Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle








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C) La troisième «révolution industrielle»10 est elle la fille du tertiaire ?



Peut on déjà esquisser une synthèse des mutations du tertiaire depuis le dernier quart du XXème siècle, dans le cadre de la troisième «révolution industrielle» ? En fait, doit on penser que le type américain de civilisation (avec plus de flux de transports automobiles et de services aux particuliers) et d'organisation productive (avec plus de prestations aux entreprises) est destiné à l'emporter ? En 1973, en effet, le tertiaire capte 62,6 % de la population active aux États Unis, mais seulement 49,3 % au Japon, 48,9 % en France, 45 % en RFA, 42,3 % en Italie   54,5 % au Royaume Uni à cause du poids historique des activités financières et commerciales.
1) Le tertiaire à la base de la troisième révolution technique (fin XX ème)
Le remodelage des structures de la grande entreprise, au nom de la lutte contre la «corpocratie», l'alourdissement des frais de fonctionnement, de la recherche d'un mode de production léger («lean production» disent les Anglo Saxons) et la reconquête de taux de productivité et de rentabilité brisés par les récessions et la restructuration de l'économie débouchent sur un raz de marée d'externalisations. Les firmes s'allègent de toutes les tâches qui ne constituent pas leur coeur d'activité: comptabilité, maintenance des installations industrielles, nettoyage, restauration des salariés, gestion des entités informatiques (prises en charge en «infogérance» par les sociétés de services en informatique), outils de communication interne Journaux d'entreprise) ou multiple (sites intemet, etc.). Elles s'appuient de plus en plus sur des pôles de compétences externes: les activités de conseil fleurissent (ressources humaines, design, informatique, stratégie, management, etc.), notam­ment celles en communication globale (marketing opéra­tionnel, relations publiques, publicité) avec six grands groupes mondialisés (dont les anglo saxons WPP et Inter­public ou les deux français Publicis et Havas Adverstising). La loi impose une certification des comptes (par les socié­tés d'audit comptable) et une formalisation fiscale qui exi­gent le recours à des prestataires. Le monde des services aux entreprises connaît un boum spectaculaire. Des groupes en deviennent spécialistes, comme le français Sodexho Alliance ou l'anglais Compass (les leaders de la restauration collective en entreprise), les spécialistes de l'intérim (Vedior Bis, Manpower, Adecco), du nettoyage industriel (l'américain Johnson Wax, le français Penauille, le danois ISS), etc. (…)

Par ailleurs, la transnationalisation des firmes génère des flux énormes. La transmission des données (financières, comptables, commerciales, etc.) débouche aussi sur le boum du tertiaire de communication, avec des circuits électroniques puissants. L' économie des messageries explose : les intégrateurs transportent des lettres et paquets d' une entreprise à une autre à travers le monde, d'où des norias d'avions (puis de camions) à partir de plates formes aéronautiques globalisées animées par Fedex, UPS, etc … Les Postes nationales et étatisées (US Postal avec 800 000 salariés en 2000) doivent s'adapter à cette concur­rence, se doter elles aussi de filiales de messageries natio­nales puis continentales (cf La Poste Geopost ou Deutsche Post pour l'Europe), voire mondiales (comme la hollan­daise et l'allemande qui ont repris chacune un intégrateur, la première TNT, la deuxième DHL). Le fret aérien perce en parallèle car des mini-conteneurs transportent les marchandises légères (fleurs, habillement, pièces électroni­ques) élaborées outre mer, d'où des plates formes conti­nentales qui constituent des points d'éclatement essentiels (Roissy, Francfort, Cologne, etc.). Le transport aérien des hommes d'affaires s'affirme déterminant lui aussi.11
2) Le tertiaire, locomotive de la «révolution industrielle» de la fin du XX ème

Si la «deuxième révolution industrielle» cantonnait le ter­tiaire dans un champ réduit, on peut considérer que la troisième dépend fortement du tertiaire. L'immatériel est devenu aussi important que le matériel dans l'entraîne­ment de la croissance12.

Nombre d'innovations ne concernent que des données numériques : leur production et leur transfert justifient la production des ordinateurs et des équipements de trans­mission soit pour les entreprises et les institutions, soit pour les particuliers. Parallèlement aux industriels de l'électronique (composants, ordinateurs, terminaux, ser­veurs) et de la transmission (satellites, noeuds de télécom­munication) s'affirment les gestionnaires des télécommu­nications, stimulés par la percée du téléphone mobile, des flux de données numérisées pour institutions et par la concurrence provoquée par la libéralisation du marché: éclatement d'ATT en 1984 et percée des Baby Bells comme SBC, Verizon, Bellsouth; affirmation de géants internationalisés: France Télécom, Deutsche Telecom, l'espagnol Telefonica, le japonais NTT Domoco, etc.). Les producteurs de progiciels sont devenus les acteurs clés de l'expansion : qu'on songe à Microsoft (créée en 1975, un temps la première capitalisation boursière du monde au tournant du XXIe siècle), à Compuserve (créée en 1979 et premier fournisseur de services en ligne), aux firmes spécialisées dans l'édition de progiciels intégrés et adaptés à l'ingénierie des structures internes des clients, pour la gestion de la chaîne logistique ou de la relation client, ainsi qu'aux sociétés de services et de conseils informatiques, fournissant de l'infogérance et une assistance technique mais de plus en plus concevant l'ensemble de l'architecture informatique du client, comme l'américaine EDS, leader mondial, ou la française Cap Gemini Ernst Young (créée en 1967). Que serait l'industrie des contenants sans la matière grise des développeurs de contenus ? Or ceux ci sont rattachés au tertiaire, clé de voûte du destin de l'industrie.

 Le système de l'organisation du mode de vie autour de la société de consommation éclate à la fin du XXe siècle car il se diversifie autour de deux pôles qui cristallisent de multiples prestations de services et qui contribuent à entraîner la croissance industrielle.

Un système clé s'érige autour des loisirs et du divertissement car l'offre industrielle et tertiaire crée des occasions «révolutionnaires » et le temps libre devient la richesse essentielle des pays développés. Une bonne part de la production électronique est consacrée au divertissement : musique, télévision, jeux sur consoles ou ordinateurs, interne Des firmes productrices parviennent à fournir aussi des services en complément (Sony avec ses jeux, son cinéma, sa musique). Mais surtout émergent des géants de la communication par concentration et innovation, en mêlant production massive et diversifiée de contenus (musique, journaux, films, émissions télévisées, sites internet, etc.) et gestion de flux (produisant des revenus sous forme de péages ou de publicités) : AOL Time Wamer, Worldcom, Fox News Corporation (Murdoch), Bertelsmann, Vivendi Universal (avec VU Publishing dans l'édition, mais aussi VU Entertainment : télévision, cinéma, jeux) en sont les symboles. Le groupe Lagardère (Hachette) cède ainsi ses imprimeries de presse en 2001 pour se consacrer aux seuls contenus. L'économie du cinéma a dépassé en emplois l'industrie de la défense en Californie dans les années quatre vingt dix. Les éditeurs de jeux vidéo percent : derrière les deux industriels Sony et Nintendo, l'américain Electronic Arts, le français Infograrnes est le leader européen devant Vivendi Universal et Ubisoft et l'anglais Eidos (Lara Croft).

L'économie des loisirs est un moteur puissant de la croissance. L'hôtellerie de loisirs, le tourisme, le transport aérien de touristes, le jeu, le sexe en sont les secteurs clés. De grands groupes hôteliers se sont créés par rachat et déclinaison de gammes diversifiées (les anglo saxons Best Western, Six Continents, Starwood, etc. ; le français Accor, avec toute une gamme d'hôtels et de résidences de loisirs ; le spécialiste européen des résidences de vacances, Pierre & Vacances, par exemple). Des groupes de tourisme ont animé un mouvement de concentration pour devenir mondialisés ; comme les habitants des pays de l'Europe du Nord vont massivement en vacances dans le Sud, des firmes robustes s'y sont constituées ; la société métallurgique Preussag a cédé ses usines pour se reconvertir dans le tourisme en achetant l'anglaise Thomson Travel, la française Nouvelles Frontières et l'allemande TUI, tandis que sa rivale C&N achète Thomas Cook et prend son nom. Des entreprises ont lancé les croisières de masse pour touristes fortunés (P&O, Carnival, Royal Carribean). Les parcs d'attraction créent des milliers d'emplois connexes et structurent un aménagement spatial : Disneyland Paris à Marne la Vallée, après ceux du Japon, de Californie et de Floride ; les sept parcs Disney et les deux parcs Universal à Orlando en Floride génèrent 102 000 chambres d'hôtel et 38 millions de visiteurs. À l'échelle du monde, le tourisme représente 11 % du PNB et plus de 200 millions d'emplois.
 La révolution de l'aéronautique qui a pris corps dans la seconde moitié des années soixante (production en grande série d'avions à réaction à forte contenance) n'a pris toute sa dimension qu'avec le boum du tourisme de masse, à l'échelle d'un pays (Etats Unis surtout) et surtout des continents et du monde. L'économie du transport aérien a explosé et a connu une restructuration profonde : concurrence (d'où souvent abaissement des prix) avec la percée des vols charters, des compagnies à bas prix, de firmes plus efficaces ; gestion rationalisée de l'occupation des places (avec variation de l'offre de prix en fonction du taux d'occupation) ; surtout, définition de plates formes d'échange qui sont autant de pôles relais, de nœuds(hubs) où se concentrent des lignes moyen courrier pour nourrir les lignes long courrier au nom des économies d'échelle (Air France sur Roissy, KLM sur Amsterdam, Lufthansa sur Francfort, etc.). Chaque emploi dans l'aviation génère six emplois dans les prestations de services : gestion des aéroports, sécurité, maintenance des avions, restauration à bord, etc. ; les deux tiers des 63 000 salariés de Penauille Polyservices se consacrent aux services aéroportuaires en 2002 ; le groupe Swissair ne comptait que 11 300 salariés dans le transport lui même en 2001, avant sa chute, mais 51200 dans les prestations connexes.
 Au risque de choquer, on se doit de souligner que l'économie du jeu de hasard n'est plus cantonnée dans un sous monde interlope et mafieux car elle est un levier de la croissance de la troisième «révolution industrielle» : le secteur des casinos, des paris, des loteries procure plus d'emplois aux États Unis que le secteur de l'automobile depuis les années quatre vingt dix. On est loin des Incorruptibles et Las Vegas est l'un des symboles de cette nouvelle économie. Par ailleurs, la satisfaction des besoins en sexe s'érige en une économie véritable car massive : sans même parler de l'odieux «tourisme sexuel», la prostitution est l'un des principaux créateurs d'emplois : la chute du mur de Berlin a été suivie par le transfert de plus de 300 000 jeunes femmes de l'Europe centrale et orientale vers l'Europe occidentale... La e economy dépend elle aussi du sexe puisque la consultation des sites pornographiques constitue le premier flux sur internet (d'où d’amples revenus en commissions de péage).

En contrepoint, l'économie de la culture devient un élément structurant de la croissance. Le tourisme de masse suppose d'être satisfait en offre culturelle, d'où les investissements énormes dans les musées dans chaque grande capitale (Londres, Paris, depuis Beaubourg en 1977, etc.), la multiplication des musées dans les régions en autant de pôles d'attraction et d'animation (le musée Guggenheim à Bilbao : on passe de la laine et de l'acier à l'immatériel). Le tourisme vert prospère car l'agriculture est complétée par les gites ruraux, les chambres et tables d'hôte, etc. (...)

Le vieillissement des baby boomers (bientôt des papy boomers)13, l'élévation du niveau de vie, la constitution des bourgeoisies dotées d'un pouvoir d'achat désormais large dans de nombreux pays émergents, l'internationalisation de certains goûts et modes débouchent sur un besoin de santé du corps et de bien être général. Tandis que l'industrie y trouve d'amples débouchés (cosmétiques, pharmacie, etc.) et contribue de plus en plus à cette économie du bien être par ses innovations (génome humain, génétique, soins de la peau, etc.), le tertiaire consacré au bien être devient une énorme force créatrice d'emplois.
L'économie hospitalière prospère dans les pays riches et perce dans les autres ; les seules professions de la santé rassemblent 1432 000 emplois en France en 200014 (dont 194 000 médecins, 383 000 infirmières, 377 000 aides soignantes, 247 000 agents hospitaliers); l'économie des soins du corps (clubs de gymnastique, vacances de santé, etc.) a été l'une des plus fortes sources de nouveaux emplois aux États Unis pendant les années quatre vingt-dix et se répand dans tous les pays aisés. L'économie du sport participe de cet ensemble, avec tout un pan autonome vis à vis de la communication et contributeur en lui même à l'emploi et au PIB. ( ... )
 Le système économique structuré autour de l'économie de la ville poursuit son expansion. D'une part, il faut accentuer la rationalisation de la gestion de l'espace urbain (transports dans les agglomérations, modernisation des réseaux d'eau, de la gestion des déchets) dans les pays développés. D'autre part, l'aspiration de nombreux pays émergents à un niveau de vie équivalent à celui des pays riches explique d'énormes investissements dans un système de gestion de la ville : eau, déchets, transports urbains, là encore. Cela favorise la mondialisation des groupes de services publics, notamment les français Vivendi Environnement (issu de l'ex Compagnie générale des eaux) et Suez (issu de l'ex Lyonnaise des eaux)   et l'établissement de services publics dans les ex pays de l’Est, en Chine ou en Amérique latine y constitue une révolution   au nom notamment de règles de gestion de l'environnement. Mais ces deux groupes multiservices sont rejoints par des concurrents, allemands notamment (RWE), surtout parce que les firmes énergéticiennes s'orientent vers la fourniture de services aux particuliers ou aux collectivités locales au delà du compteur (comme pour les entreprises).

L'économie des services collectifs renforce donc sa capacité d'entraînement de la croissance, et elle s'accompagne parfois d'une progression sensible de la privatisation de sa gestion (par le biais des concessions). ( ... )
3) Vers une société «post-industrielle» ?
Au tournant du XXIème siècle, on peut penser que l'économie tertiaire est dominante. ( ) Pourtant, les «capitaines d'industrie» insistent sur le fait que, sans l'industrie, une bonne part du secteur tertiaire perdrait des débouchés énormes, puisque les services aux entreprises sont nombreux et parce que, in fine, la production de biens matériels et leur acquisition restent les clés de la croissance. Sur les 500 premières entreprises françaises en 2001, 228 seulement appartiennent au tertiaire : 56 dans la distribution, 54 dans les services aux entreprises et collectivités, 37 dans les télécommunications et le tertiaire lié aux technologies nouvelles, 35 dans la communication, 20 dans les services informatiques, 14 dans la banque et finance, 12 dans les transports. L'industrie reste un fort levier de la croissance.
 Cependant, cette troisième «révolution industrielle» intrigue car la frontière entre industrie et tertiaire devient confuse: beaucoup de groupes industriels multiplient leurs activités de services. General Electric proclame son désir de devenir une société de services, ajoutant une ample part de prestations (maintenance, gestion, «vente de solu­tions» complètes par la conception de l'architecture d'un système de production ou de transport) à ses livraisons de matériels (réacteurs, équipements électriques). Les indus­triels, du coup, conçoivent de plus en plus leur relation avec leur client dans le cadre d'une prestation globale, par le biais de l'intégration de la fourniture d'un équipement et de services de conseil, d'ingénierie, en amont, puis de gestion en aval. Les firmes énergéticiennes interviennent désormais au delà du compteur, en prenant en charge la gestion des installations de l'entreprise (génie thermique, pôle énergétique, etc.), tout comme les sociétés postales (gestion des flux de courrier). Les producteurs de moyens de transport ferroviaire et de centrales thermiques en deviennent souvent aussi les gestionnaires (dans le cadre de contrats à long terme) ; les fournisseurs d'équipements informatiques se veulent dorénavant des firmes de services où la part du conseil et de l'ingénierie devient prépondérante, par le biais de solutions globales destinées a pro­mouvoir la réorganisation du mode de fonctionnement de la firme générée par l'introduction de nouveaux matériels informatiques ; c'est le cas ainsi d'IBM (qui a acheté la firme de progiciels Lotus) où les prestations de services assurent plus d'un tiers du chiffre d'affaires en 2001. D'ail­leurs, les firmes d'ingénierie technique (la française Tech­nip, l'américaine Bechtel, etc.) sont à la fois des industriels concevant des ensembles et systèmes productifs et des pépinières de matière grise, tout comme les firmes de pros­pection pétrolière mêlent technicité industrielle et ingénie­rie (Schlumberger, etc.). On ne sait plus ce qu'est un industriel ! Tertiaire et industrie s'entremêlent. La part des prestations de ser­vices dans le chiffre d'affaires des firmes industrielles devient substantielle, soit par croissance interne, organi­que, soit par croissance externe. Des filiales de services acquièrent même une telle importance au sein de certains groupes industriels qu'elles s'érigent en véritables grandes entreprises en soi : le groupe de travaux publics Vinci dispose ainsi de Vinci Park, qui gère des dizaines de milliers de places de parcs automobiles, tandis que plusieurs filiales gèrent des équipements collectifs que la firme a construit et gère ensuite en concession (autoroutes, ponts, etc.). Le groupe d'électrotechnique General Elec­tric est devenu un géant tertiaire en laissant ses filiales financières se déployer mondialement (crédit bail pour avions ; General Electric Capital Services, lancée pour aider les acheteurs de matériels à les financer, et désor­mais un géant du crédit à la consommation) et lui procurer la moitié de son chiffre d'affaires ! Les firmes automobi­les mobilisent leur réseau commercial pour y multiplier les services aux clients et l'offre de crédit et d'assurance, et Peugeot dispose même d'une grosse filiale de transport routier pour ses voitures et ses pièces, Gefco. La quête de la proximité vis à vis du marché (pour en détecter les mutations), de débouchés captifs et d'une plus grande part de la marge bénéficiaire explique la percée vers l'aval, comme les pétroliers dans la distribution (stations service, vente de fioul) pour contrer la grande distribution, comme Saint Gobain, dotée depuis les années quatre vingt dix d'une branche de négoce de gros (Poliet, etc.).

Souvent, le coeur d'activité des firmes industrielles ressemble à une gestion de l'immatériel tant la fabrication des produits elle même est sous traitée ou déléguée à l'extérieur, ce qui en fait des entités de conception, d'ingénierie, de gestion de flux15. Par ailleurs, la percée des marques de distributeur au sein de la grande distribution et des chaînes de boutiques affiliées fait des groupes commerciaux de plus en plus des donneurs d'ordre qui font fabriquer des produits par des fournisseurs industriels un peu comme le faisaient les négociants pendant la première révolution industrielle... La réalité du fonctionnement de l'économie fait s'estomper la limite entre industrie et tertiaire : dans le secteur marchand, si les services rendus à l'industrie se développent largement, les services au client assumés par l'industrie deviennent eux aussi nombreux.
 Inversement, le tertiaire se pare des atours de l'industrie Comme celle ci, la distribution génère par elle-même une économie des services, car la troisième révolution industrielle consiste pour elle dans l'incorporation de principes de gestion industriels, notamment les économies d'échelle et, parfois, le «zéro stock». D'énormes plates formes d'entreposage et de redistribution aux magasins sont constituées par la grande distribution, qui doit comprimer les frais logistiques, ce qui explique d'ailleurs le mouvement de concentration au nom de la rationalisation des investissements (Carrefour et Promodès, Auchan et Docks de France, alliance entre Leclerc et Système U, etc.) ; Easidys, qui gère les 44 entrepôts de Casino en France (avec 2 500 camions), est le troisième logisticien du pays, derrière Geodis (SNCF) et Hays, mais ITM Logistique International, la filiale du groupe Intermarché, anime 45 bases en Europe (avec 2 000 semi remorques). La gestion de certains pans de ces plates-formes est externalisée quand des groupes la délèguent à des transporteurs logisticiens responsables de l'approvisionnement d'un espace pluri-régional dans un pays. Par ailleurs, la gestion informatisée des flux, ventes, stocks, génère une sous économie des services informatiques pour les groupes commerciaux, ce qui facilite notamment le passage des commandes «en juste à temps» auprès d'industriels eux mêmes adaptés à ce mode de fonctionnement en flux tendu, tant pour leurs usines locales que pour leurs fournisseurs étrangers. De même qu'on parle de plus en plus «d'industrie bancaire»   à cause des gros investissements en informatique et en réseaux  , on peut parler d'une industrie tertiaire à cause de cette économie de la logistique, consommatrice d'équipements (entrepôts, télétransmission, transports par norias de camions, etc.). Le tertiaire génère ainsi de plus en plus du tertiaire !»(Hubert Bonin)
III) L'analyse économique des évolutions sectorielles et de la croissance tertiaire
Les explications traditionnelles de la dynamique de transformation du système productif procèdent de trois lois technico-économiques qui concernent successivement la demande des ménages, la demande des entreprises (A) et les gains de productivité comparés dans la production des biens et des services (B). A ces facteurs internes fondamentaux, on doit désormais ajouter les effets de la mondialisation (C)
A) L'évolution de la structure de la demande modifie la part des branches d'activité (effet de demande)
 Selon la thèse très influente de Colin Clark qui date de 1957, la désindustrialisation des économies avancées, comprise comme le déclin de la part de l’emploi industriel, est une conséquence naturelle du déplacement de la demande des biens industriels vers les services au fur et à mesure du développement économique. La réflexion de Colin Clark intègre les réflexions d'Ernst Engel (statisticien allemand du XIXème) sur l'évolution des structures de consommation en fonction du revenu et sur la théorie des paliers de saturation (d'abord pour les produits primaires, ensuite pour les biens secondaires en fonction de l'élévation du revenu). Durant la longue phase d’industrialisation la demande s’est déplacée des biens alimentaires vers les biens industriels et matériels: l’élasticité-revenu de la demande de biens alimentaires est devenue inférieure à 1 (voire négative, c’est la loi d’Engel), tandis que celle de biens industriels est devenue supérieure à 1 ; dans le même temps la part du revenu affectée aux biens alimentaires a diminué. Puis, dans les stades plus avancés de développement, avec la saturation des besoins et l’enrichissement individuel, la demande se reporte sur les services, notamment la santé, la culture et les loisirs ; la commercialisation des biens matériels s’accompagne d’un contenu croissant en services (garanties, assistance à l’utilisateur, assurance, crédit…), le goût pour la technologie ou les sciences dures s’émousse (difficulté à recruter dans les filières d’enseignement correspondantes) et la préservation de l’environnement est fortement valorisée. L’élasticité- revenu de la demande industrielle retombe et devient inférieure à 1.

La part de l’industrie dans la demande se stabilise puis diminue. En conséquence, la part de l’industrie dans l’emploi se stabilise puis décline.

Il est serait abusif de se référer à cet auteur pour justifier une loi générale de faible productivité du secteur tertiaire. Au contraire, les gains de productivité dépendent pour lui du type de service et certains n'ont pas à souffrir de la comparaison avec l'industrie (commerce, transports). Colin Clark met en outre en évidence une corrélation statistique entre niveau du revenu par tête et proportion des emplois tertiaires et de la production tertiaire. Déjà en 1957, il estimait d'autre part que le terme de tertiaire avait fait son temps. L'incertitude de la définition du secteur tertiaire induit un flou dans les nomenclatures utilisées par l'auteur et c'est à la définition d'un tel critère que va s'attacher de son côté Jean Fourastié dès 1949 (dans Le grand espoir du XX ème siècle).
 La deuxième loi tendancielle que l'on invoque porte non pas sur la demande finale mais sur la demande «intermédiaire» des entreprises et des organisations. C’est une «sorte de loi d' Engel»16 qui voudrait que la
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