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16/02/01
Une heure et demi plus tard, à 20H30 ce samedi 10 février 2001, j’atterris au Congo qu’on appelle souvent Congo-Brazzaville, en opposition à la République démocratique du Congo (ex-Zaïre). Ah, c’est pratique deux pays qui portent le même nom ! Remarquez qu’il y a pire, la Guinée par exemple : Guinée-Conakry, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Nouvelle-Guinée...
Mais où est le Congo ? Bandes d’ignares... Le Congo est en Afrique Centrale, de part et d’autre de l’équateur, entre le Gabon (appartenant à Elf), le Cameroun, la Centrafrique, le Zaïre et l’Angola (en guerre civile depuis plus de 20 ans), avec une petite côte de moins de 200 kilomètres sur l’océan Atlantique. Ancienne colonie française, indépendant en 1960, il est grand comme la moitié de la France, avec ses 342.000 km2 et ses 2.600.000 habitants à peine (8 au km²) qui ont une espérance de vie de 51 ans et sont Bantous à 99%. Le PIB mensuel par habitant est de 330 FF, c’est peu, surtout que la vie ici est chère. La capitale, Brazzaville, sur le fleuve Congo, a été durant la seconde guerre mondiale la capitale de la France Libre. En 1998 la guerre y a éclaté et de nombreux bâtiments et hôtels ont été détruits: rebelles de l’intérieur, mais aussi tirs depuis Kinshasa, la capitale du Zaïre, juste de l’autre côté du fleuve à un kilomètre. Il faut savoir aussi que Kinshasa à elle seule compte presque 5 millions d’habitants, soit presque le double de toute la population congolaise ! Cela représente donc pour le Congo un risque non négligeable. Voilà, vous savez le principal sur ce pays...

Après les formalités d’aéroport, je prends un taxi qui me conduit au Centre d’accueil de la Cathédrale, où je trouve une chambre pas trop chère. Mais les bâtiments, tenus par le clergé africain, sont laissés à l’abandon et c’est bien dommage : manque de moyens ou je-m’en-foutisme ? J’y passe toutefois une bonne nuit.


J’assiste à la première messe du dimanche, célébrée par un jeune prêtre noir de 29 ans qui me paraît très bien. De plus une bonne chorale anime l’office. Puis je me rends dans le centre-ville, accompagné d’un Africain qui me guide : beaucoup de bâtiments sont en effet totalement détruits ou portent des traces de balles et d’obus. Kinshasa est bien visible de l’autre côté du fleuve, mais je ne sais pas si je pourrais m’y rendre... Nous buvons un coup avec un Français qui est ici pour quelques semaines, puis cherchons à louer un véhicule, car je veux me rendre à la mission de Linzolo, 35 km au sud de Brazzaville ; mais on me demande 600 FF pour 3 heures, ce qui est complètement exagéré. Je renonce, nous visitons le marché, puis retournons passer l’après-midi au centre d’accueil. Le temps est lourd et il fait chaud, même la nuit...


Lundi matin, le petit-déjeuner soi-disant préparé pour 7H l’est en fait à 8H30. Et le Père Jean qui m’a donné rendez-vous ne vient pas, je l’attends presque deux heures en vain et un peu désespéré. Puis je me rends à l’ambassade de France pour me signaler et demander des renseignements d’ordre sécuritaire et touristique : on me confirme que ce n’est pas folichon pour voyager ici, je vais galérer ; toutefois la ligne de train Brazzaville-Pointe Noire fonctionne et est sûre, même s’il y a souvent du racket à bord. Et à Pointe-Noire il faudra me méfier, car c’est assez dangereux dès la tombée de la nuit. « Y a t’il beaucoup de touristes au Congo ? », demandais-je bêtement. « Vous êtes le troisième depuis la fin de la guerre… ». Bon…

Vu que je ne peux visiblement pas voyager dans la région de Brazza, je décide de prendre le train de demain pour Pointe-Noire, si j’arrive à avoir une place (ce train ne fonctionnant que les mardis et jeudis…

La vie à Brazzaville est très chère, plus qu'en France pour un rapport qualité/prix beaucoup moins bon. En plus, comme le pays sort de la guerre, beaucoup d'organisations humanitaires sont sur place et cela fait flamber les prix!

A midi, je mange du crocodile (pour la première fois) et du manioc dans un restaurant de plein air, je n'apprécie pas trop. Puis, à la gare, j'apprends que le train Océan, direct pour Pointe-Noire, a été supprimé: ses wagons ont été récupérés pour les rames de train de marchandises, qu offrent peu de places aux voyageurs et ne sont pas directs (changement de train en pleine nuit en plein milieu du pays). Des centaines de gens attendent quelquefois depuis plusieurs jours pour avoir un billet, ils vivent sur le parvis de la gare. Quant à moi je renonce à ce voyage en train, vraiment trop risqué, et vais acheter un billet d'avion aller-retour, pas cher du tout, 700 FF, départ vendredi. Tant pis pour les paysages!

Je me promène ensuite parmi les buildings éventrés ou criblés de balle, face au fleuve, et il me prends l'envie de me rendre à Kinshasa (où paraît-il tout est calme) car je n'aurais sans doute plus l'occasion d'aller dans l'ex-Zaïre: l'ambassade est déjà fermée et l'immigration congolaise (car il faudra que je revienne ensuite à Brazza) m'envoie d'un bureau à l'autre avant de finalement me renseigner. Puis un peu d'Internet et c'est ainsi que l'après-midi se passe. Un peu de vent se lève en soirée et cela fait du bien. Seconde nuit au centre d'accueil où malheureusement les problèmes d'eau sont fréquents...


Mardi je suis dès 9 heures à l'ambassade de la République Démocratique du Congo: un formulaire, deux photos, des photocopies de mon passeport et 350 FF et j'ai mon visa deux heures après: un exploit, surtout en Afrique. Et les personnes qui s'occupent de moi sont en plus très sympathiques. Du coup, dès 13 heures, je suis sur le port, appelé le Beach, où une foule de gens, petits marchands, mendiants, handicapés et, sans doute voleurs, n'inspire pas confiance, loin de là. Quelques tracasseries policières et me voilà embarqué sur une vedette de 20 passagers: une petite demi-heure après, je débarque à Kinshasa, sur l'autre rive du Congo, appelé ici le Zaïre. Là, je remplis les formalités d'usage et cela se passe bien, mais c'est aussi une cohue pas possible dans le port, avec des jeunes escaladant les murs d'enceinte, des vigiles les fouettant, pas très sécurisant non plus tout ça... Puis je vais au Centre d'Accueil Protestant, qui offre des chambres ventilées et bien propre, avec une salle de bain pour deux chambres, dans un endroit agréable, un peu retiré et où la sécurité semble régner. Quand je dis "offre", ce n'est pas tout à fait vrai: cela coûte tout de même 140 FF la nuit, ce qui est cher pour ici.

L'après-midi, je me promène en ville à pied: c'est assez propre, vert et presque agréable, mais il fait chaud et humide. Kinshasa n'a pas été touchée par la guerre: rappelez-vous, en mai 1997, l'armée du général Laurent-Désiré Kabila avait été accueillie par la population en liesse, ce dernier les délivrant de la dictature de Mobutu.


C'est le moment de mon petit paragraphe historique sur la République Démocratique du Congo, ex-Zaïre. La RDC est un pays immense de 2.345.410 km², plus de 4 fois la France, en grande partie recouvert de forêts et de zones inaccessibles. 47 millions de personnes y vivent, plus de 200 groupes ethniques différents. Le PIB mensuel par habitant est de 250 FF. Entourés par le Congo-Brazzaville, la Centrafrique, le Soudan, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et l’Angola, la guerre civile est latente et les rebelles du nord aidés par l’Ouganda et le Rwanda, menacent toujours de descendre sur la capitale. Ce pays fut d’abord dès 1880 la propriété personnelle de Léopold II, roi de Belgique, qui y réduit le peuple en esclavage, faisant des centaines de milliers de morts (travail forcé, punitions...). Puis il fut une colonie belge, le Congo Belge, jusqu’à son indépendance en 1960. En 1965, le général Mobutu pris le pouvoir et rebaptisa le pays Zaïre. Sa dictature fut sans merci et, à l’image de la plupart de ses confrères africains, il s’enrichit par millions de dollars. Laurent-Désiré Kabila le destitua en mai 1997, grâce à son armée composée de nombreux enfants-soldats kidnappés dans les écoles, souvent violés et drogués, mais il n’alla évidemment pas vers la démocratisation annoncée, bien qu’il changea le nom du pays en République Démocratique du Congo. Ce n’est aujourd’hui ni une république ni une démocratie. Une preuve ? A la suite de son assassinat le 16 janvier 2001, son fils de 29 ans, le général Joseph Kabila, prit le pouvoir sans élection aucune. Le pire c’est que la France, en le recevant avec les honneurs, a reconnu cet état de fait ! Incroyable ! Quelle honte pour notre pays soi-disant si attaché au droit de l’homme... Bref, un deuil national d’un mois est en cours et, autre exemple de liberté, seule la musique religieuse est autorisée durant ce temps : si on vous attrape à écouter d’autres musiques, c’est la prison ! Que va devenir ce pays ? Joseph Kabila n’a fait aucune étude et n’a certainement pas l’expérience pour le diriger : un autre assassinat ou coup d’état me semble inévitable dans les prochains mois...

Que dire d’autre sur ce pays ? On ne peut évidemment pas y voyager facilement, puisqu’il est en guerre civile. Par contre, un bon point : il regorge de bons musiciens et chanteurs, connus dans le monde entier pour leurs musiques rythmées.

Mais revenons à Kinshasa... Comme je l’avais dit plus haut, cette ville compte presque 5 millions d’habitants, soit le double de toute la population du pays voisin le Congo ! Elle s’appelait auparavant Léopoldville, du nom du roi qui en était propriétaire. La capitale connaît en ce moment un gros problème, la pénurie de carburant: il est presque impossible de trouver un taxi et, lorsque finalement un véhicule s'arrête, les gens se battent littéralement pour pouvoir y entrer et s'y entasser, c'est de la folie; certains rentrent par les fenêtres ou la malle arrière, c'est inimaginable!

Lors de ma balade, je rencontre un jeune Français sympa qui vient d’installer une boucherie-alimentation dans le centre (quel courage !), avec qui je discute un moment et qui me donne quelques tuyaux. Autrement, de nombreux enfants des rues mendient et vous suivent constamment, c’est fort désagréable, mais que faire ? Il faut les comprendre, ils crèvent de faim... Et, juste avant la nuit, je rentre au centre pour me reposer.


Mercredi, je me réveille avec le chants des oiseaux, nombreux en ville, c’est sympa. Puis je passe ma journée à vadrouiller, la plupart du temps à pied. Je visite notamment le tout petit musée national, où je suis bien accueilli : les objets y sont exposés par thème, la liberté, la famille, la prière, la défense, etc... Très dirigé, quoi !

En pleine journée, de nombreux enfants dorment sur le trottoir devant les magasins, inimaginable ! En plus la vie ici est chère, même si elle l’est un peu moins qu’à Brazzaville. Et la dévaluation de la monnaie est constante, il vaut mieux changer son argent au jour le jour. La grande mode, comme à Brazza, est le téléphone portable : mais comme il y a trois réseaux qui ne sont pas compatibles entre eux, nombreuses sont les personnes qui se déplacent avec trois téléphones différents. C’est dingue, non ? Et puis, dans un bar, un panneau m’a amusé : « Mieux vaut être saoul que con. Ca dure moins longtemps... ». Autre chose de moins amusant : la Sabena avertit par une affiche en vitrine que la police de l’aéroport confisque pour contrôle toutes les pellicules photo non développées (c’est ça la liberté !).

Après cette journée de flânerie, je retourne au Centre Protestant pour y passer ma seconde nuit, après avoir discuté un bon moment avec une jeune fille, Blanche neige, étudiante mais tenant le reste du temps un étal de fruits, bonbons, cigarettes et autres bricoles. Il faut reconnaître que beaucoup de gens ici sont cultivés et très sympathiques.


Jeudi matin, je trouve une voiture qui m’accompagne jusqu’au Beach : formalités diverses, policiers qui demandent bière ou coca, sourde oreille de ma part, problème avec mon appareil photo dont on veut confisquer la pellicule, discussion et finalement embarquement pour Brazzaville dans une cohue indescriptible mais sans trop de problèmes. En attendant le départ du bateau, j’assiste dans le port à un spectacle peut ordinaire (que je m’abstiens de photographier) : des jeunes, presque des enfants, escaladent un mur pour rentrer dans l’enceinte portuaire, un vigile les laisse descendre, puis les bastonne après les avoir obligés à se déshabiller presque complètement. Ca frappe sec, ça crie, le sang coule et les jeunes ont toutes les peines du monde à regrimper le mur dans l’autre sens. Dans le bateau, les gens regardent mais restent impassibles : ils me disent que c’est monnaie courante ici et ils trouvent même cela normal. Remarquez que lorsque on bat à mort un enfant qui a volé un pain ou qu’on passe un pneu arrosé d’essence enflammée autour du coup de quelqu’un qui peut ressembler à un rebelle, comme cela, sans jugement, on peut s’attendre à tout... Mais comme je le disais hier, les Kinois sont sympathiques malgré tout...

Retour à Brazzaville, formalités vite réglées, et je rejoins le Centre d’accueil de la Cathédrale, où je passe l’après-midi à flâner et lire. Il n’y a pas d’eau depuis trois jours, mais je réussis à avoir un seau à demi-plein pour me laver. Coupure d’électricité durant une ou deux heures aussi... C’est l’Afrique, et c’est moi qui ai voulu y venir, non ? Nuit reposante, malgré un bon rhume qui m’ennuie depuis deux jours...

22/02/01
Vendredi matin, je m’envole donc vers 10 heures pour Pointe-Noire et l’avion russe qui m’emmène met 1H15 pour arriver à destination, là où d’autres avions mettent 45 minutes. Pointe-Noire est une ville qui me semble plus grande que Brazzaville, en tout cas elle compte de nombreux expatriés Blancs et Ouest-Africains venus gonfler les rangs des Ponténégrins. En effet c’est ici que se concentre l’activité économique du pays, notamment les exploitations pétrolières (Elf et Agip principalement). Située sur l’océan Atlantique, elle attire (ou plutôt attirait avant la guerre) les touristes grâce à ses belles plages de sable fin et son environnement agréable : palmiers, forêts, gorges, petits villages…, mais la ville quant à elle n’a aucun intérêt. Elle n’a que peu été touchée par la guerre et de nombreux déplacés de Brazzaville se trouvent encore ici. La frontière de l’Angola ne se trouve qu’à une trentaine de kilomètres au sud, et celle du Gabon à 120 au nord.

J’ai un peu de mal à trouver un hôtel, et finalement descends au Ndé, un petit hôtel à 180 FF la chambre climatisée avec télévision. L’après-midi je me rends au quartier des pécheurs Béninois, à quelques centaines de mètres de l’hôtel : gigantesque bidonville, ruelles boueuses, pirogues sur la plage et beaucoup de vie… Puis je parcours le centre-ville et vais me faire enregistrer au consulat de France, mesure de sécurité obligatoire ici. Soirée à l’hôtel, où la douche ne fonctionne pas, où la télé capte assez mal les quatre chaînes disponibles, mais je suis content tout de même de suivre TV5. Et la nuit l’hôtel s’avère finalement un lieu de passe, je suis réveillé plusieurs fois par des gens ivres et des femmes qui crient…


Payer ce prix pour mal dormir, je suis assez furax samedi matin, surtout que la télé ne fonctionne plus du tout, et je décide de changer d’hôtel. J’ai de la chance, le centre d’accueil protestant a une chambre qui s’est libéré, et je peux emménager dans un endroit propre, ventilé, où la douche (commune) fonctionne et qui ne coûte que 76 FF. Une aubaine!

Le temps est gris depuis plusieurs jours, avec des apparitions de soleil de temps en temps. Un taxi m’emmène pour peu jusqu’à Djeno, à une vingtaine de kilomètres au sud, où le musée est fermé. De là je rejoins à pied, par une piste impraticable pour les 4x4, la plage de Mvassa, située à plus d’une heure de marche. L’endroit est sympa et seuls quelques cabanons de Blancs bordent la plage déserte. Je me baigne et bouquine, et en fin d’après-midi des Italiens qui avaient finalement réussis à passer avec leur Mercedes tout-terrain me raccompagnent en ville. Nuit agréable cette fois-ci…

Papa Didier, papa Didier ! C’est ainsi que m’appellent quelques enfants des rues rencontrés hier et à qui j’avais offert un repas. Ils sont plusieurs centaines dans cette ville, beaucoup étant venus de Brazzaville pour fuir la guerre en 1997, ayant fuis gratuitement par le train et n’ayant jamais pu trouver l’argent pour retourner chez eux. Une association avait été créée par des Blancs pour s’en occuper, mais les responsables ont dû fuir précipitamment l’an dernier, ayant semble t’il reçu des menaces du gouvernement congolais. Bref, plus personne ne s’occupe d’eux aujourd’hui et, pour survivre, les enfants lavent des voitures, mendient, ou volent (« mais est-ce vraiment du vol que de voler du pain ? »). Toutefois l’Unicef semble vouloir monter un projet pour eux, mais comme c’est une administration, je pense que les résultats seront faibles…
J’accompagne un groupe de trois enfants inséparables pour les vêtir au marché, avec des « fripes », c’est à dire des vêtements utilisés dont les Européens ne veulent plus ; j’achète par exemple pour l’un d’eux un Jean‘s pratiquement neuf pour 3 FF !! Nous petit-déjeunons puis prenons un taxi pour les Gorges de Diosso, un bel endroit où les murailles de terre rouge contrastent avec le vert des arbres. A pied nous rejoignons ensuite à 40 minutes de là le village côtier de Matombi, en traversant à ma grande surprise un terrain de Golf 18 trous fréquentés par les Blancs, surtout aujourd’hui dimanche. Nous nous baignons puis pique-niquons avant de rejoindre par la plage Loango, un autre village où nous pouvons trouver un taxi pour nous ramener en ville. Je rentre alors me reposer dans ma chambre, car j’ai mal au dos et j’ai, de plus, attrapé des coups de soleil. Je m’endors rapidement, après avoir passé finalement une bonne journée.


Ce lundi matin les enfants m’attendent pour le petit-déjeuner : ils sont fatigués, ayant très peu dormi car la police les pourchasse pratiquement chaque nuit et les bat souvent… Justement un fourgon de police arrive et les enfants s’enfuient en s’éparpillant de tout côté. Seul Gaétan, malade, reste à côté de moi, puis va s’endormir plus loin sur un trottoir protégé par un petit toit, et allongé sur un carton. C’est là que je le retrouve vers 14 heures et, après un petit repas bon marché, je l’emmène chez une femme médecin français : Gaétan a du pus qui coule de ses oreilles depuis presque trois ans et le médecin prescrit des médicaments, tout en me faisant payer le prix fort de la consultation alors qu’elle sait qu’il s’agit d’un enfant de la rue et que je suis un touriste de passage. En plus les médicaments ne sont pas donnés non plus, j’en ai pour presque 400 FF au total, plus que le salaire mensuel moyen d’un Congolais. Comment voulez-vous alors que ces gens-là se soignent ?

Je me promène en ville le reste de l’après-midi, rencontre le directeur d’une petite compagnie d’aviation pour lui parler des enfants de la rue et je tombe bien, car sa femme connaît le sujet. Du coup, en téléphonant à droite et à gauche, il peut me donner beaucoup de conseils et des noms de personnes à contacter. Puis, comme j’ai toujours mal au dos, je rentre me reposer assez tôt. Et puis vers 19 heures l’orage éclate : éclairs, tonnerre, pluie diluvienne, et cela dure toute la nuit. Je dors assez mal en pensant aux enfants qui, eux, dorment sans protection dans la rue… Suis-je trop sentimental ?

Mardi matin, il pleut toujours un peu, et je retrouve les trois petits vers 9 heures. Je note les coordonnées de leur famille à Brazzaville, afin d’y faire effectuer des recherches en vue de leur éventuel rapatriement. Avec eux, je rencontre de nouveau la personne d’hier et sa femme, nous téléphonons à un prêtre de Brazzaville qui s’occupe des enfants avec lequel je prends rendez-vous pour le lendemain. Je paye trois billets d’avion à moitié tarif (aide généreuse du directeur) au cas où les enfants seraient rapatriés plus tard. Sinon, cela servira à d’autres. La femme du directeur garde tout le dossier et me tiendra au courant d’ici quelques mois, le temps que cela se fasse.

La pluie s’est arrêtée, je vais partager un dernier repas avec les enfants puis rejoins l’aéroport en début d’après-midi. Le vol est turbulent, extrêmement turbulent : très vite l’avion fait à plusieurs fois des embardées et plonge de plusieurs dizaines de mètres, on se croirait au grand huit, mais en pire. Les femmes, et même les hommes, tous africains, hurlent, pleurent, prient et en appellent à Dieu et Jésus en levant les bras. Certains chantent des cantiques religieux, d’autres lisent la Bible, c’est un spectacle que je n’ai jamais vu, incroyable : ce n’est que lamentations durant tout le voyage et je dois dire qu’à plusieurs reprises je n’en mène pas large moi non plus, mais je ne pense pas que les prières puissent y changer grand chose. Finalement nous atterrissons avec 20 minutes de retard, le pilote ayant dû faire un détour, et les gens applaudissent et remercient Dieu. Moi aussi, finalement…

Et c’est vraiment avec joie que je retrouve un peu plus tard, sous la pluie, la Mission Catholique et ses chambres mal entretenues…

Mercredi il ne pleut plus, tant mieux. Comme je n’ai rien de mieux à faire, je passe la matinée à saisir un courrier pour le guide Lonely Planet, ainsi que ce compte-rendu. Puis je me rends à l’aéroport confirmer mes vols sur Douala et la France, mais l’informatique est en panne. ET, en revenant de là-bas en taxi, la rue est bouchée par des centaines d’élèves qui fuient : ils racontent que le quartier de Bacongo vient d’être attaqué par les rebelles « Ninja » et que de nombreux coups de feu sont tirés. Le taxi rebrousse chemin et rejoint la Cathédrale par une autre rue. L’après-midi j’apprends finalement qu’il ne s’est rien passé de spécial ce matin , les élèves se sont affolés pour rien. Cela vaut mieux comme cela...

Je rencontre ensuite le prêtre qui s'occupe des enfants de la rue et lui confie les coordonnées des trois garçons. Il pense pouvoir me tenir au courant avant mon départ vendredi et m'invite d'ailleurs à visiter son centre ce jour-là.
Je discute un peu plus tard avec un réfugié Tutsi du Zaïre, un homme d'une quarantaine d'année d'une grande culture, qui a vécu 17 ans à Kinshasa et a du fuir pour ne pas subir le triste sort de certains de ses compagnons: brûlé vivant avec un pneu enflammé autour de la taille ou du cou. Je l'ai aidé à contacter sa sœur par E-mail afin qu'elle lui fasse parvenir un peu d'argent. Le Canada a en effet affrété deux avions-charters pour accueillir les réfugiés Tutsis chez eux, mais il demande une participation de 200 dollars par personne, ce qui représente plus d'un an de salaire ici. Et comme mon nouvel ami a tout perdu dans sa fuite (de nuit, et déguisé en pêcheur...) et n'a pas de travail...
Seconde nuit à la Mission.


Jeudi matin, c'est avec un autre réfugié Zaïrois que je discute: lui vient du centre du pays et était dans l'armée au temps de Mobutu. A l'arrivée au pouvoir de Kabila, il a du fuir son pays avec sa femme et ses trois enfants pour ne pas être massacré. Ici, il vend des cuisses de poulet qu'il grille au feu de bois: cela lui rapporte quelques francs par jour, même pas de quoi nourrir sa famille. Et il attend depuis longtemps son statut de réfugié politique! Hier c'était le Père qui critiquait l'action complètement inefficace de l'Unicef, aujourd'hui c'est ce réfugié qui de la même façon me parle du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés); ici, tout le monde est du même avis: les Blancs et les Africains qui travaillent pour l'ONU ne sont là que pour "bouffer l'argent" et ne font rien de bon... Que c'est triste! Mais aussi, comment peut-on compter sur des fonctionnaires pour faire ce genre de travail!

Comme je n'ai rien d'autre à faire, puisqu'il m'est impossible de visiter les environs, le prix des taxis étant excessif, je passe ma journée à me promener aux abords de la cathédrale, à discuter à droite et à gauche (j'ai sympathisé avec beaucoup de gens ici), à bouquiner, je fais une sieste et, l'après-midi, je vais rapidement au centre-ville, à 10 minutes, pour acheter trois livres en solde dans une librairie.

Depuis hier je ne sais pas ce que j'ai, je suis fatigué: jambes lourdes, mal de tête, sueurs et tendance à sommeiller. Inactivité, crise de paludisme ou autre virus? Dès mon retour en France, je ferai quelques examens.
Je me couche tôt, mais lis jusqu'à 23 heures.

25/02/01
Vendredi matin, je me rends à "L'Espace du Père Jarrot" afin de visiter ce centre d'accueil réservé aux enfants de la rue de Brazzaville. Plus tard, avec un réfugié Zaïrois, je rencontre le responsable religieux du CEMIR (Commission Episcopale pour les Migrants et les Réfugiés) qui travaille en partenariat avec le HCR de l'ONU: il me parle de leurs difficultés (faux réfugiés, abus de toutes sortes) qui les obligent à être plus lents dans l'établissement des dossiers et les vérifications, ceci au détriment des vrais réfugiés.

Aujourd'hui, il fait vraiment chaud, une chaleur moite. Et l'après-midi, je suis heureux de quitter ce pays pour rejoindre Douala.
Alors, le Congo? Pas facile à visiter, et peu intéressant du point de vue touristique. Et, en guise de conclusion, je vous rapporte ces paroles d'un chauffeur de taxi: "Notre pays, le Congo, est très riche: nous avons de l'or, des diamants, du pétrole, des bois rares, du poisson en abondance et des terres agricoles fertiles. Mais à qui cela profite t'il? Pourquoi le peuple reste t'il si pauvre? Ce sont les grandes compagnies internationales et nos dirigeants qui pillent le pays et s'enrichissent sur notre dos…". Bonne analyse, et tout le monde en est conscient, mais les gens ont peur d'exprimer leurs opinions. Dans les "républiques" d'Afrique Centrale il est si facile de "disparaître"…


Vol sans problème, et j'atterris à Douala un peu avant 18 heures: la température annoncée est de 33°. Je passe tout d'abord voir Ricardo, l'éducateur de rue, et j'apprends avec satisfaction qu'Ayo, l'enfant de la rue dont je vais financer le rapatriement chez lui, est maintenant retourné au Foyer et va à l'école. Puis je vais rejoindre chez eux mes amis les Frères des Ecoles Chrétiennes, où je passe une nuit enmoustiquée: les moustiques résistent maintenant au Baygon, c'est fou, non? Par contre la climatisation est très agréable, et puis c'est propre, ça me change de Brazza…


Samedi, je rencontre, accompagné de Ricardo, le père Georges dans sa paroisse: il supervise de loin le travail de Ricardo et connaît bien le milieu associatif qui s'occupe des enfants de la rue. Puis je discute avec un autre prêtre à qui je confie l'argent pour le rapatriement d'Ayo et le financement d'une année de scolarité.

Je passe l'après-midi à la piscine (que c'est agréable!), et rejoins l'aéroport dans la soirée. L'avion pour Bruxelles décolle comme prévu à 1 heure du matin. Arrivée à 8 heures, correspondance avant 10 heures, et à midi j'arrive à Marseille, enfin, où une bonne surprise m'attend: ma maman est venue m'accueillir!


Voilà un voyage quelque peu difficile qui se termine…


- F I N -



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