La question est peut-être plus de l’incompatibilité du capitalisme (ou de «l’esprit du capitalisme») avec certaines doctrines religieuses que l’économie








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Religion et économie
Introduction
La question est peut-être plus de l’incompatibilité du capitalisme (ou de « l’esprit du capitalisme ») avec certaines doctrines religieuses que l’économie proprement dite qui est comme l’échange accepté de manière naturelle depuis l’Antiquité.
Trois temps forts ou trajectoires pour aborder cette question fort complexe.

1) La perception du prêt à intérêt par les pères de l’Eglise
« Jusqu'à la fin du Moyen Âge, en Europe, l'Église catholique romaine interdit la pratique de l'usure à ses fidèles, sur la foi des versets bibliques qui dénoncent le prêt intérêt, mais aussi en prenant appui sur la critique aristotélicienne de la chrématistique. La doctrine de l'usure, objet de nombreux et subtils débats entre les Scolastiques (dont Thomas d'Aquin), évolue cependant tout au long de l'époque médiévale. A la fin du Moyen Âge, une distinction apparaît entre l'intérêt - pratique acceptable sous certaines conditions - et l'usure, qui va désigner la pratique du prêt à intérêt à un taux abusif, motivée par le seul profit » (Lapidus, 1987 et 1991...). 
a) les versets bibliques et le récit exemplaire aux innombrables variantes
« le pauvre dépourvu de tout pouvoir de négociation, se soumet, afin de subvenir à ses besoins les plus fondamentaux, aux exigences du riche qui, en fixant les conditions du prêt qu’il accorde, ne connaît d’autres considérations que la solvabilité anticipée de son partenaire... On évoquera ainsi celui qui a contaminé la terre par les usures et les intérêts, amassant là où il n’avait pas semé et moissonnant là où il n’avait pas répandu de semence, tirant son aisance non pas de la culture de la terre, mais du dénuement et de la disette des pauvres... Cette images traverse tout la Moyen Age. Elle justifie l’opinion ... selon laquelle « l’emprunteur qui paie un intérêt n’est pas absolument libre, il le donne contraint et forcé, puisque, d’une part, il a besoin d’emprunter de l’argent, et que, d’autre part, le prêteur qui dispose de cette somme ne veut pas l’engager sans percevoir un intérêt... elle justifie encore la mansuétude à l’égard de l’emprunteur démuni, qui se trouve ainsi exclu du péché. » (Nouvelle Histoire de la Pensée Economique, Lapidus, p. 44).
b) la critique aristotélicienne de la chrématistique
Prenons quelques passages d’Aristote

« On peut se demander si l'art d'acquérir la richesse [khrêmatistikê] est identique à l'art économique [oikonomikê], ou s'il en est une partie ou l'auxiliaire. […] On voit clairement que l'économique n'est pas identique à la chrématistique. Il revient à ce dernier de procurer [porisasthai], à l'autre d'utiliser [khrêsasthai]. Quel autre art que l'économie s'occupera de l'utilisation des biens dans la maison ? » (Aristote, La Politique, I, 8-9, 1256a 3-5).

« Il y a une forme d'acquisition [eidos ktêtikês, sc. La guerre et la chasse] qui par nature [kata phusin] appartient à l'économie : ou bien les ressources existent ou bien l'économie doit les faire exister. Il s'agit de la constitution des réserves de biens nécessaires à la vie et utiles à la communauté d'une cité ou d'une famille […] Ainsi il existe un art naturel d'acquérir pour les administrateurs de famille [oikonomois] et les administrateurs de cité [politikois] » (1256b 27-38).

« L'art d'acquérir [khrêmatistikê] est-il ou non affaire du chef de famille et de l'homme en charge de la cité [politikou] ? Encore faut-il que ces biens existent. De même que la politique ne fait pas les hommes mais s'en sert après les avoir reçus de la nature, de même la nature doit fournir la terre, la mer et le reste dont l'administrateur familial [oikonomos] doit disposer au mieux » (1257b 19-25).
Commentaire :

« Aristote distingue dans ce passage deux régimes de l' économie, l'un, qui reste solidaire de la nature et qui se charge de stocker, gérer et rentabiliser les produits nécessaires à la vie ( économie), l'autre, illimité, qui ne vise que l'enrichissement ( chrématistique) et nécessite une vigilance éthique du fait de la substitution de l'argent aux biens eux-mêmes ( commerce). Ces deux régimes concernent aussi bien l'économie domestique que l'économie politique. L'Économique, traité aristotélicien, reprend cette distinction, mais choisit d'accorder sa place proprement politique à l'acquisition et à l'accroissement du pouvoir par l'appropriation et l'accroissement des biens. La chrématistique dans l'Économique n'est plus qu'un ensemble de techniques et de stratégies de financement.

Il faut noter que dans La Politique (1258b), sur le versant chrématistique de l'économie, la rentabilité des placements produit un intérêt appelé tokos qui donne à Aristote l'occasion de condamner l'usure comme une activité contre nature (para phusin). »
« Aristote montre avec Les économiques et l'Éthique à Nicomaque la différence fondamentale entre l'économique et la chrématistique. La chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) est l'art de s'enrichir, d’acquérir des richesses.

On y retrouve deux formes de cette notion:

- La "chrématistique naturelle" ou "nécessaire"

- La "chrématistique" proprement dite ou "commerciale"

La première s'associe à la nécessité de l'approvisionnement de la famille. On ne peut pas la dénigrer, car elle est nécessaire à la survie. On distingue dans cette chrématistique naturelle l'art naturel au sens propre, celui relié à la prise de possession directe ou à l'utilisation du travail des esclaves pour s'autosuffire, de l'art naturel par l'échange nécessaire. Ce dernier est indispensable puisque l'autosuffisance reste difficile à maintenir. Aristote admet le troc et l'échange pratiqué par la monnaie important, mais insiste sur le fait que cette dernière ne doit pas être accumulée, qu'elle ne doit être utilisée que pour réaliser l'échange.

Selon Aristote, l'accumulation de la monnaie pour la monnaie (la "chrématistique" dite "commerciale") est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent : suivant l’exemple de Platon, il condamne ainsi le goût du profit et l'accumulation de richesses. Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : tous sont condamnables d'un point de vue philosophique.

Bien qu'Aristote traite la chrématistique comme un ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses pour permettre un accroissement du pouvoir politique, il la condamnera toujours en tant que telle et donnera une place beaucoup plus importante à l’économie.

Au contraire, l’agriculture et le « métier » permettent de fonder une économie naturelle où les échanges et la monnaie servent uniquement à satisfaire les besoins de chacun, ce qu’il valorise. Aristote garde toujours le souci d’agir conformément à la nature. Celle-ci fournit « la terre, la mer et le reste » : l’économique est ainsi l’art d’administrer, d’utiliser les ressources naturelles, totalement à l’opposé de l’art d’acquérir et de posséder. Y est incluse l’idée d’un rapport de réciprocité : Aristote ne sépare pas l’économique du social, établissant l’échange comme un « retour sur équivalence » ; on comprend donc qu’il condamne la chrématistique, qui substitue l’objet à la relation sociale puis l’argent à l’objet.

De fait, l'échange, basé sur la monnaie, est toujours envisagé chez Aristote comme permettant de renforcer le lien social : il établit son inexistence dans la tribu (où seul le troc existe) et son apparition avec la cité, c'est-à-dire la société.

« Car s'il n'y avait pas d'échanges, il ne saurait y avoir de vie sociale ;

il n'y aurait pas davantage d'échange sans égalité,

ni d'égalité sans commune mesure. »

Ainsi, l’apport d’Aristote est tout d’abord une distinction fondamentale qu’il établit entre économie naturelle (économique) et économie d’argent (chrématistique) ; de là une réflexion fine sur le rôle de l'échange dans le lien social. » (Lapidus)
c) les débats scolastiques
« A partir du XIe siècle, on constate en Europe un phénomène de croissance économique qui atteindra son apogée au milieu du XIIIe siècle. Grâce aux défrichements et à l'assolement triennal, les rendements agricoles augmentent. La production artisanale (textile, par exemple) augmente. Cet essor va de pair avec une croissance démographique (de 1000 à 1300, la population européenne serait passée approximativement de 40 à 70 millions. Certaines régions (Flandres, Italie du Nord…) se développent et ont des effets d'entraînement sur la campagne. Des villes telles que Gênes, Venise, Florence, Gand ou Bruges deviennent prospères. En outre, entre les villages et les villes se multiplient les bourgs, sièges de l'administration, de la justice et du commerce (artisanat, marchés hebdomadaires, foires durant quelques semaines). Le commerce de gros à longue distance se développe non seulement grâce aux ports, mais aussi aux foires (Champagne). Peu à peu la société se monétarise et le crédit se développe à partir du XIIIe siècle : on prête aux paysans, aux ouvriers et aux artisans. Cette croissance extensive atteindra ses limites au XIVe siècle et l'Europe va connaître les famines, les guerres, et aussi la Peste noire qui décimera entre 30 et 40 % de la population (1348-1349).

Entre le XIe et le XIIIe siècle, les débats sur les questions économiques sont animés par trois catégories d'intellectuels :

- les juristes de droit romain, qui vont, par exemple, assez vite reconnaître le caractère licite du prêt à intérêt ;

- les scolastiques "canonistes", ou juristes de droit canon, qui construisent une législation à partir des décisions des conciles et des lettres pontificales, et en même temps rédigent des commentaires sur cette législation. Par exemple, le Decretum (Décret) du moine Gratien, publié à Bologne en 1140 et la Summa decretalium (écrite entre 1250 et 1261) d'Henri de Suse, connu sous le nom du cardinal Hostiensis [d'Ostie] (vers 1200-1271).

- les scolastiques "théologiens". Au XIIIe siècle, apparaissent des théologiens importants, commentateurs de la pensée aristotélicienne, les dominicains Albert le Grand (1193-1280) et son élève Thomas d'Aquin (1225-1274). » (Lapidus)
- Les scolastiques « canoniques »

« Les décisions des papes et des conciles sur la question de l’usure furent introduites dans le Corpus Juris Canonici ... vers l’année 1140 ... puis par les papes Grégoire IX ... et Clément V... Ce fut d’ailleurs avec ce dernier que la prohibition de l’usure atteignit son apogée, puisque Clément V promulgua au concile de Vienne, en 1311, une décrétale d’après laquelle devaient être châtiés comme hérétiques ceux qui prétendaient que l’usure n’était pas un péché. » (Nouvelle Histoire de la Pensée Economique, Lapidus, p. 43).
- les scolastiques « théologiens »

« A l'encontre de la tradition augustinienne, fondée exclusivement sur la foi, va s'engager une entreprise de construction d'un savoir unifié qui concilie la foi et la raison et dont les fondements sont empruntés en grande partie à la pensée d'Aristote. Si durant la seconde moitié du XIIe siècle, les idées d'Aristote commencent à être diffusées auprès des intellectuels occidentaux par l'intermédiaire de commentateurs arabes tels qu'Averroès (1126-1198), la grande vague de diffusion de sa pensée apparaît au XIIIe siècle.

Entre le XIIe et le XIIIe siècle, la pensée des théologiens connaît un essor important en Occident, à partir de foyers tels que Paris et Bologne. Toutefois, l'Eglise catholique était au départ très réticente à la diffusion de la philosophie grecque dans les universités qui se trouvaient sous son contrôle. Ces interdictions seront progressivement levées durant la première moitié du XIIIe siècle. Thomas d'Aquin va s'efforcer de concilier le dogme catholique avec la philosophie d'Aristote. » (Lapidus)
« Thomas d'Aquin (1225-1274) :

Considéré comme le "Prince de la scolastique", Thomas d'Aquin va enseigner en Italie et en France. Il est l'auteur de plusieurs livres rédigés en latin dont : Commentaire sur l'Ethique à Nicomaque d'Aristote (1271) et la Somme théologique (1266-73). Canonisé en 1323, il sera proclamé docteur de l'Eglise catholique en 1567. » (Lapidus)
Economique et Chrématistique dans la pensée scolastique

http://ses.ens-lsh.fr/potier/index.php?arc=ht1a
Dans la pensée scolastique médiévale, le travail est une activité honorable, qui se trouve réhabilitée. Sous l'inspiration d'Aristote, les auteurs distinguent cependant deux catégories de travaux :

  • les "artes possessivae", qui fournissent les richesses naturelles, applicables aux besoins de la vie humaine, provenant de l'agriculture, de l'industrie et de l'administration ;

  • les "artes pecuniativae", qui fournissent des richesses artificielles, dans lesquelles on trouve le commerce, les changes, et l'activité la plus condamnable, l'usure.

Dans la Somme théologique, de Thomas d'Aquin, l'Economique (Oeconomia) désigne l'"administration domestique", l'art d'acquérir les biens nécessaires à la vie de la famille chrétienne. Le but est de "vivre bien" et de contribuer au "bien commun", à la félicité publique. L'acquisition de richesses ne peut être une fin en soi. Thomas d'Aquin indique que cet art sert au chef de famille, mais aussi au chef de la Cité ; il a donc vu les nuances apportées par Aristote (Somme théologique, Question 77, "De la fraude"). L'Economique ne constitue pas une discipline autonome. Elle appartient au champ de l'Ethique et de la Justice.

En se référant à Aristote (Politique), Thomas d'Aquin distingue "deux sortes d'échange" :

  • l'échange "naturel et nécessaire", soit par le troc, soit par l'échange monétaire, destiné à se procurer "les denrées nécessaires à la vie". Thomas d'Aquin souligne le rôle du chef de famille (ou du chef de la Cité) pour ces approvisionnements indispensables ;

  • l'échange consistant "à échanger argent contre argent, ou des denrées quelconques contre de l'argent", non plus pour satisfaire les besoins, mais "pour le gain". Les marchands entrent ici en scène. Ce second type d'échange est condamnable, car il alimente la "cupidité" sans bornes.

On retrouve donc bien le découpage aristotélicien entre la bonne et la mauvaise chrématistique. Cependant, Thomas d'Aquin ne suit pas Aristote dans sa condamnation du commerce proprement dit. Il admet que le profit modéré n'est pas nécessairement contraire à la vertu, si l'intention du commerçant est moralement bonne : pour subvenir à sa famille, pour secourir les indigents, pour l'"utilité sociale", afin que son pays ne manque pas du nécessaire. Dans la Scolastique, le profit peut être assimilé à une sorte de salaire qui récompense la peine, l'effort fourni.

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