Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle








télécharger 327.6 Kb.
titreCroissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle
page7/9
date de publication07.02.2018
taille327.6 Kb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > économie > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9

II) Une partie dynamique du système de production



On voit bien que les interprétations précédentes sont obligées de jouer avec l’évolution du contenu du secteur tertiaire. Le tertiaire reste un résidu. Certains ont ainsi cherché à isoler un «secteur quaternaire», regroupant les activités liées à l’information (production, traitement, distribution et infrastructures associées). Mais ce nouveau découpage n’élimine pas l’aspect résiduel ni la perspective évolutionniste. Les vérifications statistiques des explications précédentes ne font pas le détail des activités et prennent les services comme un tout. La décomposition du secteur reste cependant difficile car il n’y a pas de frontière claire entre industrie et service (ex : la restauration) ni à l’intérieur des services, mais elle permet de mieux comprendre l’évolution du secteur. L’analyse de sa productivité permet cependant de nuancer certaines visions pessimistes «à la Baumol» (A). D’un autre côté, la croissance tertiaire apparaît comme un produit de la division du travail non inéluctable (B) et une composante indispensable des nouveaux systèmes productifs qui s’affirment depuis les années 1970 (C).

A) Une approche renouvelée du secteur résiduel



Comme le note Jacques De Bandt (dans Services aux entreprises, 1995), «les mesures et les concepts que l’on utilise pour appréhender les évolutions des prix, des produits et des productivités dans les activités de services sont arbitraires». Il ne s’agit pas d’imprécision dans les mesures mais d’inadaptation de l’instrument de mesure à la réalité que l’on est censé appréhender.

Pourquoi alors continue-t-on à faire ces mesures? D’abord parce qu’elles confortent le préjugé du «tertiaire improductif» (fonction publique, services domestiques et ce dans la lignée des premières analyses d’Adam Smith). Ensuite parce que les comptables nationaux doivent continuer à compter, et ils le font dans des catégories établies pour les productions agricoles et industrielles (qui sont d’ailleurs surdétaillées dans le T.E.S par rapport à leur importance, même si le SEC 95 a cherché à corriger ce biais  cours Comptabilité Nationale). Enfin parce qu’il y a une sous estimation socio-politique de l’importance de ces activités. Ces difficulté ne touchent cependant que les activités de services (ou les parts de toutes les activités de service) qui ne peuvent recourir à des spécifications techniques pour identifier le produit.
1) Quel tertiaire?
 On doit d’abord distinguer fonctions tertiaires et services car l’externalisation de ces fonctions rend le classement instable dans le temps et dépendant des stratégies des entreprises («make or buy»). Il ne faut pas oublier que les statistiques se basent le plus souvent sur l’activité principale de l’entreprise mais toute firme industrielle (ou agricole) réalise des activités tertiaires en son sein (transport, gestion, recherche, ..)

 On doit ensuite distinguer les services liés et non liés à l’industrie. Mais il faut aussi remarquer que les activités de services recourent elles-mêmes aux services liés externes utilisés par les entreprises industrielles (services financiers, conseil informatique, logistique). Ainsi aujourd’hui une part croissante des services aux entreprises sont destinés à des entreprises ... de services ce qui nuance les thèses «néo-industrielles».

 On doit enfin distinguer les services industrialisables (c-a-d susceptibles de connaître la rationalisation et la mécanisation comme l’industrie avec intensification capitalistique et économies d’échelle  grande distribution, poste et télécommunications,banques et assurances, certains services aux entreprises) et services de relation (c-a-d reposant sur la consommation directe de temps de travail  santé/police/enseignement). Il est évident que cette liste est non définitive puisqu’il peut apparaître des limites aux rendements croissants dans les activités industrialisables comme le remarque Baumol.
2) Quelle productivité?
Comme le note justement Jean Gadrey28, s’il est déjà difficile de mesurer la productivité, il est encore plus difficile de la mesurer dans le tertiaire et ces difficultés conduisent certainement à la sousestimer. Il est donc difficile de conserver l’hypothèse de l’improductivité (pas de contribution à la production) des services, souvent confondue d’ailleurs avec la faible productivité (contribution productive faible) ou la faible croissance de la productivité (c’est d’ailleurs parce que la productivité croît faiblement qu’on finit par dire qu’elle est inférieure à celle des autres secteurs)
 Les écarts entre les rythmes de progression de la productivité, pour les activités industrielles et de services, sont plus faibles si l’on raisonne en termes de productivité globale des facteurs car les activités de services sont souvent intensives en main d’oeuvre (la substitution capital/travail est souvent limitée et ne peut relever la productivité du travail comme dans l’industrie). C’est particulièrement le cas des services informationnels aux entreprises. L’importance des équipements informatiques depuis une décennie ne se traduit pas d’autre part par des gains de productivité sensibles.
 Le problème central vient de la mesure du «produit» à prix constant (et donc de la productivité) qui est faite comme celle des biens. Or cette mesure suppose que l’on est en mesure de suivre de manière objective l’évolution des quantités et des prix des divers services. Jacques De Bandt montre que ce n’est pas possible à partir des arguments suivants:

 On ne peut appréhender sans ambiguïté ce qu’est l’unité de produit ou de service et donc le prix correspondant (plus le service est spécifique - prestation d’un enseignant, d’un conseiller en stratégie, d’un médecin ou d’un psychiatre-, moins on peut se référer à des spécifications techniques et plus les éléments qualitatifs spécifiques et subjectifs deviennent décisifs - qu’ est ce qu’une consultation médicale, un cours magistral, un conseil ou une conférence si on n’en connaît pas la qualité?)

La qualité, qui est l’essence du service, n’est pas et ne peut être prise en compte directement dans la définition ou la mesure du produit. A la limite, on ne peut mesurer le produit qu’en éliminant sa qualité (puisqu’il réside dans l’adaptation du service aux besoins spécifiques c-a-d la relation de service du prestataire au client)

De ce fait, la composante «qualité» est arbitrairement ventilée entre les autres composantes du produit, la quantité et le prix. Pour les biens, elle est prise en compte dans leur définition (ce qui élimine déjà les variations de qualité au sein d’une catégorie) alors qu’elle tend à être ventilée pour les services au profit de la composante prix (les améliorations qualitatives se font payer, donc les variations qualitatives des services sont de fait enregistrées comme des variations de prix  cours comptabilité nationale)

 La solution alternative consistant à mesurer le produit par les temps de travail est absurde puisqu’elle assimile intrant et produit et qu’elle supprime par conséquent la notion même de productivité29. C’est évident dans le cas des services non marchands (dont la production est mesurée au coût des facteurs) mais se retrouve dans toute tentative de ce type (le rapport produit/intrant n’existe plus par construction)

Le résultat de ceci est que l’on tend systématiquement à sous estimer avec la croissance du produit, la croissance de la productivité et d’autre part à surestimer la croissance des prix c-a-d la dérive des prix relatifs des services30

 Jean Gadrey fait observer que la disjonction entre production du service et ses effets finals (ex: santé, éducation, recherche) remet en cause la notion de produit et de productivité. Il y a une différence fondamentale entre la production d’objets et celles d’opérations ou d’actes. De fait la productivité est difficile à mesurer car l’acte ne produit pas toujours un résultat immédiat (enseignement, conseil en ergonomie, ...). De la même façon, la productivité-débit sous estime la qualité qui est pourtant au coeur de la nouvelle norme de compétitivité (le produit est de plus en plus un bien/service).

Il y a donc bien productivité des services mais indirecte ce qui conduit à sous estimer la productivité réelle de certains services même si d’autres peuvent être faiblement productifs.

 Cette productivité est donc différentielle selon les branches tertiaires ce qui interdit un jugement global sur son évolution. La critique des mesures de productivité vaut d’autant plus que l’on va vers des services purs (et d’autant moins que l’on se rapproche de biens définissables par référence à des spécifications techniques -telécommunications, transports-) et Jacques De Bandt estime (avec toute la réserve associée à un tel exercice) que 40 et 45 % du PIB sont concernés par cette critique.
Conclusion : Comme le remarquait justement Daniel Bell en 1995, «on s’est trompé en pensant que la société post-industrielle n’est rien d’autre qu’une société de services. En fait son ressort réside dans une nouvelle productivité basée sur l’éducation, la santé et les services humains».

Dans un rapport assez récent du Conseil d’analyse économique31, Anita Wölfl, de l’OCDE, conclut son article «Croissance de la production dans les services : le rôle de la mesure» dans les termes suivants : «(... )Des éléments probants indiquent que les taux de croissance faibles ou négatifs de la productivité des services sont liés en partie à des problèmes de mesure. Une difficulté particulière soulevée par la mesure de la croissance de la productivité des services tient au mode de calcul de la valeur ajoutée à prix constants. Ces problèmes de calcul de la valeur ajoutée à prix constants influent en effet directement sur le taux de croissance de la productivité, et les différences entre les méthodes utilisées pour calculer la valeur ajoutée à prix constants réduisent la comparabilité internationale des estimations de croissance de la productivité.

La principale conséquence d’éventuelles erreurs de mesure réside sans doute dans une modification du poids relatif de la contribution des différents secteurs de l’économie à la croissance de la productivité agrégée. Cela pourrait impliquer que les branches de services faisant l’objet de ces erreurs de mesure contribuent davantage qu’il n’y paraît à la croissance de la productivité agrégée, et que le rôle joué en la matière par d’autres secteurs, notamment manufacturiers, est au contraire surestimé. Cette sous-estimation potentielle de la croissance de la productivité des services pourrait également influer sur la mesure de la croissance de la productivité agrégée, mais l’importance de cet effet est difficile à évaluer. Elle dépend de l’ampleur des erreurs de mesure et de leur type, ainsi que du poids des services sous-estimés dans l’économie, et plus particulièrement de la part de la production de ces branches de services destinée à la consommation intermédiaire.

L’évaluation de la productivité dans d’autres secteurs pourrait être sérieusement affectée par la sous-estimation de la croissance de la productivité dans les services dont la production est principalement destinée à la consommation intermédiaire, tels que les services financiers et les services aux entreprises. En revanche, la sous-estimation de la croissance de la productivité du travail dans les services dont la production est tournée vers la consommation finale, tels que les services sociaux et aux particuliers ou les hôtels et restaurants, n’aurait que peu de répercussion sur les autres secteurs, et se traduirait presque intégralement en hausse du taux de croissance de la productivité agrégée.

Les données empiriques disponibles ne peuvent fournir qu’un premier aperçu de l’ampleur des erreurs de mesure, et de leurs effets sur l’évaluation de la productivité des différentes branches d’activité ainsi que de l’ensemble de l’économie. Elles ne permettent pas de résoudre les problèmes de mesure qui apparaissent de plus en plus nettement dans le secteur des services. Nous devons accomplir de nouveaux progrès en matière d’évaluation statistique, afin d’améliorer les mesures de la productivité ainsi que notre compréhension des moteurs de la croissance et des différences observées entre pays et entre branches d’activités en matière de productivité».
 Dans le même rapport, d’autres économistes32 observent que: «les problèmes rencontrés pour évaluer la productivité des secteurs de services tiennent pour l’essentiel aux difficultés à définir précisément ce qu’est la «production d’une activité de services». Les statisticiens peuvent donc être amenés à recourir à des conventions de mesure plus ou moins éloignées d’une observation directe du résultat de la production de services.

S’agissant de la production «en volume» des services, l’un des enjeux majeurs de la mesure des activités de services et, partant, de leur productivité, concerne le calcul d’une production à prix constants : il s’agit de disposer de prix de vente des activités de services qui serviront à déflater les ventes en valeur. Qu’il s’agisse de biens ou de services, la mesure d’un changement de prix est systématiquement compliquée par le fait que les produits (biens ou services) auxquels ces prix s’appliquent sont eux-mêmes variables au cours du temps. Le changement d’un prix d’une période à l’autre peut refléter une variation «pure» de prix (à produit identique), mais également le fait que le produit considéré n’est plus tout à fait le même : c’est «l’effet qualité».

Dans ce cas, un changement de la qualité intrinsèque du produit, le fait que certaines de ses caractéristiques soient modifiées, en font théoriquement un produit différent, ce qu’aucune nomenclature de produit n’est en mesure d’appréhender. Afin de bien mesurer les variations de prix, il conviendrait en toute rigueur de prendre en compte la résultante de ces deux effets, en retranchant du changement de prix observé les variations dues à l’effet qualité (modifications des caractéristiques «objectives» du produit). La mauvaise prise en compte de l’effet qualité conduit donc en général à surestimer les variations de prix et, partant, à sous-estimer les variations de volume.

Ce point est particulièrement important compte tenu de l’évolution des économies contemporaines. Alors que la période de croissance des «Trente glorieuses» a été caractérisée par une expansion de la production, les nouveaux modes de croissance qui se sont mis en place depuis lors sont davantage fondées sur la différenciation des produits, la production à la demande et l’adaptation au client. Ces modifications, amplifiées par les capacités nouvelles de traitement de l’information, se caractérisent très probablement par des «effets qualité» sensiblement plus importants que ceux qui pouvaient prévaloir dans la période de croissance des années cinquante et soixante. Il y a donc là un défi lancé aux statisticiens qui doivent adapter leurs outils à la mesure d’une économie qui a changé de nature.

En présence d’imperfections de marché (information incomplète des consommateurs, discrimination par les prix, coûts d’information…), les prix observés ne rendent qu’imparfaitement compte des changements de qualité.

Si, comme on l’a mentionné, la prise en compte des effets qualité est toujours un problème délicat dans l’élaboration des indices de prix, ce problème est accru dans le cas des services, car ceux-ci sont moins facilement identifiables par des caractéristiques immédiatement objectives que les biens physiques, agricoles ou industriels. Qui plus est, dans certains cas comme l’éducation ou la santé, le résultat de l’activité du prestataire de service sera dépendant de la «participation» du commanditaire : on parle alors de «coproduction», une situation pour laquelle il est encore plus évident que la notion de «production» perd de son sens puisque cette dernière est tributaire de l’implication de l’acheteur du service. Un cas de figure emblématique est celui de la «production» de service d’assurance, directement liée aux efforts consentis par l’assuré pour éviter que le sinistre pour lequel il a contracté une police ne survienne (situation «d’aléa moral»). Dans certains autres cas, la même activité pourra avoir des résultats opérationnels très différents. Que l’on songe, par exemple, à l’activité d’un avocat qui peut perdre ou gagner un procès pour une même quantité de moyens mis en œuvre.

Ces quelques exemples montrent la grande difficulté à concevoir des indices de prix adaptés aux activités de services et plus encore à la prise en compte des modifications de qualité. Il en résulte directement que le partage entre volume, qualité et prix dans les services sera, en général, plus difficile et de moindre qualité que dans les secteurs de l’agriculture et de l’industrie ».

1   2   3   4   5   6   7   8   9

similaire:

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconAvec ses 26 000 visiteurs et 280 exposants, l’unique Foire forestière...
«L’économie forestière suisse est une branche moderne exposée au rude climat de l’économie mondialisée, c’est pourquoi IL est si...

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconRevolution industrielle et vie quotidienne au xixe siecle
«révolution industrielle» pour le xixe siècle. A quoi te fait penser cette expression ?

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconInstruction. Et si l’
«lot quotidien»; on se situe alors dans une période dite post-moderne / hyper-moderne. IL y a omniprésence de la modernité dans la...

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconLa gare d’Orsay : une gare à la Révolution Industrielle

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconLe pont suspendu de Brooklyn, terminé en 1883, après 14 ans de pérégrinations...

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconPour diffusion immediate
«made in France». Pour toutes ces raisons, de nombreux analystes parlent de l’impression 3D comme la possible «aube d’une nouvelle...

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle icon«La nature nous suggère-t-elle une nouvelle forme d’économie basée sur la fonctionnalité ?»

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconDes économistes musulmans à l’économie islamique Introduction (4)...
«retour à Marx» ne cessent de souligner à quel point Marx lui-même s’est tenu à distance d’un tel principe, fondé sur la détermination...

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconEmile Zola «2008-2010»
«C'est grâce au principe de la concurrence que l'économie politique peut avoir la prétention de se considérer comme une science»

Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle iconRésumé de l’ouvrage
«biens-services», élaborés par des structures de production partenariales amorçant ainsi une transition vers un équilibre de concurrence...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com