Littérature gréco-latine antique, on donne depuis le 19 e siècle le nom de «romans»








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Hermaphrodite (2e s. de notre ère). Louvre Lens. Photo de l’auteur.

Titien, Amour sacré et amour profane, 1514. Image wikipedia.

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  1. une biographie : Aspasie, femme de Périclès (Plutarque, Vie de Périclès, 24)




[Rare exemple de portrait d’une femme politique, il est vrai liée au premier des Grecs du V e siècle, Périclès d’Athènes.]

Périclès fit décréter l’expédition navale contre Samos39, sous prétexte que les habitants de cette ile, ayant reçu d’Athènes l’ordre de cesser leurs hostilités contre Milet, n’avaient pas obéi. Comme il parait n’avoir été poussé dans l’affaire de Samos que par le désir de plaire à Aspasie, il est à propos de rechercher quel art, quelle puissance de séduction cette femme avait en elle, pour enlacer dans ses filets le plus grand homme d’État de son époque, et pour que les philosophes aient pu parler d’elle en termes si honorables et si pompeux.

Tout le monde s’accorde à dire qu’elle était de Milet, et fille d’Axiochus. On dit aussi qu’elle s’attaqua aux personnages les plus puissants parce qu’elle avait pris pour modèle une des anciennes courtisanes d’Ionie, nommée Thargélia. Cette Thargélia, belle femme, et douée de toutes les grâces du corps et de l’esprit, avait été liée avec un grand nombre de Grecs : elle avait gagné au roi de Perse tous ceux qui la fréquentaient, et, par eux, elle avait répandu dans les villes des germes d’esprit médique40 ; car elle ne choisissait pour amants que ce qu’il y avait, dans chaque ville, d’hommes considérés et puissants. Quant à Aspasie, on dit que Périclès la rechercha comme une femme d’esprit, et qui avait l’intelligence des choses politiques. Socrate allait souvent chez elle avec ses amis ; et ceux qui la fréquentaient y conduisaient même leurs femmes, pour qu’elles entendissent sa conversation, quoique sa vie ne fût certainement point un modèle de décence et d’honnêteté, puisqu’elle nourrissait des jeunes filles qui se donnaient au premier venu. Eschine dit que Lysiclès, le marchand de moutons, homme grossier par naissance et par éducation, se fit le premier citoyen d’Athènes, parce qu’il fréquenta Aspasie après la mort de Périclès. Platon, dans l’introduction du Ménexène41, ne laisse pas, malgré son ton de plaisanterie, de donner comme positif que plusieurs Athéniens allaient chez elle pour recevoir des leçons d’éloquence. Quoi qu’il en soit, il est évident que ce qui attira Périclès auprès d’elle, ce fut plutôt de l’amour. Il avait une femme, qui était sa parente, et qui, mariée en premières noces à Hipponicus, en avait eu un fils, Callias le riche. Elle avait aussi donné à Périclès deux fils, Xanthippe et Paralus. Plus tard, comme ils ne se plaisaient point, lui et elle, dans la société l’un de l’autre, il la céda, elle y consentant, à un autre mari, et il épousa Aspasie, qu’il aima éperdument ; car tous les jours, en sortant pour aller sur la place publique ou en rentrant chez lui, il la saluait, dit-on, d’un baiser.

Les auteurs comiques ont donné à Aspasie les noms de nouvelle Omphale, de Déjanire, de Junon42, et Cratinus l’appelle nettement une concubine, dans ce passage : « Elle lui enfante Junon-Aspasie, l’impudique concubine, à l’œil de chienne. »

Il parait que Périclès eut d’elle un bâtard43 ; car Eupolis44, dans les Dèmes, l’a représenté faisant cette question : « Et mon bâtard vit-il encore ? » et Myronidès lui répondant : « Il y a même longtemps déjà qu’il serait marié, s’il n’avait craint le malheur de prendre une prostituée. »

Aspasie acquit ainsi un tel renom et une telle célébrité que Cyrus45, celui qui disputa les armes à la main l’empire de Perse au roi son frère, donna le nom d’Aspasie à celle de ses concubines qu’il aimait le plus, et qui auparavant s’appelait Milto. Elle était fille d’Hermotime, et native de Phocée46. Cyrus ayant péri dans la bataille qu’il livra, elle fut conduite au roi, et elle prit sur lui un grand ascendant. Ces particularités me sont revenues à la mémoire en traitant mon sujet ; et je n’ai pas cru devoir pousser la rigueur jusqu’à les repousser et à les passer sous silence.

Traduction Pierron, 1853, sur le site http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/periclespierron.htm



Éléments de commentaire :

Texte écrit au 2e s. de notre ère, soit 6 siècles après ; mais Plutarque est généralement bien informé. Périclès, né vers 495, joue le premier rôle à partir de 460 et meurt en 429 de la peste ; Aspasie serait née vers 460 et arrivée à Athènes en 445.

  • mélange de fascination et de répulsion pour les contemporains : une femme supérieure traitée comme une prostituée, sauf par Périclès lui-même

  • l’accent est mis sur l’amour, avant et pendant le mariage avec Périclès ; embrasser sa femme en public est à l’époque une cause de scandale.

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  1. un dialogue comique : Lucien, « Dialogue de Zeus et d’Héra », Dialogues des dieux, (IIe s. de notre ère).




[Exemple de la fantaisie irrévérencieuse de l’auteur : une scène de ménage chez les dieux.]
JUNON. Tu vois cet Ixion47, Jupiter. Quelle idée as-tu de ses moeurs ?

JUPITER. Je le crois un galant homme, Junon, et un joyeux convive. Nous ne l'aurions pas à notre table, s'il n'était pas digne de s'y asseoir.

JUNON. Eh bien ! il n'en est pas digne. C'est un insolent. Qu'il ne demeure plus dans notre société !

JUPITER. Quelle insolence a-t-il commise ? Il faut, je pense, que j'en sois instruit.

JUNON. Quelle insolence ? La pudeur m'empêche de le dire, son audace est d'une nature...

JUPITER. Eh bien ! Mais il faut d'autant plus me le dire, que son entreprise a été plus téméraire. A-t-il voulu séduire quelque déesse ? Car je crois deviner que c'est là le crime honteux que tu n'oses avouer.

JUNON. Oui, et c'est moi, et non pas une autre, Jupiter, et il y a déjà quelque temps. D'abord, je ne pouvais m'expliquer pourquoi il avait sans cesse les yeux fixés sur moi. Il poussait des soupirs, il versait des larmes. Si parfois, après avoir bu, je rendais la coupe à Ganymède48, il la lui demandait pour boire dans le même vase que moi. Puis, après l'avoir reçue, il y appliquait ses lèvres, l'approchait de ses yeux et tournait de nouveau ses regards vers moi. Je compris dès lors que tout cela n'était que truchements d'amour, et pendant longtemps j'eus honte de t'en parler, espérant que cet homme ferait trêve à sa folie. Mais du moment qu'il a osé me tenir d'amoureux propos, je l'ai laissé tout en larmes, se roulant à mes genoux, je me suis bouché les oreilles pour ne pas entendre ses injurieuses prières, et je suis venue te dire ce qu'il en est. Vois maintenant toi-même comment te venger du galant.

JUPITER. À la bonne heure ! Le scélérat ! S'attaquer à moi, à la couche de Junon ! S'était-il donc si bien enivré de nectar ? Mais aussi c'est notre faute, et nous avons tort d'aimer les hommes au point de les faire asseoir à notre table. Ils sont excusables, lorsque, abreuvés de la même boisson que nous, voyant des beautés célestes et telles qu'ils n'en voient point sur la terre, ils désirent en jouir et se sentent pris d'amour. L'Amour est un maitre tyrannique. Il ne règne pas seulement sur les hommes, mais parfois aussi sur nous.

JUNON. Il se montre bien ton maitre. Il te fait aller, il te mène, comme on dit, par le bout du nez, et tu le suis partout où il lui plait de te conduire. Il te fait changer en tout ce qu'il veut. En un mot, tu es l'esclave et le jouet de l'Amour. Et je sais bien pourquoi tu pardonnes aujourd'hui à Ixion, c'est qu'autrefois toi-même tu as séduit sa femme, qui t'a rendu père de Pirithoüs49.

JUPITER. Tu te souviens encore des parties de plaisir que je suis descendu faire sur la terre ? Maintenant sais-tu ce que je veux faire d'Ixion ? Le châtier, non pas, ni le renvoyer de notre table. Ce ne serait pas poli. Puisqu'il est sérieusement amoureux, puisqu'il pleure, dis-tu, et souffre des maux cruels...

JUNON. Que vas-tu dire ? J'ai peur que tu ne me fasses à ton tour quelque proposition outrageante.

JUPITER. Pas du tout. Nous allons former avec une nuée un fantôme qui te ressemble, et, quand le repas sera fini, lorsque l'amour, suivant toute apparence, le tiendra éveillé, nous porterons ce fantôme et le ferons coucher près de lui. Ainsi se calmeront ses douleurs, quand il croira tenir l'objet de sa passion.

JUNON. Fi donc ! Qu'il lui arrive malheur, pour avoir désiré ce qui est au-dessus de lui !

JUPITER. Laisse un peu faire, Junon. Qu'as-tu à craindre de ce fantôme ? puisque c'est une nuée qu'Ixion caressera ?

JUNON. Oui, mais cette nuée semblera être moi-même, et la honte retombera sur moi, à cause de la ressemblance.

JUPITER. Ce que tu dis ne signifie rien. Jamais une nuée ne pourra être Junon, ni Junon une nuée. Ixion tout seul sera bien attrapé.

JUNON. C'est juste. Seulement, comme tous les hommes sont mal élevés, il se vantera sans doute, une fois redescendu sur la terre, et ira disant partout qu'il a obtenu les faveurs de Junon et partagé la couche de Jupiter. Peut-être même dira-t-il que je l'aime, et les autres le croiront, ne sachant pas qu'il n'a caressé qu'une nuée.

JUPITER. Alors, s'il tient de semblables propos, je le plonge dans les Enfers, je l'attache à une roue qui tournera sans cesse. Je lui inflige un supplice éternel, et il portera la peine non de son amour, la faute est légère, mais de sa jactance.

Traduction Eugène Talbot, 1912, sur le site http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguedieux.htm


Éléments de commentaire :
Né à Samosate en Syrie vers 115 de notre ère, Lucien était un rhéteur itinérant, qui composa quantité d’œuvres courtes généralement satiriques, parfois fantastiques. Dans les Dialogues des dieux il imagine de brèves conversations entre les dieux où il se moque de la mythologie.


  • texte intégral d’un dialogue fantaisiste et irrévérencieux : une querelle domestique sur l’infidélité conjugale, qui met en scène l’incroyance parmi les dieux.

  • l’amour est tout-puissant (il soumet les dieux) et pure illusion (un fantôme suffit à combler la passion).


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  1. Textes latins en perspective




  1. un poème philosophique : Lucrèce, De la nature, IV, 1052-1208.




[Un point de vue matérialiste sur l’amour, qui nait des songes et n’est qu’une illusion]
Ainsi en est-il de celui que les traits de Vénus ont blessé, soit que les lui lance un jeune garçon aux membres féminins, ou bien une femme dont tout le corps darde l'amour ; il court à qui l'a frappé, impatient de posséder et de laisser dans le corps convoité la liqueur jaillie du sien, car son muet désir lui présage la volupté. Telle est pour nous Vénus, telle est la réalité qui se nomme amour ; voilà la source de la douce rosée qui s'insinue goutte à goutte dans nos cœurs et qui plus tard nous glace de souci. Car si l'être aimé est absent, toujours son image est près de nous et la douceur de son nom assiège nos oreilles.

Ces simulacres d'amour sont à fuir, il faut repousser tout ce qui peut nourrir la passion ; il faut distraire notre esprit, il vaut mieux jeter la sève amassée en nous dans les premiers corps venus, que de la réserver à un seul par une passion exclusive qui nous promet soucis et tourments. L'amour est un abcès qui, à le nourrir, s'avive et s'envenime ; c'est une frénésie que chaque jour accroit, et le mal s'aggrave si de nouvelles blessures ne font pas diversion à la première, si tu ne te confies pas encore sanglant aux soins de la Vénus vagabonde et n'imprimes pas un nouveau cours aux transports de ta passion.

En se gardant de l'amour, on ne se prive pas des plaisirs de Vénus ; au contraire, on les prend sans risquer d'en payer la rançon. La volupté véritable et pure est le privilège des âmes raisonnables plutôt que des malheureux égarés. Car dans l'ivresse même de la possession l'ardeur amoureuse flotte incertaine et se trompe ; les amants ne savent de quoi jouir d'abord, par les yeux, par les mains. Ils étreignent à lui faire mal l'objet de leur désir, ils le blessent, ils impriment leurs dents sur des lèvres qu'ils meurtrissent de baisers. C'est que leur plaisir n'est pas pur ; des aiguillons secrets les animent contre l'être, quel qu'il soit, qui a mis en eux cette frénésie. Mais Vénus tempère la souffrance au sein de la passion et la douce volupté apaise la fureur de mordre.

Car l'amour espère que l'ardeur peut être éteinte par le corps qui l'a allumée : il n'en est rien, la nature s'y oppose. Voilà en effet le seul cas où plus nous possédons, plus notre cœur brûle de désirs furieux. Nourriture, boisson s'incorporent à notre organisme, ils y prennent leur place déterminée, ils satisfont aisément le désir de boire et de manger. Mais un beau visage, un teint éclatant ne livrent aux joies du corps que de vains simulacres, et le vent emporte bientôt l'espoir des malheureux. Ainsi pendant le sommeil un homme que la soif dévore, mais qui n'a pas d'eau pour en éteindre l'ardeur, s'élance vers des simulacres de sources, peine en vain et demeure altéré au milieu même du torrent où il s'imagine boire. En amour aussi, Vénus fait de ses amants les jouets des simulacres : ils ne peuvent rassasier leurs yeux du corps qu'ils contemplent, leurs mains n'ont pas le pouvoir de détacher une parcelle des membres délicats et elles errent incertaines sur tout le corps.

Enfin voilà deux jeunes corps enlacés qui jouissent de leur jeunesse en fleur ; déjà ils pressentent les joies de la volupté et Vénus va ensemencer le champ de la jeune femme. Les amants se pressent avidement, mêlent leur salive et confondent leur souffle en entrechoquant leurs dents. Vains efforts, puisque aucun des deux ne peut rien détacher du corps de l'autre, non plus qu'y pénétrer et s'y fondre tout entier. Car tel est quelquefois le but de leur lutte ; on le voit à la passion qu'ils mettent à serrer étroitement les liens de Vénus, quand tout l'être se pâme de volupté. Enfin quand le désir concentré dans les veines a fait irruption, un court moment d'apaisement succède à l'ardeur violente ; puis c'est un nouvel accès de rage, une nouvelle frénésie. Car savent-ils ce qu'ils désirent, ces insensés ? Ils ne peuvent trouver le remède capable de vaincre leur mal, ils souffrent d'une blessure secrète et inconnaissable.

Ce n'est pas tout : les forces s'épuisent et succombent à la peine. Ce n'est pas tout encore : la vie de l'amant est vouée à l'esclavage. Il voit son bien se fondre, s'en aller en tapis de Babylone, il néglige ses devoirs ; sa réputation s'altère et chancelle. Tout cela pour des parfums, pour de belles chaussures de Sicyone50 qui rient aux pieds d'une maitresse, pour d'énormes émeraudes dont la transparence s'enchâsse dans l'or, pour de la pourpre sans cesse pressée et qui boit sans répit la sueur de Vénus. L'héritage des pères se convertit en bandeaux, en diadèmes, en robes, en tissus d'Alindes et de Céos51. Tout s'en va en étoffes rares, en festins, en jeux ; ce ne sont que coupes pleines, parfums, couronnes, guirlandes... mais à quoi bon tout cela ? De la source même du plaisir on ne sait quelle amertume jaillit qui verse l'angoisse à l'amant jusque dans les fleurs. Tantôt c'est la conscience qui inspire le remords d'une oisiveté trainée dans la débauche ; tantôt c'est un mot équivoque laissé par la maitresse à la minute du départ et qui s'enfonce dans un cœur comme un feu qui le consumera ; tantôt encore c'est le jeu des regards qui fait soupçonner un rival, ou bien c'est sur le visage aimé une trace de sourire.

Encore est-ce là le triste spectacle d'un amour heureux ; mais les maux d'un amour malheureux et sans espoir apparaitraient aux yeux fermés ; ils sont innombrables. La sagesse est donc de se tenir sur ses gardes, comme je l'ai enseigné, pour échapper au piège. Car éviter les filets de l'amour est plus aisé que d'en sortir une fois pris : les nœuds puissants de Vénus tiennent bien leur proie.

Et cependant, même prisonnier de ce piège et embarrassé dans ses liens, on peut encore échapper au malheur, si l'on ne se perd soi-même en s'aveuglant sur les défauts moraux et physiques de celle que l'on désire et que l'on veut. La passion trop souvent ferme les yeux aux hommes et ils attribuent à la femme aimée des mérites qu'elle n'a pas. En est-il assez de contrefaites et de laides, dont on les voit faire leurs délices et dont ils ont le culte ! Les jeunes gens se raillent les uns les autres et se donnent mutuellement le conseil d'apaiser Vénus pour qu'elle les délivre d'une passion honteuse et affligeante ; mais ils ne se voient pas eux-mêmes, les malheureux, victimes souvent d'une plus grande misère. La peau noire a la couleur du miel, la malpropre qui sent mauvais est une beauté négligée. Des yeux verts font une Pallas52 ; la sèche et nerveuse devient une gazelle ; la naine, la pygmée, est l'une des grâces, un grain de sel pur ; la géante est une merveille, un être plein de majesté ; la bègue, incapable de parler, gazouille ; la muette est pudique. Et la furie échauffée, insupportable, bavarde, a un tempérament de feu ; c'est une frêle mignonne que la malheureuse qui dépérit ; elle est délicate, quand elle se meurt de tousser ; quant à la grosse matrone enflée, toute en mamelles, c'est Cérès en personne qui vient d'enfanter Bacchus53. Un nez camus fait une tête de Silène, de Satyre54 ; de grosses lèvres appellent le baiser. Mais en cette matière, il serait trop long de tout dire.

J'accorde cependant que l'objet aimé ait toutes les beautés du visage et que tout son corps rayonne du charme de Vénus : mais il y a d'autres maitresses possibles, nous avons vécu naguère sans celle-là ; elle est sujette, nous le savons, aux mêmes incommodités que les plus laides ; la malheureuse s'empoisonne elle-même d'odeurs repoussantes qui mettent en fuite ses servantes et les font rire en cachette. Et cependant souvent l'amant en larmes à qui elle a fermé sa porte couvre son seuil de fleurs et de guirlandes, parfume de marjolaine le portail altier et dans sa douleur en couvre les panneaux de baisers. S'il était reçu, sans doute quelque émanation l'indisposerait, il chercherait alors un prétexte pour s'en aller, il oublierait des plaintes longuement méditées, il s'accuserait de sottise en comprenant qu'il a fait de sa belle quelque chose de plus qu'une mortelle. C'est ce que n'ignorent pas nos Vénus, aussi mettent-elles grand soin à cacher ces arrière-scènes de leur vie aux amants qu'elles veulent retenir dans leurs chaines. A quoi bon, si l'esprit sait dévoiler de tels mystères et percer tous ces ridicules ? Et d'ailleurs si la maitresse a belle âme et aimable commerce, on peut en retour passer outre et faire une concession à l'humaine imperfection.

Ce n'est pas toujours un amour menteur qui fait soupirer la femme, quand elle tient son amant embrassé corps à corps et que ses lèvres humides goutent et distillent la volupté. Souvent elle est sincère, et recherchant des plaisirs partagés, elle provoque son amant à la course d'amour. Pareillement chez les oiseaux, dans les troupeaux, chez les bêtes sauvages et dans le bétail, la femelle ne céderait point au mâle si l'ardeur de la nature ne mettait en elle cette plénitude qui la rend joyeusement docile aux assauts de l'amour. Et ne connais-tu pas des couples qu'une chaine de volupté fait vivre dans la torture ? Aux carrefours souvent deux chiens impatients de se séparer tirent de toutes leurs forces en sens contraire sans pouvoir briser les liens trop solides de Vénus. Jamais ils n'affronteraient ce supplice sans l'appât de joies communes capables de les attirer au piège et de les y enchainer. Ah, oui ! je le redis, il existe une volupté partagée.

Traduction Clouard sur le site http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucrece/table.htm


Éléments de commentaire :

Lucrèce est un philosophe épicurien de la première moitié du 1er s. av. notre ère. Sa seule œuvre connue est le poème philosophique en six livres
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