Livre de bord








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04/02/01
Ce vendredi matin, 26 janvier 2000, j'ai terminé un travail (saisie d'un rapport) pour aider le jeune éducateur des rues de Douala et suis allé le lui remettre. Puis j'étudie avec lui un petit projet de financement pour aider un des gamins à rentrer chez lui, à aller à l'école et à survivre au moins un an dans sa famille : il y en a pour 800 francs environ, c'est peu si cela doit sauver un enfant ! J'en ai déjà aidé un autre 15 jours auparavant et ça a dû marcher, car il n'est pas revenu (il faut bien sûr auparavant préparer psychologiquement l'enfant au retour en famille et qu'il soit consentant ; et l'idéal serait que la famille soit aussi préparée à l'accueillir, ce qui ne se fait pas faute de moyens).

Et alors que j'allais prendre une moto-taxi pour l'aéroport, les enfants emprisonnés depuis deux jours réapparaissent: ils viennent juste d'être libérés et sont contents, mais ils ont surtout très soif et faim. Je pars un peu soulagé tout de même...

Mon vol pour Maroua, préfecture de la région de l'Extrème-Nord, fait escale à Yaoundé et N'Gaoundéré. L'avion est un Boeing, c'est plus rassurant que les avions russes de Guinée Equatoriale. Maroua est une petite ville agréable, ombragée bien qu'en zone sahélienne, et islamisée à 99%. Je loue pour 5 jours à un particulier une Nissan familiale diesel qui a plus de 300.000 km (mais qui semble bien entretenue) et je passe la nuit dans un petit ensemble hôtelier comportant plusieurs boukarous climatisés à 60 francs la nuit : les boukarous sont les habitations traditionnelles de la région, rondes et en pisé (terre mélangée à de la paille), et au toit de paille.


Samedi, dès le lever du jour, je file vers le nord en traversant de superbes paysages et de petits villages typiquement africains, dont les cases, cuisines, greniers, poulaillers, étables sont reliés entre eux par de petits murets de terre. J’arrive vers 8 heures, au bout de 120 kilomètres de route bitumée, au parc national de Waza : là je rencontre des coopérants Français et monte dans leur 4x4 pour la visite. Les pistes du parc sont dans un état lamentable (fragiles du dos, s’abstenir !) et, en 5 heures, nous rencontrons assez peu d’animaux : quelques gazelles de trois espèces, des girafes et beaucoup d’oiseaux. Les éléphants sont absents, mais le guide nous explique qu’ils sont une centaine à quelques km du parc à assiéger chaque nuit un petit village, détruisant notamment toutes les cultures, et que les paysans ne savent plus quoi faire (puisqu’ils n’ont évidemment pas le droit de les abattre…).

En fin d’après-midi je retourne passer la nuit à Mora, une ville aux rues sablonneuses que j’ai traversée ce matin. Là, comme partout en Afrique, des étals de rue vendent de la nourriture et je ne résiste pas à l’odeur des brochettes de chèvre : je suis agréablement surpris car elles sont tendres et très bonnes, alors que j’ai déjà mangé plusieurs fois de la chèvre sur ce continent et que cette viande est en général très dure.


Dimanche, c’est jour de marché à Mora, réputé pour être le plus beau marché du nord, et c’est pourquoi j’avais choisi de dormir ici. Des paysans de différentes ethnies se rencontrent, vendent et achètent toutes sortes de choses. Les femmes sont belles, toujours bien habillées dans leur pagne coloré, mais ce que les enfants sont sales et mal vêtus ! En plus beaucoup mendient : ce sont des talibés, c’est à dire de jeunes enfants confiés par leurs parents (qui savent les faire mais pas les élever) à des « marabouts », qui doivent leur apprendre à lire et écrire l’arabe afin d’étudier le Coran. On entend souvent les gamins réciter par cœur des sourates qu’ils ne comprennent pas toujours, mais le pire est que les soi-disant marabouts se servent d’eux pour mendier de la nourriture et de l’argent durant une bonne partie de la journée : ainsi le marabout s’enrichit et l’enfant qui ramène trop peu est battu. Il faut préciser que la mendicité n’est pas honteuse dans le monde islamique où chaque bon musulman se doit de faire l’aumône, ce qui entretient donc l’exploitation de ces enfants ! Certains pays, comme le Sénégal, essayent de lutter contre ce fléau, mais c’est difficile. Et que deviendront ces enfants ? Des gens habitués à tout recevoir des autres, des mendiants…

Mais revenons au marché : en fait, j’ai été assez déçu (l’habitude ?) : en tout cas c’était beaucoup moins bien qu’à Foumbot. En milieu de matinée, je prends une piste en direction de Pouss, vers l’est : des champs de mil, une céréale qui ressemble au maïs, bordent la route : on fabrique avec cela la bière de mil, boisson nationale même en pays musulman.

Je traverse plusieurs rivières asséchées où les gens se lavent et font leur lessive, les femmes d’un côté du pont et les hommes de l’autre. Bon, me direz-vous, comment peut-on se laver dans une rivière asséchée ? Eh bien, c’est tout bête : il suffit de creuser une soixantaine de centimètres dans le lit de la rivière, composé de sable, et l’eau apparaît… Pas de complexe de nudité ici : même si hommes et femmes se lavent séparément, ils ne connaissent pas notre pudeur judéo-chrétienne, et c’est tant mieux.

J’arrive dans l’après-midi à Pouss, beau village situé au bout d’un lac artificiel, sur le bord de la Logone, rivière qui sépare sur plusieurs centaines de kilomètres le Cameroun du Tchad. Puis je poursuis vers le sud par une piste sablonneuse mais superbe qui longe cette rivière et arrive à la nuit à Yagoua où je déniche un hôtel bien crasseux (mais je n’ai pas le choix…). Aujourd’hui j’ai croisé plusieurs troupeaux de zébus ou de moutons, conduits par des Peuls, mais j’ai surtout respiré beaucoup de poussière et un bon décrassage s’impose : le seau d’eau est là pour cela, non ?


« Dis, emmène-moi en France avec toi », me demande ce lundi matin un garçon de 15 ans, mais qui en paraît 12 tout au plus. Et moi de lui répondre naïvement : « Mais ta famille est ici, tu ne peux pas quitter tes parents comme cela. Et puis tes parents ils t’aiment, ils ont besoin de toi… ». « Oh, tu sais, il y en a plus de dix comme moi à la maison… ». Ce n’est bien sûr pas la première fois que des enfants me demandent de partir avec moi : c’est comme ça dans une bonne moitié des pays du monde, et leurs parents les laisseraient partir sans aucun problème ! Mais ça m’amène à la réflexion suivante : la plupart des pays du tiers-monde ont une démographie galopante : des populations qui doublent tous les 25 ou 30 ans. C’est pourquoi ils s’appauvrissent de plus en plus et bientôt nous ne pourrons plus les aider, c’est irrémédiable. Avoir des enfants ici, c’est un don de Dieu mais c’est surtout une bonne assurance vieillesse : plus il y a d’enfants, plus les parents sont assurés d’avoir quelques revenus plus tard. Ici, au Cameroun, un homme a souvent deux ou trois femmes et une bonne quinzaine d’enfants. Bien sûr, avant, les deux tiers des enfants mourraient, mais aujourd’hui, avec les progrès de la médecine et l’aide des organisations humanitaires, la mortalité infantile a bien baissé. En gros, un enfant sauvé aujourd’hui c’est dix enfants qu’il faudra sauver dans vingt ans… « Mais ne vous inquiétez pas, la nature fait bien les choses », m’a dit un Africain de bon niveau rencontré par hasard au cours de mon périple, « aujourd’hui il y a le Sida qui régule tout cela… ». Stupéfiant, non ?

Un petit peu d’eau rajoutée dans le radiateur de ma voiture, et je prends la route jusqu’à Kaélé puis Guider : là c’est vraiment le Sahel, on se croirait presque au nord du Mali, du Burkina Faso ou au Niger. C’est plat, quelques buissons secs sont la seule végétation, des troupeaux traversent quelquefois devant moi et je traverse de petits villages où survit une population bien islamisée. Mais que font-ils ? Allez, je vous explique, c’est comme cela un peu partout au Sahel : les femmes balayent, lavent, cuisinent, s’occupent des enfants, vont au marché, vendent, achètent, cultivent , etc… Les fillettes, même celles qui vont à l’école, font les corvées d’eau, transportant des bassines de plus de 10 kilos sur la tête souvent sur plusieurs centaines de mètres. Elles ramassent aussi du bois pour la cuisine ou pour revendre, s’occupent et portent les petits frères, pilent les grains, etc… Les garçons, eux, sont un peu plus scolarisés (soit le matin, soit l’après-midi, l’école étant parfois à plus de 10 km qu’ils parcourent à pied), mais doivent aussi ramasser du bois, cultiver, garder les troupeaux de zébus, de moutons ou de chèvres, etc… Et les hommes ? Bonne question… Les hommes, eux, en bons musulmans, vont prier à la mosquée 5 fois par jour : il faut y aller, se laver, bien se préparer, tout ça prend du temps. Puis ils palabrent, se reposent de leur nuit (évidemment, quand on a trois ou quatre femmes, ça peut être fatiguant), écoutent la radio, jouent, donnent les ordres : bref, ils ne font rien… Si, il faut que je sois juste avec eux, tout de même : ils s’occupent de la reproduction ! C’est pourquoi, lorsque je traverse n’importe quel village du Nord Cameroun, je souris (jaune) quand je vois tous ces hommes assis dans les rues sur leur natte, et qui ne font rien…

A Guider, je trouve une auberge, bien pourrie elle aussi, mais ça va, je commence à en avoir l’habitude !


Mardi, l’appel à la prière me réveille à 5H20. A moins qu’il ne s’agisse d’un âne qui hi-hanne (je sais, ce n’est pas comme cela qu’on dit…). Non, tout compte fait, c’est bien le muezzin, mais qu’est-ce qu’il chante mal ! Du coup je me lève et au petit jour je prends la mauvaise et jolie piste qui traverse Bourrha et m’emmène jusqu’à Rhumsiki, haut-lieu du tourisme camerounais : c’est vrai que la région est superbe, avec ses pics volcaniques surprenants et ses collines. Mais évidemment, ici encore plus qu’ailleurs, les enfants mendient de l’argent, des stylos ou des bonbons, et même des adultes s’y mettent, c’est un peu (beaucoup) exaspérant ! Je rencontre Don Quichotte, sans doute surnommé comme cela parce qu’il essaye de lutter contre les effets néfastes du tourisme : il a même écrit une petite, qu’il me joue, qui raconte l’histoire d’un enfant qui court toute sa vie après les cadeaux des Blancs et qui se retrouvent vieux et sans rien : c’est très réaliste et fort sympathique. Don Quichotte a aussi accueilli chez lui quelques orphelins qu’il envoie à l’école, nourrit et fait travailler aux champs. Puis c’est à quelques kilomètres de là que je vais passer la nuit, chez Martin, lui aussi un brave homme. Martin, lorsqu’il était enfant, a été sauvé d’une maladie par un Blanc et maintenant, adulte, il les accueille chez lui pour trois fois rien : trois boukarous sont plus ou moins aménagés, et un système de douche a même a été improvisé ! Mais c’est surtout de voir la vie authentique de cette famille qui est intéressant. Martin a trois femmes et bientôt treize enfants, deux étant enceinte : sa femme de 14 ans va bientôt accoucher, ainsi que sa seconde femme de 22 ans qui attend son sixième (ou septième ?) enfant : nous sommes en Afrique… A signaler encore que les femmes s’achètent, et pour les hommes d’ici, c’est cher : troupeaux, bijoux, argent…


Je passe une bonne nuit à Rhumsiki. Mon mini-ordinateur Psion est encore tombé en panne, pour la troisième fois, pourtant Dieu sait si j’en prends soin : c’est vraiment de la m….. Ce mercredi, Martin me prépare un bon petit déjeuner, les aînés sont partis tôt et à pied au collège, à 12 km. D’ici on peut observer un village du Nigeria, à quelques centaines de mètres. Martin, qui est guide, alpiniste mais aussi artisan sculpteur, me fait voir quelques pièces de son travail et m’offre un masque pour ma collection. J’accompagne un des petits jusqu’à l’école primaire, mais le maître est absent : il a une réunion aujourd’hui, mais n’a pas prévenu les élèves dont certains ont fait plusieurs km pour rien. Puis je rejoins Don Quichotte qui m’accompagne faire le tour de Rhumsiki. Je prends ensuite la piste de Mokolo, puis gravis le col de Koza : paysages de montagne, cases au toit plus pointu et, plus loin, des troupeaux puis des champs de coton. Je traverse Mora et c’est enfin le bitume jusqu’à Maroua, où je décide de garder le véhicule deux jours de plus pour aller vers le lac Tchad : le propriétaire viendra le récupérer à Kousseri, à la frontière Tchadienne. J’avais prévu d’aller au lac du côté tchadien, mais il paraît que c’est tellement difficile de circuler là-bas que je préfère changer mon programme. Nuit climatisée à Maroua.


Du coup, jeudi, je reprends la route vers le nord, retraverse Mora, longe le parc de Waza et aperçois le long de la route presque autant d’animaux que ce que j’avais vu dans le parc, notamment des Damalisques (antilopes). Toujours plus au nord, paysages de steppes et quelques petits étangs où s’abreuvent les troupeaux, appartenant aux Peuls ou aux Arabes Choas, ces derniers étant l’ethnie majoritaire de la région : les femmes sont superbes, avec leurs cheveux finement tressés et leur gros anneau dans une narine. Ici les cases ont le toit complètement arrondi.

Plus tard, au nord ouest de Maltam, la zone est vraiment aride et il fait très chaud, bien que ce soit la saison fraîche (en été, c’est plus de 40° à l’ombre, et comme il n’y a pas d’ombre…). Je passe la nuit à Makari, au bord du fleuve Serbewel, dans une auberge en construction sans électricité et fort poussiéreuse. Et la nuit ça va, il fait frais. Mais cette différence de température entre jour et nuit provoque souvent des gerçures chez les habitants, et je n’y échappe pas : mes lèvres me font souffrir.


Vendredi je me rends tout d’abord à Hilé Halifa, où j’espère voir le lac Tchad, mais ce n’est pas possible : j’apprends que tout le bord du lac est occupé par le Nigeria, alors que c’est en territoire camerounais. C’est le tribunal de La Haye qui s’occupe de ce litige, les Camerounais ne pouvant pas se défendre seuls, vu qu’il y a presque dix fois moins d’habitants au Cameroun qu’au Nigeria. Sur la piste ensablée de Blangoua, j’aperçois des enfants défilant devant leur école : ils répètent une parade pour la fête de la jeunesse, courant février. Blangoua est sur le fleuve Chari, que rejoins la Logone, à la frontière Tchadienne. J’ai de la chance, il s’y tient aujourd’hui le marché hebdomadaire, petit mais très haut en couleurs. Mais là-aussi pas moyen de voir le lac Tchad, que je ne connaîtrai donc pas. Lors de mon retour sur Makari, deux dromadaires broutent le long de la piste, les premiers que je vois ici. L’harmattan souffle et la chaleur aride est accablante, heureusement que j’ai prévu une bonne provision d’eau. J’arrive le soir à Kousseri, ville camerounaise poussiéreuse juste en face de N’Djamena, la capitale du Tchad. Là, le propriétaire de la voiture vient la récupérer, sans aucun problème, puis je passe une bonne nuit.


« Y’a pas l’argent !» : c’est un leitmotiv en territoire africain ; tout le monde a beaucoup de petits projets (souvent irréalisables ou non productifs), mais n’a pas l’ombre d’un franc d’économie. Donc on « cherche » l’argent (mais pas trop, quand même..).


Je passe finalement mon samedi à Kousseri, halte reposante d’une journée. Même si le vent souffle toujours, la chaleur est supportable. Devant l’auberge où je loge, un jeune tient un baby-foot à 50 centimes la partie, et j’en fais quelques-unes. Plus loin, un immeuble en construction est squatté par des enfants de la rue, qui sont une bonne vingtaine. Je pars au marché avec une jeune fille qui choisis pour moi des vêtements dans une friperie, puis, à midi, nous allons les distribuer à quelques enfants. J’offre aussi un repas (haricots ou lait et beignets pour 1,75 franc la part) à une vingtaine d’entre eux, et ils sont heureux. L’après-midi je bouquine, car il n’y a rien d’autre à faire ici, et le soir une fête est donnée dans le bar sous l’auberge. C’est un bal qui dure jusqu’à une heure du matin, la musique, locale, est bonne, mais en fait l’auberge sert aussi d’hôtel de passe… enfin je crois…


Ce dimanche matin, le vent est froid et la poussière insupportable. Je rejoins en moto-taxi le pont qui fait frontière avec le Tchad. Et là, sans doute, de nouvelles aventures m’attendent…
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