Pour une sortie de crise positive








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Pour une sortie de crise positive

Articuler la construction autogestionnaire

avec le dépérissement de l’Etat

Jean-Pierre Lefebvre


Pour une sortie de crise

positive :


Articuler la construction autogestionnaire

avec le dépérissement de l’Etat

L’HARMATTAN

Introduction

Eté 2008 : les agences de notation, exclusivement américaines, attribuent des notes royales à toutes les grandes banques US, ainsi qu’aux hedge funds, les cotations boursières sont au zénith. Elles n’ont détecté aucun signe de dérive mortelle des marchés financiers qui sont « libres » depuis Reagan et Thatcher en 1989. La masse de monnaie du monde est 30 fois supérieure au total des PIB, produisant un enrichissement sans cause par sa seule circulation parasitaire. Kerviel et Madoff sont la partie émergée de l’iceberg, le système boursier planétaire et opaque repose sur les mêmes tricheries ! Sarkozy qui a promu DSK au FMI avec l’accord de Wall Street, flotte comme lui sur cette réalité escroque. Ils gèrent leur classe dominante, celle des grands intérêts financiers. L’invention de produits virtuels, algébriquement hyper-sophistiqués, qui font de l’argent sur des prêts hasardeux, sans aucune contrepartie ni en fonds propres ni en marchandises produites, (bonus, CDS, LBO, subprimes, titrisations et paradis fiscaux du joyeux mélange avec l’argent sale) les laisse de marbre. Le taux de plus value traditionnel, fondé sur l’exploitation de la force de travail, elle-même origine de toute richesse véritable, ne cesse de diminuer du fait de la mécanisation croissante de la force de travail, du remplacement du capital vivant par du capital constant. Pour freiner cette tendance irrémédiable à la chute des profits, l’exploitation des salariés sous payés du Sud n’est plus suffisante ni aux USA la planche à billets verts et la vente aux Chinois du déficit, il faut donc inventer sans cesse d’autres moyens pour généraliser l’escroquerie algébrique et alimenter le tonneau sans fond. L’essentiel est de ne pas se faire pincer et pour les banques, d’atteindre la dimension du trop-grand-pour-être-mis-en-faillite.
Septembre 2008 : La bulle spéculative éclate. Les traders s’affolent. Les bourses et le dollar s’effondrent. La surconsommation artificielle américaine, payée par le reste du monde notamment par les prolétaires chinois, devient visible à l’œil nu dans ses déficits publics et privés, comme le rôle abusif du dollar comme monnaie de singe des échanges internationaux qui permet aux USA d’entretenir leur niveau de vie et leur super état, gendarme mondial du capitalisme : CIA, Pentagone, OTAN, Irak, Afghanistan, Israël, etc., une militarisation qui, en retour, garantit la valeur du dollar ! La moitié du budget discrétionnaire de l’Etat US est mangé par les dépenses militaires.

Panique : les gouvernements volent au secours du système financier international qui est menacé d’un collapsus fatal. Par centaines de milliards, l’argent public est injecté dans le système sanguin qui devait s’autoréguler tout seul, le sauvant cette fois encore de la crise cardiaque. Selon la recette : privatisation des profits, socialisation des pertes. Mais ce sont les Etats qui sont désormais guettés par le collapsus ! Sarkozy et les autres clament : nous allons moraliser le capitalisme ! Les truands s’intronisent juge de paix.

Ecoutons Stiglitz, prix Nobel d’économie, keynésien convaincu, rien moins que gauchiste. Dans son ouvrage Le triomphe de la cupidité (LLL, 2010), il tente de vendre les solutions de Roosevelt qui datent de la première crise de 1929, celles d’une intervention généralisée de l’Etat. Léger problème : il oublie de rappeler qu’il a fallu la guerre de 39/45 pour en finir vraiment avec la crise économique, à quel prix de sang et de destructions puis le prolongement de la guerre froide pour en éviter le retour ! Le keynésianisme vainqueur sur les ruines du monde a alors fonctionné sous hégémonie US en encadrant relativement la spoliation capitaliste en laissant des miettes de plus value au salariat. En 1989, l’effondrement soviétique autorise la vague hyperlibérale : plus besoin d’Etat, le marché (libre et sans contrainte !) allait s’autoréguler, grâce à la fiction de l’équilibre obtenu par l’addition statistique d’individus, tous parfaits consommateurs, autonomes et informés ! Ca ne marche évidemment pas car la publicité, la compétition aveugle, les lobbies, le court-termisme, l’obligation d’une marge minimum de 15%, l’opacité des casinos boursiers forcément haussiers désinforment et poussent au gonflement d’une bulle financière gigantesque dont la logique boursière est d’exploser tôt ou tard.

L’analyse détaillée par Stiglitz des remèdes utilisés par les Etats depuis 2008 conclut qu’il s’agit d’autant de cautères sur jambes de bois. Ils n’ont touché réellement à aucune des tares du système, ni aux titrisations, ni à la spéculation immobilière, ni aux paradis fiscaux, ni à la faiblesse des fonds propres, ni au délire des agences de notation, ni à celui des bonus, etc. Les marchés, à peine renfloués avec l’argent des salariés, sont aussitôt repartis à la hausse spéculative des valeurs bancaires quand les valeurs industrielles continuent de chuter au Nord avec l’emploi et les délocalisations. Les Bourses retournent au seul fondement de leur activité : la spéculation haussière jusqu’à l’éclatement des bulles.

L’erreur de Stiglitz c’est d’omettre que, même si les Etats capitalistes avaient la volonté de réguler, d’encadrer la sphère financière, ils ne pourraient le faire qu’au prix d’un alourdissement illimité d’une bureaucratie d’Etat aussi impavide et parasitaire que totalement inefficace face aux marchés financiers. Force est, aujourd’hui, de trouver autre chose : si globalement Siglitz dit bien ce qu’on devrait faire, l’outil pour appliquer et contrôler ses remèdes au mal ne peut se situer ailleurs que dans l’organisation institutionnelle d’une intervention directe des citoyens concernés si on veut éviter le mal symétrique, celui de la lourdeur et de l’enlisement bureaucratiques. Les services de l’Etat ont un prix. Ceux de la France coûtent trop cher : 7 points de PIB de plus que ses voisins européens ! Un gouvernement socialiste, fût-il dirigé par Besancenot et Mélenchon, devrait équilibrer les comptes, financer les retraites, la sécu, les HLM : l’excès des dividendes ne pourrait servir qu’une fois, sous peine du retour d’une inflation à deux chiffres, comme chez Chavez.
Juin 2010 : les bourses s’effondrent à nouveau, ce qui était prévisible. L’ultime barrage qui a enrayé un moment la catastrophe financière, celui des Etats, se fissure, attaqué par ceux-là même qui viennent d’être sauvés avec l’argent public et qui assassinent dès lors tranquillement leur bienfaiteur ! Hors l’Etat, il n’y aura plus d’autre protection ! Les agences de notation, payées par les banques pourries pour leur attribuer de bonnes notes trichées, spéculent cette fois contre l’Euro, contre les Etats et les peuples qui ont dû subventionner leur folie spéculative. Elles dégradent exagérément la note de l’Etat grec, avant celles de l’Irlande, de l’Espagne, du Portugal, de la Grande Bretagne, etc. ! Certes la Grèce vivait au dessus de ses moyens, grâce aux conseils de truquage de Goldman Sachs, mais son déficit atteint 7,6 % de son PIB contre 6,5 pour l’union européenne et 7,4 pour la France, son déficit cumulé est certes de 145 % de son PIB mais l’Italie atteint 118 % ! Merkel et DSK c’est exquis infligent à la Grèce, pour des raisons électorales allemandes, un remède de cheval qui va achever le malade : des prêts à des taux trop élevés et une rigueur drastique qui vont précipiter la récession et empêcher tout redémarrage de son économie qui pourrait seul lui permettre de payer à terme ses emprunts et juguler peu à peu son déficit !
La spéculation s’en prend à l’Euro, seul capable, appuyé sur le PIB européen (trois fois celui de la Chine) de fonder avec les monnaies du BRIC et des souverains le socle nouveau d’une monnaie mondiale stable, capable de rationaliser les échanges monétaires en mettant un terme à la dangereuse fiction d’un dollar surévalué et ambigu, porteur d’un conflit d’intérêt aveuglant ! Les gagnants - très provisoires - sont les USA, encouragés à poursuivre dans la voie périlleuse et fictionnelle de fausse superpuissance.

Même M. Wolf, friedmannien reconverti à Keynes après 2008, déclare dans le Monde du 4 mai 2010 que : les agences de notation qui assurent un service public devraient être financées par un impôt général

Le rôle des grands établissements financiers est de toute évidence problématique : ils sont tout à la fois des casinos et les plus gros joueurs… et si les choses tournent mal ce sont eux qui tirent avantage de la responsabilité limitée et qui sont les premiers bénéficiaires des plans de sauvetage des gouvernements. C’est là la garantie assurée de nouvelles catastrophes…

Il rejoint Stiglitz : il faut que l’Etat élargisse sa mission… à l’image de la Suède qui pratique des taux d’imposition élevés pour financer sa politique sociale exemplaire.

Les actionnaires privés opèrent par le biais d’intermédiaires financiers… les services publics par le biais d’institutions publiques … Les deux systèmes se caractérisent par d’importants problèmes dus à la séparation entre propriété et contrôle…ou bien à une propriété hors de tout contrôle.
Les décideurs ne supportent par le coût des erreurs et ne reçoivent pas non plus les avantages des succès…Cette phrase de Stiglitz est pour le moins équivoque, les salariés qui produisent tout ne décident rien et sont les seuls à payer pour les erreurs de ceux qui décident pour eux, qu’ils soient industriels ou financiers (souvent confondus en une seule personne). C’est bien là le fond du problème que Joseph Stiglitz ne veut (ne peut) percevoir. Il se situe moins entre les traders et les actionnaires qu’entre les propriétaires de moyens de production et ceux qu’ils exploitent.
L’Etat n’est jamais neutre, il est ainsi que le rappelait Nicos Poulantzas (l’état, le pouvoir, le socialisme, PUF, 1978), la matrice spatiotemporelle, le lieu institutionnalisé de « l’équilibre déséquilibré » de la lutte des classes, celui des compromis successifs entre les uns et les autres mais où les dominants gardent toujours solidement le manche en main pour perpétuer et accentuer l’exploitation et la division du travail. Polanyi a démontré comment, même à ses débuts du XIXe siècle, le capitalisme sauvage anglais s’était installé et avait réalisé son accumulation primitive grâce à une intervention forcenée de l’Etat central. Le propre de l’Etat est de générer les excroissances bureaucratiques qui aggravent les difficultés qui pèsent sur les salariés.

Les marchés sont inefficaces mais les Etats le sont encore plus, c’est l’argument des libéraux et leur critique de l’Etat n’est pas fausse de fond en comble. Toute cette logique est spécieuse et propose des choix fallacieux. Nous n’avons pas le choix, nous devons avoir une forme quelconque d’action collective…reconnaît Stiglitz.

Le seul barrage contre ces abus, les libéralités inouïes au bénéfice des secteurs financiers est le processus démocratique…Pouvons-nous espérer, nous les citoyens, que des lois seront votées pour démanteler les banques-trop-grandes-pour-faire-faillite, trop grandes pour être gérées si ces dernières versent des contributions de campagne trop-grandes–pour-être-ignorées ? Quelle démocratie ? Celle qui fait voter pour un Président qui s’engage à gauche pour, une fois élu, poursuivre dans l’ornière conservatrice et financiarisée de son prédécesseur, comme Obama jusqu’à présent ? Quelle intervention étatique ? Celle des grands commis qui siègent indifféremment à Wall Street ou à Washington, ceux de l’ENA et du Corps des Ponts qui pantouflent dans les ministères ou les conseils d’administration du CAC 40 ?

Aujourd’hui nous devons inventer un nouveau capitalisme… Ne faudrait-il pas plutôt, au vu de l’obsolescence accomplie du système marchand, élaborer un nouveau modèle de socialisme ?
Nous n’avons pas le choix : si nous voulons rétablir une prospérité durable, nous avons besoin d’un nouvel ensemble de contrôles sociaux fondés sur la confiance entre toutes les composantes de notre société, entre les citoyens et l’Etat…dit encore Stiglitz mais, sans l’intervention organisée des citoyens à la source, cela demeurera un vœu pieux.
Nicos Poulantzas lui répondait trente ans plus tôt en évoquant la fin des illusions keynésiennes d’un capitalisme rationalisé, organisé et planifié, ayant entre autres réussi, par le biais d’un engagement tendanciellement illimité de l’Etat dans l’économie, à juguler ou à gérer ses propres crises…
L’Etat est en quelque sorte pris à son propre piège… : il ne peut désormais ni reculer ni avancer, ni s’abstenir ni contrôler le noyau central de l’économie…A la place d’un Etat omnipotent, c’est plutôt à un Etat le dos au mur et face à un fossé que l’on a affaire…

L’Etat n’existe qu’à condition que soit garanti le noyau dur des rapports de production capitalistes, assurant l’exploitation de la classe ouvrière et des masses populaires c’est-à-dire l’exclusion de celles-ci des pouvoirs réels sur les moyens de production…
La seule confiance qui désormais s’impose c’est celle des salariés dans leur propre intervention directe, à la source, dans les affaires de l’économie et de l’Etat.

Il n’est pas envisageable qu’un énorme bégaiement historique fasse dépendre la fin de la crise d’un nouveau conflit mondial (prêt de s’enflammer en Israël, au Pakistan, en Iran, en Géorgie, en Chine totalitaire, etc.), pas davantage d’une longue période trentenaire d’austérité des salariés pour payer les frasques des spéculateurs qui dictent leur volonté cyniquement escroque à des gouvernements obéissants.

Encore un effort, M Stiglitz, cet ensemble de contrôles s’appelle l’autogestion, le contrôle vivant exercé par la base des citoyens sur tous les niveaux de la politique et de l’économie. L’histoire n’est pas bloquée, il lui reste à élaborer une forme de propriété sociale des moyens de production qui ne soit pas étatique, bureaucratique mais qui invente l’articulation entre une autogestion active de la base citoyenne et la transformation démocratique d’un Etat en voie de dépérissement.

La réponse mièvre du PS
Les institutions françaises passent hélas par l’élection présidentielle, l’envers exact du profit annoncé, le contraire d’un processus démocratique. Ce sont les grands médias qui manipulent le vote des Français. Ils ont ainsi artificiellement fabriqué, sondages à l’appui, la madone royale des sondages, imposée en 2007 au PS. Après sa défaite annoncée de loin, celui-ci a évité de justesse le pire et, avec Martine Aubry et Benoît Hamon, mis la barre un peu plus à gauche. Beaucoup reste à faire ! Après avoir, quelques mois avant la crise, répudié toute référence au socialisme et publié un manifeste en faveur de l’éternel retour du capitalisme, ils rapetassent le programme liquidateur sans convaincre. Christian Paul, président du laboratoire des idées du parti socialiste, écrit dans le Monde :

Nous devons réguler et adoucir la société qui émerge, échapper à la dictature du court terme et parler d’un dessein de civilisation, d’un nouveau modèle contre la crise…
La troisième révolution industrielle met le salarié devant l’écran, elle permet que les savoirs deviennent un bien commun…l’espoir d’une nouvelle renaissance prépare des citoyens plus autonomes à une démocratie de haute intensité…
Il faut réinventer l’action publique, faire de la gestion un préalable… pour un nouveau partage des richesses…, une revalorisation du travail, une progressivité de l’impôt, un plafonnement des écarts de richesses (de un à vingt), des régulations qui combattent la voracité d’un système financier, une sécurité sociale professionnelle, un Etat investisseur social…il faut parier pour une société créative…marier les énergies innovantes, celle des salariés, des entrepreneurs, des chercheurs…

L’analyse des débats du PS par Jean-Michel Normand (Le Monde, 30/ 4/10) introduit quelques traits de gauche plus précis :

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