structures, parfois même au-delà de leurs capacités intrinsèques de résistance. Bien sûr, il se pourrait que cette fragilité relative soit la conséquence de l'habitude de porter des chaussures de sport depuis le plus jeune âge. Il n'en reste pas moins qu'en se recevant sur le talon et en déroulant le pied sur le sol, on réduit légèrement le risque de tendinopathies et d'aponévrosites plantaires. Voilà qui convient au coureur dilettante qui veut continuer à faire tranquillement son circuit sur 5 ou 10 bornes deux ou trois fois par semaine. Quant au représentant de l'élite, la technique lui permet d'encaisser les charges énormes d'entraînement et participe donc indirectement à l'accroissement des performances. Avec un bémol cependant. Il semble de plus en plus évident que cette façon de courir nous fasse perdre un peu de notre efficacité naturelle pour la course. En effet, le coureur qui pose en premier le talon sur le sol freine immanquablement son élan, alors que celui qui rebondit sur l'avant du pied réutilise l'énergie stockée dans l'étirement des structures élastiques pour repartir de plus belle. Grâce à la décomposition du mouvement image par image, on peut visualiser cela très clairement par l'accentuation du fléchissement de la cheville, synonyme d'une meilleure restitution des forces, et par l'étirement des chaînes à l'arrière de la jambe (tendons et muscles du mollet) sur 6 centimètres environ, ce qui est suffisant pour restituer jusqu'à 90% de l'énergie stockée! Imaginons deux roues: celle des coureurs en chaussures est crantée avec une rotation forcément heurtée par la succession des phases de freinage et d'accélération. Celle des coureurs à pieds nus est lisse avec un déroulement sur le sol beaucoup plus harmonieux. Sans parler du gain de rentabilité! Pour Dennis Bramble, professeur de morphologie évolutionniste à l'Université d'Utah, cette façon moderne de courir avec des chaussures nous empêcherait d'atteindre le niveau de performances qui devrait être le nôtre compte tenu de notre architecture osseuse (2). En somme, nous ferions un mauvais usage d'un outil merveilleux hérité d'une évolution de deux millions d'années: le pied!
Le pire homme de l'histoire
Coïncidence du calendrier scientifique, il y a quelques mois en Australie, le paléontologue Peter McAllister publiait les résultats de ses recherches sur l'évolution de notre espèce depuis l'homo sapiens, dans un livre intitulé "Manthropology": la science de l’inadéquation de l’homme moderne (3). L'auteur rassemblait une foule de données historiques tirées d'observations ethnologiques et d'études de fossiles pour comparer les performances humaines à travers l'histoire et les civilisations. Il en ressort que nos stars sportives prendraient une belle raclée si elles se trouvaient confrontées à leurs lointains aïeux! Résumons la situation: d'un côté, on nous annonce que la chaussure de running est indirectement responsable des blessures qu'elle était censée prévenir et qu'en plus, elle n'améliore pas la performance. De l'autre, on nous dit que nos aptitudes sportives ont régressé de façon spectaculaire. Avouons-le, tout cela est assez déconcertant. Que faut-il en déduire? Que la technologie nous affaiblit, qu’il faut s’en méfier et retourner à une vie plus rustique, qu'on doit renoncer à l'usage de nos machines et autres outils ingénieux sous prétexte qu’ils accélèrent notre propre dépérissement? Bonne chance! Très vite, on s'apercevra que l'époque moderne a aussi du bon! Les progrès sanitaires, les soins de santé, l'alimentation: tout cela nous a permis de faire chuter la mortalité infantile et d'augmenter la durée de vie d'une façon extraordinaire. Quand bien même l'homme de Neandertal nous mettrait-il la raclée dans bien des domaines sportifs, nous n'aurions aucune raison d'envier sa longévité moyenne évaluée à 30 ans à peine. Bref, le progrès n'est pas monovalent. La science n’est ni blanche ni noire. Ce que nous gagnons d'un côté, souvent nous le perdons de l’autre, et vice-versa. Prenons la voiture par exemple. Une formidable invention qui nous permet de nous déplacer aisément et rapidement sur de longues distances, mais qui nuit gravement à la qualité de notre environnement. Et que dire des textos? Beaucoup de personnes crient au scandale lorsqu’elles s’aperçoivent que l’orthographe de leurs bambins se délite lamentablement sous l’influence d'une écriture phonétique. En même temps, force est de reconnaitre que cette invention a révolutionné notre manière de communiquer. On pourrait ainsi faire la balance des avantages et inconvénients de toutes les inventions pour s’apercevoir qu’aucune (ou presque) n’est contrebalancée par son contraire, que ce soit dans le sens positif ou négatif. Libre à chacun de fantasmer sur un éventuel retour à un mode de vie plus archaïque. La confrontation avec la réalité se chargerait vite de nous rappeler à des aspirations de vie plus douillette. Il y a quelques années, la chaîne anglaise Channel 4 diffusait un jeu de téléréalité appelé "1900", où une famille tentait de vivre trois mois dans les conditions d'une vie de château du début du 20ème siècle. Que ce fut difficile! Après quelques semaines, le plus jeune des enfants réclamait ses sucreries et son milkshake au fast-food. Les ados étaient en manque de leurs amis, de musique et de sorties. La mère se torturait à essayer d'incorporer son régime végétarien dans la vie de château et se morfondait sur le manque d'éclat de ses cheveux, le shampoing n'existant pas encore! Les programmateurs de l'émission n'avaient certainement pas choisi la famille la moins chochotte du pays, mais cela laisse imaginer la difficulté à laquelle nous serions confrontés si l'on choisissait de jeter aux oubliettes toutes les acquisitions du progrès!
Quand le confort rend faible
La question se pose pour nos pieds qui se meurent dans le confort trop matelassé de nos chaussures comme pour d'autres parties de notre anatomie. Les seins par exemple. On sait désormais que les soutiens-gorge à armatures rigides affaiblissent les petits haubans peauciers et l’aponévrose pectorale, chargés normalement de maintenir la poitrine en position conquérante. On pourrait aussi s’interroger sur nos vêtements chauds: lorsqu’on s’emmitoufle dans les doudounes, polaires, et autres habits protecteurs, on ne favorise pas la mise en marche de notre système de défense contre le froid. Dans le même registre, on serait tenté d'incriminer les crèmes hydratantes qui, prenant le relais des dispositions naturelles, contribuent sans doute à nous assécher la peau... La question de se chausser ou de laisser les pieds à l'air libre prend alors des accents philosophiques selon qu'on craint plus l'inconfort que l'asservissement technologique. Dans ce contexte, l'étude de Lieberman a le mérite de mettre en lumière les effets négatifs du progrès. Mais cela ne signifie pas qu'il faille tout rejeter en bloc. Tout l’art consiste alors à maîtriser la dose de dorlotement et celle des contraintes, afin de ne pas laisser nos pieds s’endormir dans leur nid douillet, mais sans les rejeter pour autant au temps de la préhistoire.

Aurore Braconnier
1) "Foot strike patterns and collision forces in habitually barefoot versus shoed runners" dans Nature 463, 531-535 (28 January 2010)

2) Dennis Bramble et Daniel Lieberman sont précisément les auteurs d'une théorie selon laquelle l'espèce humaine se serait singularisée par rapport aux autres singes par sa capacité à courir longtemps. Lire La grande énigme du jogging, dans Zatopek n°5 Janvier 2008

3) Manthropology, par Peter McAllister, Ed.Hachette Australia (NB: d'après l'auteur, le livre devrait prochainement être traduit en français).
Le retour des va-nu-pieds
Les résultats de l'étude de Daniel Lieberman ont sûrement été très bien accueillis au sein d'une communauté bien particulière, ceux que l'on pourrait appeler les va-nu-pieds (ou "barefooters" en anglais), des personnes qui ont décidé de se débarrasser définitivement de leurs chaussures. Un choix pas forcément évident à assumer dans la société occidentale, notamment en raison des divers a priori et méconnaissances qui subsistent sur le sujet. Par exemple, a-t-on le droit d'entrer où l'on veut lorsqu'on se balade pieds nus? Transports en commun, magasins, cinémas, musées. A priori, oui. Aucune loi ne l'interdit. Dans les années 70, beaucoup de restaurants aux Etats-Unis affichaient un écriteau "No shirt, no shoes, no service", soit "Pas de chemise, pas de chaussures, pas de service". On pensait alors que c'était une mesure de type hygiénique prise par l'OSHA (Occupational Safety and Health Administration), l'agence nationale qui règlemente notamment la sécurité et la santé dans les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration. Eh bien non! L'OSHA n'a jamais promulgué un règlement de ce type. Ert de fait, celui-ci n'aurait pas beaucoup de sens: il est tout de même assez peu fréquent que l'on mette ses pieds à table en dînant! A l'époque, l'écriteau n'avait aucune valeur juridique et servait surtout à éloigner les hippies des établissements réputés. Qu'en est-il alors du monde du travail? Là encore, il semble qu'on ait légalement toute latitude pour travailler pieds nus. D'ailleurs, beaucoup de communautés ne s'en privent pas! Ces dernières années, divers groupes s'organisent dans le monde occidental, allant des danseurs pieds nus (NB: des personnes de tout âge se rencontrent pour échanger quelques pas de danse dans divers lieux) aux pieds nus fabriquant du vin de façon traditionnelle. Le tourisme s'empare du phénomène, jouant habilement la carte du retour aux "sources authentiques". Des auberges de jeunesse pour pieds nus émergent, notamment en Nouvelle-Zélande et au Canada. Des parcs et sentiers de randonnées sans chaussures se développent à grande vitesse. Les premiers datent de 1992 en Allemagne. Depuis, le pays en accueille plus d'une centaine. Le principe? Offrir au pied des sensations variées et promouvoir par la même occasion la réflexologie plantaire. Les participants découvrent les plaisirs de marcher sans chaussures sur des rondins de bois, de la paille, dans l'eau ou la boue. En course à pied, le barefooting rencontre beaucoup de succès. Les adeptes coureurs prônent la philosophie de Chris McDougall, coureur ultra et auteur du best-seller "Born to run". Son livre dénonce la conspiration de l'industrie de la chaussure sportive qui selon lui nous escroque en nous faisant croire que notre pied est incapable de supporter l'impact de la course. Il a longuement observé les Indiens Tarahumaras, tribu issue de la région Barranca del Cobre au Nord du Mexique (voir à ce sujet le Zatopek n°8) qui voue un véritable culte à la course à pied et n'utilise que de fines sandales rudimentaires pour gambader sur de longues distances. L'auteur en a conclu que nous sommes nés pour courir et que "les chaussures sont comme la morphine: un calmant qui endort la douleur." Les coureurs pieds nus se retrouvent sur internet via des sites tels que le-rib.com, le rendez-vous international des barefooters, où ils échangent leurs expériences de vie et apportent des conseils aux nouveaux adeptes, ou encore runningbarefoot.org, créé par Ken Rob Saxton. Ce mordu de la course "au naturel" comptabilise 56 marathons. Tous courus pieds nus, évidemment!
(*) En Europe, nous disposons de l'EU-OSHA, l'agence pour la sécurité et la santé au travail.
Des chaussures comme si elles n'existaient pas
Comment l'industrie de la chaussure réagit-elle face à ce revirement d'opinion concernant l'amorti? Opportunément comme toujours. Certaines marquent ont créé une "anti-chaussure" comme la désormais célèbre "Masaï Barefoot Technology" (MBT) de Karl Müller. Comme pas mal de gens, cet ingénieur suisse souffrait de problèmes lombaires. Alors qu'il travaillait en Corée du Sud, il constata qu'il arrivait à soulager son dos en marchant de longues heures à pieds nus en bordure de rizières. Plus tard, il s'émerveilla aussi des facultés d'endurance du peuple Masaï et observa avec stupéfaction que ces gens qui se déplaçaient sur des distances énormes avec de toutes fines sandalettes semblaient ne pas connaître de douleurs articulaires. Vint alors à l'esprit de Karl Müller l'idée de créer une "anti-chaussure" révolutionnaire. Par l'action d'un élément mou introduit dans le talon, appelé le "masaï sensor", la chaussure perdrait sa stabilité, forçant l'individu à retrouver sa posture naturelle, en sollicitant l'ensemble des muscles érecteurs du tronc. Nous sommes en 1996. Une bonne dizaine d'années plus tard, le bilan est plus que positif: la société a vendu plus de 5 millions de paires sur quelque 30 marchés différents et la marque est devenue leader sur le marché de la chaussure physiologique, pas seulement parce qu'elle est portée par des stars hollywoodiennes telle que Paris Hilton, Al Pacino ou Arnold Schwarzenegger, mais aussi parce qu'elle est soutenue par le corps universitaire et médical. Jalouses de ce succès, d'autres grandes marques se sont lancées sur le marché de ce que l'on a surnommé la "chaussure minimaliste" ou encore la "chaussure pieds nus". Bel oxymore que voilà! Le but, vous l'aurez compris, est de débarrasser l'objet de tout ce qu'il a de superflu et de ne conserver que le minimum de protection plantaire pour éviter les coupures et la crasse. La société Terra Plana a sorti la VivoBarefoot en 2002. Une chaussure qui aide à retrouver la posture et la flexion naturelle du corps, à renforcer les muscles du pied et à stimuler les perceptions sensorielles. Un pas plus loin dans les sensations pieds nus avec la gamme Fivefingers de la marque italienne Vibram, de quoi séduire un maximum de gens. Sur le marché depuis 2005, ces chaussures à "cinq doigts" font fureur aux Etats-Unis. Peut-être leur look étrange attire-t-il les victimes de la mode. Elles ont l'allure de gants de pieds, avec un emplacement disponible pour chaque orteil et disposent d'une semelle extrêmement fine, ce qui laisse une liberté absolue au pied. Conçues pour toutes sortes d'activités, de plein air ou d'intérieur comme l'escalade, le kayak, le taï-chi, ou la course à pied, les Fivefingers sont à la croisée du pied et de la chaussure, et rappellent mystérieusement un tableau des années 30 par René Magritte, Le modèle rouge. Les marques n'ont décidément pas fini de nous surprendre! Côté sport, plusieurs grandes enseignes proposent aussi des chaussures de type minimaliste. En 2005, Nike sortait la "free". Les fans de publicité se souviennent sûrement de l'amusante campagne où un camp de coureurs nudistes venus faire un stage en montagne découvraient avec curiosité cette nouvelle basket qui se plie en deux et se tord dans tous les sens. La New Balance 800 ou la Newton running et son concept de "Land, Level, Lift" suivent le même ordre d'idées. Chacune à leur manière, ces trois marques proposent de courir comme si l'on était pieds nus tout en conservant "le maintien nécessaire pour gagner en puissance et en vitesse". Le beurre et l'argent du beurre.
Retour à la case départ
Depuis notre plus tendre enfance, nos pieds roupillent dans de douillets souliers. Tout l'enjeu aujourd'hui consiste à les réveiller, à les renforcer et à ré-entraîner nos muscles afin qu'ils nous protègent efficacement des maux qui nous accablent, les tendinites par exemple. Daniel Lieberman préconise une transition lente et graduée: commencez par marcher fréquemment pieds nus quelques centaines de mètres par jour puis augmentez doucement la distance (10% de plus par semaine au maximum) en restant très attentif aux signaux du corps et en stoppant immédiatement lorsqu'une douleur survient. Pensez aussi à étirer régulièrement mollets et tendons d'Achille. La transition peut prendre des mois. Enfin, sachez que la course à pieds nus fait déjà l'objet d'une nouvelle mode. Danny Dreyer, ultra-marathonien américain et adepte du taï-chi a développé une méthode, le chi-running, qui consiste à réapprendre à courir de façon naturelle et efficace. Sans chaussures!
Une prime à l'hypocrisie
Le 21 mars dernier se déroulait le marathon de Rome, cinquante ans tout juste après la prouesse réalisée par Bikila en 1960. Le vainqueur de l’épreuve, Siraj Gena, éthiopien lui aussi, a terminé la course en 2 heures 8 minutes 39 secondes. Détail: il avait ôté ses chaussures à 500 mètres de l’arrivée. "J'ai pensé que je devais faire quelque chose pour rendre hommage à Bikila", a déclaré Gena à l'agence ANSA. "Pour moi, il a été une énorme source d'inspiration et j'ai voulu ressentir ce qu'il avait fait en franchissant la ligne pieds nus." C'est très touchant… mais pas très crédible. Gena est né en 1984, soit plus de dix ans après la mort de Bikila. Dans l'histoire du sport éthiopien, il devait sans doute vénérer d'autres stars comme Miruts Yifter (double médaille d'or à Moscou) ou plus probablement l'Empereur Haile Gebrselassie. Il se pourrait donc que son geste ait eu des motivations plutôt pécuniaires. Les organisateurs avaient en effet promis une prime de 5000 euros au vainqueur qui terminerait le parcours à pieds nus.


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