Recherches socio conduites entre 1915-1940








télécharger 160.61 Kb.
titreRecherches socio conduites entre 1915-1940
page12/13
date de publication03.07.2017
taille160.61 Kb.
typeRecherche
ar.21-bal.com > histoire > Recherche
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

Le travail de terrain


En 1921 et 1931, quinze recherches sont menées sur un aspect de la vie urbaine par les étudiants inscrits en thèse sous la direction de Park. Méthodes utilisées sont alors peu structurées et peu réfléchies.

    1. Participer pour observer

Choisir une méthode, c’est choisir une théorie. Il n’est pas étonnant qu’on retrouve chez les sociologues de Chicago la posture méthodologique d’obédience interactionniste que Blumer (1966) rappelle dans un article AJS, « Sociological Implications of the Thought of George Herbert Mead » : « Il faut prendre le rôle de l’acteur et voir le monde de son point de vue. Cette approche méthodologique cntraste avec la soit-disant approche objective, si dominante aujourd’hui, qui voit l’acteur et son action depuis la perspective d’un observateur détaché et extérieur. (…) L’acteur agit dans le monde en fonction de la façon dont il le voit, et non dont il apparaîtrait à un observateur étranger ».

 diverses formes d’observation-participation. 3 grandes catégories de positions de recherche sur le terrain (R.Gold, 1958)

      • rôle « périphérique » : chercheur en contact étroit et prolongé avec les membres du groupe mais ne participe pas (soit en raison de croyances épistémologiques, soit parce que moralement il s’interdit de participer aux actions délinquantes, ou parce que ses propres caractéristiques démographiques ou socioculturelles l’en empêchent). Chercheur marginal…

      • rôle « actif » : le chercheur prend un rôle plus central dans l’activité étudiée. Participation active, prend des responsabilités, se conduit avec les membres du groupe comme collègue.

      • rôle de membre complètement « immergé » : chercheur a le même statut, partage les mêmes vues et les mêmes sentiments, poursuit les mêmes buts. Fait l’expérience des émotions…




    1. Le mythe de l’observation participante :

Park insistait pour que le scientifique observe mais ne participe pas, recommande une attitude détachée. Position qui peut apparaître surprenante si on considère que l’EdC a été le modèle théorique et méthodo de l’observation participante. Park réagissait ainsi en réaction au courant dominant précédant dans la socio naissante d’alors : l’enquête sociale (chercheurs étaient davantage des intervenants sociaux voulant soulager les misères sociales que sociologues voulant comprendre). Selon Park il fallait que la socio se professionnalise en se détachant de l’attitude dominante des « do-gooders ». Il fallait séparer les destins respectifs du travail social, de la philanthropie et de la socio. Cela ne pouvait se faire que si les sociologue adoptaient des principes d’objectivité, de détachement : « le secret de l’attitude scientifique ». La socio ne peut avoir des visées scientifiques que si elle se libère de sa visée d’intervention sociale (intentions réformistes).

N.B. : abusif d’employer ‘observation participante’ pour le simple fait d’aller sur le terrain.

Selon Lee Harvey, sur les 42 thèses soutenues en socio à Chicago (1915-1950), 2 seulement (après 1940) ont employé l’observation participante ‘complète’ (rôle à temps plein dans la communauté étudiée), 6 ont impliqué le chercheur dans un temps partiel, les autres (2/3) n’ont pas utilisé la moindre technique d’observation. Thrasher : enquête auprès de gangs, données qualitative mais pas observation de première main, n’a pas participé à la vie de la communauté.

Observation participante pour Anderson, Zorbaugh, Cressey et Whyte.

Les sans-abris (Nels Anderson, 1923) : implique forme d’observation participante, chambre dans un petit hôtel ouvrier du quartier des hobos. Il n’y va que le week-end, sinon vagabond, dort dehors, voyage clandestinement dans les mêmes trains… Pendant 15 ans, a eu une vie de hobos. Reçoit une aide privée pour étudier les « SDF », pas dépaysé par le quartier dans lequel il mène sa recherche. Familiarité. Il procède également à un travail classique de documentation qui lui permet de se pencher sur son passé. Interviews informels. Remarque concernant le degré de réflexion méthodo : « Burgess n’avait aucun conseil à me donner au début de l’étude, mais il aima l’idée que je commence par des interviews ». Au départ l’enquête ne procède pas de conseil prodigués par le directeur de recherches mais d’intuitions, fossé culturel entre lui et les autres étudiants, tels Thrasher ou Reckless : « leurs valeurs étaient très différentes des miennes. Leur sagesse socio était après tout du bon sens, un savoir de sens commun ». La recherche d’Anderson est représentative de celles d’EdC : recherche sur un monde auquel il a simplement accès. Il n’a pas pris le rôle d’un hobo, il n’est pas lui-même un hobo mais c’est sa rencontre avec des hobos dans une institution de travail social dans laquelle il travaillait qui l’a poussé à cette recherche.

Les danseuses professionnelles (Cressey, the Taxi-Dance-Hall, 1932) : Taxi-Dance-Halls, apparus à SF étaient des lieux où les hommes (surtout immigrants prolétaires) venaient danser, danseuses payées ‘à la danse’, partagent leurs gains avec le propriétaire de l’établissement. Lieux associés à la prostitution (déguisée sous l’apparence honnête du commerce de la danse), mauvaise réputation. 3 objectifs, Burgess :

      • donner une vision intime et non biaisée du monde social du taxi-dance hall

      • tracer l’histoire du taxi-dance hall en tant qu’institution urbaine, conditions favorables.. .

      • présenter les formes de contrôle capable de maintenir l’ordre, bonne conduite…

Durée enquête = 5 ans. Surtout documents réunis par les institutions sociales et rapports d’observateurs et enquêteurs. Méthode de l’interviews formels n’a pas marché (suspicion). Il a donc fallu pour les enquêteurs « pénétrer ce monde social aussi loin que la morale le permet ». comportement d’étrangers anonymes, rencontres de hasard, prise de notes. Ainsi, recueil de matériau sans inhibitions ou résistances. Les observateurs participent en tant que clients. Leur rôle caché leur permet de « pénétrer le monde social ». extraits d’entretiens et histoires de vie reconstruites a posteriori avec danseuses ou clients. L’activité des danseuses est la plupart du temps provisoire pour elles. Certaines deviennent de vraies prostituées, d’autres ne dansent que quelques mois, par besoin ou par ennuis, ‘entre 2 mariages’.  Document ethnographique qui se fonde sur des analyses de terrain de première main et analyse sociologique avec une vue de l’intérieur.

L’opulence et la pauvreté (Zorbaugh, 1929) : analyse un quartier très contrasté, au nord du centre ville de Chicago : à la fois zone résidentielle riche et zone pauvre, turbulente, délinquance et crime. Il ne prend pas à proprement parler un rôle dans le quartier mais enquête sur le terrain, recueille des histoires de vie, suscite des récits écrits… Les techniques qu’il utilise visent des publics différents : enfants d’école, travailleurs sociaux, informateurs pour montrer la « désorganisation » de cette communauté qui n’en est pas une tant son déséquilibre écologique est insupportable.

La structure sociale d’un quartier italien (Whyte, 1943) : revendique la méthode d’observation participante 12 ans plus tard dans une annexe méthodologique ajoutée à la 2ème édition, en 1955. Whyte ne se contente plus des informations fournies par son informateur, Doc, ni de celles recueillies par le centre de transit du quartier (milieu d’enquête intéressant mais qui masque la réalité sociale car a pour but de stimuler la mobilité sociale)  il établit des relations personnelles et sort de ce réseau préétabli.

Naturalisme et observation participante : Au fondement de ce mythe de l’observation participante à Chicago réside peut-être une confusion dans les termes. On parle tantôt de socio qualitative, de socio descriptive, d’ethnographie. L’ethnographie est considérée comme un terme équivalent à l’approche naturaliste, qui chercherait à mettre en avant des significations (pas que recherches des causes). L’expression d’observation participante est souvent employée à la place ‘d’ethnographie’. Alors que l’entretien ou l’observation non participante relèvent de la socio qualitative mais pas de l’observation participante. L’observation participante est un dispositif particulier de recherche au sein de l’ethnographie, mais elle implique que le chercheur joue un rôle pour comprendre de l’intérieur leur vision du monde et la rationalité de leurs actions.  progressivement l’OP en est venue à désigner un style de recherches qualitatives sur le terrain, et non une technique particulière.

    1. Une méthodologie multiple :

Dans chaque étude, plusieurs méthodes sont employées. Entretiens non structurés et récits de vie dominent mais on trouve aussi des observations, des documents personnels, données recueillies…

Zorbaugh : plans, cartes de ville, données recensement, documents historiques, rapports municipaux, travail social. Interviewe individus divers : contacts informels avec journalistes, avocats, infirmières. Sur le terrain il procède par bloc d’habitation, relève le prix des meublés, loyers, porte à porte… Ethnologie sociologique complète.


L’interview : techniques d’interview pas encore bien différenciées. Pas réflexion méthodo élaborée. L’idée d’un rôle spécifique de l’intervieweur, de la nécessité d’une formation n’apparaît pas encore. La distinction méthodologique entre la simple conversation et la passation d’un questionnaire n’est pas encore bien établie. Anderson ne fait pas des ‘interviews’ mais a des conversations informelles (café…). Il s’interroge sur la technique qui permettra d’engager la conversation avec un inconnu, remarque que quand on s’assoie à côté de quelqu'un et qu’on pense à voix haute la conversation s’engage bien.

Le terrain : suivant les consignes de Park et Burgess, Thrasher pratique pendant 7 ans une socio de terrain : « d’abord une enquête exploratoire, destinée à révéler les traits de comportement et à présenter une image globale de la vie dans un quartier peu compris du citoyen moyen ». Méthodes diverses : recensements, observations de terrain, documents personnels de membres de gangs ou en contact avec. On ne sait pas comment il s’y est pris pour entrer en contact avec des informateurs, donc il est difficile d’en évaluer la représentativité. Contact organisations catho (YMCA) et de tribunaux pour enfants.

    1. Conclusion :

Pas de réflexions méthodologiques systématiques approfondies dans les recherches de l’EdC. Il faut attendre pratiquement la fin des 1950’s pour voir apparaître, à l’instar de la socio quantitative qui a très vite produit des réflexions méthodo sophistiquées, des débats sur les méthodologies de type qualitatif en usage dans la socio.

Sans doute cette absence de commentaires des sociologues sur leurs méthodes d’investigation venait du fait qu’il leur paraissait naturel d’enquêter dans les communautés qu’ils prenaient pour objet. Le département de socio est commun avec l’anthropologie jusqu’en 1929, les techniques ethnographiques de la recherche sur le terrain n’avaient pas besoin d’autre légitimité que celle déjà acquise par des recherches ethnographiques éprouvées. Whyte (arrivant à Harvard en 1936 avec bourse pour 3 ans) emprunte la démarche de l »ethnologie qu’il applique au quartier pauvre italien de Boston. (NB : SCS n’appartient pas stricto sensu à l’EdC mais peut y être rattaché par sa socio empirique et ses observations ethnographqiues)

 En fait, EdC = peu d’enquête directement sur le terrain, surtout matériau biographiques (récits d’individus). Il est sans doute souhaitable de rectifier le mythe selon lequel l’EdC serait le modèle de l’observation participante – même si caractère novateur incontestable sur le plan méthodologique. EdC = berceau d’une variété d’approches empiriques, en particulier dans la socio urbaine pratique, inaugure l’enquête directe auprès d’individus (≠ ère spéculative de socio 19°).
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

similaire:

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconVeille media
«Turquie : Acteur majeur des relations internationales ?», mené sous la direction de Didier Billion, directeur adjoint de l’iris,...

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconPeter Behrens. (1868-1940)
«temple de l’industrie». La structure est en acier et ciment armé les façades revêtues de briques. Son originalité est le contraste...

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconRésumé L’adaptation stratégique de l’organisation a fait l’objet...

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconVeille media
«Le mouvement national démocratique arménien et le génocide de 1915» de Recep Maraşlı (Istanbul: Peri Yayınları, 2008), à Berlin-Neukölln,...

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconL’organisation socio-économique

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconLa bataille du 14 juin 1940

Recherches socio conduites entre 1915-1940 icon"11 mais 1940" dans La campagne des 18 jours (2/19), 1990

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconAxe 3 : musées, sites, parcours
«Blitzkrieg» et à la victoire allemande à l’Ouest ainsi qu’à la situation à l’été 1940 et à la résistance

Recherches socio conduites entre 1915-1940 icon12 cuillères à moka/12 fourchettes à gâteau /une louche/une pince à sucre. Vers 1940

Recherches socio conduites entre 1915-1940 iconRouillac tours vendôme paris commissaires-Priseurs Expert près la Cour d'Appel
«Les folles journées de juin 1940 en Touraine, le général de Gaulle à Beauvais»








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com