1ère partie : réflexions sur l’oeuvre








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SEPTIMUS ANNUS

MMVII/ MMVIII


PENSUM EUROPAEUM :
SATIRICON

PETRONIUS
Aux origines du roman.

SCHOLA EUROPAEA BRUXELLENSIS II

Marie-Andrée GUILLEMIN

1ère partie : réflexions sur l’oeuvre
En guise de préliminaire :

« Assem para et accipe auream fabulam », proposition faite par le circulator à Rome.

« Miramur nos et pariter credimus » Satiricon, 64.
I Définition

    1. Utiliser le terme de « roman » pour qualifier une œuvre de l’Antiquité est un anachronisme manifeste. Le genre romanesque n’a jamais été ni codifié ni reconnu dans la littérature latine ou grecque. De ce fait, l’appellation « roman » appliquée au Satiricon est rétrospective et ne peut se justifier qu’en considérant la place que ce genre occupe désormais dans la littérature générale.

    2. Au XIIe s, le terme « roman » désigne « un texte en langue vulgaire (lingua romana) qui résulte de la traduction ou du remaniement d’un texte latin (lingua latina) ».

    3. Puis au début du XIV e siècle, il signifie « récit » en Français. Il se caractérise par une forme nouvelle, une nouvelle matière (aventure et amour).dans cette  narratio fabulosa, il faut « mentir avec vraisemblance » (mentiri debemus probabiliter , J. de Garlande).  « Aut famam sequere aut convenienciam finge ».Cette « conjointure » impose équilibre de l’imagination et de la réalité, de l’art et de l’absence d’art. Un paradoxe que Diderot résume en affirmant que le romancier doit être à la fois « véridique et menteur », le « mentir vrai » d’Aragon.

    4. A cet égard, le Satiricon opère un renversement analogue : c’est la première fois que le véhicule de la prose est utilisé pour décrire les émois amoureux, jusqu’alors réservés à la poésie. Le Satiricon remet en cause le découpage des sujets selon le thème et le mode d’expression.

    5. Mais il est clair que les procédés du roman entrent conflit avec ceux de l’épopée, le genre noble. Lukacs voit, dans le roman, une « épopée dégradée ». Cette analyse semble d’autant plus pertinente pour le Satiricon que les références explicites à l’épopée sont nombreuses.

    6. Adoptons, comme outil de travail, la définition de R. Martin et J.Gaillard, les genres littéraires à Rome: le roman est défini «comme une œuvre d’imagination, constituée par un récit, correspondant à une lecture d’assez longue durée » et écrite principalement en prose.

    7. Grâce au Satiricon, la question que nous pouvons nous poser est la suivante : pourquoi le roman est-il apparu dans l’Antiquité? Quelles conditions ont favorisé son éclosion ? La matière romanesque, certes, existait dans les genres codifés mais jamais pour elle-même.


NB note de M.A. Guillemin: le développement sur le mot « roman » utilisé pour le genre romanesque en FR et en De est à adapter pour « novel » en EN.
II l’influence du Satiricon lors de la formation du genre :

  1. S’il existe bien une « matière antique »   à côté d’un fonds celtique et gréco- oriental, il est clair que le Satiricon n’a pu exercer une quelconque influence sur les œuvres romanesques écrites du XII jusqu’à la Renaissance puisqu’il sombre dans l’oubli au Ve s. et n’a été redécouvert qu’au XVIe s. La première publication du Satiricon a été faite en Français par Regnault Chaudière en 1520.

  2. Daniel-Henri Pageaux, dans Naissances du roman, Klincksieck, Etudes, 1995, montre que le Satiricon n’a pas exercé, sur le roman, une influence comparable à celle de l’œuvre d’Apulée.


III Est-ce une œuvre fondatrice ?

    1. Si l’on s’en tient à la date de composition généralement admise du Satiricon, il est impossible d’établir une influence du roman grec sur le Satiricon puisque ceux-ci ont été écrits plus tard.

    2. Il est indéniable que le Satiricon contient en germe tous les développements du roman moderne : il inaugure un genre protéiforme .Mais il est difficile d’évaluer son influence directe, d’autant plus que celle-ci a été souvent volontairement occultée ou se retrouve dans des œuvres diverses.

Cf J.K. Huysmans, A rebours, cht III.

Voir la thèse de A. Scobie, Aspects of the Ancient Roman and its Heritage, 1969.

    1. De ce fait, le Satiricon apparaît comme une œuvre archétypale qui explora des possibilités narratives insoupçonnées et que certains romanciers, soit par intuition soit par imprégnation, ont redécouverte sous leur plume. Il y a plutôt un rapport de l’ordre de l’intertextualité, qui ne passe pas nécessairement par une  filiation reconnue.


IV Les traductions :

  1. Les traductions sont nombreuses, ne pas oublier de comparer autant que cela est possible, les traductions données dans chaque langue. Cela a d’autant plus d’intérêt que chaque traducteur a des solutions originales pour rendre compte d’une langue truculente, qui propose de nombreux jeux de mots.

  2. Pour la section FR, quelques traductions qui font date :

  • L. Tailhade en 1902, Livre de Poche.

  • A. Ernout en 1932, Belles Lettres, Budé (collection bilingue).

  • P. Grimal en 1958, la Pléiade.

  • G. Puccini en 1995, Arléa.

  • O. Sers en 2006, Les Belles Lettres, classiques en Poche (collection bilingue, accessible aux élèves)



V Une œuvre énigmatique au sens problématique:

un brouillage de pistes permanent.


  1. La date de composition?

    • plutôt 2e moitié du 1er siècle/ les temps néroniens ?

    • les années 60, plus précisément ?

    • l’époque flavienne ?




  1. Le titre ?-i- ou - y -?

  • génitif grec –ôn ou adjectif neutre –on?

  • une satire, comme le pense Michael Coffrey dans Roman Satire, London, 1976 ?

  • une satura ?un pot pourri ?

  • un livre de Satyres ? une référence à la vie sexuelle des personnages fort libre et mouvementée ?au dieu Priape ?

  • au « satyrion », potion aphrodisiaque ?




  1. L’auteur? Petronius certes,…

mais il en existe près de 90 dans l’histoire romaine et 11 ont été écrivains !


  • Caius Petronius que Tacite qualifie d’ « arbiter », courtisan de Néron livre XVI, cht 12/18 et que H. Sienkiewicz dans Quo vadis ? 1895 ?

  • Titus Petronius Niger, sénateur, consul, gouverneur de Bithynie ?


  1. Le contenu ? une œuvre ouverte, une lecture plurielle.




  • œuvre lacunaire : seulement 200 pages soit 1/8 de l’œuvre selon les estimations de P. Grimal.

  • roman à thèse ? mais les personnages sont-ils des « graves auctores » ?

  • œuvre de pur divertissement ou contenu subversif ?

  • lectorat : happy few ? lector doctus et eruditus? ou élargissement du lectorat comme on le constate dans l’Ane d’or ?

  • d’obédience épicurienne ou hostile à l’épicurisme? ou « nihiliste » ?

  • adopter la définition de Lukacs : « le roman se présente comme une structure dialectique caractérisée par le fait que rien n’y est univoque ».



2e partie : Comment classer le Satiricon ? 

« Au confluent de tous les genres » (P. Grimal)
 :

  1. Classé, dans l’Antiquité, dans le genre de la satire Ménippée, créée par Ménippos de Gadara, philosophe cynique, (300 av JC), reprise par Varron.

Caractéristiques de la satire Ménippée :

    • Mélange de prose et de poésie (prosimétrie).

    • Mélange de registres : tragique, comique.

    • Réflexion sur la folie des hommes (héritière de la diatribe cynique).

    • Comparaison entre les temps anciens et nouveaux, d’où il résulte qu’il y a une régression (décadence dans tous les domaines et de morale).

    • Place importante faite aux débats politiques et littéraires.

    • Le problème des cultes étrangers.

    • Peinture faussement réaliste d’un univers recomposé et défiguré pour devenir un carnaval chargé d’hyperboles.Immenses Saturnales dont il est question à de nombreuses reprises dans le livre.




  1. Le mime.

Caractéristiques du mime :

    • Procédés théâtraux.

    • Mais c’est le mime d’une vie : « mimos esti mimesis biou » et non une gestuelle comme dans le sens actuel, le mime veut effacer la distance entre la scène et la salle. Les acteurs ne portent ni socci, ni cothurnes.

    • le sujet est volontiers satirique et obscène. Tout est tourné en dérision et le mime n’implique pas le faire semblant : voyeurisme, « reality show ». Dans l’Histoire Auguste, à l’époque d’Elagabal, on lit : « In mimicis adulteris, eaque solent simulat fieri, effici ad verum jussit. ».A mettre en relation avec l’interpellation des Catones au cht CXXXII, 15.

    • Souci du réalisme. Les rôles féminins sont tenus par des actrices dont nous parlent les plus grands auteurs et qui défrayent la chronique mondaine. Cf Ovide, Martial.

    • Genre humilis où l’on aborde les sujets du quotidien.

    • Mimicum risum : gros rire à opposer au sourire grec, galênê.




  1. Les fables milésiennes fondées par Aristide de Milet, dans les années 100 av JC.

Caractéristiques de la fable milésienne :

  • Mésaventures de petites gens, de gens ordinaires

  • Ton léger, licencieux

  • Récit court

  • Chute ingénieuse ou drôle.




  1. Le récit de voyages :

Voir la thèse de Erwin Rohde, historien allemand.



  1. Le registre et le mélange des tons :

    • spoudogeloïon : démystifier la réalité vécue

    • parodique,

    • épique,

    • fantastique,

    • lyrique,

    • comique

    • érotique,

    • burlesque/ héroïco-comique….




  1. Reconnu comme une fiction dès la plus haute Antiquité. Macrobe dans son Commentaire au Songe de Scipion ,1, 2, 8, définit ainsi le Satiricon  : « argumenta fictis casibus amatorum referta. ».Les aspects satiriques sont intégrés dans un « épos » : récit suivi d’aventures.


Conclusion :

  • Reprises burlesques de nombreuses références épiques coulées « dans le moule de la satura et intégrant des éléments empruntés à la fois aux récits de voyage et aux mimes romains » selon R. Martin et J. Gaillard.

  • ou un genre volontairement « marginal », une volonté délibérée de se situer en dehors des genres traditionnels, un « anti-genre » en somme, comme incline à le croire G. Puccini dans un article des cahiers de narratologie ?La volonté de sortir de tous les cadres esthétiques.


3e partie : Realia : Une valeur documentaire ? Réalisme ?
Confronté à la réalité historique, le roman est « semé de chausse-trappes ».

Quel que soit le degré de représentation de la réalité dans l’œuvre, il faut considérer avec Lukacs que la naissance de Satiricon est étroitement dépendante des circonstances historiques.

Nous adopterons la thèse de Auerbach, Mimesis, cht 2 : « une peinture précise, nullement schématique, du milieu, sans aucune stylisation littéraire…en laissant voir son assise sociale et en faisant parler son jargon propre à chacun des individus qui en relève. Il s’est avancé de la sorte à l’extrême limite du réalisme antique.» Il termine ne parlant de son naturalisme, le comparant à E. Zola.



  1. Néron :

  • le « monstrum » préféré des cinéastes et des romanciers. Support romanesque par excellence !

  • Néron : l’histoire d’un règne controversé : voir Suétone et Tacite. Faire la part des faits et de l’amplification.




  1. La société néronienne :

  • et en particulier, l’importance croissante des affranchis déjà avec Claude, influence contre laquelle s’inscrit le discours d’investiture de Néron, préparé par Sénèque : séparer sa Maison et l’Etat.

  • Afflux des richesses venues d’Orient.

  • Les bas-fonds.

  • Crise des valeurs du mos majorum/avènement d’une société où l’individualisme triomphe.

  • Importation de cultes orientaux. Crise de la religion traditionnelle (déjà visible au 1er s av JC).




  1. Le renouveau néronien en littérature et en art  (qualis artifex pereo)

  • Le triomphe de l’esthétisme et de l’exubérance.

  • Amoralisme affiché (contre Auguste et Tibère).

  • Le triomphe de l’agôn et du luxus contre la gravitas et la pietas.

  • L’architecture: folie des grandeurs / « trompe l’œil » ;  domus aurea  et fresques pompéiennes.




  1. La vie quotidienne 




  1. Banquet, cuisine (le cru et le cuit : à rapporter dans une perspective plus globale du  cultus), commissatio.




  1. La vie érotique :

  • la prostitution (utiliser les graffitis de Pompéi)

  • les relations homosexuelles

  • culte de Priape et pratiques magiques ou sorcellerie

  • la nature brûlante du baiser : cf F. Dupont, l’invention de la littérature



  1. Les écoles philosophiques à Rome : épicurisme, stoicisme, platonisme, cynisme.



  1. La condition sociale de l’écrivain




  1. La culture des lettrés, bipolaire gréco-latine :

    • Les images du labyrinthe

    • Les Enfers

    • Les références littéraires

    • Une formation littéraire sophistiquée et scholastique, coupée de la vie

    • La libertas se reconnaît à son éducation libérale et notamment à la pratique de la citation grecque.



  1. L’existence d’une véritable culture populaire :

  • La culture des affranchis :

- le sermo cotidianus, la conversation (lire les propos de table des affranchis chez Trimalchion cht 42 à 45.

- cht 48 : la 3e bibliothèque de Trimalchion (mentionnée mais non reprise) est-elle sémitique ?

-la référence à la Sibylle de Cumes, instrument de propagande juive.

- cht 68,5 : un esclave récite Virgile en mélangeant longues et brèves

  • le  circulator (lire cht 68), un bonimenteur, bateleur, héritier des aèdes, qui proposait de raconter des histoires à couper le souffle pour une somme modique :

« Assem para et accipe auream fabulam » (étude menée par Catherine Salles).

Il recousait ensemble des passages d’épopées célèbres et des contes populaires ou des aventures rocambolesques.

Cf Apulée, l’âne d’or : “at ego tibi sermone isto Milesio varias fabulas conseram”;
4e partie: Ficta
Discours purement fantasmatique, onirique ?

Un manifeste littéraire et esthétique ?

Thèse de Fellini et F. Dupont


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