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17/12/2015



to Auditeurs








Claude BLANCHEMAISON, dans le cadre du cycle de conférences 2015-2016 du Cercle de Géopolitique, est intervenu sur le thème « La Russie de Poutine est-elle expansionniste ? ». Cette intervention était articulée en deux parties consacrées au séquençage des 16 ans de « règne » de Valdimir Poutine et à la perception qu’ont les différentes Chancellerie de l’action extérieure de la Russie. Je vous retranscrit, non pas les minutes de cette conférence passionnante, mais l’essence de cette intervention que j’ai agrémenté des références que Claude Blanchemaison a évoqué pour bien illustrer ce compte-rendu.

 

Les années Poutine

 

Vladimir Poutine est devenu président de la Fédération de Russie, à la suite de la démission de Boris Eltsine, le 31 décembre 1999. Cette nomination est, en réalité, la victoire d’un clan sur un autre. La Famille, comme Claude Blanchemaison nomme le clan vainqueur,  a apporté le pouvoir à Poutine pour qu’il stabilise et remette en ordre la « Maison Russie » c’est-à-dire affirmer la prééminence du pouvoir exécutif et, en premier lieu, du président de la Fédération de Russie dans le jeu politique russe. Le premier décret qu'il a signé comme président par intérim portait sur l'immunité judiciaire de son prédécesseur et de ses proches. Le changement qu'incarne Vladimir Poutine, de par son âge, son parcours professionnel et son projet politique, ne l'a en conséquence pas conduit à rompre complètement avec l'entourage de Boris Eltsine. Ainsi, une personnalité aussi emblématique qu'Alexandre Volochine, chef de l'administration présidentielle de Boris Eltsine, est par exemple restée à son poste jusqu'à la fin de l'année 2003.

Depuis sa première élection, en 2000, Vladimir Poutine exploite cet avantage afin de monopoliser le pouvoir politique et de restaurer l'autorité de l'Etat.  De fait, il a hérité d'une architecture institutionnelle favorable à la réalisation de ses projets. Souvent qualifié de « super présidentiel », le nouveau régime politique russe consacre la domination du chef de l'Etat sur les autres institutions politiques fédérales. Ce déséquilibre institutionnel résulte du contexte « antiparlementaire » dans lequel fut adoptée la nouvelle Constitution russe en 1993, peu après l'assaut orchestré par Boris Eltsine contre la Maison-Blanche, siège du Parlement, enterrant ainsi tout espoir de démocratisation.

 

Le premier mandat (2000-2004) va se traduire par des actions sur trois axes : la Tchétchénie, les Oligarques, l’ouverture vers l’Ouest. En Tchétchénie, le président Poutine mène une opération habile, après le 11 septembre 2001, en assimilant les séparatistes tchétchènes aux terroristes d'Al Qaïda dans la droite ligne de la fameuse phrase qu’il avait prononcé en 1999, lors d’une conférence de presse à Astana à propos des Tchétchènes : «Nous poursuivrons les terroristes partout […]. Si on les prend dans les toilettes, eh bien, excusez-moi, on les butera dans les chiottes»

Depuis, même si la rébellion a été décapitée, avec la liquidation par les forces russes du président élu Aslan Maskhadov, puis du chef de guerre Chamil Bassaïev, la guerre n’a pas pris fin, bien qu’il s’agisse désormais plutôt 'd’escarmouches que de véritables combats. Le pouvoir russe a procédé à la "tchétchénisation" du conflit, en remettant le pouvoir aux mains du clan du président pro-russe assassiné Akhmad Kadyrov, incarné par son fils Ramzan Kadyrov désormais Premier ministre de la République tchétchène.

Poutine veut instaurer de nouvelles règles du jeu où le Kremlin contrôlerait toute la scène politique (les médias mais aussi les flux financiers et les secteurs clés de l'économie) et mettrait les oligarques sous sa coupe. Il appelle cela «la dictature de la loi»: dans le cadre d'un Etat fort, la justice, décrétée indépendante, ne devrait plus épargner quiconque, rompant avec le système de protégés en vigueur sous Eltsine : « Chacun doit être égal devant la loi, indépendamment des milliards de dollars qu'une personne peut avoir sur ses comptes bancaires personnels ou d'entreprise. Tous doivent être égaux devant les tribunaux, que ce soit le petit clerc discret, le fonctionnaire, même d'un rang élevé, que ce soit un ancien ministre du gouvernement fédéral ou un citoyen ordinaire, un entrepreneur moyen ou un membre du gros business ». Toutefois, Poutine a une conception sélective de cette « épuration ». Les «mauvais» oligarques ont eu le malheur de contester son autorité. Les grands patrons poursuivis sont ainsi tous signataires de la lettre de protestation envoyée à Poutine au lendemain de l'incarcération de Vladimir Goussinski, le patron du groupe de presse indépendant Media Most…

La Russie dispose d’importantes réserves de gaz naturel, elle est devenue le premier producteur de pétrole, et les pays environnants consomment de plus en plus de ces hydrocarbures. Tout naturellement, après la perte de prestige et de puissance vécue dans les années 90, Poutine va choisir d’utiliser cette ressource comme une arme pour revenir sur la scène internationale. Depuis de longues années, l’Union européenne a développé des partenariats avec la Russie. Celle-ci est pour l’Europe, il faut le rappeler, un partenaire de plus en plus difficile, et les relations deviennent de plus en plus compliquées dans tous les domaines. Dans les multiples négociations économiques, l’Union européenne ne parvient pas à élaborer une stratégie coordonnée : chaque gouvernement cherche à négocier directement ses échanges, en particulier énergétiques. Poutine s’en félicite, car il a toujours privilégié les rapports bilatéraux à la relation avec une grande institution multilatérale comme l’Union européenne, d’autant que celle-ci compte parmi ses membres les trois Républiques baltes (qui faisaient partie de l’Urss) et des États d’Europe centrale anciens membres du Pacte de Varsovie…

L’intégration des Pays Baltes a, par ailleurs, permis à Poutine de « faire ses armes » en traitant le problème de l’enclave de Kaliningrad qui s’est traduit par la signature d’un accord exemptant de droits de douane et de transit les marchandises traversant le territoire lituanien en 2004 suivi de différents accords techniques avec l’UE.  Cette politique de réaffirmation de la Russie caractérise le 2e mandat 2004-2008.

 

Au cours du 2e mandat, Poutine a renforcé les pouvoirs siloviki [fonctionnaires de l’armée, de la police et des services secrets] qui avaient été installés lors du premier mandat (il fallait mettre de l’ordre dans le pays en difficulté avec la guerre en Tchétchénie et une récession économique). Les siloviki ont dû s’occuper de domaines – politique, social, économique, culturel – qu’ils ne connaissaient absolument pas. Ils ont dû apprendre à gouverner sur le tas. Lors du 2e mandat les silovki étaient, donc, pleinement opérationnels ce qui a permis à Poutine de se consacrer pleinement à la restauration de la Russie vis-à-vis de l’étranger.

Lors de son fameux discours de 2007, à la Conférence sur la sécurité de Munich, Poutine a, d’abord, réaffirmé la prééminence de l’ONU : « Je suis certain que la Charte des Nations unies est l’unique mécanisme d’adoption de décisions sur l’emploi de la force en tant que dernier recours. Dans cet ordre d’idées, ou bien je n’ai pas compris ce qui vient d’être déclaré par notre collègue ministre italien de la Défense, ou bien il ne s’est pas exprimé clairement. En tout cas, j’ai entendu ce qui suit : l’usage de la force ne peut être légitime que si cette décision a été prise par l’OTAN, l’Union européenne ou l’ONU. S’il l’estime effectivement, alors nos points de vue sont différents. Ou bien j’ai mal entendu. L’usage de la force n’est légitime que sur la base d’un mandat des Nations unies. Il ne faut pas substituer l’OTAN et l’Union européenne à l’Organisation des Nations unies. Lorsque l’ONU réunira réellement les forces de la communauté internationale qui pourront réagir efficacement aux événements dans certains pays, lorsque nous nous débarrasserons du mépris du droit international, la situation pourra changer. Sinon, elle restera dans l’impasse et les lourdes erreurs se multiplieront. Il faut œuvrer pour que le droit international soit universel aussi bien dans sa compréhension que dans l’application de ses normes. »

Poutine ajoute que la Russie est légitime à assurer sa sécurité en maintenant certains type d’armement : « A cette occasion, je tiens à rappeler que dans les années 1980, l’URSS et les Etats-Unis ont signé un Traité sur l’élimination des missiles à moyenne et plus courte portée sans toutefois conférer de caractère universel à ce document. A l’heure actuelle, toute une série de pays possèdent des missiles de cette classe : la République populaire démocratique de Corée, la République de Corée, l’Inde, l’Iran, le Pakistan, l’Etat d’Israël. De nombreux autres pays sont en train de concevoir ces systèmes et envisagent d’en doter leurs forces armées. Or, seuls les Etats-Unis d’Amérique et la Russie restent fidèles à leur engagement de ne pas construire ces armes. Il est clair que dans ces conditions nous sommes obligés de veiller à assurer notre sécurité. » Ce qui, au-delà des missiles, vaut pour tout.

La conclusion du discours est claire : « La Russie a une histoire millénaire, et pratiquement elle a toujours eu le privilège de pratiquer une politique extérieure indépendante. » Elle illustre bien le 2e mandat de Poutine.

 

Entre 2008 et 2012, Vladimir Poutine est le premier ministre de Dimitri Medvedev.  Son action a été, alors, plus limitée sur le plan international ce qui ne l’a pas empêché de publier une tribune, dans le « Süddeutsche Zeitung » qui est un plaidoyer en faveur d’une «communauté économique harmonieuse de Lisbonne à Vladivostok» dans laquelle il rappelle que « la répartition de la prospérité est extrêmement inégale aussi bien entre les différents pays qu’entre les différentes couches de population, ce qui a ébranlé la stabilité de l’économie, provoqué des conflits locaux et paralysé l’aptitude au consensus de la communauté internationale dans le débat sur les problèmes urgents. » (« Darüber hinaus vollzog sich die Verteilung des geschaffenen Wohlstands äußerst ungleichmäßig, und zwar sowohl zwischen verschiedenen Ländern, als auch unter einzelnen Bevölkerungsschichten, was die Erosion der Beständigkeit der Weltwirtschaft bewirkte, das Aufflammen der lokalen Konflikte schürte und die Konsensfähigkeit der Weltgemeinschaft bei der Erörterung von akuten Problemen hemmte. »)

Il estime, donc, que face à « …une situation historique nouvelle, une chance s’offre à nous de développer une Europe unifiée et prospère. » (« Heute, unter neuen geschichtlichen Umständen, bietet sich uns die Chance, ein einheitliches und prosperierendes Europa aufzubauen. »)

Toute cette période sera l’occasion pour Poutine d’essayer de développer des relations économiques avec l’UE mais, également, de renforcer l’appareil d’état en faisant voter la loi sur le renforcement des pouvoirs du FSB.

 

Le mouvement de contestation de l’hiver 2011-2012 avait conduit à l’adoption de certaines mesures libérales : retour à l’élection des gouverneurs (de nouveau annulée en 2013), simplification de l’enregistrement des partis politiques. Depuis, les autorités russes ont mis en place de nouveaux instruments de contrôle de la société civile : loi obligeant les ONG recevant des financements étrangers et pratiquant une « activité politique » à se déclarer « agents de l’étranger », loi pénalisant la « promotion de l’homosexualité » auprès des mineurs, loi condamnant « les offenses au sentiment religieux », renforcement des aspects répressifs de la législation sur les manifestations publiques et loi sur la « trahison d’Etat » et l’espionnage. En mai 2015, une loi « sur les organisations indésirables » permet aux autorités russes de poursuivre les employés ou de bloquer des comptes d’organisations considérées comme telles, sur simple décision du Parquet.

L’instabilité au Nord Caucase perdure, malgré les tentatives de stabilisation de la République de Tchétchénie, notamment au moyen d’importants investissements économiques russes. Une attaque terroriste a eu lieu dans la nuit du 3 au 4 décembre 2014 au centre de Grozny, la capitale de la Tchétchénie, causant la mort de plus d’une dizaine de représentants des forces de l’ordre et de terroristes.

La période se traduit, également par l’Affaire ukrainienne, l’annexion de la Crimée, l’intervention en Syrie au cours de laquelle la Russie de Poutine démontre ses nouvelles capacités militaires dans la droite ligne de l’affirmation du « Concept de la politique extérieure de la Fédération de Russie » (Approuvé par le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine le 12 février 2013).  Poutine prend en compte des nombreux changements qui affectent le Monde dont le fait que « la concurrence globale prend une dimension civilisationnelle » tout en rappelant qu’en dehors de l’ONU il n’y point de salut : « Les tentatives de régler les crises en voie d'appliquant une pression unilatérale à l'aide des sanctions et d'autres actions musclées, y compris une agression armée, hors cadre du Conseil de sécurité de l'ONU représentent un danger pour la paix et la stabilité internationales.

Les 104 points du Concept russe méritent, à eux-seuls, une conférence…

 

Compte-tenu de la densité de cette première partie, Claude Blanchemaison n’a pas pu traiter la deuxième partie et répondre à la question de savoir si la Russie de Poutine est expansionniste… Une conférence qui nous a laissé sur notre faim mais qui a eu, au moins, le mérite de laisser les auditeurs chercher la réponse par eux-mêmes.. !

Pour ma part, je pense que la stratégie de Roll-Back qui visait à refouler le communisme et qui a évolué, dans les années 90, en une stratégie de refoulement de la Russie est la cause du sursaut russe. En 1997,  Zbigniew Brzezinski, dans son livre « Le Grand Echiquier »,  montre que, pour les Etats-Unis, la partie essentielle va se jouer en Eurasie et qu'il faut s'appuyer sur la Pologne et l'Ukraine pour éviter que la Russie ne redevienne une puissance mondiale susceptible de rivaliser avec l'Amérique.

Que constate-t-on ?  En quinze ans, tous les Etats d'Europe centrale et orientale qui étaient membres du pacte de Varsovie ont adhéré à l'Otan. Les trois Etats baltes ­ qui étaient des républiques soviétiques ­ sont devenus indépendants et ont rejoint l'Alliance atlantique. Même perte d'influence dans le Caucase et en Asie centrale. Ainsi, il y a aujourd'hui des troupes américaines en Géorgie, en Ouzbékistan et au Kirghizistan. Et les Américains veulent faire sortir le pétrole d'Azerbaïdjan grâce au nouveau pipeline qui va de Bakou à Ceyhan, en Turquie… Dans ce contexte, la Russie de Poutine a une certaine légitimité pour, non pas s’étendre, mais restaurer son glacis de protection et c’est ce que s’attache à costruire Poutine, l’idéologie en moins…

Poutine fait volontairement resurgir une atmosphère de Guerre froide en vantant les «valeurs conservatrices» de son pays, en tant que contrepoids idéologique d’un ordre mondial libéral conduit par l’Amérique pour autant la Russie n’est pas en capacité ­de proposer un système internatio­nal véritablement alternatif.  La vrai question, dès lors, est de savoir si la Russie de Poutine peut continuer à survivre sur un modèle qui, en fin de compte, est un modèle soviétique, qui a échoué autrefois et qui ne pourrait qu’échouer à nouveau…

 

Pascal TRAN-HUU


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