Chapitre 5 – Les grands courants de l’analyse économique depuis le 16e siècle








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III. La contestation du libéralisme : la pensée de Marx



A. Une rapide biographie et le contexte historique de Marx


Karl Marx naît à Trèves en 1818 dans une famille bourgeoise, marquée par le libéralisme des idées une indifférence vis-à-vis de la religion. Entre 1836 et 1845, il poursuit sa formation intellectuelle en soutenant une thèse de philosophie en 1841. Il rencontre Engels en 1844 à Paris avec lequel il s’engage dans la voie révolutionnaire. Entre 1845 et 1848, il est exilé à Bruxelles et publie, entre autres, « l’idéologie allemande » en 1846 où est exposé le principe du matérialisme historique et « Le manifeste du parti communiste » en 1848. A cette époque, Marx milite au sein de la Ligue Communiste. Entre 1849 et 1870, Marx s’installe en Grande-Bretagne où il publie en 1867 « Le capital », puis en 1885 et 1894, les tomes 2 et 3 seront publiés après sa mort par Engels.

Marx est contemporain de la seconde révolution industrielle. Il constate alors le développement d’un prolétariat misérable dans les grandes métropoles industrielles anglaises dont la précarité des conditions de vie a été décrite par son ami Engels dans « la situation des classes laborieuses en Angleterre » (1845). Face à un contexte marqué par de nombreuses crises industrielles (1847_1850, 1857-1860, 1866, 1873) et la multiplication des chômeurs, Marx se demande si l’origine de la pauvreté est consubstantielle au système capitaliste comme Malthus, mais avec une réponse différente.

D’un point de vue philosophique, Marx est marquée par :

  • La pensée dialectique de Hegel lorsque Marx fait l’hypothèse qu’après avoir connu le communisme primitif (thèse), l’humanité a été soumise à la propriété privée (antithèse) et l’avenir consacrera le communisme (synthèse) qui apparaît comme l’étape ultime en termes de mode d’organisation pour la société.

  • La pensée de Feuerbach et la notion d’aliénation : dans « L’essence du christianisme », Feuerbach montre que l’homme est soumis à une aliénation religieuse, Dieu n’étant qu’une création de l’homme. Cette automystification conduit alors les hommes à se prosterner devant ce qui n’est que le produit de leur invention. En transférant leurs attributs à une divinité qu’ils inventent, les hommes deviennent étrangers à eux-mêmes. On retrouve le concept d’aliénation chez Marx dans « Les manuscrits de 1844 » : dans la société capitaliste, le travail est aliéné car le producteur est rendu étranger au produit de son travail qui appartient à son employeur, à l’activité de production (qu’il ne peut organiser comme il l’entend) et à son être générique car il ne voit plus que son existence à travail qu’il fourni.






B. Marx, parfois qualifié de « dernier des classiques » s’inscrit dans à la fois dans la continuité et en rupture avec les économistes classiques


On a pu qualifier Marx de « classique » car il adhère comme Smith et Ricardo à la théorie de la valeur-travail (ainsi qu’aux distinctions usuelles entre valeur d’échange/valeur d’usage ou biens reproductibles et non reproductibles) à la différence des néo-classiques (que nous verrons après) pour qui la valeur d’échange d’un bien repose sur son utilité. Marx se démarque toutefois de ces économistes classiques car sa théorie de la valeur-travail est pensée à travers le concept d’ « exploitation ».

Marx partage d’autres points communs avec les classiques :

  • Il veut proposer une analyse scientifique de la société visant à faire apparaître ses lois de fonctionnement. Marx rompt ici avec les socialistes qu’il considère comme « vulgaires » (Proudhon, Fourier)

  • Marx place au cœur de sa pensée la question de la répartition du revenu comme Smith et surtout Ricardo, même si le triptyque ricardien (le capitaliste, le salarié et le propriétaire foncier) devient diptyque avec le capitaliste face au travailleur (Bourgeoisie face au prolétariat).

Néanmoins, la pensée marxienne constitue en premier lieu une critique radicale de l’économie classique :

  • Il n’y a pas de lois naturelles  en économie : les économistes classiques veulent faire apparaître les lois naturelles de l’économie alors que pour Marx elles s’inscrivent dans un cadre historique précis. Le capitalisme est ainsi un « mode de production » qui succède au mode de production antique (fondé sur l’esclavage) et le mode de production médiéval (fondé sur le servage) et auquel succèdera le communisme, étape ultime de l’histoire ;

  • La nature du capitalisme est plutôt antagoniste et conflictuelle : Marx reproche aux classiques leur conception harmonieuse du capitalisme où « la main invisible » du marché ferait en sorte que la somme des intérêts privés mène à l’intérêt général. Marx se propose au contraire de mettre en évidence les rapports conflictuels entre les capitalistes et la classe ouvrière.

  • Les crises économiques sont possibles : Marx remet en cause un postulat de l’économie classique selon lequel il n’y aurait pas de crise économique possible en cas de libre concurrence. C’est surtout la loi de Say qui est visée ici. Or, Marx montre que des crises de surproduction sont possibles.

C. Marx introduit au cœur de la théorie de la valeur-travail la notion d’ « exploitation » 


Marx reprend aux classiques la théorie de la valeur-travail, mais en l’intégrant à une perspective plus large, celle de l’exploitation de la « force de travail » des travailleurs par les capitalistes.

Pour Marx, les travailleurs produisent une force de travail qui correspond à la fois à une valeur d’usage et une valeur d’échange :

  • La valeur d’usage de la force de travail correspond à la richesse créée par le travailleur ;

  • La valeur d’échange de la force de travail est égale à la quantité de travail socialement nécessaire pour produire cette force de travail, c’est-à-dire pour produire les biens et services dont le travailleur a besoin pour vivre et faire vivre sa famille.

Marx applique ici la théorie de la valeur-travail, qui concerne les marchandises chez les classiques, à la force de travail des ouvriers. Cette force de travail possède une valeur d’échange et une valeur d’usage comme n’importe quelle autre marchandise. C’est pour cela que sa valeur d’échange repose donc sur la quantité de travail socialement nécessaire pour produire les biens et services dont a besoin le travailleur pour produire cette force de travail. La force de travail est donc une marchandise particulière que peut acheter le capitaliste comme n’importe quelle autre marchandise.

Cette théorie de la valeur-travail permet à Marx de mettre en évidence la logique d’exploitation entre le capitaliste et le travailleur à travers la notion de « plus-value » :

  • Le capitaliste extorque une « plus-value » au travailleur qui est la différence entre la valeur de la richesse créée par ce même travailleur (valeur d’usage) et celle de sa force de travail, c’est-à-dire le salaire de subsistance (valeur d’échange). Ce faisant, le propriétaire des moyens de production exploite celui qui ne possède que sa force de travail ;

  • Le « taux de plus-value », ou « taux d’exploitation », est alors le rapport de la plus-value aux salaires versés, noté pl/v avec pl la plus-value et v le capital variable (le travail). Le capitaliste a tout intérêt à accroître ce taux. Il maintient les salaires au plus bas et essaye d’augmenter la plus-value en allongeant la journée de travail (plus-value absolue), ce qui s’avère limité, ou la productivité du travail (plus-value relative).

  • Le « taux de profit » (π) lui est égal au rapport entre la plus-value (pl) et le capital total, soit le capital variable (v) et le capital constant, noté c (machines et matières premières), π = pl/c+v

D. Les crises de surproduction dans le capitalisme et la crise du capitalisme apparaissent inéluctables


Pour Marx, le taux de profit a tendance à décroître au cours du temps. Cette baisse tendancielle du taux de profit s’explique par le processus de « capitalisation de la plus-value » : le capitaliste, qui a extirpé la plus-value indûment au facteur travail, la réinvestit dans l’achat d’un capital constant, c. La « composition organique du capital », noté c/v, a alors tendance à croître car le capitaliste investit en capital constant au détriment du capital variable.

Cette hausse de la « composition organique du capital » entraine une baisse du taux de profit car seul le capital variable est susceptible de créer de la valeur. On peut le démontrer en reprenant la formule du taux de profit de Marx : π = pl/c+v a diminue si le dénominateur, c+v, augmente.

Cette baisse tendancielle du taux de profit est à l’origine pour Marx de crises cycliques dans le système capitaliste. En effet, la baisse tendancielle du taux de profit entraine le développement du chômage. Il s’en suit une crise de surproduction sur le marché des biens de consommation : un mouvement de baisse des prix s’amorce, qui provoque à son tour une baisse du taux de profit. On assiste alors à une faillite des entreprises et l’amorce d’un processus de concentration. Pour limiter la crise des débouchés, l’Etat, instrument de la classe bourgeoise, relance les dépenses publiques.

Mais la répétition de ces crises dans le capitalisme génère une crise du capitalisme comme mode de production. Le communisme remplace alors le capitalisme comme mode de production, caractérisé par l’appropriation collective des moyens de production, la disparition de l’Etat (après une phase de dictature du prolétariat) et de la monnaie.

Cette crise du capitalisme n’est pas si automatique. C’est une logique à long terme qui peut être contrariée pour Marx par plusieurs facteurs : (i) une baisse de la valeur unitaire des machines, résultant de gains de productivité dans les branches qui produisent ces machines ; (ii) une hausse du taux de plus-value provenant de l’allongement du temps de travail (plus-value absolue) ou d’une baisse de la valeur de la force de travail provoquée par la baisse de valeur des marchandises entrant dans le panier de conso des salariés (plus-value relative).

Un autre élément est susceptible de ralentir cette baisse tendancielle du taux profit : « l’armée de réserve industrielle » : pour Marx, l’augmentation du nombre de chômeurs permet aux employeurs de faire pression à la baisse sur les salaires. Le capital variable, v, coûte donc moins cher aux capitaliste et, ce faisant, le taux de profit diminue moins vite.

Ainsi, pour Marx, le capitalisme est voué à disparaître à terme comme mode de production en raison de ses contradictions internes : la volonté des capitalistes d’augmenter leur taux de profit les conduit inéluctablement à la faillite et à la fin du mode de production capitaliste.

L’idée d’une baisse tendancielle du taux de profit se trouve déjà chez les classiques. Ricardo rattache cette baisse aux rendements décroissants de l’agriculture. Toutefois, pour Marx, la question agricole n’est pas centrale puisqu’il s’intéresse à la production industrielle. De plus, pour Marx, cette baisse du taux de profit ne doit pas conduire à un état stationnaire, mais au contraire, à de fortes crises cycliques de surproduction qui mettent un terme au capitalisme comme mode de production.
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