Cycle de conférences «L’Architecture est-elle un humanisme ?»








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Cycle de conférences « L’Architecture est-elle un humanisme ? »
Conférence du 22 novembre 2007
« Pères disparus, un savoir en héritage »
Conférence animée par Christine Desmoulins
Avec
Jean Claude VIGATO et Ahmet GULGONEN

Christine DESMOULINS
J’introduirais cette séance sur l’héritage du savoir et les pères disparus par quelques secondes de lecture pour vous faire partager un extrait de la contribution de Bernard Zehrfuss à l’hommage à Le Corbusier dans L’Architecture d’Aujourd’hui après la mort de celui-ci.
« L’imagination créatrice est à tel point prodigieuse, l’œuvre présente tant de diversité, aborde tant de problèmes, force le respect et l’admiration qu’il est bien difficile d’en avoir une vue objective.

Que les architectes d’aujourd’hui doivent beaucoup à Le Corbusier, cela est indiscutable. Je dirais même qu’ils doivent à Le Corbusier leurs qualités et leurs défauts. Leurs défauts car, d’une part, beaucoup se sont engagés sans sa force et sans talent dans une forme d’urbanisme dangereuse dont les exemples constituent de mauvaises copies de ses unités de grandeur conforme et de ses villes vertes et font ressortir par la caricature un mode de vie pour le moins discutable ; d’autre part, ils se sont lancés dans des expressions plastiques que, seul, Le Corbusier peut manier avec sureté suivant l’originalité aigue de son tempérament d’artiste.

Leurs qualités, parce que cet exemple d’incessante recherche architecturale leur a fait comprendre les possibilités immenses de notre époque et l’obligation de lutter contre la facilité. »
Ces quelques phrases prennent toute leur pertinence en regard de la production de l’époque, mais aussi avec le recul du temps si l’on songe à la façon dont la leçon de Le Corbusier a pu se transmettre pour produire tour à tour de grandes œuvres et de piteux avatars…La notion d’héritage est donc nécessairement subtile et la réduire à des tics formels périlleux.
A propos de l’héritage Corbuséen sur lequel Jean-Claude Vigato reviendra après un aperçu historique de la notion d’héritage et une réflexion sur la transmission du savoir, j’évoquerai Henri Ciriani et son musée de la grande guerre à Péronne. A l’héritage Corbuséen clairement revendiqué s’ajoute la sensibilité de l’architecte héritier ainsi que son approche d’un site et d’un programme. La plus value est à la fois culturelle et sensible. L’architecte a perçu l’essence de l’œuvre d’un autre et il apporte sa pierre de touche en réalisant des années plus tard une création originale.

Cette notion d’héritage ayant d’ailleurs été l’un des axes de l’enseignement d’Henri Ciriani,1 il est curieux de constater que parmi ses élèves, rares sont ceux qui surent retenir l’essentiel du message pédagogique pour en tirer une liberté d’écriture. Cela est tout aussi vrai pour les émules de Jean Nouvel ou de Christian de Portzamparc par exemple.
Toujours au nom de l’héritage, la Fondation Beyeler de Renzo Piano à Bâle descend en droite ligne de la Nouvelle galerie Nationale de Mies van der Rohe à Berlin, sans pour autant exclure un rappel à l’architecture paysagère horizontale de Franck Lloyd Wright. Bien plus qu’un exercice de style, il s’agit là d’une oeuvre originale.
Aujourd’hui, dans un monde captivé par la vitesse et la parole, certains tendent à délaisser l’incertitude patiente du concepteur pour galvauder un héritage. Louis Kahn, Luis Barragàn ou Mies en font souvent les frais et ce petit catalogue mis au service d’un discours d’appropriation et d’images ridiculement pauvres varie au gré des modes. Que signifie ici l’idée même de leçon ?
De l’héritage de Louis Kahn, sur lequel Ahmed Gulgonen reviendra en relatant sa propre expérience aux côtés « du maître » et l’impact de celui-ci à UP8, je retiendrai une stricte citation. Je pense à la démarche de Christian Devillers reproduisant la façade du centre des arts britanniques de Yale (1969-1974) sur un immeuble de bureau boulevard des italiens. Là, il s’agit à la fois d’un hommage et d’exprimer le sentiment qu’avait Christian Devillers qu’il était tout simplement impossible de réaliser à cet endroit quelque chose de plus juste. Dans un tel cas, c’est de la référence directe au « père » que l’architecte tire une conviction.
Cette notion d’héritage revêt d’ailleurs une nouvelle acuité dans nos sociétés, où l’on peut voir des êtres sans passé se transformer en donneurs de leçons sans qu’aucune sphère d’activité ne puisse y échapper. En organisant ces débats, Jean-Paul Philippon et Paul Quintrand, se sont demandés si les normes et les réglementations ne tendent pas aujourd’hui à se substituer à l’héritage. On peut ainsi s’interroger par exemple sur la glose propagée autour de l’idée de haute qualité environnementale. Qui parle  ou qui répète ? Au nom de quelle légitimité, de quelle expérience ou de quelle propagande ? La redondance ne  solidifie-t-elle pas la glose pour fonder des notoriétés sur du vent quand certains bâtiments à peine regardables sont si peu parlants?
Avant de donner la parole aux deux intervenants pour une rencontre qui sans nul doute nous éclairerera. Il me reste à rappeler qui sont les architectes Ahmed Gulgonen et Jean-Claude Vigato.
Ahmet Gulgonen est né en Turquie. Diplômé de l'Université de Pennsylvanie aux Etats-Unis en architecture et en urbanisme, il a été étudiant de Louis KAHN avant de travailler dans son agence entre 1964 et 1965. Enseignant à l'école Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville et il a été professeur invité au MIT entre 1987 et 1990. Depuis 1985, il partage son agence avec Florence Gülgönen avec qui il a réalisé entre autres la gare et la couverture de l'A86 à la Courneuve, des marchés et de nombreuses logements sociaux qui leur valurent plusieurs recompenses comme celle du palmarès de la réhabilitation.
Jean-Claude Vigato enseigne l’Histoire et les cultures architecturales à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Nancy où il est responsable scientifique du Laboratoire d'histoire de l'architecture contemporaine (Lhac) . Depuis 1977, il travaille à une histoire des idées et des valeurs architecturales et de l'appareil théorique qui les produit. Il a publié de nombreux ouvrages personnels ou collectifs.

L’HERITAGE DE LOUIS KAHN
Ahmet Gülgönen

Le sujet de l’héritage des maîtres du mouvement moderne, de Le Corbusier et Kahn est riche et difficile.
La naissance du mouvement moderne a été liée à la transformation des sociétés, aux utopies émergentes et aux nouvelles technologies. Ce n’était pas simplement une affaire de style mais l’expression d’un humanisme.
Mon intervention comportera deux parties, l'une sur la disparition du père, l’héritage en général, la seconde sur l’héritage de Louis Kahn en particulier. 
Le thème de la conférence peut être abordé à partir de trois mots clés :

Le temps

L’héritage


Le dialogue
Pour commencer je ferai quelques commentaires sur deux acteurs du sujet :
Père et fils
Maître et disciple
L’enseignant et les élèves


Il y a d’abord des nuances dans leurs rapports et sentiments. On ne choisit pas son père mais on peut choisir son maître ou son enseignant

Le maître ou le père est unique, les fils ou les disciples sont pluriels. Il y a donc le problème du partage de l’héritage. Sauf le cas de disciples avec deux maîtres. Excepté peut-être le cas du disciple apprenant de deux maîtres. Comme Anatole de Baudot a écrit sur ses deux maîtres : « De Labrouste j’appris les choses à ne pas faire et de Violet Le Duc j’ai appris les choses à faire. »(1)
En disant cela je voudrai souligner la différence entre l’héritage et l’influence. L’héritage donne une responsabilité, la volonté de continuer avec un engagement.
Le temps :
Le problème de l’héritage peut être vu comme un défi au temps, comme une volonté de continuité, d’éternité. La disparition du père est un moment crucial dans la continuité de la vie. Un entre-deux phases de la vie, comme une fin et en même temps un commencement.

Un bâtiment appartient à son temps mais, s’il est un objet d'art, il est hors temps.
Le dialogue :
Le dialogue est une forme de transmission.

Dans le dialogue, il y a deux acteurs, le maître et les disciples. Le maître a besoin du dialogue pour la transmission de ses messages, et pour sa réflexion. Les disciples ont besoin du dialogue pour entrer dans la pensée du maître et être initiés à l'architecture.


  1. Anatole de Baudot, L’Architecture, le présent, le passé. Ed. H. Laurens, Paris 1916


Dans l’acte de création il y a une part d’intime et une dimension solitaire. Mais en même temps, l’architecte a besoin de dialoguer avec les autres, ses disciples, les sages, les gens ordinaires, pour l’échange et confirmer les idées
La création architecturale est une succession de re-commencements, avec ses allers et retours à travers de multiples dialogues.
L’école est un lieu de dialogue, le questionnement. En parlant de l’Ecole Kahn disait :

L'enseignement a commencé lorsqu'un homme assis sous un arbre s'est mis à discuter, sans savoir qu'il était un maître, avec des jeunes gens qui ignoraient être des étudiants

Ils pensaient simplement à ce qui se disait en compagnie d'un homme aussi agréable. Et ils souhaitaient qu'un jour leurs enfants aussi aient la chance d'écouter un homme pareil. C’est ainsi que naquit la première école et que naquit le premier préau; conséquences des aspirations de l'homme
L’héritage:

L’héritage ne réside pas dans la copie d'objets créés par le maître mais dans la compréhension de la manière d'aborder un problème. Est-ce que l’héritage du maître est un vocabulaire des formes, un ensemble réglé de composition dans lesquelles le disciple irait puiser ? Ou, est-ce qu’il y a une attitude, un positionnement par rapport aux forces émergentes de société, tout comme le maître a fait de son temps ?
Par exemple si le maître est révolutionnaire le disciple peut continuer dans la révolution au lieu d’imiter le langage formel du maître. Mais aussi il peut faire sa propre révolution, donc avec la continuité et la discontinuité.

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