Bulletin n° 2 février 2012








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Association des Amis du

Centre d’Études Alexandrines — Île-de-France

Bulletin n° 2 - février 2012



Le mot du président

Albert Prévos

Pour la deuxième livraison de notre bulletin, nous avons choisi de vous faire vivre, racontée par lui-même, l’originale et spectaculaire expérience conduite par André Pelle, ingénieur de recherche au CNRS, membre de l’équipe du Centre d’Études Alexandrines, dans les catacombes de Kôm el-Chougafa à Alexandrie. Vous y verrez comment les découvertes scientifiques les plus avancées, en l’occurrence dans le domaine de la photographie, peuvent apporter une contribution déterminante aux études archéologiques et leur ouvrir des perspectives jusque là insoupçonnées.

Nous pourrons revenir sur ces travaux et l’actualité des recherches menées par le CEAlex lors de notre prochaine assemblée générale, le 10 mars prochain, autour de Jean-Yves Empereur et Marie-Dominique Nenna.

Je remercie enfin ceux qui ne l’auraient pas encore fait, de ne pas oublier de renouveler leur adhésion : notre association ne vit que des cotisations de ses membres.



La situation en Égypte

Jean-Yves Empereur

Alexandrie, le 19 février 2012

Les archéologues du Centre d’Études Alexandrines ne sont pas isolés sous leur tente dans le désert, mais ils vivent au milieu de la ville, ils en sentent les pulsations au quotidien. Si je donne la date du jour, c’est que tout évolue si vite en ce moment dans notre vie égyptienne !

Nous avons un nouveau parlement, bientôt un président élu qui mettra en place ‘son’ gouvernement, etc. De son côté, le nouveau Gouverneur d’Alexandrie essaie de reconstruire à l’identique le gouvernorat qui avait été entièrement détruit par le feu le 28 janvier 2011, mais il se heurte à une vive opposition des Inspecteurs du Conseil Suprême des Antiquités : ils voudraient que ce terrain soit rattaché au Musée gréco-romain qui le jouxte.

C’est l’un des enseignements des événements de 2011 : la libération de la parole. Le citoyen égyptien, l’employé, donne son avis et émet de la voix, chose impensable jusqu’en 2010. Il ose ! Peut-être que cet élan populaire aura raison sur le destin du gouvernorat et que nous vous annoncerons bientôt les résultats d’une fouille archéologique sur ce terrain stratégique, sur le flanc sud de la Voie canopique…



Assemblée générale de l'ACEA-ÎdF

Samedi 10 mars 2012 à 10 h

Amphithéâtre de l’université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle - 5 rue de l’école de médecine - 75006 Paris
Avec la participation de Jean-Yves Empereur, suivie d’une conférence de Marie-Dominique Nenna,
« Le verre dans l’Égypte gréco-romaine . Des ateliers de verre brut aux produits de luxe. »

Depuis une quinzaine d’années, l’étude du verre antique a fait des progrès considérables aussi bien dans le domaine des conditions de production, que dans celui des objets finis, vaisselle de table, flaconnage et petit mobilier. On a en effet reconnu que les tâches de production se divisaient en deux étapes avec d’un côté les ateliers dits primaires qui produisent la matière brute à partir de deux composants, le sable et le fondant, principalement le natron, cette soude minérale exploitée en Égypte, et de l’autre les ateliers dits secondaires qui refondent le verre brut pour en faire des objets.

Jusque vers les années 30 av. J.-C., production du verre brut et production d’objets finis restent l’apanage de la partie orientale de la Méditerranée. Avec l’invention du verre soufflé, d’objet de luxe, le verre devient un matériau commun et la diffusion de la technique elle-même s’opère dans l’ensemble de l’Empire. L’Égypte joue un rôle important dans l’histoire de ce matériau, aussi bien comme centre de production de matière brute, que comme centre d’élaboration de techniques raffinées.

Les récentes fouilles dans le Wadi Natrun à mi-chemin entre Alexandrie et le Caire montrent que l’on a fabriqué du verre brut en Égypte dans des fours à réverbère de grande taille dès le début de l’époque impériale, en des volumes inconnus jusque là. Dans les ateliers secondaires, à côté de verreries communes, on produisait des verreries de luxe aux techniques traditionnelles (verre mosaïqué) ou nouvelles (verre gravé, verre peint) qui ont été exportées dans l’ensemble de l’Empire.



Conditions d'une découverte à tiroirs
André Pelle

Je croyais que l’on avait tout dit d’elles, que les re-photographier ne nous apporterait rien de plus ! Leur histoire avait été écrite ! Pourtant en 2011, lors d'une nouvelle campagne de prises de vue, sur les peintures invisibles des catacombes de Kôm el-Chougafa à Alexandrie en Égypte, nous parvenons à faire ressortir l'intégralité des scènes mythologiques de cette tombe gréco-romaine et à obtenir une finesse dans la définition de nos images au point de voir, sous le léger voile recouvrant sa nudité, les pointes des seins de la déesse de la beauté.

Cette avancée complète et modifie les interprétations antérieurement écrites sur ces scènes. Elle ne fut possible que par l'élaboration d'une méthode innovante de décomposition des couches chromatiques d'images numériques réalisées sous ultra-violet. Nos investigations mettent en évidence que cette méthode de modification des images numériques est également valable pour faire ressortir des images invisibles réalisées sous lumière blanche.

C’est en 1996, que pour la première fois, nous sommes descendus dans les catacombes avec de la lumière noire. Quelques années avant il s’était passé dans cette antique nécropole un étrange phénomène, un changement d’hygrométrie modifia l’apparence des parois d’une tombe révélant les traces d’une fresque jusqu’alors inconnue1.

Jean-Yves Empereur qui fut le premier à constater ce phénomène en dit ceci :

« On a pu distinguer au-dessus d’un sarcophage deux registres superposés : en haut, une momification d’Osiris… un lit en forme de lion, Isis et sa sœur Nephtis aux cotés d’Anubis. Une seconde scène, au-dessous, mérite qu’on s’y arrête. Elle comporte trois personnages aux gestes rapides, avec des plissés de vêtements qui virevoltent ; l’un d’entre eux est une femme casquée brandissant une lance et un bouclier ; sans nul doute il s’agit d’Athéna. C’est donc une peinture grecque. Bien que les figures fussent très floues, je parviens peu à peu à distinguer encore deux autres femmes : serait-ce un jugement de Pâris ? On sait que, selon la mythologie grecque, Athéna, Héra et Aphrodite s’en seraient remises au verdict du jeune berger troyen pour désigner la plus belle d’entre elles ; le choix qu’il fit d’Aphodite provoqua le ressentiment des deux autres déesses et déclencha la guerre de Troie. Que venait faire cet épisode, sans lien avec le culte funéraire, dans cette tombe ? »2.

L’utilisation de la lumière noire, allait apporter une réponse.



Vue de la tombe en lumière normale Vue de la tombe en lumière noire

Quand Jean-Yves Empereur me demande d’intervenir sur cette tombe, il m’avoue l’échec des prises de vues infrarouges qu’il vient de faire réaliser. Je propose l’exploration de l’autre côté du visible, l’ultraviolet. Ou plutôt l’utilisation de la lumière noire pour tenter de provoquer une fluorescence.

Le Centre de recherche et de restauration des Musées de France (C2RMF), déconseille l’utilisation des lampes de Wood, qui selon lui ont un trop fort dégagement thermique pour être utilisées sur les œuvres d’art, il préconise l’utilisation de néons recouverts d’un filtre qui retient de l’intégralité du spectre les couleurs ayant une longueur d’onde supérieure au violet. Ces néons, d’apparence noire, sont couramment vendus dans le commerce. Ils sont, entre autres, utilisés dans certaines boîtes de nuit afin de provoquer des effets de lumière. On les trouve également, discrètement utilisés, chez les commerçants pour la détection des faux billets. Leurs radiations ont pour effet d'exciter la propriété de certains corps à émettre une fluorescence lumineuse. D’autres corps y resteront insensibles.

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1 « Ce n’est qu’en 1993 que Jean–Yves Empereur découvre la scène grecque de la tombe 1 : des infiltrations d’eau très importantes se sont produites dans la nécropole ; l’eau est montée dans le tombeau principal jusqu’à mi-hauteur des sarcophages et, de façon générale, l’humidité a considérablement augmenté dans l’ensemble des catacombes. Elle a eu pour effet de faire apparaître une partie des peintures effacées. »

2 Alexandrie redécouverte  par Jean-Yves Empereur en 1998 aux éditions Fayard-Stock.

Des Grecs à nos jours, un lent processus de vieillissement a altéré les peintures murales des tombes de la nécropole de Kôm el-Chougafa. La coloration des pigments s’est lentement estompée et les peintures ont basculé dans l’illisibilité. Tombée dans l’oubli, la nécropole sera redécouverte au début du XXe siècle.

Les relevés de cette époque donnent comme difficilement identifiables les décors de la tombe que nous étudions maintenant. Elle reste invisible aux nouveaux visiteurs.



À quelques mètres de là, une autre tombe reprend la même architecture. Bloqués entre trois murs creusés d’environ deux mètres cinquante de haut, les sarcophages, situés au niveau du sol, sont relevés par une marche. Un plafond ferme le haut, l’ensemble semble enduit de blanc. Le tout est plongé dans une semi obscurité.

L’obscurité la plus complète possible est indispensable à la réalisation de ces photographies. Seul un très haut puits de lumière vient légèrement éclairer la salle de Caracalla des catacombes de Kôm el-Chougafa. Il ne nous sera pas difficile de l’obstruer. Je porte le tube de lumière noire en main. Nous sommes plongés un moment dans l’obscurité complète, quand j’allume l’interrupteur du néon.
Tombe n° 2

C’est probablement Victoria, une jeune fille de dix ans, qui eut la plus grande émotion. Elle se tenait à côté de nous le regard porté vers le haut lorsque s’illumina devant elle un plafond couvert d’oiseaux de guirlandes et de fleurs.

Ce plafond était couvert d’oiseaux, en son centre un paon, des guirlandes et des fleurs, des canards des coqs et des pigeons.

Nous sommes restés un moment subjugués par l’apparition.

Détail du plafond




D’infinis détails se révélaient soudain à nos yeux. Bien sûr Athéna était bien là mais également Artémis, Aphrodite et Eros… Sur la scène pharaonique, la fluorescence nous permit d’apercevoir les traits du visage du mort momifié.






La tombe voisine, malgré l’hydratation de 1993, semble n’avoir jamais été décorée de peintures Ces parois murales restent blanches ! Pourtant sous ultra-violet, il se produit le même miracle3.

Sur le mur de face est représentée une momification d’Osiris, un lit en forme de lion, Anubis, un corps d’homme et une tête de chien, pose sa main droite sur la poitrine de la momie, Isis et Nephtis protège le défunt de leurs bras ailés levés.


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3 La cinéaste égyptienne Asma El-Bakri parla d’un phénomène inverse de celui rencontré par les archéologues dans le film de Fellini, Fellini Roma. Dans cette Rome moderne, les peintures murales disparaissent définitivement sous les yeux des archéologues ; ici en 1996 à Alexandrie, c’est l’inverse qui se produisit.



La scène inférieure est grecque. On y retrouve, disposés de la même façon : Athéna, Artémis, Aphrodite et Eros, sous la flèche d’Eros, se trouve Hadès.

Aphrodite et Eros

Enlèvement de Perséphone

Guidant un char, tiré par quatre chevaux lancés au galop, il enlève Perséphone4.



La fluorescence de ces peintures peut s’expliquer simplement. Nous avons affaire à deux matières différentes, le support et les pigments. Les pigments de peintures se sont altérés, leurs couleurs et densités ont rejoint celles du support. Ils sont comme effacés. Blanc sur blanc, on ne voit que du blanc. Pourtant les différences de matière existent et leurs réceptivités à l’ultraviolet sont différentes. Écrivez, avec un crayon blanc, sur une feuille de papier blanche. Votre texte restera invisible ! Vous pourrez le lire à l’aide des ultraviolets. La difficulté sera de photographier ce texte, nul photocopieur n’y parviendra ! Un appareil photographique classique ou numérique peut faire l’affaire. Il conviendra de disposer devant l’objectif le filtre 2E de façon à couper tous les ultraviolets en excédent qui surexposent la pellicule argentique ou donnent une image numérique illisible par trop de colorations violettes. Au regard de sa courbe de transmission, ce filtre s’apparente au filtre anti UV. Cela peut paraître paradoxal ! Mais c’est bien un filtre anti-ultra violet qu’il vous faudra utiliser pour faire une photographie correcte de la fluorescence provoquée par les UV. Cette image, invisible, devenue visible se situe dans la zone du spectre que l’œil perçoit. Vous prendrez garde également à la pose. Il vous faudra poser votre appareil photographique sur un pied, car par tâtonnement, vous définirez progressivement une exposition correcte qui durera plusieurs secondes. La rapidité du capteur restera près de 100 iso.

Si photographier l’invisible, c’est tenter de capter l’image provoquée par des radiations spectralement décalées de la vision humaine ! Nos investigations archéologiques peuvent alors se multiplier. Nous pourrions par exemple retourner à Kôm el-Chougafa et tenter de photographier une autre fluorescence qui se situerait selon Kodak dans les infrarouges à 830 nanomètres. Cette autre fluorescence serait donc invisible et pour l’enregistrer il faudrait utiliser de la lumière noire avec un film infrarouge et un filtre coupant la longueur d’onde inférieure à 830 nanomètres5.

Plus de 10 ans après notre découverte à Kôm el-Chougafa, Kodak a arrêté toute fabrication de ses films argentiques infrarouges, mais tous les capteurs de nos appareils numériques sont sensibles au-delà du visible! D’une part, les fabricants ont souvent disposé un filtre anti-ultraviolet en amont du capteur, ce qui nous permet de réaliser des prises de vue de la fluorescence UV sans le filtre n° 2E et d’autre part, les fabricants ont systématiquement disposé devant le capteur un filtre anti-infrarouge, ce qui nous interdit l’accès aux prises de vue dans l’infrarouge ! Enlever ce filtre devant le capteur de nos appareils numériques est une opération très délicate, mais cela permet de continuer à photographier dans cette zone, malgré l’absence sur le marché d’émulsion infrarouge.

Quant à nos avancées sur la lisibilité des peintures murales de Kôm el Chugafa, grâce à notre méthode inédite de décomposition et de modification des images numériques, elles viennent de révéler sur ces fresques d’autres personnages du panthéon de la mythologie grecque. Ceci fera l’objet de futures études et publications du Centre d’Études Alexandrines.
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4 Sorties de l’invisibilité, ces fresques nous ont révélé bien plus de détails et de significations symboliques qu’il n’est pas de mon propos de développer ici, il convient de se référer à l’article d’A.-M. Guimier-Sorbets et M. Seif el Din, "Les deux tombes de Perséphone dans la nécropole de Kôm el-Shougafa à Alexandrie", Bulletin de Correspondance Hellénique 121, 1997, p. 355-410.

5 Cet exemple est tiré d’un tableau publié dans La photographie infrarouge et ses applications, Ed. française Eastman Kodak Company, 1979.

Publication de l’association « Amis du Centre d’Études Alexandrines — Île-de-France »

10 avenue de la République – 92130 Issy les Moulineaux

Directeur de publication : Albert Prévos ; directeur de la rédaction : Gérard Ducher

http://www.gestasso.com/association/acea-idf/


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