I les projets de William Boltyn








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Le célèbre Hattison


Tom Punch, dont la physionomie rougeaude et joviale formait un contraste parfait avec l’air grave et soucieux de ses patrons, avait contemplé la dernière partie de cette scène en philosophe.

Tout cela l’amusait plutôt.

Au service des divers millionnaires qui l’avaient employé avant William Boltyn, il avait acquis une passable dose de scepticisme.

Il se rappelait encore la crise de spleen qui avait assailli l’un d’entre eux.

Le pauvre homme, qui avait quelques milliers de dollars à dépenser par jour, était plongé dans un désœuvrement mortel. Il n’y avait qu’une distraction qui pût encore le charmer : c’était de casser, à l’aide d’une boule d’or massif, le goulot des bouteilles de champagne d’excellente marque, qu’il faisait préalablement disposer par Tom Punch dans un ordre convenable.

Dégoûté de voir perdre chaque jour, aussi stupidement, ce liquide français qu’il appréciait fort, Tom Punch avait quitté le service de ce misanthrope quinteux, pour chercher une maison plus gaie.

C’est alors qu’il était entré chez Boltyn, où la présence de miss Aurora lui faisait espérer moins d’ennui et plus de bon temps qu’ailleurs.

Mais il commençait à croire qu’il s’était trompé, et à trouver la maison un peu sévère.

Heureusement, comme nous l’avons dit, c’était un philosophe de la bonne école. Il s’abandonnait volontiers au hasard des événements.

Après avoir haussé les épaules à l’adresse de tous les milliardaires, il se hissa, en sifflotant, jusqu’à l’office, pour boire une bouteille de claret qui le maintint en de bonnes dispositions.

Pendant ce temps, dans le grand salon doré, les affaires prenaient un tour tout à fait favorable aux idées de William Boltyn.

L’arrivée de l’immense savant qu’était l’ingénieur Hattison avait produit une profonde impression.

C’est que ce n’était pas un être ordinaire que ce petit homme toujours silencieux, et de physionomie perpétuellement morose.

Les inventions, perfectionnements ou applications dont il avait enrichi le domaine de l’électricité, se comptaient par douzaines.

Ses télégraphes, ses phonographes, ses cinématographes, ses avertisseurs étaient les plus ingénieusement construits, et ceux qui étaient d’un usage plus courant dans le monde entier.

Car autant il excellait à rendre pratique, en le simplifiant, un appareil auparavant coûteux et compliqué, autant il était habile dans l’art de lancer une nouvelle trouvaille et de la faire adopter par tous.

D’ailleurs, il était beaucoup plus sur son terrain lorsqu’il s’agissait de réaliser, au point de vue de l’utilité, une découverte, dont le principe avait été indiqué par un de ces savants d’Europe qui font de la science, et qui se contentent de dégager un principe général fertile en conséquences, laissant à d’autres le soin d’en déduire les applications industrielles et commerciales.

Il avait raison, au dire des Américains, puisqu’il avait réussi à conquérir une fortune de plusieurs millions de dollars, tandis que beaucoup de savants européens meurent pauvres, quelquefois même sans avoir réussi à faire connaître leurs découvertes à la foule.

La résidence d’Hattison, à Zingo-Park, était une véritable usine d’inventions et d’idées.

Sous les ordres du maître, de jeunes savants dépouillaient les revues scientifiques et les communications des académies du monde entier.

Tous ces documents étaient classés, étiquetés, comparés.

Nulle idée intéressante, et surtout vendable, ne passait inaperçue et ne demeurait inutilisée. Il n’était presque pas de semaines que de nouvelles applications ingénieuses achetées d’ailleurs à l’avance par un puissant syndicat ne fussent révélées au public par la voie des journaux de l’Union.

Dans la vie privée, Hattison était d’une excessive sobriété.

Il travaillait dix-sept heures par jour, se refusait toute espèce de distraction et n’avait même, disait-on, jamais fait le voyage d’Europe.

Demeuré veuf de bonne heure, il concentrait toute son affection sur son fils Ned, sorti dans un rang très brillant de l’école militaire de West Point, ingénieur lui-même, et déjà connu par plusieurs découvertes remarquables.

Comme on le voit, l’ingénieur Hattison était bien l’homme qu’il fallait aux milliardaires pour le succès de leur gigantesque entreprise.

On s’en aperçut par l’enthousiasme qui régna dès les premiers mots qu’il prononça après qu’il eut été mis au courant.

– Messieurs, dit-il après une minute de réflexion, votre idée sera difficile à réaliser, mais avec des capitaux et du travail, je ne la considère pas comme d’une exécution impossible. Je veux mettre à votre disposition toutes les ressources dont la science peut disposer.

Ces paroles furent accueillies par une vaste acclamation.

Hattison, au risque d’avoir les poignets broyés comme dans un étau, dut essuyer les vigoureux shake-hand de tous les membres de l’assemblée.

Mais de suite, avec ce sentiment du prix du temps qui est la caractéristique des Yankees, on reprit la discussion des conditions pratiques de l’affaire.

Le premier point était résolu. Ces conquérants d’un nouveau genre avaient un général digne d’eux.

On s’occupa aussitôt de l’emplacement où seraient édifiés les ateliers et le laboratoire.

Hattison aurait volontiers offert sa propre installation ; mais on réfléchit que là, plus que partout ailleurs, des indiscrétions seraient à craindre.

Véritablement la difficulté semblait impossible à résoudre.

– Il nous faudrait, dit Hattison, un domaine situé dans une contrée presque absolument déserte, quelque coin perdu des montagnes Rocheuses par exemple, à proximité du Pacifique.

– On pourrait obtenir une concession de terrain dans ces parages, dit Wikilson.

– C’est inutile, s’écria Philips Adam, le grand marchand de forêts et de terrains, gros homme rougeaud qui n’avait pas encore pris la parole, et dont la face, aux lèvres grasses et aux yeux écarquillés, gardait un air de naïve bonhomie. Je possède justement, dans les conditions que réclame M. Hattison, un vaste territoire, d’ailleurs absolument stérile, et que j’achetai il y a quelques années, d’un vieux nègre nommé Mercury.

– Accepté, s’écria l’assemblée tout d’une voix.

On trouvait que le bon Philips, qui était taciturne et passait pour avoir des idées lentes, parlait d’or quand il daignait ouvrir la bouche. Ce fut une affaire conclue. C’est à Mercury’s Park qu’allait s’élever l’usine de destruction.

Philips Adam donna des renseignements complémentaires.

La propriété de Mercury’s Park s’étendait à l’abri des derniers contreforts des montagnes Rocheuses, et comprenait un cercle de petites collines, de nature calcaire, que traversaient deux petites rivières allant se perdre à cinquante milles de là, sur la côte du Pacifique, entièrement déserte en ces parages.

Les deux points furent votés par acclamation.

Il fut convenu que chacun des contractants tiendrait à la disposition de William Boltyn, qui en userait au fur et à mesure des besoins, une contribution personnelle de un million de dollars, payables en chèque sur les premières maisons de banque de l’Union.

Hattison s’engagea de son côté à montrer, avant trois mois, les bâtiments de Mercury’s Park terminés, et les expériences en cours d’exécution.

Une ligne de chemin de fer, établie le plus économiquement possible, relierait l’établisse­ment au railway le plus voisin.

Enfin, une usine spéciale aux torpilles et aux engins sous-marins serait établie dans une anse du Pacifique.

On décida d’appeler ce second arsenal Skytown (ville-étoile), en souvenir des étoiles qui constellent le drapeau de l’Union.

Chaque mois, une délégation des milliardaires devait aller se rendre compte de l’état des travaux, et constater le progrès des découvertes.

Une allocation annuelle de vingt-cinq mille dollars fut attribuée personnellement à l’ingénieur Hattison.

On se sépara dans le plus grand enthousiasme et après un échange de shake-hand chaleureux.

La belle Aurora elle-même, qui avait dû boire un doigt de porto pour faire raison à un toast patriotique de Wood-Waller, fredonnait allègrement le Yankee-doodle1 en prenant congé de ses hôtes.

Malgré ses excuses, l’ingénieur Hattison fut retenu, presque par force, par William Boltyn, pour le lunch du soir.

Il était urgent de régler certains détails. Mais ce n’était pas là la véritable raison : William Boltyn avait d’autres projets sur l’ingénieur.

IV



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