Le désir en institution








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Le désir en institution

20 juin - Clermont-Ferrand

La Newsletter N°2 – 23 mars 2015

Tendre l’oreille, ouvrir sa main

Quelle chance que d’être abonné à la Newsletter du colloque ! Pour ce deuxième numéro, Mireille Battut nous offre un cadeau inestimable en répondant à nos questions. Elle dit au plus juste ce que peut être pour une mère une institution lorsqu’elle accueille son enfant. Présidente de l’association La Main à l’oreille qui œuvre à soutenir les inventions des sujets autistes, elle est en première ligne pour défendre la dimension du désir dans la considération de l’enfant.

Lors de troisième Journée de l’Institut de l’Enfant, qui s’est tenue ce samedi à Issy-les Moulineaux sous le titre « Interpréter l’enfant », il fut beaucoup question de la pratique en institution orientée par le discours analytique, expérience singulière où la surprise est au rendez-vous. Nul standard, du cas par cas, du sur mesure, pour entendre la parole du sujet.

Alors n’hésitez pas à diffuser autour de vous la Newsletter. Faites abonner votre collègue, votre ami/e, votre voisin/e… Et que le désir joyeux de transmettre se propage…

Hervé Damase

Responsable du colloque

Entretien avec Mireille Battut

En tant que mère d’un enfant autiste accueilli en institution, que vous inspire le titre de notre prochain colloque Le désir en institution ?

Je suis mère de deux enfants, dont un « dit » autiste. Si l’on considère que la famille est la première institution, il est un âge où l’enfant va en quitter le giron exclusif pour une autre institution : l’école. En France, la crèche, puis l’école maternelle forment un sas entre les deux, dont la vocation est de permettre à l’enfant de devenir un élève, c’est-à-dire un citoyen en formation Mais, pour un enfant qui « n’est pas prêt à entrer à l’école », quelle angoisse ! Fallait-il insister pour l’école avec AVS ou l’orienter vers un hôpital du jour ? Faire de ce choix forcé un objet de désir n’est pas mince affaire. Ceci s’opère en se recentrant sur l’enfant, dans sa singularité, par-delà l’idéal de normalité, et en pariant sur la rencontre. Disons tout de même que, compte tenu du nombre d’interlocuteurs du parcours dorénavant obligé – CMP, centre de diagnostic, etc. –, ça n’est pas gagné !

Louis est ainsi entré à quatre ans à l’hôpital de Jour de la Fondation Vallée. Le premier jour, nous avons découvert les modalités d’accueil contraintes par une architecture vieillotte. Il y a une sorte de vestibule où je remets Louis à son éducatrice, qui le salue et le prend en charge. Dès le deuxième jour, Louis franchit le seuil avec enthousiasme et s’élance vers l’intérieur. Mais à mi-parcours, il se retourne et m’interroge du regard : Tu viens ?  Je lui réponds : Non, je ne rentre pas avec toi. Ici, c’est pour toi ; moi, je vais maintenant au travail. Alors, il a esquissé un petit signe de la main, un geste qui semblait bien me dire Au revoir. C’était la première fois ! Il a fallu qu’une place lui soit faite dans l’institution, et qu’elle soit reconnue et nommée pour que Louis prenne conscience de la coupure entre lui et moi. L’institution ouvrait un champ d’investissement. La route est longue, devant lui, mais un point est acquis : Louis est une personne distincte.

L’association La main à l’oreille, dont vous êtes présidente, a pour but de promouvoir l’invention du sujet. Comment se traduit concrètement le partenariat entre les parents et les institutions pour mettre cela en œuvre ?

Dans l’expérience que je viens de vous décrire, l’institution a su, je crois, inventer un accueil chaleureux qui permet au désir de circuler. C’est pourquoi je suis très attachée à ce moment du matin où je dépose Louis, qui est toujours l’occasion de quelques mots avec une personne de l’équipe. Il y a aussi le cahier de liaison rempli de détails concrets et d’anecdotes, et les réunions de bilan régulières, en présence de l’enfant.

Notre conception du partenariat n’est pas un contrat dans lequel les clauses de résultat seraient définies, par-dessus la tête de l’enfant, de prestataire à client, mais celui d’une fréquentation régulière, qui laisse une part d’indétermination ouverte pour l’enfant, qui ne méconnait pas l’engagement personnel de l’intervenant, son désir propre. Le destin de nos enfants n’est pas écrit ou enfermé dans un diagnostic. Nous attendons de l’institution qu’elle sache produire un espace où l’invention est possible, à l’intérieur d’un cadre sécurisant.

Selon vous, qu’est-ce qui fait obstacle à ce que le désir du sujet puisse s’exprimer au sein de l’institution ?

Lors de la Journée de l’Institut de l’Enfant, ce samedi, Mariana Alba de Luna nous a mis en garde : « Vouloir quelque chose pour le sujet cela peut mener au pire. » Entre l’injonction vorace et le « doux forçage », il y a bien une distinction essentielle. Les intervenants en institutions pourraient être transformés en exécutants de protocoles. Malmenés par les injonctions administratives, ils sont à la peine, déprimés. L’imprévu n’est plus occasion d’invention mais motif d’angoisse. Pourtant, nous savons que le programme, ça rate toujours, et c’est bien ce qui fait de nous des êtres vivants et désirants.

Nous avons eu l’occasion d’échanger au sein du CIEN, avec des professionnels qui venaient d’horizons très divers, et parfois d’institutions comportementalistes. Ils ont dévoilé ce qui a pu opérer pour eux, d’indescriptible, lors d’une rencontre inattendue, d’un « coup de foudre », qui remettait en cause leurs certitudes : une peur reconnue, le désir de ne plus dominer mais d’échanger, la confiance à faire à l’enfant, le respect de son espace personnel, enfin, la prise de conscience que « c’est à nous d’apprendre d’eux ». Aujourd’hui, des professionnels trouvent dans la rencontre avec des parents de LaMàO, un effet thérapeutique qui n’est pas la moindre surprise quant à l’invention !

Intervention de Mariana Alba de Luna à la 3e Journée de l’Institut de l’Enfant, Interpréter l’enfant, qui s’est tenue à Issy-les-Moulineaux ce 21 mars 2015

Travaux du CIEN rapportés par Laurence Vollin – « Passeurs à contretemps » – Blog de La main à l’oreille (https://lamainaloreille.wordpress.com) – octobre 2014

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