Architecte artiste contre architecte ingénieur








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Architecte artiste contre architecte ingénieur

Charles Garnier, le dernier sursaut du clacissisme


Charles Garnier (1825 – 1898) trouve difficilement sa place dans l’histoire de l’architecture moderne, en ce domaine il est inclassable. C’est que Garnier, précisément, n’est pas un « moderne ». Quelles ont les raisons qui le poussent à refuser de considérer le travail de l’ingénieur comme un art, à refuser que l’architecte doive cesser d’être un artiste pour ne plus être qu’un technicien. Garnier a la réputation d’être un architecte anachronique ; il est très classique dans son approche, plus classique même que ses contemporains. Une tradition issue de Vitruve s’achève avec Charles Garnier1.

Garnier s’élevait contre ce qui était moderne aux yeux de l’Académie, c’est à dir « l’architecture nationale gothique », et son inspirateur le plus connu, Eugène Viollet le Duc, mais il repoussait aussi les néo – grecs et tous les architectes qui se bornaient au pastiche de l’ancien. Charles Garnier estimait que la seule voie était celle d’un artiste qui tente de réaliser un chef d’œuvre. Alors que l’éclectisme était le signe même du pompiérisme, Charles Garnier en fit un style. Il voulait faire de l’historicisme (à l’exception du gothique, jugé trop barbare) une synthèse et une apothéose. En dessinant l’Opéra, il songe à Michel Ange et non à Haussmann. Le but de Charles Garnier, au contraire de bien des constructeurs qui revendiquaient l’efficacité et la fonctionnalité, était de plaire. L’architecture de Garnier était une architecture d’apparat avec une façade qui se voulait être un spectacle urbain permanent.

A un moment de l’histoire de l’urbanisme où les architectes modernes sont complexés par leur formation d’artistes et où l’ingénieur apparaît comme l’homme de l’avenir, Garnier n’hésite pas à se revendiquer en tant qu’artiste, et dans cette conception entièrement assumée, il est le dernier architecte à le faire savoir. Garnier ne repoussait pas l’emploi de matériaux nouveau tels que le métal, mais c’est à condition qu’il ne se voit pas – ce qui se passera à l’Opéra – ainsi que le firent Labrouste et Hitorff. Il collabora avec Eiffel à la coupole des bâtiments de l’observatoire de Nice.

Le personnage même de Garnier apparaît comme décalé par rapport à son temps. Il naquit à Paris, rue Mouffetard, d’un père forgeron et d’une mère raccommodeuse de dentelles, presque illettré à l’âge de 15 ans, Garnier obtint le Grand Prix de Rome à 23 ans. Il apparaît donc plus proche de Robert Owen que de Haussmann. En 1861, Napoléon III institua un concours pour le futur opéra de Paris. Le but de ce concours était surtout d’éliminer l’architecte Charles Rohaut de Fleury que ses fonctions d’architecte en chef de la salle Le Pelletier auraient dû conduire à réaliser ce monument. Or Rohaut de Fleury était un classique néo – grec. A titre de compensation, il lui fut confié l’architecture des façades de l’avenue de l’Opéra. Cependant, le bénéficiaire de l’éviction de Rohaut de Fleury ne devait pas être Garnier mais Viollet le Duc, l’incontestable favori de l’impératrice Eugénie. Un opéra gothique aurait constitué un triomphe des modernistes. Dès les premières éliminatoires, Napoléon III vit, à sa grande surprise, le favori de la cour écarté. Au second tour, Garnier obtint le premier prix. Invité aux Tuileries pour y présenter ses plans, il se fit vertement rabrouer par l’impératrice : « Qu’est – ce que c’est que ce style là ? Ce n’est pas un style, Ce n’est pas du grec, ni du Louis XV, ni du Louis XVI. ». Ce à quoi Garnier, quelque peu vexé, répondit avec brusquerie : « C’est le style Napoléon III, Madame, et vous ne le reconnaissez pas ». En effet, l’Opéra de Paris devint le prototype d’une architecture Second Empire. C’était un style bâtard, mais qui débordera tout de même sur la III eme République et influencera l’Exposition universelle de 1900. Le plébéien Garnier, en voulant se mesurer à Michel Ange, en arrivera finalement à créer le style d’une bourgeoisie fin de siècle. Commencée en 1861, la façade ne fut achevée qu’en 1867 et dégagée des palissades en 1869, l’Opéra ne fut inauguré qu’en 1875, sous la III eme République. L’Opéra absorba Garnier durant quatorze ans, il voulait y voir son grand œuvre et en faire une synthèse des arts. Il dessina tous les cartouches, les médaillons, les tentures, les bronzes d’éclairage, les pilastres et les frises. Il imposa un nombre considérable de peintres et de sculpteurs pour en exécuter les grandes compositions. Mis à part Carpeaux (qui scandalisa), tous ces artistes officiels manquaient de talent, certains étaient même d’une nullité confondante. Pour la grande décoration du plafond, Napoléon III ne choisit ni Courbet, ni Manet, qui s’en étonnera, mais Lenepveu qui était son peintre favori.2

Même si l’Opéra fit de Garnier le plus célèbre des architectes européens, on ne manqua pas de reprocher à son monument, à la fin du Second Empire, son luxe ostentatoire, et, pendant un temps, les travaux en furent suspendus au profit de ceux de l’Hôtel Dieu (1868 – 1878). Démagogique ment, Napoléon III disait vouloir achever « L’asile de Souffrance avant le temple du plaisir ». Mais si Garnier avait conçu cette riche polychromie de marbre, d’or et de cuivre, c’était aussi pour contrebalancer l’austère monotonie des ordonnances haussmanniennes, car le rêve de Garnier était celui d’une ville polychrome, ayant enfin renoncé aux grandes voies rectilignes au profit de la courbe élégante et de la sinuosité.

Si Garnier ne fut par un pionnier, il fut néanmoins un créateur, « car inventer n’est pas seulement changer le style de son temps, c’est aussi réaliser une œuvre originale dans ce style »

1 Michel Ragon, p.285

2 Plafond recouvert en 1964 par les peintures de Marc Chagall, imposé, lui aussi, par le ministre de la culture de cette époque : André Malraux.


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