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Smart City, une enquête sur la ville intelligente, version collaborative oct. 2015 – Ne pas diffuser


Jean Daniélou & François Ménard
Smart City

Une enquête sur la ville intelligente

Préambule 3

Introduction (provisoire) 9

Première partie : la grammaire des futurs urbains 11

1.Le sens commun des discours de promotion et des discours critiques 11

1.1 Smart city : une somme de solutions pour résoudre les problèmes urbains 11

1.2 Un futur indésirable ? Fortune de la critique 17

2. Concrétiser et représenter la smart city 22

2.1 Les smart cities from scratch 23

2.2 Jouer la ville intelligente 30

3.Par quel endroit dois-je saisir ma ville intelligente ? 33

3.1Les faux-semblants de la totalisation 34

3.2Vers les fondements matériels de la ville intelligente 42

« Urbaniser les technologies » ? 44

Changer de focale 46

Deuxième partie : généalogie de la smart city 46

1. Qui a transporté l’intelligence en ville ? 46

1.1 L’entrée des multinationales de l’informatiquedans la fabrique urbaine 48

La crise du Large Technical System 52

1.2 Les programmes européens de recherche 59

2.Faire passer l’intelligence devant la ville 64

2.1 L’« ambient intelligence » 65

2.2L’informatique ubiquitaire 68

L’enjeu spatial 72

Troisième partie : logiques spatiales des techniques intelligentes  74

1.Le postulat dualiste du cyberespace 75

2.Du cyborg 80

2.1 L’intériorité du sujet et l’extériorité du monde 83

2.2 Le binarisme ontologico-spatial 86

2.3 L’espace réticulé du cyborg 90

Questions à la recherche 95

[Q1]Le savoir dans les sociétés informatisées :quels enjeux cognitifs et politiquesdes TIC ? 95








Préambule


D’où vient ce livre ? Quel est-il ? D’où parlons nous ? A défaut : que n’est-il pas  ou que voudrions-nous qu’il ne soit pas ?… Autant d’éléments à faire figurer dans un « Préambule » ou un « Avertissement » à l’adresse du lecteur, exercice convenu mais qui importe particulièrement ici pour nous.

Pourquoi ? Parce que notre statut d’auteurs, l’exercice auquel nous nous sommes livrés et les conditions dans lesquelles nous avons élaboré ce texte sont un peu particuliers, lui conférant une tonalité qui peut surprendre, dérouter ou agacer.

S’il est question d’enquête dans cet ouvrage, celui-ci, vous le verrez, n’est pas un livre de chercheurs : nul « terrain », entretiens d’experts ou d’usagers, nulle immersion dans un milieu d’où nous ressortirions riches d’une connaissance intime à exposer à un public étranger à la chose dont nous traitons. Des références bibliographiques, certes, mais qui ne prétendent pas à l’exhaustivité du travail de thèse. Pourtant, on y trouvera un effort si ce n’est de théorisation, du moins de conceptualisation et de formalisation des enjeux constitutifs de ce qu’on nomme aujourd’hui la « ville intelligente ».

Alors un simple essai ? Peut-être est-ce en effet la forme à laquelle ce travail se rapproche le plus mais à ceci près que ses conditions d’élaboration et l’intention que nous y plaçons se situent à la fois en-deçà et au-delà de l’essai.

« En-deçà », parce que beaucoup d’éléments de ce livre demeurent à l’état d’interrogations et non de thèses affirmées avec vigueur et ce non point par coquetterie ou fausse prudence mais par volonté de lui conserver le statut d’invitation à l’enquête et à la recherche (nous y reviendrons).

« Au-delà », pour ces mêmes raisons pourrions-nous dire, mais surtout parce que s’il ressort de la forme de l’essai, ses auteurs ne s’autorisent pas que d’eux-mêmes pour fonder leur propos. Si nous en revendiquons le contenu, nous sommes forcés de reconnaître que la place que nous occupions lors de son élaboration y imprime sa marque. Mieux : elle origine notre questionnement et, ce faisant, nous assigne un tâche que nous avons certes interprétée à notre manière mais que nous nous sommes efforcés d’assumer.

Ce travail est en effet issu d’une activité réalisée pour le compte de l’Etat et en son sein mais de façon relativement libre, c’est-à-dire sans feuille de route calée sur des résultats à atteindre définis a priori. Curieuse activité qui ne relève pas d’une commande telle celles qui peuvent être adressées aux grands corps d’inspection par un ministre ou dont peuvent s’autosaisir ces grands corps eux-mêmes de par la compétence qui leur est reconnue. Pas non plus de commande à des chercheurs d’université ou de grands établissements de recherche à travers une procédure d’appel à propositions de recherche. Faute de moyens suffisants alloués à la recherche incitative au sein des administrations centrales, indéniablement, mais aussi, parce que cette interrogation sur la ville intelligente était encore trop balbutiante pour justifier un instrument de recherche élaboré. La notion, incertaine quant à l’objet qu’elle désignait et insuffisante par elle-même à décrire des enjeux de politiques publiques, se prêtait mal au lancement d’un programme de recherche dédié, avec problématique, hypothèses et résultats attendus.

Malgré tout, son émergence et sa mise à l’agenda d’un certain nombre de politiques publiques (de grandes villes, la Commission européenne…) ne pouvait laisser indifférent. Et ce n’est pas un hasard si c’est au Puca (Plan urbanisme construction architecture), organe incitatif de recherche et d’expérimentation héritier d’une époque où les sciences sociales avaient été conviées à apporter leur concours à un Etat aménageur et centralisé cherchant à élucider l’écart grandissant entre le produit de son ingénierie et la société française, que cette réflexion s’est amorcée.

Le contexte n’est certes plus le même : il ne s’agit plus de revenir sur les choix d’une technocratie dont les réalisations fondées sur l’assurance d’apporter la meilleure réponse fonctionnelle auxbesoins du territoire se heurtaient aux aspirations de ses habitants et de ses collectivités organisées, augurant une transformation de ses modes de gouvernance. Il s’agit aujourd’hui, dans un changement assez radical des régimes de temporalité de la connaissance publique, d’examiner les implications premières et secondes de choix qui n’affectent qu’indirectement les organisations urbaines mais dont l’impact s’évalue à la mesure du risque qu’ils constituent pour la collectivité dans son ensemble, de leur coût relatif en regard de solutions alternatives et de leur inscription dans des scénarios de back casting à la cible desquels il doivent concourir. Autrement dit, il s’agirait désormais d’instrumenter et de documenter le futur dans un contexte d’incertitude et de crise de deniers publics et non plus d’analyser sur la base d’un matériau empirique constitué et donc de façon a priori rétrospective des logiques d’action qu’une évaluation ex post nourrie de ces analyse permettra de réorienter à frais constants. L’analyse est sommaire, nous en convenons, mais elle a avant tout pour objet de pointer la difficulté dans laquelle se trouvent les sciences sociales « historiques » face à ce nouveau régime de temporalité ex ante de la connaissance publique.

Pour autant, il serait faux de prétendre que c’est pour répondre à cette demande et pour s’affranchir de cette difficulté que nous avons opté pour l’approche retenue en définitive et que nous n’avons pas encore exposée.

Il y a eu dans notre cas comme dans bien d’autres une part d’opportunité et de contingence, on sait, au moins depuis Feyerabend1, que la recherche est faite (aussi) de cela. Cela nous demande de nous dévoiler davantage. Racontons : « Au commencement… » difficile de trouver un commencement ! Disons : une rencontre. D’un côté un stagiaire chargé de faire une cartographie des acteurs de la « smart city » pour la direction du développement durable du ministère de l’écologie dans le cadre d’un stage de fin de master à Sciences po2 et de l’autre un chargé de mission du Puca déjà cité, qui examine ce que l’émergence des smart grids ou « réseaux intelligents d’énergie » fait aux bâtiments et à la ville. Le stagiaire était un peu philosophe et le chargé de mission un peu sociologue. Le premier auditionne le second. Ils conviennent de poursuivre la discussion engagée dans ce cadre. Ce sera un second stage, au Puca cette fois-ci, d’où sortira un texte, fin 2013, en guise de rapport : « L’art d’augmenter les villes – (pour) une enquête sur la ville intelligente »3. Puis viendra, pour l’ensemble des raisons évoquées plus haut, l’idée d’un séminaire ouvert acteurs-chercheurs : cinq séances entre 2014 et 2015, aujourd’hui consultables sous forme de vidéos en ligne4.

Le présent ouvrage est le produit des réflexions, échanges, auditions, lectures et découvertes qui ont accompagné l’ensemble de ces séquences. Il doit beaucoup aux personnes rencontrées. Pour autant, ce n’est ni une synthèse de séminaires ni un état de l’art mais une tentative d’analyse, de premiers éléments d’enquête et une invitation à l’enquête tout à la fois. Avec l’idée que celle-ci, aussi incertaine qu’elle soit dans ses appuis, participe à un exercice démocratique pour lequel l’Etat est loin d’avoir le monopole mais dont on ne voit pas pour quelles raisons il en serait absent, exercice de documentation du débat public et de la constitution même d’un « problème » public au sens que lui donne John Dewey5.

On pourra s’étonner, à la lecture de l’ouvrage, de notre approche de la ville intelligente qui donne le sentiment « d’intellectualiser » ce débat, alors que, dans les circonstances dans lesquelles nous écrivons, l’enjeu pour l’Etat est de contribuer à la construction d’un appareil industriel compétitif qui témoigne de l’excellence française tout en répondant aux besoins des villes, et appareil dont la ville intelligente est à la fois l’emblème, l’objet et l’instrument. Ne devrions nous pas mettre toutes nos forces dans la réussite de ce projet et œuvrer à sa concrétisation plutôt que d’en interroger la matière ?

On répondra à cette interrogation de deux manières. La première, sans doute la moins forte, pourrait consister à dire qu’un Etat stratège doit avoir une main droite qui agit, et une autre, la main gauche donc, qui joue le rôle d’instance réflexive et critique, permettant de corriger ce que fait la main droite. Réponse faible car métaphorique d’une part, découplant l’action publique selon une césure discutable – l’action ne serait pas réflexive et la critique ne serait pas agissante – d’autre part, et enfin parce qu’il s’agit non pas tant de critiquer une politique de la ville intelligente qui se mettrait en place – quelle est-elle d’ailleurs ? – que de se donner les moyens de penser la ville intelligente comme objet possible de gouvernance. C’est là notre seconde manière de répondre. Si les villes et les métropoles soumises à des forces économiques qui les dépassent, à l’incertitude et à la complexité d’un monde intégré, mettent en question le principe de leur gouvernabilité, qu’en est-il de cette figure qu’est la ville intelligente ?

Nous avons employé le terme de gouvernance à dessein : il ne s’agit pas d’établir un dispositif de gouvernement des êtres et des choses qui les soumettraient à la volonté d’un Etat, fût-il démocratique, mais d’examiner les conditions par lesquelles la ville intelligente peut être gouvernée dans un contexte ou l’Etat n’a pas de prérogative sur les villes, mais aussi dans un contexte ou la société civile est reconnue comme légitime pour produire des formes d’organisation et de souveraineté favorables à un exercice démocratique et partagé du pouvoir.

Or pour cela, il faut se déprendre des postures spéculatives ou normatives qui chercheraient à définir ce qu’est une ville intelligente ou sur ce qu’est l’intelligence urbaine pour saisir, pragmatiquement, ce dont la ville intelligente est le nom, ce qu’elle désigne, et ce qu’elle cache, en quelque sorte, afin de voir ce sur quoi il est possible et nécessaire d’agir tout en garantissant aux générations futures la possibilité d’agir de même.

En ce sens, s’il est question d’une politique de la ville intelligente dans ce livre, l’intelligence en question n’y est pas considéréecomme un attribut politique des villes. De même, si nous évoquons les générations futures, ce n’est pas tant parce que la « ville intelligente » désignerait une ville encore entièrement à venir ou une utopie lointaine mais au contraire parce que sa mise en œuvre ici et maintenant peut constituer de nouveaux chemins de dépendance avec lesquels ces générations futures devront compter.

A l’opposé d’une discussion sur l’intelligence supposée ou escomptée des organisations urbaine, nous plaidons pour une approche matérielle de la ville intelligente.

Car, d’une certaine manière, la ville intelligente existe déjà. Il s'agit de la généralisation d'une logique qui affecte dès à présent les « objets connectés » et les réseaux, les uns et les autres produisant des quantités gigantesques de données dont il faut réguler l'usage.

L’information, sous la forme du signal ou de la donnée (les datas, le big data…), devient une nouvelle ressource urbaine dont il faut organiser les conditions d'exploitation. L'organisation de la répartition des rôles entre les différents acteurs de la production et de l’exploitation de ces données devient un enjeu aussi important que le service délivré, lequel dépend.

On doit toutefois noter une spécificité primordiale dans l'émergence de la smart city. Il s'agit d'une offre - industrielle autant que technologique - dont la promotion est faite par de nouveaux entrants sur le marché de la ville (entreprises venues de l’informatiques et de TIC, dotcoms…) lesquels obligent les opérateurs historiques à créer à leur tour une offre nouvelle issue de leur métier propre. Le jeu réglé entre les acteurs de la fabrique urbaine est recomposé, et la question à venir pour les pouvoirs publics locaux est de déterminer leur stratégie d'exploitation de cette nouvelle ressource qui a) nécessite une maîtrise technique élevée b) représente un coût conséquent c) est une source d'informations redéterminant les pratiques de gouvernance.

Mais tout en plaidant pour cette approche matérielle, nous ne pouvons éviter de la saisir également par le ou les discours qui la nomment. La ville intelligente fait en effet l’objet d’une production discursive qui semble intrinsèquement liée à sa production matérielle. Pour le dire autrement, il n’est pas de ville intelligente sans scénarisation de ce qu’elle est ou de ce qu’elle annonce ou de ce qu’elle promet. Or, cette scénarisation construit autant qu’elle brouille l’objet auquel elle s’attache.

Présence, promesse ou projet, les discours de la ville intelligente s’arriment à une « grammaire des futurs urbains » qui en travaille le sens et dont il faut se déprendre, en particulier lorsqu’il prend la forme d’un déterminisme technique sous les espèces privilégiées du techno-utopisme ou, à l’opposé du techno-dystopisme. Ces deux modalités de la compréhension des techniques reposent sur un discours faisant de l'innovation technique ou bien la nouvelle panacée permettant à la ville de devenir ce qu'on veut qu'elle soit, à savoir un lieu plus démocratique, plus égalitaire, moins violent etc., ou bien le cheval de Troie d'un chaos électronique (à moins que ce ne soit celui d’un ordre plus redoutable encore). Ces deux formes, sous couvert d'incompatibilité, rassemblent les deux faces d'un techno-imaginaire qui, d'une technique, postule la résolution de questions généralistes (La ville peut-elle être plus démocratique ? Peut-elle être plus durable?).

On pourra nous objecter que cette présence/ce présent de la ville intelligente est factuellement encore peut répandu, ne concerne que quelques aspects de son organisation ; et que la ville intelligente ne peut se concevoir que si c’est bien la ville dans son ensemble qui se trouve régie par ce nouveau régime technico-communicationnel. La ville intelligente serait sous ce jour encore à advenir.

Mais, et c’est notre réponse à cette objection, 1) cette ville qui vient n’est pas entièrement contenue dans les fictions qu’elle mobilise (ou plutôt que ses promoteurs ou se contempteurs mobilisent), 2) cette fiction n’est pas auto-réalisatrice au sens strict6 dans la mesure où on ne sait pas si elle modifie les comportements de telle sorte qu'ils font advenir ce que la fiction annonce ou si elle est mobilisée de façon instrumentale et stratégique comme horizon d’attente pour entraîner l’adhésion du plus grand nombre. C’est pourquoi on peut se demander si, plutôt que de parler de fiction auto-réalisatrice, on ne pourrait pas considérer que la smart city est encore dans son âge diégétique : l'écart entre ce qu'elle désigne et ce qu'elle raconte serait indiscernable. Cela a pour conséquence de troubler le discours critique: s'agit-il de l’interroger pour/dans ce qu'elle produit ou pour/dans ce qu'elle promet ?
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