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Intégration économique et gouvernance internationales

Un programme de recherche

en économie politique internationale (epi)


Pierre Berthaud

Maître de conférences, upmf - ufr économie, Stratégies, Entreprise (ese)

et Laboratoire d’économie de la Production et de l’Intégration Internationale (lepii-cnrs)

pierre.berthaud@upmf-grenoble.fr
Texte hdr

Introduction


L’objet de ce texte est de préciser les problématiques de recherche que j’ai développées depuis la soutenance de ma thèse en 1992. Intitulée « Essai sur l’évolution de l’économie globale à partir de l’étude de sa composante pétrolière » [23]1, cette thèse a décidé de ma spécialisation dans le champ de l’économie internationale et m’a conduit à m’intéresser aux défis que pose un thème alors nouveau (la mondialisation) à cette branche de l’analyse économique. Les outils de l’économie internationale (ceux de la théorie du commerce international et ceux de la théorie monétaire internationale notamment) ont été forgés en référence à un système fractionné en États-nations et à une représentation de leurs relations économiques en termes d’interdépendance. Cette représentation en termes d’interdépendance est-elle encore adaptée à l’étude des tendances nouvelles du système (intégration des marchés, formation de réseaux transnationaux, etc.) que la littérature commence à l’époque à réunir sous un seul vocable : celui de globalisation ou mondialisation ? La mondialisation justifie-t-elle le développement d’une problématique de l’intégration internationale en lieu et place de la problématique de l’interdépendance ou, à tout le moins, en complément à elle ? Ce type de questionnements sur les tendances de la mondialisation et sur les moyens scientifiques d’en rendre compte et de les expliquer constitue l’attracteur de mes recherches dans le champ de l’économie internationale. Amorcé dans ma thèse sur un terrain sectoriel (celui du système pétrolier international), il a ensuite évolué vers une perspective plus générale : celle de l’étude de la mondialisation dans ses diverses dimensions (commerciale, monétaire, financière, productive et industrielle notamment) et de la recherche des outils analytiques pour en produire une théorie. La globalisation ou mondialisation (les deux termes sont provisoirement considérés comme interchangeables2) constitue donc l’objet concret de ces recherches — un objet ou domaine d’études qui réclame qu’on en précise les formes et le contenu. La question de l’adéquation des outils traditionnels de l’économie internationale (prise ici au sens d’une sous-discipline ou d’un champ particulier de l’analyse économique) à l’analyse de ce domaine d’études, donc aussi celles des aménagements ou des modifications plus profondes à lui apporter, constituent le pendant analytique de ces recherches.

Mon travail sur ce plan m’a conduit à retenir deux problématiques principales et à chercher, pour l’avenir, à développer leurs articulations.
La première est celle de l’intégration internationale. Mes premiers travaux post-doctoraux sur la mondialisation [8, 11, 17, 19], mais également mes enseignements, notamment en Master 2 Recherche3, m’ont conduit à considérer que les développements qu’à connus la théorie de l’intégration internationale au cours des dix dernières années forment le socle d’une théorie de la mondialisation qui manquait jusqu’alors à l’économie internationale (et, plus largement à l’analyse économique), en particulier parce qu’elle associe dans le même modèle (en les endogénéisant donc) le jeu de variables économiques et celui de variables politiques. On évoque à ce sujet la perspective d’une nouvelle économie politique de la mondialisation : nouvelle parce qu’elle renoue avec une tradition ancienne de l’analyse économique (celle qui positionnait la discipline dans le champ des sciences sociales en considérant que toute économie était nécessairement politique et réciproquement) mais aussi parce qu’elle incorpore et retient les progrès réalisés par l’économie « pure » (la démarche « économico-économique » qui a prévalu au cours des années 1970 et 1980), notamment en matière de définition d’outils d’analyse [Saint-Paul : 2001]. Ce genre de démarche a d’ores et déjà conduit l’économie internationale à réviser sa définition et son analyse d’objets aussi essentiels pour l’étude de la mondialisation que la nation, les frontières, les unions internationales, etc. [McCallum : 1995 ; Bolton & Roland : 1997 ; Alesina & Spolaore : 2003 ; Alesina et alii : 2005 ; Siroën : 2002, 2004, 2006]. Elle converge aujourd’hui sur la modélisation d’un processus d’intégration économique qui avance « main dans la main » avec l’intégration politique [Alesina, Spolaore & Wacziarg : 2000] et qui permet d’expliquer à la fois la tendance au fractionnement du monde (la mondialisation va de pair avec un accroissement du nombre des États-nations, de l’hétérogénéité de taille et la diversité de forme de ces pays) et la tendance à l’unification du monde (unification des marchés, mais aussi accords régionaux et expériences d’unions politiques entre les nations ou formation de coalitions à but stratégique…). Les forces qui nourrissent cette dualité (ou dialectique) de la mondialisation sont mieux comprises et modélisées qu’il y a dix ans. Elles ouvrent des perspectives tout à fait nouvelles pour l’analyse à la fois positive et normative de la mondialisation.
La seconde est celle de la gouvernance mondiale et, par extension, de la gouvernance de la mondialisation. Selon le rapport que le Conseil d’analyse économique a consacré à ce sujet [Jacquet, Pisani-Ferry & Tubiana : 2002], ce néologisme ouvre à « une réflexion sur la façon dont l’économie mondiale est gouvernée » qui évite la connotation excessivement centralisatrice du terme de « gouvernement » et « exprime le problème de base de l’organisation de l’économie internationale : comment gouverner sans gouvernement ? » (p. 12). La problématique de la gouvernance mondiale renvoie à l’étude de l’architecture des règles collectives, des normes et des politiques publiques qui encadrent, guident et contraignent l’activité des acteurs de marchés mais également celle des États. Elle conduit à « s’aventurer aux confins de l’expertise économique, au lieu de s’en tenir à l’analyse des conditions de l’intégration internationale et à la mesure de ses bienfaits » (idem p. 12). Il y a effectivement un risque pour l’économiste à se porter sur un terrain (celui de l’étude des « sciences du gouvernement ») qui n’est pas « naturellement » le sien. Mais ce risque doit être mis en balance avec celui de confiner le rôle de l’analyse économique à la production de modèles « purs », qui feraient abstraction du facteur politique et qui renonceraient du même coup à mesurer leur pouvoir interprétatif sur les faits. Posé ainsi, le problème n’est pas, pour l’économiste, de choisir entre se réfugier dans la tour d’ivoire de l’économie pure et s’aventurer sans guide sur un terrain politique qui n’est pas le sien. Il est de produire des outils qui lui permettent d’endogénéiser le facteur politique et ainsi, de construire des modèles d’économie politique qui n’amputent pas leur pouvoir interprétatif (leur capacité à interpréter le réel). Nous avons déjà signalé que la nouvelle économie politique ouvrait une voie de ce genre au sujet des phénomènes d’intégration internationale. Dans cette étude, nous faisons l’hypothèse que la problématique de l’économie politique internationale (épi) trace une perspective similaire au sujet des problèmes de gouvernance accompagnant ces processus d’intégration. L’épi est une problématique originale qui s’est développée au cours des trente dernières années avec le projet d’étudier les interactions entre la logique de la puissance (le pouvoir des États notamment) et la logique de la richesse (celle des intérêts économiques) dans l’économie mondiale [Kébabdjian : 2006a]. Cette problématique a été forgée à l’origine par des chercheurs en sciences politiques [Keohane & Nye : 1971, etc.] jugeant que l’importance croissante prise par les enjeux économiques dans l’arène des relations internationales (l’interdépendance croissante des nations, l’accélération des processus de transnationalisation de la production et des firmes, etc.) justifiait d’un programme de recherche qui soit plus étroitement arrimé au socle analytique produit par l’économie internationale — d’où les emprunts à des économistes internationalistes comme Kindleberger (sur la fonction du pays leader dans la fourniture de biens publics internationaux), Vernon (sur l’analyse des relations entre les firmes transnationales et les États-nations) ou Cooper (sur le pouvoir monétaire international). Ce positionnement initial de l’épi n’a cessé ensuite de se confirmer à l’égard de ses deux sous-disciplines souches : les relations internationales (branche des sciences politiques) dont elle se distingue par le poids qu’elle accorde à l’économie (comme objet d’étude et comme boîte à outils) et l’économie internationale (branche des sciences économiques) qu’elle entend ouvrir à l’analyse du pouvoir (un « banni récalcitrant » selon la formule de Perroux [1971]) et du rôle des institutions dans le système international [Young : 1996 ; Frieden & Lake : 2000].
Ainsi définie, l’épi ouvre à l’économiste la voie d’une « analyse scientifiquement contrôlée » des problèmes et enjeux de gouvernance que soulève la mondialisation de l’économie : des problèmes d’ordre qu’il s’agit d’identifier (problèmes de défaillance des marchés et/ou des gouvernements, des problèmes d’action collective associés à des externalités, à des biens publics ou à l’hétérogénéité des préférences des États) avant d’étudier et d’évaluer les procédures par lesquelles y répondent les acteurs du système international (les États avec leurs différences de poids, de préférences et de puissance, mais aussi et de plus en plus d’autres catégories d’acteurs comme les organisations représentatives des intérêts des entreprises ou des intérêts des travailleurs, les organisations internationales, les organisations non-gouvernementales, etc.). Comme l’économie internationale, l’épi a dû en effet répondre au cours des vingt dernières années aux défis analytiques et interprétatifs posés par la mondialisation — donc à tendre vers une économie politique de la mondialisation et vers une problématique de la gouvernance globale [CGG : 1992 ; Rosenau & Czempiel : 1992] qui se différencie de la problématique de la gouvernance internationale en tenant compte de la diversité des acteurs et des nouveaux types de marchandage que nourrit la dynamique de l’intégration économique.
Cette conception de l’épi comme extension de l’économie internationale ne fait pas l’unanimité. Une autre conception y voit une alternative à l’économie internationale standard (parfois qualifiée « d’orthodoxe »). L’économie internationale standard et l’épi qui la prolonge sont critiquées pour leur (hyper)rationalisme et leur fonctionnalisme, parfois aussi pour leur idéalisme et leur excès de formalisme (recours aux outils mathématiques, à la théorie des jeux…). Dans cette conception, l’épi serait un autre nom pour une économie internationale non-standard (« hétérodoxe ») qui suivrait la voie tracée par des auteurs comme Hirschman et Perroux ou, pour la France et pour certaines écoles de l’Europe continentale [Becker : 2006], par la théorie de la régulation [voir Hugon : 1987 pour une illustration française de cette sensibilité]. La tradition marxiste s’inscrit également dans cette veine bien qu’elle suive les voies d’une autre « hétérodoxie » économique (Wallerstein, Gill…). Il existe une troisième conception de l’épi qui se construit sur le rejet de tout économisme et/ou sans référence explicite à un modèle économique particulier. Cette conception englobe des programmes de recherches très variés et divers qui vont du plaidoyer pour l’éclectisme scientifique [Gilpin : 2001] à la construction d’une épi qui se déploie dans le champ des sciences politiques — fusse comme alternative aux relations internationales standards (critique du réalisme et/ou du stato-centrisme). C’est ce qu’on décèle par exemple dans les programmes de recherches développés notamment au Canada par Cox suivant une tradition gramscienne de la notion d’hégémonie [voir Graz : 2004 pour une illustration en français] et en Grande-Bretagne par Strange [voir Chavagneux : 2002 pour une illustration en français].
Mon positionnement a toujours été celui d’une épi fondée sur l’économie internationale, oscillant d’abord entre les deux premières conceptions (celle du prolongement à l’économie standard et celle du développement d’une économie internationale non standard) avant de se stabiliser sur la première en considérant que les extensions d’épi à l’économie internationale standard permettaient de combler certaines de ses failles (justement pointées par l’économie « hétérodoxe ») comme son hermétisme aux facteurs politiques et la perte de potentiel interprétatif qui en découle.

À l’époque de la rédaction de ma thèse (fin des années 1980, début des années 1990), ce type de démarche était tout à fait embryonnaire en France, pour ne pas dire complètement méconnu, alors qu’il s’était déjà fait une place dans le paysage scientifique et institutionnel aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans plusieurs pays d’Europe continentale. Je dois à mes échanges intenses avec Gérard Kébabdjian dont l’ouvrage Les théories de l’économie politique internationale [1999] constitue le premier manuel de référence en français sur le sujet d’avoir soutenu et souvent guidé ce projet de contribuer à l’essor de programmes de recherches en épi en France. Je dois également à Bernard Gerbier d’avoir porté notre projet d’introduire des enseignements d’épi dans le cursus d’économie internationale des étudiants de dea, puis de Master 2 à Grenoble, suscitant ainsi des thèses sur ce terrain et participant à la constitution, avec d’autres, d’une équipe de recherche (le lepii) qui offre un creuset au développement de ces problématiques en France et des réseaux de chercheurs sans lesquels ces efforts seraient vains.
La suite de ce texte présente les éléments d’un programme de recherches composé par ces deux problématiques (ou orientations) : celle de la théorie de l’intégration internationale dans le champ de l’analyse économique mais qui touche déjà aujourd’hui à certains des enjeux politiques de la mondialisation et celle d’une théorie de la gouvernance internationale (voire globale) qui produit des outils utiles à l’analyse des problèmes d’ordre — des problèmes politiques — dans l’économie mondiale. On présentera ce cadre général d’analyse sans chercher à résumer les différents travaux qui nourrissent ces problématiques, en particulier sur les domaines d’études que je privilégie aujourd’hui : celui de l’environnement global (analyse de l’hégémonie et de la coopération dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre) et celui de l’investissement international (analyse des problèmes d’actions collectives posés par la transnationalisation de la production et de ses possibles issues)4. Nous le faisons en référence à une proposition de méthode qui fait écho à l’hypothèse formulée plus haut : si l’économie internationale est outillée pour identifier la nature des problèmes d’ordre qui se posent à l’économie mondiale et, sur un plan plus normatif, pour décrire différents types d’issues à ces problèmes, c’est sur le terrain de l’épi qu’il faut se tourner pour :

  • prendre pleinement en compte l’hétérogénéité des acteurs et de leurs stratégies ;

  • étudier ainsi comment se construit leur réponse collective à ces problèmes d’ordre (quelles sont, par exemple, les configurations de pouvoirs, d’intérêts et de préférences qui sont les plus propices à une action collective ?) ;

  • mesurer le possible écart entre l’organisation mise en place en réponse à tel ou tel problème d’action collective et celle qui serait économiquement et/ou politiquement optimale.


Illustrons cette proposition sur l’exemple de l’intégration internationale (mondialisation, régionalisation). Il revient alors à l’analyse économique de répondre à la question des bénéfices et des coûts de l’intégration (qui gagne ? Quel(s) pays ? Quelles catégories d’intérêts à l’intérieur des pays ? Quelles sont les pertes associées au processus d’intégration ?, etc.). Mais le résultat dépend des institutions qui encadrent le processus d’intégration. Chacun s’accorde pour admettre que « les institutions comptent », par exemple que les « résultats » de l’intégration européenne sont sensibles au choix d’un marché commun (plutôt qu’une simple union douanière), à celui de la monnaie unique (de préférence aux changes fixes) etc. Il n’y a donc pas « une » réponse économique à la question posée, mais une diversité de réponses (une multiplicité d’équilibres) associées à des choix institutionnels qui ne dépendent assurément pas des seuls critères de la rationalité économique5. Le choix des institutions relève aussi de déterminants politiques (du pouvoir relatif des nations et des groupes qui les composent) que les outils de l’épi permettent d’étudier et qui conditionnent le choix de l’équilibre finalement retenu parmi les « possibles ».
Nous procédons en trois temps. La première partie décrit l’objet concret (ou champ d’étude) de cette recherche en présentant les principales conclusions de mes travaux sur la mondialisation et sur les problèmes qu’elle pose — y compris sur le plan analytique. La deuxième rend compte des avancées récentes de la théorie de l’intégration internationale et soutient qu’elle offre des bases pour une théorie de la mondialisation — c’est-à-dire pour un traitement scientifique des effets de la mondialisation sur les frontières, sur les nations et les États. La troisième partie est consacrée aux outils que l’épi offre à l’économie internationale pour l’étude des problèmes politiques relatifs à la gouvernance du système international (théorie de l’hégémonie, des régimes) et, pour la période récente, à la gouvernance de la mondialisation (une théorie de la gouvernance globale ?).
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