I les projets de William Boltyn








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Spirite et milliardaires


Le lendemain, un peu avant six heures, c’était, devant l’hôtel de la Septième Avenue, un encombrement de véhicules de toutes sortes : cabs électriques, tricycles à pétrole, cars à vapeur, drags pneumatiques, et jusqu’à une voiture mue uniquement par son propre poids joint à celui du voyageur qu’elle transportait. Ce poids comprimait une masse d’eau qui, par des cylindres, transmettait cette pression à l’arrière de la voiture qu’elle poussait ainsi. Plus cette pression augmentait plus la vitesse s’accroissait. Ce qui revient à dire que plus la voiture était chargée plus elle allait vite.

On eût dit une exposition des plus récentes créations de l’automobilisme.

Seul Harry Madge était venu dans une mauvaise voiture de louage à un cheval.

Il s’excusa près des autres, en se plaignant des lenteurs apportées à la construction d’un chariot de son invention, qui devait être mû par la seule force psychique, et dont il attendait la livraison incessamment.

Tout en levant les épaules, on ne plaisanta pas trop l’homme à la voiture de louage ; car on savait qu’Harry Madge, spirite convaincu, avait obtenu tout dernièrement des résultats de nature à bouleverser les données les plus élémentaires de la raison.

Son chariot, avec un peu de bonne volonté, n’avait après tout, rien d’invraisemblable.

Quant à Tom Punch, qui était présent et recevait les invités de son maître à la porte du grand ascenseur, il ne put s’empêcher de penser, en se tapant sur le ventre, qu’il faudrait une force psychique diablement puissante pour le remorquer, lui et sa bedaine, à une simple vitesse de vingt milles à l’heure, surtout après son dîner.

La chose paraissait plus aisée pour Harry Madge qui était sec, maigre et jaune comme un os.

Il disparaissait presque entièrement dans une ample redingote ; et ses yeux, d’un jaune d’or, indice d’un tempérament bilieux, étincelaient comme des paillettes de mica sous la visière d’un casque de velours noir, surmonté d’une boule de métal.

Chaque fois qu’entre eux, ils parlaient d’Harry Madge, les milliardaires ne cachaient pas leur dédain, à l’égard de cet original, de ce fou, disaient-ils, qui passait son temps à rechercher le pourquoi et le comment de phénomènes qui n’avaient aucun rapport avec le commerce et l’industrie.

– Sera-t-il plus riche d’un dollar lorsqu’il aura perdu des années à s’occuper de ces niaiseries, disaient-ils. Le spiritisme ! Mais cela n’existe pas. Est-ce que ces prétendus esprits travaillent, gagnent de l’argent, produisent quelque chose ! Non, n’est-ce pas ? Eh bien, alors, qu’on nous laisse tranquille avec toutes ces sornettes ! Harry Madge ferait bien mieux de gérer, avec plus de soin, ses plantations de coton. Il laisse sans cesse passer des occasions de doubler sa fortune. Il néglige maintenant les spéculations qui l’ont enrichi.

Depuis quelques années en effet, le spirite semblait s’être désintéressé des affaires. On l’avait vu confier la direction de ses plantations à une société, et se faire un palais dans les environs de Chicago. Depuis ce temps, sa vie privée était un mystère pour tout le monde. On savait seulement qu’il s’occupait de spiritisme, mais pour la majorité des Yankees, cela ne disait pas grand-chose. Les milliardaires, entre autres, avaient bien lu, dans les journaux, des communications, auxquelles du reste ils n’avaient rien compris : ils avaient bien appris qu’il ne s’agissait rien moins que d’un bouleversement général des sciences, mais, toutes ces questions étaient au-dessus de leur entendement. Avec la quiétude de gens dont la fortune est bien assise, ils haussaient les épaules, avec un secret mépris.

Cependant, ils ne pouvaient se défendre d’un certain respect lorsqu’ils se trouvaient en présence du vieux spirite ; et ils n’osaient trop le railler. C’est qu’Harry Madge avait une façon de planter son regard perçant dans les yeux des sceptiques, qui leur faisait passer un étrange frisson à fleur de peau.

On racontait que, dans son palais que jamais personne n’avait visité, Harry Madge vivait au milieu d’un luxe extraordinaire, qu’il hébergeait chez lui des hommes bizarrement vêtus et qui avaient tous le même regard que lui, la même expression fantomatique. On racontait encore que, depuis des années, il ne mangeait chaque jour qu’un œuf, et qu’il avait en horreur le gin, le whisky et toutes les boissons alcoolisées.

Toutes ces légendes qui couraient sur son compte, et qu’il ne démentait ni ne confirmait jamais, l’étrangeté de son costume et de sa coiffure, les phrases énigmatiques qui lui échappaient parfois ; tout cela ne contribuait pas peu à faire d’Harry Madge un être presque surnaturel ou tout au moins mystérieux.

Aussi, les invités de William Boltyn étaient-ils grandement surpris de se trouver en sa présence.

– Il a donc reçu lui aussi une lettre de convocation, dit à mi-voix Fred Wikilson, le fondeur, à son ami Sips-Rothson, le distillateur. J’avoue que je ne comprends pas bien ce que peut nous vouloir William Boltyn.

– Moi non plus, répondit l’autre. La présence d’Harry Madge me déroute. Un homme qui parle d’un véhicule qui sera mû par la volonté et qui, en attendant, vient ici dans un mauvais cab ! J’imagine que William Boltyn n’a pas l’intention de nous faire assister à une séance de spiritisme.

– Il faudrait qu’il fût bien changé, dit Wood-Waller, qui avait entendu les dernières paroles. Prenons toujours place dans l’ascenseur, nous allons bientôt savoir à quoi nous en tenir.

Aussitôt arrivés, les invités étaient hissés jusqu’à un vestibule de marbre rouge, décoré d’un fouillis de plantes vertes, et éclairé par de grands lampadaires en acier nickelé.

De là, ils étaient introduits, par un lad qui les annonçait cérémonieusement, dans la grande salle de l’hôtel, tout entière soutenue par des colonnes de métal que terminaient des têtes de taureaux et de béliers, entièrement dorées et quatre fois plus grandes que nature.

William Boltyn faisait prendre place, à chacun d’eux, autour d’une table massive que surchargeaient des plateaux de sandwichs au rosbif et au caviar, des théières de vermeil, des flacons de porto et des boîtes de cigares de La Havane entourés de leur chemise d’or.

Vêtue d’une élégante robe de satin saumon, miss Aurora faisait les honneurs.

William Boltyn, dès le commencement, avait expliqué à ses hôtes la présence de sa fille dans cette réunion d’affaires.

– Miss Aurora, avait-il dit, est ma collaboratrice, mon associée morale et d’ailleurs ma seule héritière.

Personne n’y avait trouvé à redire.

À six heures précises, la réunion était au complet, sauf le savant Hattison qui avait télégraphiquement annoncé son arrivée par le train éclair de six heures trente-cinq.

Chacun, tout en faisant honneur au lunch disposé sur la grande table, se demandait avec un intérêt mal dissimulé, quelle pouvait bien être la grave raison qui avait poussé le richissime Boltyn à réunir chez lui, à la même heure, les détenteurs des plus grosses fortunes de l’Union.

Ces milliardaires, d’ailleurs, avaient tous avec leur hôte comme un vague air de famille : mêmes traits anguleux, même menton carré, mêmes sourcils accentués, même regard calculateur.

Leurs yeux vifs, tournés vers le maître de la maison, exprimaient un intérêt intense.

Enfin William Boltyn, après un coup d’œil circulaire pour s’assurer de l’attention de ses auditeurs, prit la parole en ces termes :

« Gentlemen, nul de vous n’ignore, sans doute, qu’hier soir un vote du Congrès a rejeté définitivement le projet d’impôt que je sollicitais.

« Quelque humiliante que soit cette constatation, on ne peut se dissimuler que le peuple américain, quoique le plus riche et le plus industrieux du monde, n’a pas encore assez de puissance pour imposer, aux États décrépits de la vieille Europe, les tarifs que nous réclamons. »

L’assemblée, de plus en plus intéressée, eut un murmure approbateur.

« Le peuple américain n’a pas assez de puissance, c’est-à-dire que ses représentants hésitent devant les crédits à voter. Ils reculent devant les grands armements qui imposeraient notre volonté aux autres peuples. Et pourtant, il n’y a là qu’une question d’argent ; et nous en avons plus que personne. »

– Mais alors, le remède ? s’écria Fred Wikilson, se faisant l’organe de tous les autres.

– Eh bien, le remède, je crois l’avoir trouvé. Voici ce que je vous propose.

« Nous sommes, ici, dix. Que chacun de nous mette en commun une somme à déterminer pour l’établissement de vastes ateliers et de laboratoires d’expériences. Que l’on rétribue largement les ingénieurs et les chimistes les plus remarquables de l’Union. Que l’on construise à notre compte des navires sous-marins, des torpilles perfectionnées, des explosifs nouveaux, enfin des engins d’une puissance telle qu’aucun État n’ose engager une guerre avec ceux qui en seront les détenteurs.

« Le peuple des États-Unis recevra, en temps et lieu, ce cadeau de nos mains ; et peut-être alors le Congrès de Washington mettra-t-il moins d’hésitation à voter des tarifs qui imposent nos produits à tout l’univers.

« L’Américain, bien intentionné pour son temps, qui a posé ce principe : « L’Amérique aux Américains » n’avait que des vues étroites et mesquines.

« Moi je dis : « L’univers aux Américains ! »

« Il dépend de vous, messieurs, que nous soyons les réalisateurs de ce glorieux projet. »

La fin de ce discours fut accueillie par une triple salve de hurrahs.

Chacun s’étonnait de n’avoir pas eu, plus tôt, la même idée.

L’enthousiasme était général.

Fred Wikilson, qui avait autrefois étudié pour être clergyman, et qui était long, maigre et cérémonieux comme un ministre presbytérien, se leva à son tour, et dans un petit speech rempli d’images bibliques, montra, dans un avenir radieux, tous les peuples réduits à la condition d’ouvriers, dans des usines qui couvriraient toute la surface du monde, et où les citoyens américains seraient tous directeurs, ingénieurs, inspecteurs.

– Ou tout au moins contremaîtres, dit Staps-Barker avec élan.

Sans rien laisser voir de sa satisfaction, William Boltyn, tout en buvant à petits coups un verre de porto, réfléchissait profondément.

Maintenant il était à peu près sûr du résultat.

Il avait, autour de sa table, les dix commanditaires qui allaient fournir, sans compter, les millions de dollars indispensables à sa gigantesque entreprise. Il s’agissait dès lors d’arrêter les détails pratiques de sa réalisation.

Par où commencerait-on ?

Vers le perfectionnement de quel engin spécial, militaire ou maritime, se porterait d’abord l’effort des capitalistes ?

À combien se monteraient les sommes à engager immédiatement ?

Quel serait l’ingénieur ou le savant mis à la tête de l’entreprise ?

Autant de questions qui se posaient tumultueusement.

Les uns, pour que le secret fût gardé avec plus de soin, voulaient installer les ateliers dans quelque île perdue de l’océan Pacifique.

Les autres proposaient d’acquérir une de ces cavernes antédiluviennes, longues de plusieurs dizaines de milles, que l’on rencontre dans le Kentucky.

Quelques-uns enfin étaient d’avis, tout simplement, d’installer la fameuse usine dans un faubourg de Boston ou de Chicago.

Tous ces projets furent reconnus impraticables.

Installer les ateliers dans une île, c’était les mettre à la merci d’un coup de main en cas de guerre, et augmenter les frais par la difficulté du ravitaillement.

Quant à choisir les faubourgs d’une grande ville, il n’y fallait pas songer. Les espions des puissances, à l’affût de tout ce qui se fait de nouveau, n’auraient par tardé à éventer l’entreprise, dès ses débuts.

Restaient les cavernes antédiluviennes.

Mais leurs propriétaires, qui les exhibent aux touristes et en tirent de gros revenus, en auraient demandé trop cher. De plus, l’aménagement intérieur en était dispendieux, et principalement mal commode pour le montage et la fonte des grosses pièces d’acier.

Personne ne pouvait arriver à une bonne idée.

On résolut donc de remettre à plus tard le choix d’un emplacement.

La même difficulté se représenta lorsqu’il se fut agi de se décider sur les autres points de l’entreprise.

Personne n’était d’accord. Un tumulte indescriptible se produisit.

William Boltyn, nerveux et agacé, regardait fréquemment l’horloge électrique située au fond du hall, lorsque Harry Madge, le petit vieillard spirite, demanda le silence, et d’une voix tenue et cassée, fit évoluer la discussion vers une direction inattendue.

Les entretiens s’étaient arrêtés comme par enchantement :

– Gentlemen, dit le petit vieillard après une profonde révérence, je suis tout à fait de votre avis quant au but à atteindre – tout à fait de votre avis, ajouta-t-il en scandant les mots – mais vous me permettrez de différer d’opinion quant aux moyens à employer.

« Je vous prie surtout, quelque singulières que vous paraissent d’abord mes idées, de m’écouter avec recueillement jusqu’au bout.

Tout le monde promit d’un signe de tête ; et les yeux au ciel, la main levée dans une attitude prophétique, Harry Madge continua :

– Le perfectionnement matériel est arrivé à son comble dans l’art de la guerre. Un seul obus de certains canons renverse jusqu’à deux ou trois cents soldats, coule, ou met hors de combat un cuirassé de vingt millions.

« Nous avons des projectiles qui couvrent de débris de mitraille un espace de cent ou cent cinquante yards, des fusils à tir rapide dont une seule balle transperce sept ou huit soldats à la file.

« Mais ces inventions, arrivées chez nous à un très grand degré de perfection, ont été poussées aussi loin, sinon plus loin, par les ingénieurs et les officiers qui composent les commissions d’armement de la France, de la Russie, de l’Angleterre et de l’Allemagne.

« Dans tous ces pays, une armée de spécialistes s’occupe nuit et jour de trouver de nouveaux explosifs, de nouvelles poudres sans fumée.

« Encore tout récemment, l’Angleterre vient de mettre en usage dans ses colonies de nouvelles balles dites dum-dum, destinées à rendre plus redoutable l’effet si meurtrier des fusils à tir rapide.

« La chemise en nickel de la balle est usée en plusieurs endroits par des traits de lime, et ne tient plus que par son centre.

« De cette façon, lorsque le projectile atteint son but, il s’aplatit comme une fleur de métal, en causant des blessures inguérissables.

« D’ailleurs l’exagération de la puissance dans les armements offre de graves inconvénients : un monitor à cuirasse d’acier de plusieurs pouces d’épaisseur, que l’on a mis des années à construire, qui est armé de tourelles à canons capables de produire les plus grands ravages, à plusieurs milles de distance, peut être détruit en quelques instants par une seule torpille, engin dont le prix est relativement minime.

« Je ne multiplierai pas les exemples de ce que j’avance. Vous avez tous présents à la mémoire des exemples concluants, fournis par les dernières guerres.

« Donc, deux choses résultent de ce que je viens de dire :

« 1° Il faudrait, pour devancer les autres États dans leurs armements, des capitaux considérables.

« 2° Étant donné l’éventualité d’une guerre, l’ennemi aurait encore beaucoup trop de chances ; et les hasards de la guerre pourraient trop facilement se tourner contre nous.

« Or, il est de toute nécessité, pour la réussite de nos projets, non seulement que nous soyons les plus forts, mais encore que notre supériorité soit absolument incontestable, et notre puissance tellement formidable, que personne n’ose même concevoir la pensée d’engager la lutte avec nous...

L’assemblée des capitalistes, que le discours de Harry Madge avait plongés dans un certain étonnement, applaudit à cette conclusion, sans trop savoir où l’orateur spirite voulait en venir.

La curiosité et l’intérêt étaient surexcités au plus haut degré.

L’expression que les artistes ont accoutumé d’employer pour marquer l’attention : sourcils plissés, bouches pincées, regards fixes, se voyait sur tous les visages.

En ce pays d’Amérique où tout se fait vite, où des affaires considérables se débattent et se concluent en quelques quarts d’heures, l’attention est une faculté portée au plus haut degré. Tout le monde est spécialiste et ne s’occupe que d’une seule chose à la fois. Les cerveaux, moins surchargés d’idées, de faits et de sensations, sont tout à ce qu’ils font ; et l’on n’y rencontre guère de gens distraits.

Un flâneur est, là-bas, une monstruosité inconnue.

En Amérique, d’ailleurs, les jeunes filles, éduquées selon ce point de vue spécial de la vie pratique, sont généralement aussi graves que leurs frères ou que leurs pères.

Aurora, ses beaux sourcils froncés, ses grands yeux d’un bleu métallique dirigés vers l’orateur, ne faisait nullement tache dans cette assemblée de spéculateurs.

Cependant Harry Madge, après avoir trempé ses lèvres dans une tasse de thé, continuait victorieusement :

– Eh bien ! ce moyen de triompher, sans coup férir, de toutes les armées et de toutes les flottes du monde, je viens vous l’apporter, si vous voulez.

Et il ajouta, avec une véhémence croissante :

– C’est par le spiritisme seul, par le fluide magnétique et psychique habilement dirigé, que nous terrasserons nos ennemis.

« Laissez de côté les canons, les mitrailleuses, les torpilles, tous les engins surannés de la destruction matérielle.

« Que peuvent les explosifs contre le vouloir tout-puissant du médium, avec qui combattent les âmes des plus illustres capitaines des temps passés ?

« Qu’est-ce que la dynamite, à côté de ces prodigieux fluides mille fois plus rapides et plus dociles que l’électricité, et qui nous sont projetés par les âmes habitant les plus lointaines planètes ?

« Ce qu’il nous faut, je le répète, ce sont des bataillons de médiums, des régiments de magnétiseurs, un état-major de liseurs de pensées !

« Que pourront nos ennemis lorsque leurs armées, paralysées par le fluide, s’arrêteront net, sans pouvoir avancer, sans pouvoir même faire un mouvement ?

Pendant toute cette dernière partie du discours d’Harry Madge, de nombreux murmures s’étaient fait entendre.

William Boltyn ne cachait pas son mécontentement ; Fred Wikilson levait, vers le plafond doré, sa face glabre de clergyman, comme pour prendre le ciel à témoin. Miss Aurora elle-même montrait, par une moue significative, son peu de créance à l’endroit de la vaillance des esprits dans une guerre universelle.

Quant au brave Tom Punch, qui arrivait en ce moment chargé d’un plateau, il s’esclaffait intérieurement, se proposant de demander à Harry Madge si les esprits étaient capables de mettre en cave une tonne de pale-ale d’une façon logique et raisonnable.

Les autres assistants haussaient les épaules sans dissimuler leur dédain.

Ce fut bien pis quand l’orateur réclama une contribution d’un demi-million de dollars par personne pour continuer ses expériences, et entretenir, dans un établissement modèle dont il avait, disait-il, le plan, un millier de médiums choisis parmi les plus forts de l’État de l’Union.

Il ne put même pas continuer, noyé sous le flot des dénégations violentes qui s’élevèrent, de toutes parts, simultanément.

Les exclamations se croisaient d’un bout à l’autre de la salle.

– Cela n’a pas le sens commun.

– Il est fou !

– A-t-on jamais eu une idée pareille !

– Je ne mettrais pas un seul dollar dans une pareille entreprise.

– On devrait l’enfermer.

La voix forte de William Boltyn parvint à peine à dominer le tumulte.

– Messieurs, commença-t-il – et ses yeux ne quittaient pas le cadran de l’horloge électrique –, notre ami, M. Harry Madge, est certainement un grand savant ; mais nous, nous ne sommes que de simples industriels, d’humbles milliardaires.

« Les capitaux que nous engageons avec plaisir dans une entreprise ayant un but réel et palpable, celui d’assurer aux États-Unis la suprématie, et à nos produits le monopole du marché de l’univers, ne sauraient le suivre dans les terrains brumeux de la science spirite.

« Nous sommes des propriétaires d’usines, et non des prophètes.

Chacun applaudit. Harry Madge roulait des regards féroces et crispait ses poings.

William Boltyn continua :

– Pour le moment donc, en attendant les progrès que peut faire la science des fluides, nous ne reconnaissons à l’âme d’autre pouvoir merveilleux que celui de découvrir et d’utiliser les lois de la physique, de la chimie, de la mécanique, de la balistique, ou de telle autre science pratique qu’il vous plaira.

« L’homme qui doit faire réussir notre gigantesque projet doit être, et sera, le plus grand ingénieur et le plus grand chimiste des États de l’Union, pour ne pas dire du monde entier. Je vais avoir l’honneur de vous le présenter. Nous avons déjà gagné la bataille, si celui-là s’intéresse à notre cause.

Il y eut un bref silence, tout le monde attendait ; sauf pourtant Harry Madge qui, sans plus tarder, s’était précipité vers la porte sans saluer personne.

Enfin, la voix caverneuse de Tom Punch annonça :

– Monsieur l’ingénieur Hattison.

Un profond sentiment de respect se refléta sur le visage des milliardaires, pendant qu’un homme de petite taille, au front largement découvert, à l’attitude pleine de correction, mais aux allures autoritaires, faisait son entrée dans le salon.

III



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