Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France»








télécharger 1.22 Mb.
titreRapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France»
page14/33
date de publication12.07.2017
taille1.22 Mb.
typeRapport
ar.21-bal.com > économie > Rapport
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   33

Le tourisme : nécessité de prendre les devants


Le littoral français est particulièrement riche et divers. Le tourisme sur le littoral français représente 45 % du chiffre d’affaires des activités maritimes et 44 % des activités économiques du littoral. Tous les acteurs s’accordent à considérer comme relativement artificielle l’affectation du chiffre d’affaires touristique de la bande littorale au maritime. Mais les problèmes de limite analytique de ces comptes ne doivent pas occulter le double enjeu lié à une politique maritime :

  • une partie importante de l’activité touristique sur le littoral dépend de la façon dont sont gérées les autres politiques maritimes. La qualité des eaux de baignade, la prévention des risques, la lutte contre les pollutions ou contre l’érosion, l’occupation des espaces sont des éléments de fond pour la pérennité et le développement des destinations touristiques littorales ;

  • même si une partie des activités touristiques sur le littoral n’est pas uniquement liée à la pratique de loisirs nautiques, l’attrait du littoral repose largement sur l’image et l’attractivité de la mer et du milieu marin. Le tourisme utilise parfois la seule proximité de la mer, sans pour autant l’exploiter directement. Ainsi une étude sur le Languedoc Roussillon montre que plus on se rapproche de la côte, plus les manifestations touristiques patrimoniales sont intenses… sans pour autant se référer à la mer dans leur contenu ;

  • les destinations touristiques littorales, pour conserver leur attractivité et conquérir de nouvelles clientèles, doivent proposer au consommateur une gamme d’activités toujours plus variées qui intègre la composante maritime parmi d’autres offres.

Pour le tourisme maritime proprement dit, plaisance et croisière constituent des éléments importants pour le développement touristique et économique des territoires. Les grands événements maritimes se multiplient et attirent un nombre croissant de touristes : le Grand Pavois à La Rochelle, les manifestations nautiques de Douarnenez, le Tour de France à la voile, la Solitaire du Figaro. Au Havre, l’office de tourisme estime que depuis le classement de la ville du Havre au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’activité touristique a progressé de 10 %. La croisière participe à cet essor, le Costa Magica est déjà le dixième paquebot à faire escale au Havre. Pour l’économie locale, les retombées de la croisière oscillent entre 100 et 150 euros par passager. La fréquentation croissante des croisiéristes à Cannes (+ 15 % par an, 150 000 croisiéristes en 2005) en est un autre exemple, avec cinq paquebots majeurs et 8 000 croisiéristes le dimanche 8 octobre 2005.

En raison de la possibilité de maintenir des destinations françaises (Outre-mer et Méditerranée avant tout), il importe d’être capable de fournir les prestations de maintenance ad hoc, dans un marché marqué par la tendance à construire des navires de plus en plus gros emportant des milliers de passagers, voire d’envisager des infrastructures flottantes de villégiature48.
        1. Un secteur en mutation


Le tourisme littoral a connu une évolution historique particulière : initialement villégiature fortunée et aristocratique, puis première destination des congés payés. Actuellement, le littoral est une destination populaire (côte), aisée et démocratisée, familiale, avec une fréquentation toujours croissante du 3e âge (croisière, lieu de résidence à la retraite). Ces éléments ont conduit également à améliorer l’accessibilité au littoral (TGV, autoroute), ce qui aggrave encore la pression sur le foncier.

Le développement de l’économie touristique littorale s’est essentiellement construit sur un produit, le tourisme balnéaire estival, à destination des familles françaises et étrangères qui y trouvent plage, soleil, repos et convivialité, dans des bonnes conditions de desserte et d’hébergement. Après trente années de cycle de vie, ce modèle balnéaire s’essouffle. On constate une relative obsolescence de l’offre d’hébergement marchand et un vieillissement des stations (espaces et équipements publics).

Dorénavant, la nature de ce tourisme évolue. Les concurrences se développent et se renforcent : concurrence interne entre produits (camping/location) et entre destinations (stations), concurrence externe avec des destinations étrangères traditionnelles ou émergentes, compétition de plus en plus forte entre usages du littoral, notamment avec la poussée de l’habitat permanent (populations résidentes et non résidentes, pêcheurs et plaisanciers, baigneurs et conchyliculteurs).

Ainsi, l’une des problématiques propres au tourisme en zone littorale est la concurrence, dans un espace resserré, entre les résidences secondaires, les résidences principales, les infrastructures d’accueil et la localisation des activités économiques. Des réactions de rejet ou de marginalisation des acteurs touristiques et économiques sont visibles : il leur est difficile alors de mettre en place les facteurs de succès touristique (infrastructures, capacités d’accueil, manifestations).

La composante immobilière de ce tourisme littoral est d’autant plus problématique que les lits sont peu banalisés49, laissant de fortes capacités inoccupées, et que les capacités hôtelières elles-mêmes font l’objet de peu de mise à niveau. Les propriétaires de ces capacités inoccupées sont parfois des sources d’opposition au développement touristique.

Parallèlement, la place des longs séjours dans la consommation touristique n’est plus assurée. Les ventes de dernière minute se multiplient même pour les vacances d’été. Les courts séjours se développent tout au long de l’année. La dessaisonnalisation de la consommation touristique en est parfois la conséquence positive, mais elle requiert un professionnalisme accru pour les acteurs du tourisme, la demande devenant moins prévisible et programmable.

Dans un contexte en forte mutation, tant au niveau de la transformation de l’espace (pression immobilière et démographique, modification des activités, conflits d’usage) qu’au niveau de l’évolution du marché touristique (clientèles plus exigeantes, concurrences de plus en plus performantes), le développement touristique suppose la définition de stratégies territoriales associant les professionnels du tourisme aux politiques d’aménagement.
        1. Une exigence de qualité


Au-delà du problème de l’adaptation des hébergements et des équipements touristiques aux attentes des clientèles et du marché, l’objectif est de restaurer ou de créer une véritable qualité urbaine, architecturale et paysagère grâce à une politique d’aménagement global (espaces publics, plan de circulation, qualité de l’habitat) dans une démarche d’amélioration de l’ensemble de la destination qui vise à favoriser et permettre l’évolution qualitative de l’offre touristique privée.

Les différentes études menées sur le marché touristique montrent l’évolution des comportements et des modes de consommation qui remettent en cause le modèle balnéaire. Devenu un consommateur plus averti, le touriste affirme une sélectivité de plus en plus grande qui prend en compte tous les éléments d’un séjour : prix, service, information, patrimoine. Le développement de la mobilité, les attentes en matière de préservation des milieux et des paysages bouleversent les situations acquises précédemment par les destinations. La recherche du produit personnalisé ou sur mesure succède à la consommation de masse et plaide pour des politiques publiques plus exigeantes en qualité et plus respectueuses de l’environnement.

L’objectif général est d’accompagner le littoral vers un développement fondé non plus sur la croissance quantitative de l’offre, mais sur un développement plus qualitatif qui s’appuie sur un accroissement de la valeur ajoutée et la productivité de l’économie touristique.

La France a des atouts reconnus : des sites réputés et préservés grâce à divers outils dont la loi « littoral », une accessibilité garantie du bord de mer pour tous (sentier littoral), un patrimoine vivant, une bonne surveillance de la qualité des eaux du littoral, etc.

La promotion du patrimoine marin et côtier, à travers les centres océanographiques, les écomusées, les grands aquariums (Nausicaa, Océanopolis, Monaco, La Rochelle, Saint-Malo) remporte un réel succès.

Si les identités touristiques des différents espaces côtiers de la France métropolitaine mais aussi des TOM et des DOM restent fortes et variées, elles sont cependant modifiées par le tourisme. Cela peut inquiéter car cette banalisation, renforcée par le succès résidentiel, risque d’effacer les cultures héritées, spécifiquement maritimes, surtout quand les secteurs d’activité à l’origine de ces éléments culturels (pêche par exemple) sont en difficulté.

Sur le littoral, à proximité notamment des rivages, la pression démographique et résidentielle entraîne des mutations particulièrement fortes sur les espaces, l’organisation des territoires, les formes urbaines et les paysages.

Ces évolutions qui risquent de mettre en péril les équilibres sociaux et écologiques des territoires littoraux influent directement et indirectement sur l’activité touristique.

Elles peuvent entraîner à terme un appauvrissement global de l’offre touristique par le recul des hébergements marchands (au profit du résidentiel), le « mitage » des espaces naturels et la diminution du foncier disponible pour le développement touristique.

Il est nécessaire, pour préserver le capital économique et développer les emplois directs, indirects et induits que représente l’économie touristique littorale, de mettre en œuvre sur le littoral des stratégies de développement territorial adaptées aux enjeux du tourisme de demain respectueux des sociétés littorales et des ressources naturelles.
        1. La nécessité d’un développement équilibré du tourisme littoral


Dans ce cadre, il est difficile pour les acteurs du tourisme, souvent des PME ou TPE éparpillées, de définir et de promouvoir des orientations communes propices à leur activité. Il faut pour cela maîtriser à la fois l’image globale du territoire littoral et le fonctionnement concret (accueil, qualité, mobilité, etc.), d’où par exemple les recommandations du Comité économique et social régional Provence-Alpes-Côte d’Azur de mettre en œuvre le Plan Qualité France50.

Face aux tendances mondiales, le secteur a besoin d’une vision prospective fondée sur la gestion de la zone côtière et un arbitrage entre activités et entre zones protégées (nécessaires au tourisme) et urbanisées. Pour cela, il faut notamment :

  • une identification de zones de développement touristique, seule susceptible de garantir une bonne cohabitation des différents usages du littoral et un développement harmonieux du territoire. Des pays comme l’Espagne misent délibérément sur la composante immobilière sur des espaces libres ;

  • une valorisation du littoral français, notamment Outre-mer, pour le doter d’une image de destination de croisière. De ce point de vue, la lisibilité des côtes françaises n’est pas évidente. Les têtes de pont touristiques doivent faire connaître l’attachement et le regard qu’elles portent sur la mer. Le pari sur un tourisme de croisière « de masse » apporterait de l’activité économique dans les ports.


1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   33

similaire:

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconLe système énergétique français est le plus respectueux de l’environnement
«La politique énergétique en France s’est attachée à trouver l’équilibre entre production d’énergie durable, accessibilité des prix...

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconRapport du Sous-Groupe Thématique

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconCommissaires-Priseurs / Membres du groupe ivoire france

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconRapport de pré étude Projet Electronique groupe C3

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconRapport de pré étude Projet Electronique groupe C3

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconInfosys france [Pôle Services de Groupe Infodis], annonce l'acquisition de rasinfo

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconPolitique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques
«comité central», 62. Le groupe Parti Pris, 62. Un jeune homme de 17 ans : Jacques Lanctôt, 64. L.'A. L. Q. passe à l'action, 65

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconRapport final préconisations et recommandations février 2011 table...
«fiscalité verte», le principe de la liberté contractuelle pour les relations donneurs d'ordres/transporteurs et les lacunes de la...

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconCommunication du Professeur Norbert rouland, ancien Membre de l’Institut...
«Nous appelons culture tout ensemble ethnographique qui, du point de vue de l’enquête, présente par rapport à d’autres, des écarts...

Rapport du Groupe poséidon «Politique maritime de la France» iconRapport du Pr Pierre Carli Président du cnuh animateur du groupe de travail «Aval des urgences»








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com