Résumé En octobe 1864, Denise, qui a vingt ans, arrive à Paris avec ses deux frères, Jean, qui a seize ans et Pépé, qui en a cinq, dont elle a la charge depuis la mort de ses parents.








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titreRésumé En octobe 1864, Denise, qui a vingt ans, arrive à Paris avec ses deux frères, Jean, qui a seize ans et Pépé, qui en a cinq, dont elle a la charge depuis la mort de ses parents.
date de publication30.03.2017
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André Durand présente
‘’Au bonheur des dames’’
roman d’Émile ZOLA
(1883)
(415 pages)


pour lequel on trouve un résumé

puis successivement l’examen de :

l’intérêt de l’action (page 4)

l’intérêt littéraire (page 4)

l’intérêt documentaire (page 5)

l’intérêt psychologique (page 6)

l’intérêt philosophique (page 7)

la destinée de l’œuvre (page 7)

l’étude d’un passage (page 8).
Bonne lecture !

Résumé
En octobe 1864, Denise, qui a vingt ans, arrive à Paris avec ses deux frères, Jean, qui a seize ans et Pépé, qui en a cinq, dont elle a la charge depuis la mort de ses parents. Elle vient de Valognes, en Normandie, où elle était vendeuse chez Cornaille, «le premier marchand de nouveautés de la ville». Elle pense que son oncle Baudu, patron d'un magasin de draps et flanelles, pourra l'engager. Mais les affaires du boutiquier vont mal. Il accompagne sa nièce dans une autre boutique, en vain. Ils apprennent qu'une place est libre au “Bonheur des dames”, grand magasin installé de l'autre côté de la rue. Denise décide de s'y présenter le lendemain. Hébergé chez les Baudu, les trois jeunes provinciaux découvrent le quartier avec étonnement.

Le lendemain, à 7 heures 30, Denise, trop matinale, attend devant le magasin. Elle assiste à l'arrivée des employés et à celle d’Octave Mouret, ancien commis au “Bonheur des dames”, qui a récemment perdu sa femme, Mme Hédouin, patronne du magasin dont il assume maintenant la direction. Il fait, en compagnie de son lieutenant et ami, Bourdoncle, sa tournée de la maison : il a plein d’idées sur le commerce, procède à des innovations, annonce une grande vente prochaine. Au rayon de la confection où Denise, effarée, est enfin arrivée, on la trouve triste et laide ; mais Mouret, qui survient à ce moment, est sensible à son charme caché. Elle est engagée grâce à lui.

Le samedi, à l'heure du thé, Mme Henriette Desforges est entourée de ses amies, toutes clientes du “Bonheur des dames”. Elles ne parlent que du magasin et de la grande vente prochaine. Mouret, l'amant de la maîtresse de maison, arrive et retrouve un de ses amis du collège de Plassans, Paul de Vallagnosc, petit employé à trois mille francs par an au ministère de l'Intérieur. Les deux hommes exposent leurs philosophies totalement opposées : Vallagnosc, son pessimisme, et Mouret, sa gaieté et sa passion de la vie. Il est venu pour rencontrer le protecteur d'Henriette Desforges, le baron Hartmann, directeur du Crédit Immobilier. Il lui expose sa conception du nouveau commerce et ses projets. Il désire le convaincre de soutenir sa politique d'agrandissement. Cette conversation met en relief le lien qui existe entre les banques, les grands travaux d'urbanisme et le développement des Grands Magasins.

Le lundi se tient la grande vente des nouveautés d'hiver dans les différents rayons, autour desquels c’est la cohue des acheteuses. C’est la première journée de Denise comme vendeuse. Engagée au pair, elle ne peut compter, pour payer la pension de Pépé, que sur la guelte. Mais ses collègues se liguent contre elle pour ne lui laisser aucune vente. Elle est, de plus, la cible de leurs moqueries, de celles, aussi, de l'élégante Mme Desforges, avertie «par un instinct» de l'attirance que Mouret éprouve pour la vendeuse. Ce dernier, toutefois, joint ses moqueries à celle des autres. La recette de la journée est énorme, 87742.10 francs. Denise remonte dans sa chambre, ivre de tristesse et de fatigue.

Le lendemain, Denise est convoquée par Mouret qui veut la tancer sur sa façon de se coiffer et de s'habiller. Mais, ayant repris courage, elle a passé une partie de la nuit à rétrécir sa robe d'uniforme. Elle est transformée et Mouret se montre très bienveillant. Les mois suivants, elle subit le martyre physique de toute vendeuse débutante et la sourde persécution de ses camarades. Elle arrive à grand-peine à payer la pension de Pépé et à satisfaire aux exigences incessantes de son autre frère. Elle trouve cependant réconfort et aide financière auprès d'une vendeuse du rayon lingerie, Pauline Cugnot, qui lui conseille de faire comme toutes les autres, de prendre un amant. Denise refuse, malgré sa détresse. Elle accompagne toutefois Pauline et son ami Baugé un dimanche à Joinville. Six mois ont passé, Mouret est surpris et charmé de la transformation de la jeune fille qu'il rencontre un soir.

La morte-saison d'été est le temps des renvois en masse : cinquante sur quatre cents employés. Le 20 juillet 1865, Denise, toujours en butte à la méchanceté de ses camarades, rencontre l'inspecteur Jouve dont elle repousse les avances et est renvoyée. Mouret, qui d'habitude ne s'occupe pas des questions concernant le personnel, est très vivement irrité en apprenant son renvoi, mais il ne revient pas sur la décision prise.

Fâchée avec son oncle Baudu depuis son entrée au “Bonheur des dames”, Denise se retrouve sans argent et sans logement. Elle loue une chambre misérable dans la vieille maison du marchand de parapluies Bourras. Forcée de reprendre avec elle Pépé dont elle ne peut plus payer la pension, sans travail, elle passe six mois terribles et surmonte sa misère grâce à la générosité de Bourras qui en fait son employée. Elle est enfin engagée en janvier 1866 par Robineau qui, depuis septembre, a acheté un magasin du quartier. Soutenu par le fabricant Gaujean, Robineau engage contre “Au bonheur des dames” une lutte qui le ruine. Bourras, à son tour, essaie de tenir tête au Grand Magasin, mais en vain. Un soir de juillet, Denise, qui promène Pépé aux Tuilleries, rencontre Mouret. Ils ont les mêmes conceptions sur le commerce. Séduit par ses «idées larges et nouvelles», troublé par son charme grandissant, il lui propose de revenir au “Bonheur des dames”, ce qu'elle refuse. Baudu se réconcilie avec elle et l'invite pour le lendemain. Mouret achète la maison de Bourras.

Denise défend, devant son oncle complètement buté, «l'évolution logique du commerce», «la grandeur de ses nouvelles créations». Elle surprend la douleur de la fille des Baudu, Geneviève. Son fiancé, Colomban, commis chez ses parents, aime une des vendeuses du “Bonheur des dames”, Clara. La misère gagne leur maison de Rambouillet. Leurs dernières clientes les quittent. Denise, irrésistiblement attiré par le Grand Magasin, malgré les ruines qu'il provoque, se décide en février 1867 à quitter les Robineau dont les affaires vont de plus en plus mal. Elle rentre au “Bonheur des dames” avec cent francs d'appointements.

Le 14 mars 1867, a lieu l'inauguration des nouveaux magasins du “Bonheur des dames”. Mouret fait visiter le magasin à Paul de Vallagnosc en lui expliquant ses idées et ses buts : trois cent mille francs de publicité, de nouveaux procédés de vente, des aménagements intérieurs, des commodités offertes aux acheteurs. Mme Desforges est là : jalouse, elle veut voir la maîtresse de Mouret dont on lui a parlé. Il s'agit en fait de Clara, mais elle croit que c'est Denise. La jeune vendeuse, que ses collègues traitent désormais avec politesse et qui est passé seconde, est présente dans le cabinet de Mouret lorsqu'on monte la recette de la journée. Mouret tente de la séduire, comme d'autres, avec son argent. Denise, blessée, se sauve.

Malgré une entorse, Denise descend travailler. On lui remet une lettre de Mouret : il l'invite à diner le soir même, comme il l'a fait pour d'autres vendeuses qui lui plaisaient. Parce qu'elle l'aime, et non par coquetterie, elle refuse ses avances. Tout le magasin guette les faits et gestes de Mouret et de Denise ; on multiplie racontars et insinuations perfides ; on se dispute à leur sujet pendant les repas.

À l'heure du thé chez les Desforges, délaissée par Mouret, Mme Desforges est très jalouse de Denise. Elle se confie à Bourthemont, le «premier de la soie», introduit chez elle par le patron du “Bonheur”. Elle a décidé d’affronter la jeune fille et Mouret pour les confondre. Denise arrive pour procéder à un essayage, croit-elle ; Mme Desforges la traite de façon odieuse. Mouret prend la défense de sa vendeuse. Pour se venger, Mme Desforges promet à Bourthemont, auquel Mouret vient d'annoncer son renvoi à la suite des mauvaises affaires du rayon dont il a la charge, de l'aider à monter un magasin concurrent du “Bonheur”, grâce aux capitaux du baron Hartmann. Mouret discute avec le financier et avec Paul de Vallagnosc auquel il réaffirme sa confiance en la vie, malgré les refus de Denise.

Les travaux sur la nouvelle façade du “Bonheur des dames”, le long de la rue du Dix Décembre, débutent. Denise prend de plus en plus d'importance dans la maison. Bourdoncle, qui juge redoutable l'emprise des femmes, cherche à la prendre en faute et à la séparer de Mouret. Elle refuse toujours les avances du patron qui se fait de plus en plus pressant et qui est triste de constater que sa réussite ne lui sert à rien. Bourdoncle excite sa jalousie en accusant injustement Denise d'avoir pour amants deux vendeurs, Hutin et Deloche. Mouret, que Bourdoncle a prévenu, surprend Denise en compagnie de Deloche. De cette grande scène de jalousie et d'amour la jeune fille sort triomphante. Le lendemain, elle est nommée première et sera, désormais, la conseillère de Mouret auquel elle suggère, au fil des mois suivants, une série d'améliorations pour le personnel.

Un matin de novembre 1868, Geneviève Baudu, que son fiancé Colomban vient d'abandonner pour Clara, meurt. Les petits commerçants du quartier assistent tous à son enterrement, un samedi. La cérémonie tourne à l'émeute contre “Au bonheur des dames” auquel ils imputent sa mort et leurs difficultés. Robineau, acculé à la faillite, tente de se suicider. Mme Baudu meurt en janvier. Baudu, ruiné, reste seul hébété, Bourras est exproprié par Mouret, sa maison est démolie. L'un et l'autre refusent toute aide de Denise et du “Bonheur des dames”.

Un lundi de février 1869 est inaugurée la façade monumentale du magasin donnant sur la rue du Dix-Décembre. Denise, qu'on accuse dans les rayons de se refuser à son patron pour se faire épouser, décide de quitter le magasin. Douleur profonde de Mouret qui se décide à lui proposer le mariage. Elle lui rappelle, par sa raison et par son tranquille courage, sa première épouse, Caroline Hédouin. L'inspecteur Jouve surprend Mme de Boves en train de voler des dentelles. Son gendre, Paul de Vallagnosc, à cette nouvelle, perd son flegme pessimiste, à la surprise amusée de Mouret. Au soir de cette journée, le patron d’”Au bonheur des dames” triomphe : la recette de la journée dépasse le million de francs. Il décide enfin Denise, qui lui avoue son amour, à l'épouser.


Analyse
Intérêt de l’action
Zola voulut faire d’abord du roman «le poème de l'activité moderne». Mais, ayant décidé de faire de Denise l'héroïne, il y introduisit un côté passionnel et dramatique qui allait prendre une place essentielle et déterminer l'organisation du récit. Le livre, où il a mêlé une histoire d'amour à celle d'un grand magasin, montre l'irrésistible ascension de celui-ci avec en trame de fond la vie d'une jeune provinciale débarquant à Paris en pleine crise sociale.

Quatorze chapitres de longueur à peu près égale, mais d'intérêt gradué, mènent à ce triomphe. Le romancier les répartit en trois grandes masses se terminant chacune par une grande vente, une description de la foule et du grand magasin à trois états différents que Mouret contemple du haut de l'escalier central, son poste d'observation favori.

Premièrement : octobre 1864, chapitre IV, grande vente des nouveautés d'hiver. La recette est de 87742.10 francs et Mouret regarde son magasin animé, puis encombré.

Deuxièmement : 14 mars 1867, chapitre IX, grande vente des nouveautés d'été, à l'occasion de l'inauguration des nouveaux magasins. La recette est de 587742.30 francs. En fin d'après midi, une cohue envahit le magasin embrasé par le soleil couchant.

Troisièmement : février 1869, chapitre XIV, grande vente de blanc et inauguration de la façade du magasin enfin achevé. La recette est de plus d'un million de francs et un piquet d'ordre a été nécessaire pour faire circuler la foule qui, dès le matin, a envahi le magasin.

Le déroulement du roman est assez optimiste par rapport à ceux d’autres romans de Zola (“Germinal”, “L'assommoir”). En effet, l'héroïne du roman, Denise qui arrive à Paris sans argent et en ayant ses frères à sa charge réussit à sortir de cette situation (non sans difficulté), à la fin du roman, en se mariant avec Mouret. Car le roman est aussi un conte bleu, où l'amour, qui finit par triompher.
L'histoire se déroule à Paris pendant le XIXe siècle (entre 1864 et 1869).

L’action est focalisée sur le Grand Magasin qu'est “Au bonheur des dames”.
Intérêt littéraire
On peut apprécier le sens de l’image chez Zola. “Au bonheur des dames” est : «une cité du négoce» (page 50), «une cathédrale» (pages 88, 260, 456, 464), «un harem» (page 133), «une gare» (page 275), «une locomotive» (page 409), «une nef» (pages 260, 275, 314, 440, 463), «un monstre» (pages 26, 31, 61, 133, 257, 402) «qui dévore» (pages 34, 92, 133, 224, 387, 402, 427), «un colosse» (pages 35, 46, 208, 223, 243, 257, 402, 426), «une machine» (pages 38, 69, 92, 111, 115, 125, 174, 175, 182, 322, 366, 377, 387, 389, 402, 424, 451).

On remarque, quand il parle de la maison de Bourras, son passage de la comparaison : elle est «comme une verrue déshonorante» (page 403), à la métaphore : «Et il regardait l'entraille ouverte, le creux libre enfin dans le flanc du Bonheur des dames, débarrassé de la verrue qui le déshonorait» (page 421), et à la métaphore filée : «Déjà la plaie laissée à son flanc par la démolition de la masure de Bourras, se trouvait si bien cicatrisée, qu'on aurait vainement cherché la place de cette verrue ancienne» (page 426).

Intérêt documentaire
‘’Au bonheur des dames’’, grand roman descriptif, inventaire encyclopédique, est un très bon document sur un des phénomènes les plus caractéristiques du monde moderne, le développement du grand commerce, et confirmait l'intérêt de Zola pour les nouvelles formes de production et de diffusion des biens et plus généralement pour les questions économiques et sociales. Il voulut «faire le poème de l'activité moderne [...] aller avec le siècle, exprimer le siècle, qui est un siècle d'action et de conquête, d'effort dans tous les sens». Le sujet du roman est d'abord la guerre sans merci entre le petit et le grand commerce. La vie de ce magasin de nouveautés, l’attirance fascinante qu’il exerce sur les femmes, furent des prétextes pour montrer l’expansion des grandes entreprises, la ruine où elles entraînent les petits commerçants et la prodigieuse fièvre de luxe et de frivolité qu’elles sont capables de déchaîner.
Le XIXe siècle vit naître de nouveaux points de vente : les «magasins», les «marchands de nouveautés» qui s'opposaient par leur taille, la profusion des marchandises, la diversité des produits, le nombre des rayons et des employés, au petit commerce, aux «boutiques», univers terne, froid et laid, qu’on avait vu chez Balzac (“La maison du chat-qui-pelote” et “Grandeur et décadence de César Birotteau”), qui connut des tentatives de sauvetage (dans le roman : Bourras, Robineau, Gaujean) mais aussi un déclin inéluctable. ‘’Au bonheur des dames’’ est une colossale entreprise qui, peu à peu, dévore tout le pâté de maisons et tue les petites boutiques du quartier.

Le Second Empire, qui fut une période d'activité intense, caractérisée par le développement des affaires financières, industrielles et commerciales, vit l'apparition des grands magasin. Marqué par le saint-simonisme, Napoléon III s'intéressa aux questions économiques et souhaita développer la prospérité matérielle du pays. C’est peut-être en ce domaine que son œuvre fut la plus hardie. Allant à l'encontre de la tradition française, il imposa le libre-échange qui pliait les industriels français aux règles de la compétitivité et du marché. Ainsi naquirent et se développèrent “Le bon marché” (1852), “Le Louvre” (1855), “Le printemps” (1865) “La Samaritaine” (1869). Zola s'intéressa tout particulièrement au “Bon marché”, fondé par Aristide Boucicaut, et qui lui servit de modèle. Mais l'évolution du commerce n'a pas été aussi régulière et surtout aussi rapide qu’il le montra, “Au bonheur des dames” croissant autant en cinq ans que ses modèles, Le Louvre et Le Bon Marché, en quelque trente années. En présentant sa prodigieuse croissance, il ramassa en moins de dix ans une évolution qui s'étendit sur plus d'un demi-siècle. Le naturalisme de Zola y perd en véracité, mais l'œuvre y gagne en cohérence.

Toujours aussi soucieux, en véritable ethnographe, d’aller sur le terrain, Zola parcourut les rayons du grand magasin, interrogea les vendeurs et les clients. Aussi le roman est-il un document sur cet univers spectaculaire, plein de mouvement, de lumière et de couleurs, mais aussi sur la condition des employés, les acheteuses, l’organisation du magasin, son architecture de fer et de verre, qui séduisit Zola, sa liaison avec la banque...). «L'heure était venue du branle formidable de l'après-midi, quand la machine surchauffée menait la danse des clientes et leur tirait l'argent de la chair». Il semble pareil à une machine infernale qui n'aurait pas la possibilité de s'arrêter, qui devient alors un énorme puits où s'engouffre l'argent des clients. Il est comme ensorcelé et son contrôle échappe aux humains. Rien ne pourrait arrêter cette mécanique de puissance et de précision. Michel Serres a commenté cette image : «Tout fonctionne à la vapeur. Le magasin est un moteur, une machine qui luit, qui chauffe, qui flambe, qui consomme, qui détruit : ses fournisseurs, ses concurrents, les bâtisses voisines. Elle absorbe et rejette ses vendeuses et ses clientes. Elle transforme en or tous les matériaux qui passent dedans, le personnel et les dentelles». Les conditions de travail des vendeuses sont très dures (pages 387, 388). Elles connaissent la fatigue physique causée par des déplacements continuels (page 263). Le célibat est de rigueur (pages 301, 390). Leur immoralité en est la conséquence nécessaire (pages 150, 151). Mais elles sont motivées, intéressées aux bénéfices (chapitre deux, page 47) ; leurs salaires sont variables mais peuvent atteindre des sommes fabuleuses (chapitres cinq, page 158 ; chapitre dix, pages 305, 307, 313). De nouvelles techniques de vente apparurent, faisant appel à la publicité (la réclame), à la baisse des prix (baisse à la production, pratique des prix d’appel, vente avec un profit réduit, rotation du capital), à la concurrence, à la vente de produits nouveaux, à la haute finance.

Le Grand Magasin est même divinisé, il est le temple d'une religion nouvelle, une cathédrale des temps modernes. Mouret serait le Père, les vendeurs / vendeuses, les religieux et les clients, les fidèles. «La femme venait passer chez lui les heures vides, les heures frissonnantes et inquiètes qu'elle vivait jadis au fond des chapelles : dépense nécessaire de passion nerveuse, lutte renaissante d'un dieu contre le mari, culte sans cesse renouvelé du corps avec l'au-delà divin de la beauté

Toujours aussi soucieux de précision réaliste, Zola, avant de rédiger son oeuvre, a dressé un plan du quartier. Il a montré aussi les grands travaux qui transformaient Paris, ce prodigieux travail d'aménagement, de transformation et d'agrandissement qui fut exécuté sous la direction du baron Haussmann (dans le roman, Hartmann : pages 84, 100, 135, 233, 337, 340, 343), préfet de la Seine, et destiné à accroître le prestige du régime. Le vieux Paris fut éventré ; de larges avenues rectilignes furent percées (boulevards Saint-Michel, Sébastopol, rue de Rivoli…). Elles facilitaient les communications mais étaient aussi des voies stratégiques destinées à mater toute émeute : l'artillerie pouvait y tirer comme en pleine campagne (pages 85, 233, 234, 242, 243, 244, 248, 259). Ce fut également l'époque de la construction des Halles centrales, de l'église de la Trinité, de l’Opéra ou du Châtelet.

Le roman décrit deux milieux sociaux : la bourgeoisie et les employés (vendeurs / vendeuses).

La bourgeoisie est représentée en particulier par Octave Mouret qui, après la mort de sa femme, hérita du magasin, ce qui fit de lui un homme riche.

Par contre, Denise Baudu est une jeune femme pauvre et en plein désarroi social (elle a perdu ses parents et doit s'occuper seule de ses deux frères). Elle a donc décidée de gagner la capitale pour retrouver le reste de sa famille.

Mais cette opposition entre le riche patron et l'employée pauvre aboutit à l'union des deux personnages.
Intérêt psychologique
Octave Mouret est un homme possédant la joie de vivre, intelligent et élégant, un garçon pratique et actif qui va, en quelques années, faire du modeste commerce de sa femme, Mme Hédouin, «un grand magasin» moderne.

Dans son ébauche du roman, Zola le prévit ainsi : «Justement, mon Octave est excellent. Un garçon sans trop de scrupules, que je ferai honnête relativement dans le succès. Il est bachelier, mais a jeté son diplôme au vent. Il est avec les actifs, les garçons d'action qui ont compris l'activité moderne, et il se jette dans les affaires, avec gaieté et vigueur. Fortune considérable. Ne pas oublier son côté fantaisie dans le commerce, son audace, qui ont séduit Mme Hédouin, plus calme et plus droite. Mais lui laisser son côté femme, sa science de la femme, qui l'a poussé à spéculer sur la coquetterie de la femme». Son côté féminin est déjà apparu dans “Pot-Bouille” (pages 22, 299, 317) ; on le retrouve dans “Au bonheur des dames” (page 99). Comme il beau, riche et sensuel (pages 95, 281), le séduisant patron du “Bonheur” traîne tous les coeurs après lui, a de nombreuses liaisons avec des femmes (pages 74, 81, 86, 227, 265, 337). Mais il ne voit dans la femme qu'une chair à faire de l'or, jusqu'au jour où il se laisse prendre par le charme d'une de ses employées, la modeste et vertueuse Denise, qu'il épouse à la fin du roman.. Apparemment, dans ses rapports avec les clientes, il voue un culte à la femme (pages 14, 92, 99, 275, 281, 292, 356). En fait, il les méprise (pages 92, 465) et les exploite (pages 91, 261, 345, 346, 411). Séduire et affoler les femmes n'est qu'une stratégie de vente (pages 51, 90, 91, 92, 95, 125). Avec les vendeuses du “Bonheur”, il est un despote (pages 99, 260), au comportement sans scrupules ; derrière une apparente bonhomie et une feinte douceur, il impose les seules lois de la rentabilité et du profit. Dans sa conduite à l’égard de Denise, on peut relever les signes prémonitoires de l'amour (pages 45, 67, 68, 201). Sa passion. exacerbée par le refus (pages 326, 32 7, 34 7, 35 1, 382, 383), le conduit au mariage (pages 384, 392, 466 à 470). Et on assiste ainsi à la revanche de la femme (pages 100, 265, 345, 385, 438, 446, 466).

Jeune provinciale montée à Paris, Denise, est employée d’abord par son oncle. Mais il fait partie des petits commerçants écrasés par l'arrivée des grands magasins, et elle finit par travailler chez Octave Mouret, gravissant un à un tous les échelons de la hiérarchie. Elle lui suggère un certain nombre de mesures visant à améliorer les conditions de travail des employés et aussi... leur efficacité.

Séduit par sa vertu plus que par sa beauté, Octave Mouret finit par succomber à l'amour, souffre longtemps du rejet de ses avances et, finalement, quand elle lui avoue son amour, qu'elle cachait par orgueil, il peut l’épouser. En effet, Denise ne frappe pas à première vue, par sa beauté. Seul Mouret a été capable de la discerner dans la jeune fille, timide, mal peignée et mal fagotée qui se présentait au “Bonheur des dames”. C'est là, en effet, ce qui la caractérise. Ce n’est pas une beauté triomphante, mais elle a «un charme secret» qui éclate lorsqu'elle rit et finit par séduire tout le monde. Elle est le type de femme idéal pour Zola, à la fois soeur, épouse et mère, douce et discrète mais d'une volonté efficace, charmante mais fort courageuse et surtout pitoyable à toute douleur.

C'est avec elle que nous allons faire la découverte d’”Au bonheur des dames”. Puis elle sert de lien entre les divers éléments du récit : elle est nièce des Baudu ; elle est logée et employé par Bourras ; elle est vendeuse au “Bonheur” et chez les Robineau ; elle pénètre dans toutes les maisons y compris celle de Mme Desforges ; elle est mêlée à toute les intrigues secondaires, comme l’amour entre Colomban et Clara ; les employés sont présentés par rapport à elle et elle suscite de nombreuses émotions (haine, jalousie, amour). Elle est le porte-parole de Zola. À la fois indignée et irrésistiblement attirée par «la mécanique à écraser le monde» inventée par Mouret, elle éprouve en effet les mêmes sentiments mêlés que le romancier.
Intérêt philosophique
Dans “Au bonheur des dames”, le grand magasin est le symbole du modernisme et des crises qu'il suscite. Zola

semble cautionner un système qu’il admirait en effet pour ses réussites. Mais il déplorait aussi ses excès, et l’a montré en fait comme un gouffre qui aspire les clientes, pour ne les rejeter que dénuées de toute ressource financière. Il symbolise l'ogre capitaliste, qui avalerait n'importe quel profit, sans se soucier des disparitions annexes.

Dans ce tableau des grands magasins apparut le penchant socialiste de Zola qui lisait Fourrier, Proudhon et Marx.

Cependant, contrairement aux autres romans de la série, “Au bonheur des dames” frappe par son optimisme. Dans le dossier préparatoire à la rédaction de son livre, Zola écrivit : «Je veux, dans “Au bonheur des dames”, faire le poème de l'activité moderne. Donc, changement complet de philosophie : plus de pessimisme d'abord, ne pas conclure à la bêtise et à la mélancolie de la vie, conclure au contraire à son continuel labeur, à la puissance, à la gaîté de son enfantement». En peignant l'activité joyeuse de Mouret et ses réussites, qu'il opposa à la médiocrité de Paul de Vallagnosc, fonctionnaire désabusé, il souhaitait battre en brèche le développement du pessimisme en France mais aussi la crise de découragement qu'il traversait lui-même à l'époque où il composait l'œuvre.. Il lui fallait avant tout se persuader de «la puissance et de la gaieté de la vie», croire qu'il y avait «certainement des gens heureux de vivre dont les jouissances ne ratent pas et qui se gorgent de bonheur et de succès» (“Ébauche...”).

Destinée de l’oeuvre
Le roman a été édité le 2 mars 1883.

Il a connu plusieurs adaptations cinématographiques :

- en 1929, Julien Duvivier réalisa “Au bonheur des dames” ;

- en 1943, Andé Cayatte réalisa “Au bonheur des dames” ;

- en 1952, en Allemagne, Lupu Pick réalisa “Das Paradies der Damen”.

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Analyse du début du roman
Il est le même que dans “L'assommoir”. Le plan est annoncé. La page est centrée sur le point de vue d'un personnage, Denise, qui découvre un univers, qui constate l’opposition de deux mondes. Les repères spatio-temporels sont mis en place : les lieux sont précisément désignés. 

Ce début de roman coïncide avec le début de la journée («huit heures sonnaient»).

Les premiers personnages du roman sont présentés. Denise est la première nommée ; c'est avec elle que s'ouvre le roman. Nous faisons connaissance également avec des membres de sa famille : son oncle et ses deux frères. Enfin le magasin, personnage presque à part entière, est également désigné : ce sont les personnages qui en lisent le nom lorsqu'ils découvrent la façade du magasin.

À travers le regard d'une jeune provinciale, Paris donne une impression d'immensité : c’est le «vaste Paris» pour des enfants perdus dans la ville dont ils découvrent la topographie sans la comprendre. La première réaction, qui en est une d'étonnement, permet un jeu sur les exclamations : «Oh !» - «Ah bien !», sur les attitudes, également : «ils restèrent plantés». La seconde réaction en est une d'émerveillement : c'est d'abord Jean qui manifeste ce sentiment : «le tien n'était pas si beau» ; mais Denise renchérit («hocha la tête»). L'émerveillement ne peut s'expliquer que par la naïveté des personnages, par leur méconnaissance de l'évolution du commerce des grandes villes. C'est d'ailleurs la nouveauté du regard de Denise, sa candeur, qui la sauvera tout au long du roman.

Cet émerveillement provoque la pitié du lecteur qui peut mesurer leur pauvreté. Plusieurs éléments pour la désigner : «wagon de troisième classe» (la plus pauvre) ; «achevant les vieux vêtements», «l'air pauvre». On peut se demander si l'aspect «chétif» de Denise ne provient pas d'un manque de nourriture saine.

L'opulence du magasin est en totale opposition à ce dénuement des personnages : «dorures», «soie», «soie bleue», «velours» : ce sont d'abord les tissus qui marquent l'appartenance sociale. Autant que la richesse des marchandises étalées, domine l'impression d'énormité. Comparé avec une ruche, il semble avaler son personnel et le quartier tout entier : «un développement sans fin». Il semble même de dimensions infinies : «fuite de perspective». Il est montré comme une sorte d'ogre prêt à tout dévorer, même les gens (cette métaphore de la nourriture sera par la suite amplement développée).

Par cette présentation des éléments spatio-temporels et ce début d'histoire, le lecteur est impatient de savoir ce que les personnages viennent faire à Paris et comment ils vont retrouver l'oncle Baudu. Il se demande ce qu'est ce grand magasin présenté comme un ogre. Cette première page montre un trait important de l'art de Zola qui est un écrivain qui cherche à montrer la réalité sociale dans toute sa nudité, mais l’amplifie souvent également parce qu'il nous montre le regard que porte sur elle un personnage ou un groupe de personnages : Denise et ses frères font de ce magasin un personnage fantastique.

André Durand

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