Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle








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part des achats de services dans la consommation intermédiaire des entreprises ne cesse de croître et que, dans le même temps, l'investissement «immatériel» des entreprises progressent en proportion de leurs investissements matériels (économie de la connaissance et de l'information)17.

 La croissance tertiaire vient en partie d'une extension de la division sociale du travail puis d'une désintégration verticale des activités économiques (ce sont des services liés externes Paragraphe 2, II). L'entreprise industrielle s'allège alors de ses services liés internes (processus dit d’externalisation ou d’essaimage). Les entreprises qui produisent ces services les offrent comme intrants intermédiaires (ils sont comptabilisés comme tels). L'évolution des services aux entreprises s'expliquerait alors par la succession de trois phases de développement correspondant à des besoins différents : la plus ancienne renvoie à des services qui permettent de résoudre des problèmes d'ordre administratif (fiscalité, comptabilité, problèmes juridiques) ; la deuxième phase consiste à externaliser certains services pour réduire les coûts (tâches qui augmentent les coûts et qui ne sont pas stratégiques pour la maîtrise des marchés  gardiennage, restauration, transport de personnel, traitement informatique) s'affirme à partir de la fin des années 1970 ( colles suivantes sur l’ entreprise) ; la troisième phase, la plus récente, concerne deux types de besoins nouveaux: ceux liés aux mutations technologiques (informatisation de la production) et ceux liés à la connaissance des marchés et à la commercialisation (activités d'études, de conseils, d'expérimentation, de tests, de contrôle, ... )
Ainsi, du côté de la demande (finale et intermédiaire) tout concourt à une croissance des services plus rapide que celle de la production de biens, au moins au cours de la seconde moitié du XX ème. D’autres auteurs préfèrent mettre cependant l’accent sur un effet d’offre: l’évolution de la productivité. La déformation de la structure de l’emploi au détriment de l’industrie serait la conséquence du dynamisme industriel : les gains de productivité sont devenus plus rapides dans l’industrie que dans les services grâce au développement des techniques.

B) Les gains de productivité, sous l'effet du progrès technique, modifient les prix relatifs des produits et les volumes d'emploi (effet d’offre)
1) La dynamique du progrès technique: le modèle de Jean Fourastié
La trisectorisation de l'activité, dans sa réflexion centrée sur le «progrès technique» et ses effets prévisibles, joue un rôle central dans le raisonnement de Jean Fourastié. Le rôle de la demande est affiné (demande de services collectifs, de services propres à l'entreprise) et complété par une analyse des effets de la productivité. Les gains de productivité engendrés par le progrès technique sont ainsi à l'origine de l'évolution de la part relative des secteurs dans la valeur ajoutée par leurs effets sur la structure des prix relatifs des produits et de l'évolution de la part relative de chaque secteur dans l'emploi de la population active

En fonction de ces données, Fourastié reprend la loi du «déclin relatif» des secteurs avec le développement du progrès technique (et donc, ici, de la productivité du travail): «Ni Colin Clark, ni les statisticiens, ne définissent les secteurs primaire, secondaire et tertiaire par l'intensité du progrès technique et du rendement du travail; ils donnent une définition énumérative et purement formelle ... pour moi c'est le progrès technique qui, indépendamment de ma volonté, classe une activité considérée, à un moment donné, dans le secteur secondaire ou dans le secteur tertiaire »:

«J'appellerai secteur primaire, les activités de type agricole parce qu'il s'agit d'un secteur traditionnel et qui reste très important, essentiel pour la nourriture et le vêtement de l'homme. Sur longue période, le secteur primaire est à progrès technique moyen sur le long

terme » (et à demande stagnante d'où sa régression dans le temps)

«le secteur secondaire regroupera les activités à très grands progrès techniques; en pratique, le secteur secondaire est donc le secteur industriel » (comme la demande de ses produits, il croît d'abord rapidement puis ensuite plus lentement)

«Enfin, le secteur tertiaire réunira toutes les autres activités c a d les activités à progrès technique faible» (sa demande insaturée induit une progression du secteur dans l'emploi)


Ainsi, le recul ou la croissance de la part d'un secteur d'activité viennent de son efficacité ou de son inefficacité relative (il apparaît immédiatement cependant qu'une activité pourrait changer de secteur)
2) La croissance tertiaire déséquilibrante: le modèle de William Baumol
Dans la version d'origine de son modèle, dans les années 1960, William Baumol18, un économiste américain contemporain, distingue deux types d'activités:

 celles à productivité croissante pour lesquelles le travail est un moyen, l'essentiel étant le produit (biens durables)

celles à productivité stagnante pour lesquelles la qualité du service dépend du travail (ex: théâtres de Broadway étudiés par Baumol à l’époque)

Baumol se garde cependant d'assimiler la totalité du tertiaire à ce deuxième secteur, laissant aux autres le soin de remplir cette catégorie. 20 ans plus tard, en 198519, Baumol affine cette décomposition en rajoutant des activités de services susceptibles de connaître de forts gains de productivité (du fait de leur composition mixte: ce sont des services industrialisés dans leur production, comme l'informatique) mais soumises à des dynamiques asymptotiques (leur productivité devient «asymptotiquement stagnante»)
En faisant des hypothèses complémentaires  les secteurs d’activité bénéficient des mêmes augmentations de salaires (celles du secteur à productivité croissante), la structure de la demande est constante en volume (ce qui signifie qu'il n'y a pas d'élasticité aux prix), il en arrive aux conclusions suivantes (dites souvent «lois de Baumol»):

 il se produit une «maladie des coûts» cost disease») car ces coûts augmentent indéfiniment dans le secteur stagnant puisque les salaires augmentent au rythme de ceux du secteur dynamique (indexation: les salariés des services demandent à avoir les mêmes salaires que ceux de l'industrie) ;

l'emploi se concentre dans les secteurs stagnants (la demande adressée au secteur dynamique est stable en volume donc la part de l'emploi dans ce secteur décroît au rythme des gains de productivité) ;

la consommation se portant de plus en plus sur des temps de travail (l'évolution des prix relatifs des services évinçant les autres consommations), les économies postindustrielles sont donc condamnées à voir le secteur tertiaire dominer l'activité.

Les activités de services à dynamique asymptotique finissent par stagner (leur composante dynamique s'épuise)

Ces résultats peuvent paraître paradoxaux puisque les économies industrielles ont entraîné le recul des activités domestiques et artisanales et qu'elles retrouvent pourtant des secteurs à productivité stagnante au bout de leur évolution. Cette tendance conduit cependant à une croissance déséquilibrée (le secteur stagnant absorbe l'essentiel des revenus et des emplois) qui finit par s'épuiser (l'évolution de la productivité de l'ensemble de l'économie finit par subir le poids du secteur stagnant). Les gains de productivité tendent vers zéro et la production n'augmente plus qu'au rythme de la population active

 La hausse du poids du tertiaire s'explique donc par les prix relatifs et il n'y a pas de hausse de la part réelle des services dans le PIB. Baumol vérifie ses hypothèses sur l'économie américaine mais, comme il le souligne d'ailleurs honnêtement, la principale limite du modèle reste l'instabilité des activités stagnantes (sous l'effet du progrès technique, elles peuvent devenir à productivité croissante)
C’est au total la combinaison de ces effets de demande et d’offre qui expliquerait en grande partie la désindustrialisation. En raison de gains de productivité relativement plus élevés dans l’industrie le prix relatif des biens manufacturés diminue, ce qui par effet de substitution fait augmenter la consommation de biens manufacturés. Dans ces conditions, jusqu’à un certain niveau de vie (mesuré par le revenu par tête), l’effet de substitution se combine à l’effet de revenu pour stimuler la demande de biens industriels et donc le volume de la production industrielle ; au delà, l’effet de substitution soutient une demande sinon déclinante de produits industriels. Dans un premier temps, la part de l’industrie dans l’emploi augmente car la hausse de la demande relative de biens industriels résultant de la combinaison des effets revenu et substitution l’emporte sur les gains de productivité ; puis rapidement l’effet dépressif des gains de productivité sur l’emploi industriel l’emporte sur l’effet de la demande et la part de l’industrie dans l’emploi décline. Ces mécanismes bien connus sont désormais amplifiés par des facteurs externes.
C) Les facteurs externes de la désindustrialisation20
1) Un précédent historique : la tentation de Londres21
«Entre 1790 et 1820, l’Angleterre va préserver son avance technologique grâce à un protectionnisme tous azimuts. En 1820, s’enclenche alors ce que nous appellerons la «tentation de Londres» : bien qu’ayant construit sa puissance sur une stratégie défensive, l’Angleterre va procéder à une ouverture mal maîtrisée de son économie, laissant ses suiveurs prendre rapidement l’avantage compétitif.

Par l’augmentation de l’offre résultant de la production standardisée (la GB domine alors la production industrielle internationale et concentre à elle seule 60 % de la production de fer européenne de 1851 à 1862), et malgré une hausse certaine de la demande intérieure, les industries anglaises ont progressivement gagné à ouvrir leur marché afin d’accéder à de nouveaux débouchés. Le libre-échange dont le Royaume-Uni s’est fait le porte-drapeau au milieu du XIXe était donc en quelque sorte fonctionnellement appelé par ce nouveau dynamisme industriel. L’ouverture est donc bien vue ici comme un processus naturel et irréversible pour une économie en croissance que la demande intérieure ne parvient pas à combler. En 1820, l’Angleterre cumule 21 % de la production industrielle mondiale (contre 10 % pour l’Allemagne, 13 % pour la France et 5 % pour les États-Unis). Grâce à sa supériorité dans les trois techniques au centre de la première vague d’industrialisation – machines textiles, sidérurgie au coke et machine à vapeur –, elle va profiter pleinement de cette ouverture commerciale dans un premier temps.

Au milieu du XIXe siècle, le rapide développement du commerce international n’a pas été la source d’une diffusion internationale généralisée des nouvelles techniques. Le déplacement d’entrepreneurs, de techniciens et d’ouvriers anglais a donc été nécessaire pour initier, par la pratique, les continentaux aux nouveaux procédés. Les vecteurs de transfert furent contrôlés jusqu’en 1825, date où la sortie hors du territoire d’ouvriers qualifiés fut enfin autorisée par le gouvernement britannique, alors que l’exportation hors d’Angleterre des machines fut, elle, interdite jusqu’en 1842.(…)

Dès 1840, La Grande-Bretagne ne cherche plus à empêcher l’exportation de ses technologies. Les rencontres entre ingénieurs se multiplient : «les grandes écoles» en France et en Europe avaient déjà formé une génération d’ingénieurs et de techniciens d’un niveau au moins comparable à celui de leurs homologues britanniques, capables de mettre au point et d’utiliser les technologies standardisées. Les expositions universelles, dont la première se tint à Londres en 1851, allaient enfin permettre de comparer entre eux les produits et les techniques utilisés dans les différents pays.

On constate déjà à cette époque une inflexion dans la politique d’innovation anglaise. Dès 1850, la primauté technologique de l’Angleterre est battue en brèche par les États-Unis et l’Europe continentale, ce qui se retrouve en matière d’innovation.

La Grande Dépression, même si elle toucha durement toute l’Europe, eut pour corollaire la remise en cause de l’hégémonie de l’économie anglaise. Alors qu’elle dominait encore en 1850, l’économie anglaise est détrônée en 1873 par les États-Unis, puis en 1893 par l’Allemagne, à la fois en raison de facteurs internes et externes. Du point de vue des facteurs internes, l’Angleterre ne renouvelle pas ses équipements et technologies dans les leading sectors de la révolution industrielle ; elle ne possède pas la source d’énergie de la seconde révolution industrielle (le pétrole) et manque cruellement de métaux ; enfin elle investit très peu dans les industries de pointe, comme la chimie ou l’électricité, dont elle juge le développement lent et hasardeux. Du point de vue des facteurs externes, c’est essentiellement la concurrence des autres pays qui est en cause. Le système traditionnel né de la révolution industrielle, fondé sur le textile, la chimie minérale, le charbon, le fer et le chemin de fer, s’efface après 1870, faisant de lui-même apparaître les nouveaux secteurs leaders de la seconde industrialisation : l’acier répondit aux besoins de la sécurisation des chemins de fer (rails, essieux…), et l’électricité à leurs besoins de régulation. Dans cet environnement changeant des reclassements s’opérèrent entre les pays industriels : les États-Unis prennent la tête, suivis de l’Allemagne, de la France et l’Angleterre.

Les pays comme les États-Unis ou l’Allemagne, bien qu’ils aient rattrapé tardivement l’Angleterre en important massivement des produits manufacturés, puis de l’outillage, ont maintenant eux-mêmes la capacité de fabrication. Ils s’appuient sur de vastes marchés intérieurs progressifs. Ils développent sur leurs territoires des industries sidérurgiques, chimiques et mécaniques pourvues d’équipements modernes productifs. Ils exportent à leur tour leurs productions et exercent alors une concurrence active de l’Angleterre sur les marchés mondiaux.

À la différence de l’Angleterre, la plupart de ces pays perçurent rapidement le danger que pouvait représenter une ouverture dont les effets seraient mal contrôlés, notamment concernant la baisse des prix et la perte de contrôle de la technologie. Cette prise de conscience se traduit par une politique inadaptée aggravant les difficultés rencontrées collectivement : accord Zollverein en Allemagne (1878), tarifs Mac Kinley aux Etats-Unis (1890) et loi Méline en France (1892) ; ce qui fit écrire à Bairoch «qu’à l’exception du Royaume-Uni, le monde développé est alors un océan de protectionnisme ».

Confronté aussi bien à des difficultés internes qu’externes, le déclin de l’Angleterre se traduit par l’essoufflement de sa capacité productive et le ralentissement de sa croissance économique. L’ouverture au commerce mondial a augmenté son exposition aux transferts de technologie, des interactions commerciales internationales plus fréquentes et plus soutenues, une imitation par les producteurs étrangers des technologies domestiques et l’incorporation de ces connaissances dans leurs propres process productifs ont abouti à une relative désindustrialisation de l’économie anglaise au XIXe siècle. C’est la consécration de la perte de substance pour l’Angleterre.

Comme nous l’avons vu précédemment, les phénomènes de désindustrialisation, qu’ils apparaissent au XIXe siècle en Angleterre ou plus généralement au XXe siècle, constituent à nos yeux un processus souvent inévitable, inexorable et naturel. Le combattre peut donc s’avérer vain, voir coûteux. En première lecture, ce constat signifie que la diffusion technologique, à l’origine de la désindustrialisation, est inévitable. Toutefois, il est nécessaire de conserver autant que possible la maîtrise du processus d’innovation 22. (…)
 Les débats actuels, essentiellement focalisés sur les délocalisations, impopulaires et donc plus médiatisés, ne mentionnent que très rarement le phénomène de perte de substance qui nous semble clé dans la plupart des pays industrialisés. Il s’agit en effet d’un phénomène particulièrement préoccupant qui peut avoir des conséquences néfastes pour l’économie d’un pays. La perte de substance se caractérise, selon nous, comme la perte de la maîtrise technologique, que ce soit en termes d’innovation, de maîtrise du capital humain (à la fois formation et rétention/captation) ou de diffusion.

 Faut-il rappeler que Schumpeter explique les périodes d’expansion par l’action du progrès technique ? Il y a selon lui «une dynamique propre au progrès technique […] celui-ci en créant des goulets d’étranglements engendre le besoin d’un autre progrès technique ; une innovation dans une activité crée un déséquilibre par rapport aux activités complémentaires, d’où la nécessité d’autres innovations». Le processus d’innovation doit donc être vu comme un processus perpétuel. C’est ce même processus d’innovation qui confère l’avantage comparatif. Bien qu’un «avantage comparatif durable» soit un avantage difficilement imitable ou substituable, il n’en demeure pas moins instable. Et l’exemple du Royaume-Uni en est l’exemple frappant. Dominant toute une génération d’innovations (vers 1790-1840), ce pays n’a pas su perpétuer cette dynamique durablement, tout en croyant pouvoir se reposer sur sa rente induite.

Comme nous le verrons par la suite avec l’exemple des semi-conducteurs, les États-Unis ont bien vite compris que, même s’ils étaient à l’origine leader dans ce domaine (vers 1970-1980), il leur faudrait fournir un effort sérieux et durable pour parvenir à reconquérir une position forte dans ce domaine, abandonnée à l’industrie japonaise vers 1985. Par conséquent, l’innovation technologique a une double importance, à la fois dans la création d’avantages comparatifs, mais aussi dans leur renouvèlement(…).

 La maîtrise du capital humain est un deuxième sujet. Le parallèle avec la situation anglaise sur les transferts de main d’œuvre n’est pas non plus anodin. Si à l’époque on constate déjà l’importance relative de ces transferts (autant les ingénieurs que les ouvriers spécialisés), on ne peut manquer de faire le parallèle avec le nombre de salariés spécialisés venant du monde entier qui choisissent aujourd’hui d’aller travailler aux États-Unis. Alors que le premier mouvement était centrifuge, le second est centripète. Si l’Angleterre n’a pas su conserver son capital humain, les États-Unis savent en revanche très bien l’attirer. Et c’est dans ce mouvement que réside une des clés du dynamisme industriel, et par extension économique, de ce pays. Le nombre de chercheurs et les moyens mis à leur disposition jouent désormais un rôle central puisque les secteurs porteurs sont de plus en plus «technivores». En plus de la recherche privée des entreprises, soutenir «universités, écoles et laboratoires de recherches» déclenche un certain nombre d’externalités positives. Il convient de plus de respecter tout autant recherche pratique que recherche fondamentale car c’est cette première qui est vraiment à l’origine de l’innovation. Dans le domaine de la recherche, l’Angleterre a néanmoins pu conserver un avantage technique déterminant en insistant sur le rôle fondamental des universités, chercheurs et laboratoires, à l’origine de son dynamisme scientifique (…).
 À la fin de la seconde «révolution industrielle» et par un trop faible effort dans les processus d’innovations, l’Angleterre s’est orientée vers les services, le commerce et l’ingénierie, ce que nous avons appelé la «tentation de Londres». En effet, si nous admettons le déclin relatif de l’industrie anglaise à travers la perte de substance, l’Angleterre a tout de même pu rester compétitive en gardant un avantage dans les services et plus particulièrement dans la finance.

Selon certains, la Grande-Bretagne n’aurait même jamais été une puissance industrielle, mais une économie dont la force a toujours reposé sur le commerce et les services. Les années 1870 restent encore une fois un tournant dans ce domaine : «La Grande-Bretagne n’est plus en 1913 la première puissance industrielle. Mais elle reste la première puissance commerciale… Et surtout, plus que jamais, la première puissance financière » (Asselain, 1991).

Le secteur financier joue un rôle primordial à travers le financement des activités productives et de la R&D, il doit être puissant pour épauler les besoins des industries. Mais il est lui aussi industrialisé comme d’autres secteurs et ainsi soumis à son tour à la concurrence internationale, ce qui se traduit par un mouvement de délocalisations des back-office et la standardisation massive des procédés. Par ailleurs, par des phénomènes d’entraînements que nous examinerons plus loin, il apparaît d’autant plus dangereux de ne compter que sur les services comme moteur de croissance. Et s’il peut sembler à la plupart des observateurs que cette reconversion anglaise a pu porter ses fruits, il faut néanmoins garder en mémoire qu’elle a pu bénéficier de conditions et d’opportunités exceptionnelles dans des marchés non saturés, émergents et donc en pleine croissance, ce qui ne semble plus être le cas aujourd’hui»(…).
2) L’impact des facteurs externes sur la désindustrialisation
«L’émergence de nouveaux concurrents renforce le processus de désindustrialisation par trois canaux principaux, que l’on peut schématiser en distinguant un Nord industrialisé et spécialisé dans des activités (industrielles ou de services) à haute valeur ajoutée, d’un Sud émergent et spécialisé dans des activités plus banalisées. Nous verrons plus loin que cette ligne de partage est en réalité appelée à disparaître.

 Le premier impact à prendre en compte passe par le phénomène de spécialisation des économies. Le mouvement de spécialisation commerciale des pays industrialisés vers les services concourt à une diminution de leur balance commerciale en biens manufacturés. Cela contribue à diminuer la part de l’industrie dans la production et l’emploi de ces pays. L’émergence du Sud fait aussi évoluer la spécialisation des pays avancés au sein de l’industrie : des produits intensifs en main d’œuvre non qualifiée vers ceux intensifs en main d’œuvre qualifiée. À l’occasion de l’importation par le Nord des biens manufacturés intensifs en main d’œuvre non qualifiée fabriqués dans les usines localisées au Sud, le commerce Nord-Sud réduit le nombre d’emplois industriels au Nord beaucoup plus qu’il n’est susceptible d’en créer dans les secteurs exportateurs industriels intensifs en main d’œuvre qualifiée. Il contribue ainsi à réduire la part relative de l’emploi industriel.
 Au-delà de cet effet de spécialisation, l’émergence de nouveaux concurrents du Sud, ayant des structures de coûts très différentes, exerce une pression concurrentielle forte sur les firmes du Nord. Les prix des fournisseurs français seront ainsi systématiquement comparés aux conditions de leurs concurrents chinois. Les firmes du Nord réagissent par la recherche de productivité et d’efficacité afin de renforcer leurs chances de survie; ceci implique une substitution capital-travail accrue, la concentration de l’activité sur les segments les plus productifs de la chaîne de valeur ajoutée, et la réorganisation globale des processus de production sur une base mondialisée, avec notamment des délocalisations. Chaque firme cherche à gagner en productivité, et le processus concurrentiel retient les plus efficaces.
 Enfin, les plus efficaces sont celles adoptant une organisation globale au niveau mondial. Les délocalisations d’unités de production ne sont ici que la partie émergée d’un phénomène beaucoup plus complexe et massif auquel le public les assimile par commodité: les filiales étrangères, localisées près des marchés ou dans des pays offrant des conditions de coût avantageuses, sont spécialisées sur des segments de la chaîne de valeur ajoutée. Un intense commerce se développe au sein des firmes, éloignant des localisations les plus coûteuses non pas certaines industries, mais certains types d’activité dans l’ensemble des industries »23.
Conclusion générale : Au total, la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB, calculée à partir des valeurs, ne cesse de décroître, reflétant notamment le différentiel de gains de productivité entre l’industrie et les services qui se retrouve dans l’évolution des prix relatifs. En volume, l’ampleur du déplacement de la demande en faveur des services ne semble pas correspondre à celui observé pour l’emploi : la part de l’industrie dans le PIB en volume reste globalement constante, avec néanmoins une tendance à la hausse au Japon et une tendance à la baisse aux États-Unis, qui pourrait refléter l’évolution de leur balance commerciale respective en produits manufacturés. L’emploi manufacturier reste enfin à peu près constant aux États-Unis malgré la baisse relative de l’emploi manufacturier, alors qu’il diminue en revanche dans l’Union européenne.

Le déclin de l’industrie dans la plupart des pays industrialisés suggère que la première phase de désindustrialisation est inéluctable dans un contexte de gains de productivité très rapides dans les usines. L’ouverture, qui entraîne un surcroît de concurrence et suscite de nouveaux gains de productivité renforce ce phénomène. Mais productivité et gains d’ouverture se combinent pour dégager des revenus supplémentaires, pour élever le niveau de vie, offrant ainsi de nouveaux débouchés dans l’industrie et les services. Cet enchaînement vertueux peut toutefois être remis en question si l’ouverture n’est pas maîtrisée, se traduisant alors par une perte d’avance technologique et une concurrence exacerbée. Dès lors, il est important de contrôler ce phénomène en renouvelant son stock de connaissance et en s’assurant des débouchés, pour éviter de reproduire le précédent anglais.

Si les phénomènes évoqués ne manquent pas de force et sont confirmées dans l'ensemble par les statistiques (montée des services dans la demande, différentiel de gains de productivité net entre les secteurs, ouverture extérieure), elles tendent à accréditer aussi l'idée d'un effet défavorable de la croissance tertiaire sur la croissance. C'est en particulier le cas du modèle de Baumol qui débouche sur la perspective d'un état stationnaire. Cette problématique est elle encore pertinente au seuil du XXI ème siècle?
Eléments de définition

(à compléter par le cours de Comptabilité Nationale décomposition des branches constituant le tertiaire dans la NAP)
Un service est «relationnel» (relation à une personne, une entité -entreprise-, un être -animal- ou un bien dont il a pour effet de modifier l’état), non stockable (presté à la demande et à façon), intangible (même s’il peut comporter des éléments matériels comme support-moyens de transport, nourriture, …- ou comme cible –véhicule réparé-), «co-produit» (il nécessite la participation plus ou moins active de l’utilisateur ou du consommateur).«Le service est donc défini comme une activité visant à modifier l’état d’une personne, entreprise, animal ou bien et qui, consistant à apporter des modifications, est non stockable et non matériel. Pour être spécifique, le service doit en outre être co-produit»(Jacques De Bandt). Cette définition ne concerne réellement que les services «purs» or cette réalité n’existe pratiquement pas puisque tout produit est partiellement un bien et partiellement un service soit parce qu’il est indissociablement un bien et un service (en proportion variable) soit parce que les biens et les services sont étroitement complémentaires.

 Il y a ainsi un continuum bien-service car (presque) toute production ou vente de bien comporte des composantes de service à l’acheteur ou à l’utilisateur et (presque) toute production ou vente de service comporte la fourniture d’un bien (au moins comme support). Ceci entraîne des discussions fréquentes sur le classement de certains produits (transports, restauration). Plus le produit est industrialisable (plats cuisinés, logiciels, banque de données), plus il se rapproche du bien (stockable, avec des éléments matériels). Plus il s’adapte aux besoins spécifiques du client et produit avec lui, plus il se rapproche du service.

la complémentarité entre biens et services est aussi évidente. De même que des services accompagnent les activités de production (financement, transport, assurance), des services accompagnent la consommation et l’utilisation des biens (écoles de conduite, formation informatique,...). Il est évident que services et biens, dans bien des cas, peuvent se substituer les uns aux autres (cette propriété est exploitée par J. Gershuny  infra).

L’important est de noter que toute catégorisation comme activité de service a donc une part d’arbitraire et que c’est la relation de service qui est ici importante c-a-d le fait qu’une activité ne peut être exercée que dans une relation interactive et coopérative avec le client (son importance varie alors suivant les activités et les métiers)
 On distingue aussi, parmi les services, les services aux producteurs et les services aux consommateurs.

 Les services aux producteurs (services aux entreprises et services financiers) ont connu et continuent de connaître un développement important dans tous les pays développés en relation avec le développement des nouvelles technologies et leur utilisation par les secteurs de production des biens et des services aux consommateurs : ce secteur est aux nouvelles technologies ce qu’est le secteur des biens d’équipement à la mécanisation.

 Parmi les services aux consommateurs en revanche, deux catégories seulement peuvent être considérées comme des consommations de masse.

D’une part ceux qui, impliquant la mise à disposition définitive d’un bien (commerce) ou temporaire d’un savoir faire indispensable et qu’un consommateur ne peut se rendre à lui-même (transport, hôtellerie…) se sont développés dans le sillage des biens.

D’autre part, les services sociaux qui, malgré une absence de gains de productivité, se sont développés depuis longtemps et sont même devenus de véritables consommations de masse en raison d’une solvabilisation partielle ou totale de la demande par l’État. Tous ces services ont la caractéristique de devoir être «délégués» car on ne peut pas se les rendre à soi-même. En revanche, les services de mise à disposition temporaire de savoir et savoir-faire destinés aux consommateurs sont tellement courants qu’on a l’habitude de se les rendre à soi-même, même s’ils sont «déléguables» (services domestiques) : ils sont restés embryonnaires et ne représentent en 2001 que 3 % du PIB (ou 6 % si l’on y inclut les restaurants). Cette part très faible est pratiquement stable dans le temps et dans les différents pays de l’OCDE.
Quelle que soit la nomenclature, les distinctions suivantes doivent être gardées à l’esprit

au sein du tertiaire on distinguera les activités commerciales (gérant les stocks et les flux) des activités de services (gérant des relations)

à l’intérieur des services, les services non marchands (dont la contrepartie n’est pas un prix de marché  impôts, contributions) et les services marchands (en France, le poste U10 de la Comptabilité Nationale regroupe le commerce et la réparation automobile, les hôtels, cafés, restaurants, le secteur privé de la santé, l’audiovisuel, les loisirs, divers services personnels et les services rendus aux entreprises). Les similitudes existent cependant ce qui explique suivant les circonstances de temps et de lieu le passage de certaines activités de l’un à l’autre (santé, éducation, pompes funèbres). La distinction tient donc à des choix collectifs et non pas à des questions de valeur ou d’utilité.

a l’intérieur des services marchands, les services destinés aux ménages (coiffeurs, médecins, ...), les services destinés aux entreprises (audit, mercatique, recherche/développement) et les services mixtes même s’ils jouent un rôle stratégique d’accompagnement de l’activité de production (banques, transports, télécommunications)

à l’intérieur des services aux entreprises (proprements dits), les services de confort (entretiens, nettoyage, sécurité, restauration, loisirs) et les services informationnels (traitement des informations nécessaires à la performance de l’entreprise)

à l’intérieur des services informationnels aux entreprises, les services concernant la relation au marché (mercatique, étude de marché, ...), les services concernant la production (maintenance, organisation) et les services concernant la stratégie de l’entreprise (conseils, formation, financement, ...)

Il faut rattacher à ceci le tertiaire d’entreprise(c-a-d les activités précédentes réalisées en son sein)

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