Ebauche d’etude sur la direction du pcf de 1920 a 1977 dans son rapport aux dirigeants syndicalistes








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2. SECTION 2. LES CONDITIONS DE NAISSANCE DU PCF




$ 1. La guerre



A la fin du mois de février 1914, à Paris, à l’appel de l’Union départementale CGT de la Seine, une manifestation contre la guerre a lieu.

Moins de quatre mois plus tard, c’est un socialiste indépendant, René Viviani, qui devient président du Conseil. Viviani, originaire d’une famille de colons d’Algérie, n’a jamais été directement mêlé à la vie du prolétariat et ne connaît donc pas, directement, la classe ouvrière et ses conditions de vie. S’il rejoint son combat, au cours de ses dernières années d’études à la faculté de Droit et au barreau de Paris, sa démarche est politique. Elle se situe, d’ailleurs, depuis l’origine, en marge des partis organisés qui se réclament du socialisme. Il les fréquente, plus ou moins, tous un peu. Sa fonction d’avocat le fait également être le défenseur de militants socialistes et d’ouvriers en grève. C’est en 1893, il a alors trente ans, que des groupes socialistes d’un arrondissement de Paris posent sa candidature aux élections législatives. Dans son programme, l’on trouve des aspects qui touchent à la condition des travailleurs : la liberté syndicale, la limitation de la journée de travail. Il est élu. En 1898, il est réélu dès le premier tour. Mais, lors des élections législatives, suivantes, en 1902, il est battu. En 1905, au congrès d’unité socialiste, il est élu à la direction de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), nom que prend ce nouveau parti socialiste unifié, mais ne participe pas aux réunions de l’organisme de direction, la Commission administrative permanente (CAP). Aux élections législatives de l’année suivante, il est à réélu, mais sur une liste d’ « Union des comités radical et radical-socialiste et socialiste ». Il débute alors un parcours ministériel, comme ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, ministère durant lequel il instaure les retraites ouvrières et paysannes. En 1910, il est à nouveau réélu, au premier tour de scrutin, aux élections législatives, dans la Creuse. Après être devenu, entre temps, ministre à l’Instruction publique et aux Beaux-Arts, il est à une nouvelle fois réélu en avril 1914, sous l’étiquette de républicain-socialiste libre penseur. C’est alors qu’il devient président du Conseil et ministre des Affaires étrangères.

Le mois suivant, toujours à l’appel de l’Union des syndicats CGT de la Seine, des travailleurs continuent à manifester contre la guerre, dans de nombreuses villes françaises. Ces manifestations redoublent après le 25 juillet, date de l’ultimatum autrichien à la Serbie.

Le 31 juillet, Jean Jaurès est assassiné. Dans les deux jours qui précèdent, il a participé, à Bruxelles, à la réunion du Bureau socialiste international (BSI), lequel a lancé un appel à la paix. De retour à Paris, il demande au ministère d’écouter cet appel. Par ailleurs, il reçoit une délégation du Bureau confédéral de la CGT, qu’il réussit à convaincre de renoncer à l’organisation d’une nouvelle manifestation contre la guerre pour le 2 août. Il demande à la délégation confédérale syndicale de patienter une semaine afin d’attendre l’ouverture, à Paris, du congrès de l’Internationale socialiste. Apprenant, le 31, la mobilisation autrichienne il tente, en vain, d’être reçu par Viviani. C’est alors qu’il s’apprête, dans les colonnes du journal qu’il a fondé et dirige, L’Humanité, de dégager la responsabilité de la SFIO de l’apathie gouvernementale, qu’il est assassiné.

Le lendemain, en France, l’ordre de mobilisation générale est proclamé.

Trois jours plus tard, à l’occasion des obsèques de Jaurès, Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, annonce que sa confédération se rallie à l’ « Union sacrée ».

Au lendemain de l’assassinat de Jaurès et, donc, le jour de proclamation de la mobilisation générale en France, à l’unanimité le Comité confédéral de la CGT (CCN) s’était prononcé contre la grève générale. Or, lors de tous ses congrès précédents, la CGT s’était prononcée pour la grève générale en cas de guerre. Ce brusque changement peut avoir une explication. Sachant que Malvy, ministre de l’Intérieur, avait décidé de surseoir à l’application du « Carnet B », qui prévoyait l’arrestation des militants antimilitaristes, et que Jouhaux figurait sur celui-ci, ne peut-on s’interroger, ce que font nombre d’observateurs,31 sur le lien entre cette décision et la prise de position de la CGT ? Toujours est-il que, aux obsèques de Jaurès, Jouhaux annonce son départ, dans le cadre de la mobilisation générale, pour affronter l’impérialisme allemand. Finalement, dès le lendemain, il bénéficie d’un sursis d’appel.

La suite du mois d’août montre que la CGT n’est pas seule, parmi les forces ouvrières, à accepter l’ « Union sacrée » du gouvernement Viviani. Le 26, Jules Guesde et Marcel Sembat entrent dans ce gouvernement.

La démarche de ces deux dirigeants socialistes ne relève pas d’une décision personnelle. A ce moment, c’est l’ensemble des élus et militants socialistes qui se prononcent pour le soutien à une politique de défense nationale – ainsi le groupe parlementaire socialiste vote à l’unanimité les crédits de guerre et l’état de siège restreignant les libertés. Le choix de Guesde par le parti pour accomplir ce soutien n’est pas anodin. Le vieux leader socialiste, il a alors 79 ans, est l’homme qui, jusqu’ici, a toujours refusé toute collusion avec la bourgeoisie et même les radicaux. Son acceptation d’entrer dans le gouvernement Viviani prend, dans ce contexte, valeur d’une collaboration radicale et d’un soutien plein et entier. En même temps, Guesde est totalement en accord avec cette orientation politique, qu’il continuera à défendre dans le parti même après avoir quitté le gouvernement. Quant à Sembat, précédemment apôtre de la paix dans le parti, lui aussi soutint avec détermination la politique d’union pour la défense nationale.

La conjonction des orientations de la CGT et de la SFIO face à la guerre va rapidement se concrétiser par la création, le 9 septembre 1914, d’un Comité d’action commun entre les deux organisations.

Il faut attendre près de quatre mois, c’est-à-dire janvier 1915, pour qu’un acte fort vienne contester la voie dans laquelle s’est engagée la CGT. Le 3 de ce mois, Pierre Monatte démissionne du Comité confédéral de la confédération pour protester contre l’orientation de la direction confédérale.

Monatte prenant cette décision la rattache à un fait précis : le refus de la CGT de participer à une conférence socialiste internationale, dont les partis socialistes scandinaves avaient pris l’initiative.

Il convient, ici, de montrer qui est celui, qui, le premier parmi les dirigeants de la CGT, manifeste une opposition radicale à la direction confédérale.

Monatte32 est, alors, âgé de 34 ans. C’est dès ses 15 ans, en 1896, que ce natif de la Haute-Loire, adhère aux Jeunesses socialistes. Boursier – son père est maréchal ferrant-forgeron et sa mère dentellière –, il obtient son baccalauréat et devient répétiteur de collège dans le Nord de la France. Mais, vite, il se décide à venir à Paris. Il y fait connaissance avec les animateurs de la librairie à laquelle il commandait des ouvrages durant son séjour nordiste. Ceux-ci l’embauchent. Son activité professionnelle le met en contact avec deux dirigeants de la CGT, Merrheim et Pouget. Syndiqué, puis militant syndical, il contribue à fonder un syndicat des employés de librairie. Parallèlement, il rédige des textes pour des journaux et devient même, peu de temps, membre du secrétariat de rédaction du journal anarchiste, Libertaire. A 23 ans, en 1904, Monatte quitte la librairie pour devenir correcteur d’imprimerie. Cette même année, Pouget le fait entrer au Comité confédéral national (CCN), comme représentant d’une Bourse du Travail. En 1907, Monatte participe au congrès international anarchiste, à Amsterdam, et y déclare que le syndicalisme ouvre à l’anarchisme des espérances nouvelles. C’est à l’imprimerie de la CGT qu’il exerce son métier de correcteur. On le donne, alors, en raison de son instruction, comme apprécié par Pouget et écouté par Griffuelhes, le secrétaire général de la confédération. D’ailleurs, bientôt, Pouget lui confie la rubrique sur le mouvement social du quotidien que la CGT a décidé de faire paraître. Mais, cette entreprise échoue financièrement. Cet échec ainsi que l’élection d’un nouveau secrétaire général de la CGT, moins proche de lui, l’emmènent au projet visant à réaliser une revue syndicale destinée à la formation des militants. S’entourant d’avis sur ce projet, dont celui de Merrheim, il décide de fonder cette revue à laquelle, en hommage à un ouvrage de Pelloutier, il donne le nom de Vie ouvrière. Il lance une collecte destinée à donner des moyens à la parution projetée. Il installe le siège de la revue hors de la maison confédérale et, avec son salaire de correcteur, assure la rédaction et l’administration de la nouvelle parution. Quant aux collaborateurs de la revue, ils se nomment Griffuelhes, Merrheim, Garnery, Dunois et l’anarchiste suisse Guillaume, notamment. La revue, servie chaque quinzaine, par abonnement, touche, à son démarrage, 550 lecteurs. Dès le premier numéro, Monatte la place sous le drapeau du syndicalisme révolutionnaire et de l’antiparlementarisme. En mai 1914, alors que le nombre d’abonnés frise les 2000, Monatte en confie la rédaction à Rosmer et ne conserve que la gestion administrative. Il prend, alors, quelques vacances, mais les événements de juillet le ramène vite à Paris. De suite, il refuse l’union sacrée, comme ses amis Rosmer et Merrheim.

C’est dans ce contexte qu’il démissionne du CCN. Il adresse sa lettre de démission à de nombreux militants.

Un peu plus de quatre mois plus tard, les socialistes accentuent leur participation au gouvernement d’ « Union sacrée » : Albert Thomas devient sous-secrétaire d’Etat à l’Artillerie et à l’Equipement. Ce fils de boulanger devenu, au prix de lourds sacrifices parentaux , agrégé d’histoire avait, rapidement, quitté l’enseignement pour rejoindre Jaurès à L’Humanité, afin d’y tenir la rubrique sociale. L’année suivante, en 1905, il crée La Revue syndicaliste. Il y prône un syndicalisme libre, indépendant, notamment des partis, parti socialiste compris. Il y vante également les vertus du mouvement coopératif, dont il est lui-même un adepte et un dirigeant. Parallèlement, il entre à la direction de la SFIO dès la création de celle-ci et, en 1912, après avoir été élu député, devient maire de Champigny. Nul doute que pour les opposants à l’union sacrée, ce ralliement ne soit vécu comme une grave trahison supplémentaire des élites socialistes.

Des opposants s’impliquent de plus en plus dans leur action contre le conflit armé généralisé. Ainsi, en septembre 1915, deux de ceux-ci, Merrheim et Albert Bourderon, assistent, à Zimmerwald en Suisse, à une conférence socialiste internationale des opposants à la guerre. Avant d’évoquer plus avant le résultat de cette conférence, il nous faut évoquer ces deux hommes.

Merrheim, que nous avons déjà plusieurs fois cité, est chaudronnier en cuivre de métier. Militant syndicaliste révolutionnaire, il est devenu, en 1898, à 27 ans, secrétaire de la Fédération des Métaux CGT. Depuis, il s’est opposé à plusieurs reprises, notamment à Amiens en 1906 lors du congrès de la CGT, aux tentatives de militants socialistes d’établir des relations entre leur parti et la CGT. Parallèlement, il est l’auteur d’études sur la branche industrielle dont il a la responsabilité syndicale et le patronat de celle-ci. Comme Monatte, d’où sa participation à La Vie ouvrière, il est persuadé que la formation des militants est une pièce essentielle de l’activité syndicale. Dès l’adhésion de la CGT à la politique gouvernementale d’ « Union sacrée », Merrheim critique la direction confédérale et, en particulier, Jouhaux, à qui il reproche, notamment, d’avoir mis la CGT devant le fait accompli en acceptant d’être nommé commissaire à la Nation. Dès septembre 1914, il est un des rares à s’opposer à la décision de transférer le Comité confédéral à Bordeaux, où se trouve Jouhaux. Il demeure à Paris et, avec la qualité de secrétaire général par intérim, y convoque un CCN à l’issue duquel Jouhaux est contraint de renoncer à ses tournées de propagande gouvernementale. Dans cette démarche, il reçoit le soutien de Bourderon. La démission de Monatte est mal vécue par Merrheim car elle conduit à l’isoler davantage à la direction confédérale. Pour le 1er mai 1915, il fait paraître un numéro exceptionnel de L’Union des Métaux, l’organe de sa Fédération, qui publie le manifeste des ouvriers allemands se prononçant contre la guerre. En août, Bourderon, obtient, malgré l’avis défavorable de Jouhaux, la convocation d’une Conférence nationale de la CGT. Merrheim et lui y proposent une motion commune rejetant la guerre. Cette motion est repoussée par près des trois quarts des organisations présentes. Cependant, elle permet aux opposants à la guerre de se compter. Ainsi, se retrouvent, notamment, dans le camp des opposants, en plus des Métaux et du Tonneau, la fédération de Bourderon, le Rhône, la Loire, les Instituteurs, les Cuirs et Peaux, la Céramique, la Chapellerie, la Brosserie.

Bourderon, tonnelier de métier, est l’un des fondateurs, en 1896, de la Verrerie ouvrière d’Albi, entreprise coopérative. En 1903, à 45 ans, il crée la Fédération du Tonneau. Mais, contrairement à Merrheim, depuis l’âge de 22 ans, il est engagé dans les organisations politiques socialistes. D’abord dans le parti d’Allemane, pour lequel il est candidat aux élections législatives de 1893, puis militant du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire et encore du Parti socialiste français, il participe à la constitution de la SFIO, dont il est un militant au niveau local, à Paris. En février 1915, il participe, au nom de la SFIO, à la Conférence de Londres des partis socialistes alliés et des syndicats. Merrheim y représente la CGT. Tous deux se retrouvent seuls à s’opposer, en désaccord d’ailleurs avec leurs organisations, à l’union sacrée.

Présents, donc, à Zimmerwald, Merrheim et Bourderon y adoptent un manifeste à tous les prolétaires d’Europe pour la reprise des relations prolétariennes internationales. Ce manifeste marque le début d’un mouvement pacifiste international.

Deux mois après la Conférence de Zimmerwald, se met en place, à l’initiative des opposants à la guerre, un Comité d’action international. Parmi ces opposants l’on retrouve Merrheim et Bourderon.

Encore deux mois et, en janvier 1916, des socialistes et des syndicalistes pacifistes, parmi lesquels toujours Merrheim et Bourderon, forment, à Paris, un Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI).

En avril, les syndicalistes du CRRI créent un Comité de défense syndicaliste, qui constitue une minorité pacifiste à l’intérieur de la CGT.

Ce même mois, à Kienthal en Suisse, se tient une nouvelle conférence socialiste internationale. En comparaison à celle de Zimmerwald, la délégation française s’est élargie pour atteindre huit participants. Elle aurait même du en comporter onze, mais Marie Mayoux, Merrheim et Bourderon se sont vu refuser leurs passeports.

Arrêtons-nous, un instant, sur quelques-uns des participants français.

Jean-Pierre Raffin-Dugens est un ouvrier devenu instituteur. En 1910, il est élu député SFIO dans l’Isère et réélu en 1914. En mai 1915, avec quinze autres élus socialistes, il vote contre l’entrée de Thomas au gouvernement. Après la Conférence de Zimmerwald, il prend contact avec le groupe de La Vie ouvrière pour apporter son soutien.

Pierre Brizon est professeur d’enseignement primaire supérieur. Il devient député SFIO, en 1910, dans l’Allier et est réélu en 1914. Il est adhérent au CRRI.

Alexandre Blanc est, comme Raffin-Dugens, instituteur. En 1906, il est élu député SFIO du Vaucluse. Battu en 1910, il redevient député en 1914.

Enfin, bien que non présente physiquement à Kienthal, évoquons Marie Mayoux. Elle aussi institutrice, elle milite, avec son mari, à la SFIO, depuis 1905, et au syndicat des instituteurs. Le couple Mayoux, en 1912, rédige l’essentiel du deuxième manifeste des instituteurs syndiqués, qui appelle à résister à la dissolution des syndicats d’instituteurs. Dès juin 1915, Marie Mayoux organise, à Tours, une réunion de militants où elle présente une déclaration pacifiste.

De façon incontestable, la Conférence de Kienthal marque une évolution interne à la SFIO dans l’opposition à la guerre. Notons la place qu’y prennent les enseignants en le rapprochant du fait que dans l’opposition interne à la guerre dans la CGT, les Instituteurs ont, eux aussi, placé leur organisation dans le camp de l’opposition à la direction confédérale.

La participation d’élus SFIO à la Conférence de Kienthal, du point de vue de l’évolution qu’elle traduit dans ce parti, n’est sans doute pas étrangère à la décision prise par un dirigeant du parti, Jean Longuet, de fonder, le 1er mai 1916, un journal favorable à une paix rapide, Le Populaire de Paris.

Jean Longuet est le petit-fils de Karl Marx. Avocat et journaliste, en 1904, à 28 ans, il suit Jaurès, qui fonde L’Humanité, et y rédige des articles d’information internationale. L’année suivante, au congrès d’unité socialiste, il devient membre de la CAP du nouveau parti. En 1914, il est élu député de la Seine.

En novembre 1916, en France, dans les usines d’armement, de premières grèves, depuis le début du conflit, sont menées par les travailleurs pour empêcher la diminution des salaires.

Le 12 décembre, l’évolution interne à la SFIO se traduit par une nouvelle étape : à l’occasion d’un remaniement ministériel, sur injonction de leur parti, Guesde et Sembat quittent le gouvernement d’ « Union sacrée ».

Cependant, quelques jours plus tard, lors du XIII e congrès national de la SFIO, à Paris, la participation ministérielle de Thomas est acceptée.

Le premier semestre de l’année 1917, en France, est marquée par les grèves : en janvier, elles se produisent chez les munitionnettes et les midinettes ; dans diverses corporations les mouvements revendicatifs vont se poursuivre jusqu’en juin ; un peu avant la mi-mai, débute une seconde vague de grèves, durant mai et juin, engagées par les ouvrières parisiennes de la couture ; en juin, les métallurgistes mènent des grèves.

En septembre, suite au refus de donner aux socialistes des sauf-conduits pour la troisième conférence zimmerwaldienne, qui s’est tenue à Stockholm du 5 au 12 septembre, l’ « Union sacrée » gouvernementale, après près de trois ans, est rompue : Thomas est contraint de démissionner.

A la mi-mai 1918, à nouveau, sont menées, durant environ deux semaines, par les travailleurs de grandes grèves dans les usines d’armement de la région parisienne. Elles sont suivies, pendant une dizaine de jours, par un très important mouvement de grèves dans les usines de guerre du bassin de la Loire, ainsi que dans d’autres régions.

C’est durant ce denier mouvement, les 19 et 20 mai, que le Comité de défense syndicaliste, présidé par Georges Dumoulin, réunit, à Saint-Etienne, un congrès des minoritaires de la CGT.

Georges Dumoulin, alors âgé de 41 ans, est mineur de profession. L’année précédente, lors du congrès de la Fédération du sous-sol, il a soutenu le point de vue des minoritaires et la tendance zimmerwaldienne. Mais, la résolution qu’il a présentée en ce sens n’a recueilli que deux voix. En réaction, il rédige une brochure, Les Syndicalistes français et la guerre. Elle constitue, de part la clarté de l’internationalisme qu’elle prône, une attaque contre les partisans de l’union sacrée.

Le congrès minoritaire de Saint-Etienne vote une résolution qui préconise la grève générale.

Moins de deux mois après la fin de ce congrès, se tient, à Paris, le XIII e congrès de la CGT. Bien qu’attaquée par Merrheim, l’orientation de la direction confédérale est approuvée par la majorité.

En revanche, lors du conseil national de la SFIO, qui se tient dix jours après la fin du congrès de la CGT, la motion minoritaire, présentée par Longuet, l’emporte sur la motion majoritaire, défendue par Renaudel, par près de 57 % des mandats. A la SFIO, le renversement de majorité vient de se produire.

Début octobre, au XV e congrès national de la SFIO, à Paris, les ex-minoritaires, partisans de la paix, contrôlent le parti.

Au tout début de l’année suivante, à Berne en Suisse, se rencontrent des représentants des centrales syndicales des pays belligérants ou neutres. Dumoulin, devenu entre temps lors du congrès de la CGT secrétaire adjoint de celle-ci, et Jouhaux y participent.

En février, une nouvelle conférence syndicale internationale fixe les principes de la création d’un Bureau international du travail.

Au même moment, à Berne, une conférence internationale des partis socialistes tente de reconstituer l’unité de la II e Internationale.

$. 2. La révolution russe et ses suites



La chose est d’autant plus d’actualité que le mois suivant, à Moscou, se tient le congrès de fondation de l’Internationale communiste.

Cette fondation a lieu, principalement, à l’initiative des communistes russes qui ont pris le pouvoir dans leur pays lors de la révolution d’octobre 1917.

Le gouvernement français agit contre cette révolution et a dépêché des navires en mer Noire. Vers la mi-avril 1919, des mutineries s’y produisent auxquelles participent activement deux hommes : André Marty et Charles Tillon, dont nous reparlerons longuement. .

Le premier, ingénieur-mécanicien de la Marine nationale, va être condamné aux travaux forcés ; le second, animateur de la mutinerie sur le Guichen, connaît le même sort.

En France, le 1er mai 1919, une grève générale a lieu. Elle est accompagnée d’affrontements, durant lesquels un ouvrier trouve la mort. Quasiment tout le mois de juin est marqué par une grève des métallurgistes parisiens. De la mi-février au début mars 1920, c’est chez les cheminots que des mouvements de grève se produisent à l’issue desquelles des succès revendicatifs sont obtenus.

Durant ce dernier conflit, le XVII e congrès national de la SFIO, réuni à Strasbourg, décide du retrait du parti de la II e Internationale.

A nouveau, fin avril, un ordre de grève est lancé par la Fédération CGT des cheminots pour le 1er mai. Le 3, la grève s’étend aux mineurs, aux marins et aux dockers, puis, le 10, à la métallurgie, aux transports au commun, au bâtiment et aux inscrits maritimes. Le lendemain, elle s’élargit encore au gaz, à l’électricité et au bois. Le gouvernement riposte alors en poursuivant la CGT aux fins de dissolution, en organisant les transports urbains et en faisant arrêter les dirigeants des cheminots. Le 22 mai, la CGT décide de la reprise du travail, sauf pour les cheminots. Mais, une semaine plus tard, ceux-ci, vaincus, reprennent le travail. En réaction à leur mobilisation, 18 000 d’entre eux sont révoqués.

C’est dans ce contexte que, fin mai, deux dirigeants de la SFIO, Marcel Cachin et L.-O. Frossard, partent pour Moscou, où ils sont envoyés par leur parti en mission d’enquête et de négociations en vue d’une éventuelle adhésion de la SFIO à l’Internationale communiste.

Cachin, alors âgé de 51 ans, a débuté sa vie professionnelle par l’enseignement privé de la philosophie. Rapidement, il s’affirme comme militant guesdiste et devient permanent socialiste et journaliste. Débute alors pour lui une carrière politique mêlant mandats électifs et prises de fonctions dans son parti : en 1900, il est élu conseiller municipal de Bordeaux ; en 1905, il devient membre de la CAP de la nouvelle SFIO, comme suppléant ; en 1907, il en devient titulaire ; en 1912, il est élu conseiller municipal de Paris et, après une éclipse de trois ans de cette fonction, redevient membre titulaire de la CAP ; en 1914, il est élu député de la Seine ; enfin, depuis 1918, il est directeur de L’Humanité et, en novembre 1919, vient d’être réélu député de Paris .

Frossard, de vingt ans son cadet, est instituteur de profession. Militant socialiste, principal dirigeant de Fédération du Territoire de Belfort, il a été porté, lors du congrès de la SFIO d’octobre 1918, à la tête du parti, avec la fonction de secrétaire général. Contrairement à Cachin, lui, comme Longuet d’ailleurs dont il partageait la liste, n’a pas été réélu député aux élections législatives de 1919. C’est, plus généralement, lors de ces élections, l’ensemble du parti qui a subi un échec électoral. Ceci explique le besoin de la SFIO de retrouver ses marques après la période mouvementée de ces dernières années due à la guerre et à la révolution russe.

Si ces deux dirigeants de la SFIO se rendent à Moscou dans cette période c’est parce que s’y tient, en juillet et août, le II e congrès de l’Internationale communiste. Ce congrès va adopter les 21 conditions qu’il fixe pour tout parti ouvrier désireux de rejoindre cette nouvelle Internationale.

En France, dans le mois qui suit la fin de ce congrès, les minoritaires de la CGT tiennent une assemblée générale, à Orléans, et créent les Comités syndicalistes révolutionnaires.

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