Ebauche d’etude sur la direction du pcf de 1920 a 1977 dans son rapport aux dirigeants syndicalistes








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CHAPITRE I. 1921-1936 : LA CONSTRUCTION D’UNE STABILISATION DANS LA RELATION CGT (CGTU)-PCF



Dans ce chapitre, nous entendons montrer le processus qui conduit, durant quinze ans, à la stabilisation de la relation entre CGT (CGTU) et PCF.

Ce processus ne peut ignorer les conditions de naissance de la CGT, qui constitueront notre première section, ni les conditions de naissance du PC, qui constitueront notre deuxième section.

La troisième section tendra à montrer, à partir d’une étude sur l’évolution de la composition de la direction nationale du PC, la place que prennent les communistes syndicalistes dans la constitution même de ce parti, tel qu’il se construit durant ces quinze années. 

Enfin, la quatrième section tentera de vérifier les observations effectuées dans la section précédente à partir d’une étude mettant en relation les mouvements intervenus dans la composition de la direction du PC et les problématiques sur lesquelles butent les dirigeants communistes quant à la question relative aux relations entre leur parti et les syndicats.

SECTION 1. LES CONDITIONS DE NAISSANCE DE LA CGT



La CGT, telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’en est que la forme présente. Cette forme prend la suite de toute une série d’autres formes prises par cette organisation depuis sa naissance, en 1895. En ce sens, si l’on se réfère à cette date, il est loisible d’évoquer une première CGT. Nous croyons nécessaire de poser cette distinction dès le point de départ de notre étude afin de tenter d’écarter, d’abord pour nous-même, toute tentation pouvant conduire à transposer allègrement à travers les décennies le concept d’une CGT intemporelle que chacun instrumentaliserait en fonction des besoins de sa cause, qu’elle soit idéologique ou scientifique.

La première CGT donc, est d’abord, sur un plan institutionnel, un nouveau type d’organisation qui vient « coiffer » toute une série d’autres formes d’organisation associative des travailleurs : syndicats, unions professionnelles, fédérations professionnelles, bourses du travail, etc. Près de dix ans plus tôt, en 1886, s’était créée, à la suite de la loi de 1884 relative à la libre constitution de syndicats et d’associations professionnelles, une Fédération nationale des syndicats (FNS). Celle-ci va rencontrer des difficultés dans ses relations avec la direction du Parti ouvrier de France (POF) fondé en 1880 par Jules Guesde. L’origine de ces difficultés réside dans la conception qu’ont les guesdistes, lesquels se réclament du marxisme2, du rôle de l’action syndicale, qui, à leurs yeux, doit être subordonnée à l’action du parti ouvrier.

Si cette discussion sur le rôle de l’action syndicale prend dans cette période une dimension concrète avec l’existence physique d’organisations syndicale et politique, elle n’est pourtant pas une question nouvelle.

$ 1. La question des relations syndicats-partis avant la naissance de la CGT




Le courant marxiste


Dans sa thèse Eléments de réflexion sur les relations entre le PCF et la CGT, soutenue en 1976, J.-C. Benvenuti consacre un paragraphe aux textes de K. Marx et de F. Engels se rapportant au syndicalisme et une autre partie de paragraphe au courant guesdiste3. Dans ce travail, il se propose « d’analyser la théorie marxiste des rapports entre partis et syndicats et de saisir les apports de différents auteurs marxistes ». Que montre-t-il ?

C’est dès la première moitié du XIXe siècle que F. Engels, dans son ouvrage de 1845 sur La situation des classes laborieuses en Angleterre, voit dans les syndicats la première tentative faite par les ouvriers pour supprimer la concurrence. Puis, dans le Livre I du Capital, en 1867, K. Marx assigne pour but aux syndicats celui d’empêcher le niveau des salaires de descendre sous un certain seuil et le prix de la force de travail de tomber sous sa valeur. En 1865 dans Salaires, Prix et Profit, il précise que sans ce conflit quotidien avec le capital, la classe ouvrière se priverait de la possibilité d’entreprendre un mouvement de plus grande envergure. Cependant, il ajoute que les ouvriers ne doivent pas s’exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne et ne pas perdre de vue que par cette lutte ils n’agissent que contre les effets de leurs maux et non contre ses causes. En conséquence, il propose de substituer au mot d’ordre « conservateur », à ses yeux, de « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable » celui « révolutionnaire » de « Abolition du salariat ». Marx, à partir de ce point de vue, critique alors la pratique des Trade-unions anglais qui, selon lui, se contentent d’une « guerre d’escarmouches » contre les effets du système au lieu d’essayer, en même temps qu’ils luttent contre ses causes, de le changer. L’année suivante, dans la Résolution sur les syndicats qu’il élabore pour le Ier congrès de l’Association internationale des travailleurs (AIT) et que celui-ci adopte, il évoque le présent et l’avenir des syndicats. Pour le présent, il reprend sa précédente critique ; pour l’avenir, il met en avant la nécessité pour ceux-ci de devenir des foyers d’organisation de la classe ouvrière et des soutiens à tout mouvement social et politique qui tend à son émancipation.

J.-C. Benvenuti omet, ici de signaler que deux ans plus tôt, lorsque l’AIT s’était réunie au St-Martin’s Hall de Londres, en présence de Marx, en vue de sa constitution, c’est le but inverse à celui fixé par Marx dans sa Résolution sur les syndicats de 1866, que s’était fixé alors l’AIT, à savoir : « l’émancipation économique des travailleurs, à laquelle tout mouvement politique doit être subordonné [souligné par nous GQ] comme un simple moyen. »4 Il convient de le constater : entre 1864 et 1866, la majorité qui gouverne l’AIT s’est inversée. Or, dans le comité provisoire mis en place par l’AIT, en 1864, pour l’animer figurait neuf Français dont le bronzier Tolain, déjà connu pour la part essentielle qu’il avait prise à la rédaction du Manifeste des Soixante du 17 février 1864. Ce « Manifeste » se distinguait notamment par son exigence d’une représentation de la classe ouvrière par elle-même et pour elle-même dans le corps législatif, déniant ainsi toute prétention à la bourgeoisie républicaine de le faire. Comme le constate P. Karila-Cohen et B. Wilfert : « Les envolées humanitaires et utopiques ne font plus recette parmi les ouvriers et l’Etat, la politique en général, font l’objet, dans le meilleur des cas, d’une solide méfiance. Le succès des thèses de Proudhon, très hostile à l’Etat, reflète le reflux de la politisation ouvrière sous le second Empire, ou, pour être plus précis, l’affaissement du sentiment républicain dans ces mêmes milieux. Dans ce contexte d’éclipse partielle du politique, le ton nouveau des leaders des organisations ouvrières, plus attachés qu’auparavant aux aspects strictement économiques de la condition ouvrière, rompt bel et bien avec le temps de Louis Blanc. » 5

Rappelons, puisqu’il est ici question de Proudhon et de Marx, que les deux idéologues s’étaient textuellement affrontés quelque vingt années plus tôt, à la La Philosophie de la misère du premier avait répondu La Misère de la philosophie du second.

Pour l’heure, en 1864, c’est, en France où, par ailleurs, le 25 mai l’usage de la grève est légalisé sous certaines conditions, le discours du Manifeste des Soixante qui va se développer dans les chambres syndicales6. Après la répression sanglante de la Commune, en 1871, et la loi Dufaure, en 1872, qui remet en cause la législation sur le droit de grève de 1864, M. Dreyfus, fait pourtant état, à l’été 1872 de l’existence de 63 chambres syndicales.7 A cette période, K. Marx, qui s’occupe personnellement au sein de l’AIT, entre 1868 et 1870 du soutien aux luttes syndicales, rédige, en 1871, pour la conférence de Londres de l’association, une Résolution sur l’action politique qui affirme que le prolétariat, en tant que classe, ne peut intervenir que s’il se constitue en parti politique et qu’il est nécessaire que l’union des forces de la classe ouvrière, déjà réalisée par les luttes économiques, serve de levier dans sa lutte politique. La résolution ajoute, comme rappel aux membres de l’AIT, que l’activité de lutte de la classe ouvrière, en son état présent, doit inséparablement liée activité économique et activité politique. Dans la lettre qu’il adresse à Bolte, le 23 février 1871, Marx note que l’organisation politique dont la classe ouvrière a besoin se forme et grandit dans les luttes économiques, tout en précisant la différence qu’il effectue entre un mouvement purement économique, tel celui pour la réduction du temps de travail, et un mouvement politique, tel celui agissant pour la loi des 8 heures ; il précise, en outre, que le mouvement politique ou mouvement de la classe est celui qui résulte de tous les mouvements économiques isolés afin de prendre une forme générale. En 1872, Bakounine, qui pour sa part condamne à la fois la lutte revendicative et la centralisation de l’action politique, est exclu de l’AIT.

De ces textes de Marx, J.-C. Benvenuti propose l’analyse suivante qu’il qualifie de « dialectique de la lutte des classes » : « Alors que les mouvements économiques opposent un groupe d’ouvriers à un ou quelques patrons, la lutte politique met aux prises l’ensemble de la classe ouvrière avec la classe capitaliste, à travers l’appareil d’Etat, qui doit, à certains moments, céder sous la pression de la classe ouvrière. Par les luttes revendicatives les ouvriers créent les conditions de mouvements plus larges, plus vastes, plus unifiés. (…) La lutte de l’ensemble de la classe permet de renforcer ses organisations syndicales et politiques pour reprendre la lutte sur une échelle encore plus large. Cette lutte pourra, au départ, prendre la forme de conflits économiques éparpillés, pour ensuite s’unifier de nouveau en lutte politique d’ensemble. (…) Le but suprême est l’organisation politique pour la prise du pouvoir politique. Cependant, ce n’est qu’à travers un processus d’interactions dialectiques entre l’économique et le politique que les conditions en seront créées. La politique dirige, donc à un certain moment l’économique, la lutte politique dépasse la lutte revendicative, à travers les mouvements de l’ensemble de la classe ouvrière. [souligné par nous GQ] » Autrement dit, constatons-nous, s’il y a bien une dialectique entre lutte économique et lutte politique, la seconde est, du point de vue de la direction générale des luttes, « à un certain moment », hiérarchiquement situé à un niveau supérieur à la première. D’où l’on peut déduire que l’organisation politique qui impulse la lutte politique, c’est-à-dire le parti politique, est, au minimum « à un certain moment », hiérarchiquement supérieur à l’organisation qui en dirige la lutte économique, c’est-à-dire le syndicat. La conception marxiste du rapport entre lutte économique et lutte politique si elle n’évoque aucun lien de subordination du syndicat au parti pose néanmoins l’idée d’un classement hiérarchique entre les deux types d’organisation.

Mais, sur ce point, J.-C. Benvenuti, semblant prendre en compte par avance la nature de notre observation, indique : « Il ne s’agit pas, pour Marx, de définir rigoureusement un schéma des relations souhaitables entre les syndicats et les partis prolétariens. L’état de développement du mouvement ouvrier ne pose pas encore concrètement, dans la pratique, cette question. (…) Définir plus concrètement les relations entre syndicats et partis ouvriers sera la tâche de Lénine. » Dont acte et nous y reviendrons, cependant, il nous faut bien constater qu’au moment où les textes de Marx en question sont publiés, en France, les auteurs du Manifeste des Soixante semblent bien poser en des termes non équivoques, sinon la question « des relations souhaitables entre les syndicats et les partis », tout au moins celle, toute aussi importante, de la légitimité des partis politiques à représenter la classe ouvrière.

Avec Jules Guesde, importateur du « marxisme » en France, la pensée de Marx, sur ce point, va être instrumentalisée. C’est, nous l’avons déjà évoqué, en 1879 que Guesde et Lafargue créent le POF. Marx, qui rédige pourtant les fondements du programme du parti, « s’inquiète, nous dit J.-C. Benvenuti, cependant de l’assimilation superficielle du marxisme par Guesde, de son sectarisme, un jour, Marx lui lance même cette boutade : ‘…ce qu’il a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste’ (…) … ce qu’il nous faut déjà constater, c’est un décalage entre celui-ci [Guesde] et Marx ».

J.-C. Benvenuti expose alors la nature de ce « décalage » : « … les guesdistes posent correctement les données de la lutte des classes en France, en avançant la nécessité de l’existence d’un syndicat et d’un parti prolétarien, aux objectifs plus larges. Cependant, à partir de ces bases justes, ils commettent de multiples erreurs, provenant des insuffisances et du caractère non dialectique de leurs analyses. Ainsi Guesde et même Lafargue établissent un déterminisme économique étroit. Pour les guesdistes, le capitalisme est un système condamné par la simple évolution de ses contradictions économiques et leurs conséquences. La victoire du socialisme est, dans ces conditions, inévitables, et résultera de la dégradation continue du capitalisme. Ce ‘fatalisme économique’ est dangereux dans ses implications pratiques. » J.-C. Benvenuti ajoute : « La conception guesdiste des fonctions du syndicalisme est profondément contradictoire. Elle juxtapose une réduction du syndicat à un rôle corporatiste et une volonté, dans la pratique, de subordination du syndicat au parti ». Puis, sur ce point, il distingue trois périodes dans l’évolution guesdiste : 1) entre 1880 et 1893, celle où le POF soutient les grèves, sans pour autant croire à leur efficacité immédiate ; 2) après 1893, celle où la position des guesdistes à propos des luttes revendicatives apparaît comme encore plus négative ; pour lui, c’est dans cette période qu’ils s’enlisent dans un électoralisme sur la base de bons résultats enregistrés lors d’élections ; 3) après 1905, avec l’unification du parti de Guesde et de celui de Jaurès, celle où les guesdistes se retrouvent minoritaires et, contrairement à Jaurès, refusent toute action politique au syndicat dont Guesde affirme le réformisme obligatoire. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Mais, pour en rester aux deux premières périodes évoquées, l’on peut observer qu’elles coïncident, comme nous l’avons déjà indiqué, avec la fondation, en 1886, de la Fédération nationale des syndicats. Les guesdistes, qui ont investi celle-ci vont y prôner et tenter d’y pratiquer une subordination quasi-totale du syndicat au POF. Cette stratégie va conduire la FNS à ne prendre aucun essor et même à s’effilocher année après année.

Le courant anarchiste


L’attitude guesdiste envers les syndicats va se traduire par la rencontre d’une autre opposition : celle avec le courant anarchiste. Ce courant, dans lequel, au niveau de l’AIT, Bakounine s’est largement affronté avec Marx depuis de nombreuses années est à la recherche, après une période d’activité à caractère terroriste et la répression qui s’en est suivie, de nouvelles formes de militantisme, dont le syndicat lui en paraît être une possibilité. Les syndicats de métiers étant déjà occupés par des militants aguerris et forgés aux traditions corporatistes, c’est dans des structures syndicales moins traditionnelles, les bourses du travail8, qu’ils vont trouver lieu recherché. En 1892, l’on en dénombre 14, qui décident de se constituer en Fédération nationale des Bourses du travail (FNB). A la tête de cette fédération, un anarchiste, Fernand Pelloutier, va faire preuve d’initiative. Il conçoit ce qu’il nomme le syndicalisme révolutionnaire. A. Kriegel9 définit ainsi cette idéologie : « … tandis que l’anarcho-syndicalisme met l’accent sur la critique anti-étatique, le syndicalisme révolutionnaire, lui, pense davantage à la solution positive selon laquelle, dirigeant l’action directe du prolétariat en vue de la révolution, il constituerait la forme unique de la lutte de classe et la base de la future organisation de la société sans classe… » A propos de ses orientations, elle indique : « L’essentiel tient à ceci : que la société nouvelle où disparaîtra l’exploitation de l’homme par l’homme sera obtenue, non par la substitution au pouvoir actuel – l’Etat bourgeois – d’un autre pouvoir politique – un Etat prolétarien – de nature autoritaire comme tout Etat, donc oppressif – mais par la libre organisation d’une administration économique - l’administration des choses – décentralisée et confiée aux syndicats ouvriers – c’est-à-dire aux groupements de producteurs. » Elle ajoute encore : « … il s’agissait bien d’une ‘politique’, une politique certes qui se concevait autre que ce que l’on appelait généralement politique … ».

Pour leur part P. Karila-Cohen et B. Wilfert écrivent à propos du syndicalisme révolutionnaire : « Deux grands traits caractérisent cette idéologie syndicale : la place centrale accordée au syndicat dans l’émancipation des travailleurs au moyen de la grève générale, et l’indépendance absolue du syndicat par rapport aux partis et à l’Etat. »10

$ 2. La naissance de la CGT



Ainsi donc à l’idéologie révolutionnaire, politique à conséquence syndicale, marxiste, versus Guesde, vient s’opposer une autre idéologie révolutionnaire, syndicale à conséquence politique, le syndicalisme révolutionnaire.

C’est à ce moment, en 1894, que les guesdistes sont mis en minorité dans la FNS, laquelle décide pour son prochain congrès, fixé à Limoges, l’année suivante, d’inviter toutes les organisations professionnelles ouvrières et la FNB. Soixante-quinze délégués seront présents et adopteront les statuts de la confédération qu’ils décideront de créer. Ceux-ci fixe à la toute nouvelle CGT le but d’unir sur le terrain économique les travailleurs en lutte pour leur émancipation intégrale, c’est-à-dire tant économique que politique. A ce moment, la CGT, en tant que nouvelle structure, s’ajoute à celles constituées par la FNS et la FNB. Cette dernière joue une sorte de double jeu : d’une part, elle continue son propre développement et, de l’autre, elle contrôle la CGT de l’intérieur, où, à part elle, n’existent que deux fédérations syndicales corporatives véritablement importantes, celle du Livre et celle des Chemins de fer. Cette première CGT est donc, d’abord, une alliance organisationnelle conjoncturelle visant à répondre à deux nécessités :

Celle exprimée par la FNS, tout au moins ses forces dirigeantes, d’échapper à la volonté du POF de la maintenir dans un champ de subordination instrumentalisé par le champ politique classique de la prise du pouvoir politique dans lequel il est impliqué ;

Celle exprimée par la FNB, tout au moins ses forces dirigeantes, d’aider la FNS à se débarrasser de la chape du POF et, de par là même, à amoindrir les forces de celui-ci dans le cadre de son combat général contre l’idéologie marxiste-guesdiste.
Cependant, au-delà de cette alliance conjoncturelle, la différence est grande entre FNS et FNB, non pas tant sur leur volonté commune de démarquer le champ syndical du champ politique, puisque les deux fédérations font preuve de la même méfiance à l’égard des politiciens - même socialistes - et prétendent que le syndicalisme à vocation à réaliser l’émancipation intégrale des travailleurs, mais sur le moyen pour le syndicalisme de parvenir à cette émancipation.

Du côté de la FNS, du moins des deux grandes fédérations qui la dominent11, la transformation de la société est conçue comme une lutte quotidienne dans laquelle la classe ouvrière obtient une amélioration de son sort. D’où la pratique d’un syndicalisme de masse, puissamment organisé. Il s’agit ici d’un syndicalisme prônant la voie de réformes de la condition ouvrière, obtenues par l’action de la classe ouvrière elle-même sans s’en remettre à l’action de l’Etat.

Du côté des dirigeants de la FNB, la transformation de la société est conçue comme un « grand soir » insurrectionnel, fruit de la grève générale. D’où la pratique d’un syndicalisme activiste de minorités agissantes, sans souci de questions d’appareil, montrant du dédain pour les luttes quotidiennes, qui, paradoxalement, surtout si elles sont victorieuses, retardent le combat pour le grand bouleversement. Il s’agit là d’un syndicalisme de révolution de la condition ouvrière et de toute la société, de destruction de l’Etat existant.

Si l’alliance peut se faire entre ces deux conceptions opposées du syndicalisme, c’est cependant qu’elles ont un dénominateur commun, qui les oppose, ensemble, au guesdisme : le syndicalisme a vocation à mener à la fois la lutte économique et la lutte politique, la lutte pour l’émancipation intégrale des travailleurs, sans subordonner son rôle à celui de quiconque. C’est en ce sens que la première CGT, selon nous est à la fois syndicale et politique.

De ce point de vue, il convient de se garder, répétons-le, de toute tentation d’observer cette période avec la lunette, alors déformante, d’une autre époque. Ainsi, si, aujourd’hui, le champ de l’action syndicale est balisé par une institutionnalisation développée des prérogatives syndicales, à la fin du XIXe siècle, il n’en est pas ainsi. Les syndicats, par la loi de 1884 et en particulier son article 3, ont pour objet l’étude et la définition des intérêts économiques de leurs adhérents. Si le législateur de l’époque a voulu ainsi écarter toute possibilité d’action politique aux syndicats, il n’a en revanche pas pu interdire l’émergence d’une conception de l’activité syndicale qui prétend que les intérêts économiques des travailleurs sont leur affaire exclusive, y compris dans la manière politique de les faire valoir. En conséquence, à cette période, la définition du champ syndical est un enjeu en devenir. Comment s’étonner alors que d’aucuns aient l’ambition de lui fixer des frontières bien plus vastes que celles qu’il revêtira par la suite ? Ainsi, lorsque nous prétendons que la première CGT est à la fois syndicale et politique, c’est dans ce contexte là qu’il convient de l’entendre.
L’alliance, contre les prétentions guesdistes, qui se réalise, en 1895, entre la FNS et la FNB pour donner naissance à la CGT relève également d’une idée générale, remontant au début du siècle, de regroupement de tous les travailleurs. Cette idée a été portée par des personnalités tels que Agricol Perdiguier, Efrahem, Flora Tristan12. Elle fait partie d’un imaginaire mystique de l’unité. Notons simplement ici que le syndicalisme, même si ce n’est, on l’a vu, qu’en apparence, la réalise dans une période où le mouvement ouvrier politique est encore dans une division extrême13, puisque ce n’est que dix ans plus tard que se réalisera l’unité des partis socialistes.

En même temps, cette idée générale s’appuie, au moment où la CGT se constitue, sur quelques réalités sociologiques du point de vue de l’évolution du monde ouvrier. Ainsi, A. Dewerpe 14 montre que c’est dans cette période que se constituent, en périphérie des centres urbains de grandes villes comme Lille, Lyon, Paris, les banlieues ouvrières dans lesquelles se formle un nouveau type de sociabilité entre les travailleurs, au-delà des identités professionnelles des métiers, qui contraste avec la sociabilité plus corporatiste des centres urbains traditionnels. Une conscience d’une condition ouvrière partagée grandit. Y. Lequin15 montre, lui, que ce décloisonnement des métiers a à voir avec la poussée des bourses du travail, dans lesquelles, précisément, les travailleurs peuvent se retrouver au-delà des structures corporatistes qui dominent alors la sociabilit16é ouvrière.

Ainsi l’idée même d’une confédération générale des travailleurs, qui s’objective dans la CGT de 1895, prend sa place dans le débat général sur le syndicalisme en lien avec celui plus vaste encore, auquel participe un sociologue comme Durkheim, sur les conditions de la construction d’une nouvelle société industrielle. Le syndicalisme est alors pensé, à l’aune des révoltes ouvrières de ce siècle finissant, par nombre d’auteurs de l’époque comme le périmètre social producteur de liens nouveaux pouvant permettre aux masses ouvrières d’échapper aux visées des idéologues de la révolution sociale.

Mais, on l’a vu, la CGT qui naît à Limoges, tout au moins pour sa composante syndicaliste révolutionnaire, n’est pas, bien au contraire, sur une telle longueur d’onde. Or, cette composante syndicaliste révolutionnaire est celle qui, pour l’heure, imprime son orientation à la CGT. L’implantation nationale interprofessionnelle de la FSB, qui maintient son propre dispositif structurel malgré son appartenance à la CGT, lui donne une influence générale dans la toute nouvelle confédération bien plus importante que celles des différentes fédérations professionnelles.

Cependant, cette CGT, pour qui la grève générale est l’alpha et l’oméga idéologique et pratique de son identité, rencontre des limites qui sont celles qui séparent le futur d’un « grand soir » radieux du présent d’une condition ouvrière beaucoup moins radieuse. Il en est pour preuve, le nombre de grèves recensées, notamment dans la grande industrie durant la période. De plus, ces grèves sont productives de résultats. J. Julliard17 montre que le nombre de grèves sans succès, qui était de une sur deux en 1895, n’est plus que de à peine plus de une sur trois en 1900. Or, la CGT, lors de son congrès de 1900, continue à dénoncer les grèves partielles. Il faut attendre le congrès de 1902 pour que, mesurant l’impasse que constitue une telle option, elle renonce à cette condamnation.

En écho à cette observation, notons que durant la période 1895-1902 ce sont quatre secrétaires généraux qui se succèdent à la tête de l’organisation. Cette instabilité est le reflet du compromis réalisé en 1895 entre la FNS et la FNB.

Une direction CGT syndicaliste révolutionnaire


Le congrès de la CGT de 1902 va être le cadre d’un dépassement de ce compromis. L’année précédente, Fernand Pelloutier, chef historique de la FNB, meurt. Les conditions pratiques sont réunies pour l’évolution de cette structure qui disparaît en tant que telle pour se laisser absorber dans la CGT dans le cadre d’un nouveau dispositif interne confédéral. Celui-ci pose que tout syndicat adhérent à la confédération l’est par une double affiliation : d’une part, à une fédération nationale, à base professionnelle ; d’autre part, à une bourse du travail, à base territoriale. La CGT est ainsi constituée de deux sections, l’une des fédérations d’industries et de métiers ; l’autre des bourses.18 C’est un proche de Pelloutier, Victor Griffuelhes, ancien secrétaire de l’Union syndicale de la Seine puis secrétaire de la Fédération nationale des Cuirs et peaux, qui est élu secrétaire général de la confédération. Le parcours même de Griffuelhes est indicatif de l’évolution structurelle de la CGT. En effet, il est à la fois un proche de Pelloutier, le chef historique de la FNB, et secrétaire d’une fédération. C’est que le panorama des fédérations CGT a commencé à se transformer. Aux anciennes fédérations de métiers, dominés par les « réformistes » de la FNS, s’ajoutent, chaque jour davantage, de nouvelles fédérations d’industrie, lesquelles sont largement dominées par les « révolutionnaires ». La stratégie de Griffuelhes va, d’ailleurs consister, dans les années qui suivent19, à marginaliser totalement les fédérations de métiers. Ainsi, l’ancien clivage de 1895 entre fédérations et bourses, est, dès 1902, dépassé par un clivage entre « réformistes » et « révolutionnaires » étendu à l’ensemble de la CGT. Il faut alors évoquer une autre modification institutionnelle interne à la CGT, adopté par son congrès de 1902, qui donne toute sa cohérence à cette série de modifications : le congrès met en place, en qualité d’organisme de direction, un comité confédéral élu par les fédérations dans le cadre d’une représentativité de chacune fondée non sur leurs nombres d’adhérents respectifs, mais sur le nombre de bases syndicales, quel que soit le nombre d’adhérents de celles-ci. Il en résulte une distorsion entre le nombre d’adhérents et le nombre de voix attribués aux fédérations, qui permet aux petites bases, fiefs des minorités agissantes des « révolutionnaires » de compter pour autant que les grandes bases, fiefs des « réformistes », pratiquants du syndicalisme de masse. Au total, cette réforme institutionnelle de l’organisation interne de la CGT se traduit par la main mise des syndicalistes révolutionnaires sur la confédération. L’on peut encore observer qu’une telle stratégie par l’effort qu’elle suscite quant à son élaboration et sa mise en œuvre est fort éloignée d’un comportement anarchiste traditionnel délaissant les questions d’organisation au profit d’actions davantage spectaculaires. Cela correspond-il à ces changements plus profonds chez ces dirigeants révolutionnaires, seraient-ils dans un état de passage du « révolutionnaire syndicaliste » au « syndicaliste révolutionnaire » ? En tout cas, comme nous allons le monter, leur « révolutionnarisme » va être revisité.


Griffuelhes, avec entre autres un autre proche de Pelloutier, Emile Pouget, rédacteur depuis 1900 de la Voix du peuple, hebdomadaire de la CGT créé à ce moment, vont faire adopter, par le congrès de 190220, une stratégie des luttes qui va consister à relier le mot d’ordre mythique de grève générale, sans l’abandonner pour autant, aux luttes et grèves immédiates. Ce faisant, ils ne font que faire preuve de réalisme face à la poussée des grèves pour des objectifs immédiats qu’il devient impossible de renvoyer au futur par trop abstrait de la grève générale.

En même temps, lorsque J. Bron21 rapporte les propos suivants de Griffuelhes : « Longtemps, dans les milieux ouvriers, on a considéré les grèves néfastes. Ce n’est pas notre avis. (…) D’abord parce qu’elles forment les travailleurs et les disposent pour la lutte ; elles habituent la classe ouvrière à la défense de ses intérêts. De plus, les grèves donnent des résultats, relatifs sans doute, mais qui n’en sont pas moins réels », n’y trouve-t-on pas l’écho d’une profonde évolution de la stratégie de la grève générale exclusive dans le syndicalisme révolutionnaire vers ce que les nouveaux dirigeants de la CGT nomment eux-mêmes le syndicalisme d’action directe ?

L’évolution du syndicalisme révolutionnaire est-elle limitée à cet aspect ? Qu’en est-il, par exemple, de l’évolution de ses rapports au champ politique classique ? Deux événements, durant les années qui suivent, vont permettre de répondre à ces questions : en 1905, la réalisation de l’unité politique socialiste ; en 1906, le congrès d’Amiens de la CGT.

En 1905, les deux partis socialistes français, le guesdiste et le jaurésien, fusionnent pour donner naissance à la Section française le l’internationale ouvrière (SFIO)22. Cette union se réalise sur un fond de refus de participation gouvernementale des socialistes à des alliances avec des partis qualifiés de bourgeois. Cependant, elle ne gomme pas chacun des particularismes des deux courants socialistes sur plusieurs points, dont celui de la place et du rôle dévolus au syndicat. Pour Jaurès23, les fonctions du syndicat ne sauraient se circonscrire à des actions corporatives : « Réduire le syndicat à un rôle purement corporatif, c’est le transformer. Pour ma part, je me félicite de voir les syndicalistes français aller au-delà de cette action réformiste et s’assigner comme but la suppression, l’entière transformation de la propriété et de la société capitaliste, par l’organisation et par la préparation de la grève générale ». En outre, il répond favorablement à l’exigence d’autonomie syndicale : « La CGT demande au Parti Socialiste de ne pas intervenir, de ne pas s’ingérer dans son fonctionnement. Cette autonomie est bienfaisante. Nous ne pourrions que nous affaiblir les uns les autres, en embrouillant les tâches des uns et des autres ». En revanche, nous l’avons vu plus haut, Guesde défend la thèse inverse.

$ 3. La Charte d’Amiens et son instrumentalisation



C’est sur cette base ce fond que se tient, en octobre 1906, à Amiens un congrès confédéral de la CGT. Un délégué guesdiste, Renard, y présente une motion visant à proposer l’établissement de liens de coopération entre la CGT et la SFIO.24 S’y opposent tant les syndicalistes révolutionnaires de la CGT, dont Griffuelhes, que les « réformistes », avec Keufer à leur tête.25 Une coalition se réalise entre ces adversaires de la motion guesdiste pour y opposer un texte qui développe trois points : 1) l’autonomie de l’action de la CGT vis-à-vis des partis, laquelle implique qu’ils doivent mener leur propre action en dehors d’elle26 ; 2) la définition de la mission fondamentale du syndicalisme : la suppression du salariat par la lutte économique ; 3) la définition de ses objectifs dans ce cadre : améliorer dans l’immédiat la condition ouvrière et simultanément agir pour l’émancipation de la classe ouvrière. Ce texte est adopté par 834 voix contre 8 ; il y a une centaine d’abstentions.

Le texte adopté est entré dans l’histoire sous le nom de Charte d’Amiens. Il est communément utilisé dans les typologies sur les différents modèles de syndicalisme pour montrer la particularité du syndicalisme français ; par ailleurs, on le verra, il va être largement utilisé, à travers les années, par les acteurs syndicaux et politiques comme référence de l’indépendance syndicale dans les discussions qui auront lieu à propos des relations entre syndicats et partis politiques. Pourtant, il convient, selon nous, de distinguer sa valeur réelle de sa valeur modélisée.

Au moment où il est voté, il ne signifie rien d’autre, ce qui est déjà beaucoup, que la détermination des syndicalistes révolutionnaires qui dirigent alors la CGT de voir écarter toute menace de transposition des débats politiciens entre partis ou tendances socialistes dans la CGT et, surtout, de voir se mettre en place un rapprochement, au sens physique du terme, entre l’organisme de direction du parti socialiste, son conseil national, et l’organisme de direction de la CGT, son comité confédéral. Griffuelhes, quatre ans plus tôt, a mis tant de soin à peaufiner une nouvelle construction cégétiste, sur laquelle les syndicalistes révolutionnaires ont la main mise, qu’il n’entend pas, dans un contexte – on l’a vu avec l’intervention de Keufer – où une réelle contestation interne à la CGT existe, la mettre en péril en mettant le doigt dans un engrenage dont il ne sait où il pourrait mener son organisation. Bien plus, en adoptant cette voie distanciée avec la SFIO, il sait qu’elle ne peut qu’être soutenue par Keufer et ses amis, qui entendent « repousser le parlementarisme ». Il sait encore que Jaurès admet cette voie.

Autrement dit, ce qui deviendra historiquement emblématique de l’indépendance syndicale, la Charte d’Amiens, est aussi et, pour l’heure, avant tout une gestion stratégique des intérêts de la CGT vue par le prisme de ceux qui la dominent. Car ceux-ci, et Keufer en fait justement l’observation, sont loin de pratiquer un « neutralisme » qu’ils ne revendiquent d’ailleurs pas ; ils sont syndicalement et politiquement engagés contre le militarisme, le patriotisme, le parlementarisme et pour, comme le relève Keufer, « supprimer l’Etat … faire disparaître tout gouvernement des personnes pour confier aux syndicats, aux fédérations, aux Bourses du Travail, le gouvernement des choses, la production, la répartition, l’échange, c’est-à-dire le communisme libertaire et intégral ».

Au total, ce qu’il convient, selon nous, de constater, c’est qu’entre 1895 et 1906, les syndicalistes révolutionnaires, sous l’impulsion de Griffuelhes, ont, dans une même démarche – celle du congrès de 1902 – pris possession de l’appareil confédéral et su adapter une mystique théorie de la grève générale27 pour la transformer en un syndicalisme d’action directe, tout en maintenant – c’est là le fruit du congrès de 1906 – une alliance de circonstance avec les « réformistes » fondée sur le rejet d’une prétention d’une partie des socialistes à utiliser la CGT dans le cadre de ses ambitions politiques. Ce n’est pas mince.

Cela étant, il convient de distinguer dans la relation CGT-SFIO, ce que fait J. Julliard28, la situation au niveau national et les situations locales qui, souvent, aménagent des relations plus pragmatiques liées aux intérêts mutuels locaux des deux organisations. Mais, comme le notent, P. Karila-Cohen et B. Wilfert, à propos de la Charte d’Amiens : « elle fonctionne comme une fiction mobilisatrice qui tâche de rappeler aux militants la particularité absolue du syndicalisme révolutionnaire ».29

Si le congrès d’Amiens est demeuré célèbre par le texte que nous avons évoqué, il en a également adopté un autre, moins estimé, à propos du patriotisme. C’est Yvetot, successeur de Pelloutier à la direction de la FNB à la mort de celui-ci, puis secrétaire de la section confédérale des bourses, qui en a été le porte-parole. Ce texte dénonce le patriotisme et se propose de durcir le combat contre lui en raison du travers qu’il constitue à la solidarité universelle des travailleurs. Or, cette même année 1906, un dirigeant de la SFIO, ancien professeur révoqué pour son révolutionnarisme et devenu journaliste, Gustave Hervé, fonde un hebdomadaire, La Guerre sociale, où il prône un anarchisme brut mêlé d’un antimilitarisme féroce. Ses écrits vont rencontrer un écho parmi les syndicalistes révolutionnaires, pour qui ils constituent une sorte de retour aux sources vers leur état premier de révolutionnaires syndicalistes. Sorel n’est pas isolé dans ce rôle, A. Kriegel relève que « les organisations de défense professionnelle … (…) … ont … surtout dans les dix premières années du XXe siècle, été l’objet de commentaires et de développements – dus … à des intellectuels : Sorel, Berth, Lagardelle – qui mirent en évidence leur filiation avec les enseignements proudhoniens ».30

Durant l’été 1908, La Guerre sociale va jouer un rôle particulièrement actif dans une grève localisé dans le bâtiment, à Vigneux-sur-Seine, qui verra la police tirer sur les grévistes, dont plusieurs seront tués. En riposte, l’hebdomadaire d’Hervé appelle à la grève générale et la fédération CGT du Bâtiment le suit dans cette injonction. La grève générale est décidée pour le 30 juillet. A la fin de cette journée, une manifestation du Bâtiment, se solde par quatre nouveaux morts et de nombreux blessés chez les manifestants. C’est alors la confédération qui appelle à une grève générale pour le 3 août. C’est un échec : l’ensemble des membres de la direction de la CGT sont arrêtés. Lors du congrès confédéral qui suit, en octobre, Griffuelhes est évincé du secrétariat général, au profit de Niel, suite à une alliance entre les révolutionnaires syndicalistes les plus durs et les « réformistes ». Tout se passe comme si la « modernisation » de la CGT de 1895 par Griffuelhes, dans le sens du passage d’un révolutionnarisme syndical vers celui d’un syndicalisme révolutionnaire, était alors victime d’une reprise en mains par les vieilles forces traditionalistes, tant anarchistes que corporatives, réunies pour la circonstance.

Mais, alors que Niel laisse la place à un nouveau secrétaire général, Léon Jouhaux, dès 1909, se crée, la même année, dans la CGT une nouvelle revue, La Vie Ouvrière, dont les animateurs, parmi lesquels Pierre Monatte et Alphonse Merrheim, vont produire une analyse critique de la stratégie de la grève générale à laquelle ils opposent une vue réaliste du terrain économique et des possibilités revendicatives en découlant. La CGT, qui compte alors 331 000 syndiqués, apparaît dans cette période comme divisée entre courants et sans orientation confédérale précise, mise à part sa persistance à garder ses distances avec la SFIO. Ainsi, en octobre 1912, elle rejette toute action concertée avec les partis socialistes européens qui projetaient une manifestation contre la guerre des Balkans.

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