Littérature gréco-latine antique, on donne depuis le 19 e siècle le nom de «romans»








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Sur la nature, où il expose en détail la physique d’Épicure et notamment l’atomisme, qui explique le monde par la combinaison d’atomes, sans aucune intervention divine. Au livre IV le philosophe dénonce l’amour, illusion passionnée qui menace la sagesse épicurienne idéale.

  • texte à la fois descriptif (les ravages de l’amour) et moral (les pièges de l’amour, la faiblesse des hommes)

  • un rare cynisme dans l’assimilation de l’homme à un animal

  • antiféminisme traditionnel

  • passage célèbre, comme l’ensemble de l’œuvre. Molière a repris l’antépénultième paragraphe dans le Misanthrope (tirade d’Éliante, II, 4, v. 711-730).


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  1. poésie élégiaque : Catulle, poèmes V et VIII (13 + 19 vers)




À Lesbie

Vivons, ma Lesbie, et aimons-nous ; et moquons-nous comme d'un as55 des murmures de la vieillesse morose. Le soleil peut mourir et renaitre ; nous, lorsqu'une fois est morte la flamme brève de la vie, il nous faut tous dormir dans la nuit éternelle. Donne-moi mille baisers, et puis cent; puis mille autres, et puis cent ; puis encore mille autres, et puis cent ; puis, après des milliers de baisers, nous en brouillerons le compte pour ne plus le savoir et pour qu'un méchant ne puisse nous jeter un sort56 en sachant lui aussi le compte de nos baisers !

Malheureux Catulle, mets un terme à ton ineptie ; ce que tu vois perdu, tiens-le pour perdu. D'éblouissants soleils brillèrent jadis pour toi, lorsque tu accourais aux fréquents rendez-vous d'une femme chère à nos57 cœurs comme aucune ne le sera jamais ; heureux moments signalés par tant d'ébats joyeux : ce que tu voulais, ton amante le voulait aussi. Oh oui, d'éblouissants soleils brillèrent pour toi ! mais maintenant, elle ne veut plus ; toi-même, faible coeur, cesse de vouloir ; ne poursuis pas une amante qui fuit ; ne fais pas le malheur de ta vie. Adieu, femme ! déjà Catulle endurcit son âme ; il n'ira pas te chercher ni te prier quand tu le repousses. Toi aussi, tu pleureras, lorsque personne ne te priera plus ! Scélérate, sois maudite ! Quel sort t'est réservé ? Qui, maintenant, te recherchera ? Qui te trouvera jolie ? Qui aimeras-tu maintenant ? De quel homme va-t-on dire que tu es la conquête ? Pour qui tes baisers ? De qui vas-tu mordre les lèvres ?... Mais toi, Catulle, tiens bon et endurcis ton âme !
Traduction Rat, 1931, sur le site http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Catulle_poemes/lecture/1.htm





Éléments de commentaire :

Catulle (84 – v. 54 av. notre ère) est amoureux de Lesbie (nom fictif, allusion savante à Sappho), femme mariée de la haute société, dont les infidélités firent de lui le plus ancien poète romain de l’amour.

  • dans le premier poème on observe l’influence épicurienne, l’opposition entre l’intensité du bonheur terrestre et sa brièveté.

  • dans le deuxième texte le poète s’adresse à lui-même, à la 2e puis la 3e personne ; Lesbie, elle, est traitée à la 3e puis la 2e personne.

  • un schéma devenu traditionnel : évocation d’un passé heureux, exhortations au renoncement, malédictions pleines de regrets.

  • poésie savante malgré les apparences de sincérité : les ressources de la rhétorique au service de la passion.


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  1. un poème épique : Virgile, Énéide, les amours de Didon (chant IV, extraits).




[Énée en fuyant Troie aborde à Carthage, gouvernée par la reine Didon ; celle-ci s’éprend de son hôte.]
(v. 1-30) Cependant la reine, déjà blessée d’un trait mortel, nourrit dans son cœur la plaie qui le dévore et le consume d’un feu secret. Sans cesse la valeur du héros, sans cesse la splendeur de son origine reviennent s’offrir à sa pensée : gravés au fond de son âme, les traits et les discours du prince n’en peuvent être effacés ; et le trouble qui la poursuit éloigne de ses sens le paisible repos.

Le lendemain, l’aurore éclairait la terre des premiers feux du jour, et chassait des cieux l’ombre humide, quand Didon éperdue s’adresse en ces mots à sa sœur bien aimée : « Chère Anna ! quelles terreurs inconnues tourmentent mon sommeil ? Quel est donc cet illustre étranger, nouvel hôte de mes États ? Quelle noble fierté dans son port ! quelle magnanimité ! quels exploits ! Ah, je n’en puis douter, il est du sang des dieux. La crainte trahit les âmes vulgaires : mais lui ! quels assauts soutint son courage ! quels périls surmontés nous retraçait son récit58 ! Si l’arrêt que j’en ai porté n’était point irrévocable ; si je pouvais subir encore de nouveaux nœuds, quand déjà la mort cruelle a trompé mon premier amour ; si je ne détestais le flambeau de l’hymen et la couche nuptiale, c’était l’unique faiblesse peut-être où Didon pouvait succomber. Je le confesse, ô ma sœur ; depuis le trépas du malheureux Sychée59, depuis le jour où la main d’un frère ensanglanta nos Pénates, lui seul a fléchi ma fierté, a fait chanceler ma constance : je reconnais la trace des feux dont j’ai brulé. Mais que la terre ouvre sous mes pas ses abimes ; que, de sa foudre, le souverain des dieux me précipite chez les ombres, les pâles ombres de l’Érèbe60, noir séjour de la nuit profonde, si jamais, ô Pudeur, j’ose violer tes lois, ou m’affranchir de tes liens sacrés ! Sychée eut mon premier amour, il aura mes derniers soupirs : que ma flamme le suive, et dorme avec lui dans la tombe ! » Elle dit ; et des torrents de larmes inondent son sein.
Sa soeur Anna lui a conseillé de céder à son amour, dans l’intérêt de Carthage.

(v. 54-85) Ces mots achèvent d’enflammer un cœur déjà brulant d’amour ; ils y font naitre l’espoir et mourir la pudeur. À l’instant elles courent dans les temples, et vont cherchant la paix aux pieds des autels. Là, suivant l’usage antique, elles immolent de jeunes brebis d’élite à Cérès législatrice, au brillant Apollon, à Bacchus père des vendanges, à Junon surtout, protectrice des nœuds de l’hyménée. Une coupe à la main, la belle Didon verse elle-même le vin sacré sur le front d’une blanche génisse, ou rêveuse, en présence des dieux qu’elle invoque, elle marche d’un pas religieux autour des autels fumants du sang des victimes. Chaque jour, elle renouvelle ses offrandes ; chaque jour, les regards attachés sur les flancs ouverts des taureaux, elle consulte d’un œil avide leurs entrailles palpitantes. Ô vaine science des augures ! que font les vœux, que font les temples, aux fureurs d’une amante ? Cependant le feu de l’amour circule dans ses veines ; et son cœur nourrit en secret son incurable blessure. Malheureuse ! elle brule ; et seule, égarée dans Carthage, elle porte au hasard son aveugle délire. Telle la biche légère, si le trait rapide qui la poursuit au loin à travers les bois de la Crète la perce à l’improviste, et que le fer ailé reste au fond de la plaie à l’insu du chasseur, elle fuit, franchissant dans ses bonds les forêts et les détours du Dicté61 : elle fuit, course inutile ! la flèche mortelle la suit, attachée à son flanc.

Tantôt, dès l’aube matinale, elle promène le héros à travers les murs qu’elle élève, lui montre avec orgueil et les richesses de Sidon et ces remparts tout prêts62, commence un tendre aveu, s’interrompt et rougit. Tantôt, quand le jour baisse, elle ordonne de nouveaux festins, veut encore entendre, insensée ! le récit des malheurs de Troie, et les écoute encore, suspendue aux lèvres d’Énée. Lorsqu’enfin la nuit les sépare, que Phébé63, pâlissant à son tour, retire sa lumière, et que le déclin des astres invite au sommeil, seule, elle gémit sous ses portiques silencieux et foule en soupirant le lit désert qu’il a foulé. Absente, elle croit le voir ; absent, elle croit l’entendre. Quelquefois, séduite par une aimable ressemblance, elle presse Iule64 dans ses bras : heureuse, si du moins elle pouvait tromper une ardeur qu’elle n’ose avouer !
Vénus et Junon encouragent l’union ; au milieu d’une chasse où Didon a invité Énée, l’orage éclate.

(v. 160-172) Mais la foudre gronde : un bruit effroyable trouble au loin les cieux ; et tout à coup fond sur la terre un déluge de grêle et de pluie. Frappés d’épouvante, l’élite des Tyriens, et la jeunesse troyenne, et le petit-fils de Vénus65 ont cherché dans les champs voisins divers abris contre l’orage ; des torrents écumeux roulent du haut des montagnes. Didon gagne un antre écarté ; le fils d’Anchise y suit la reine. À l’instant la Terre et Junon, Junon qui préside aux nœuds conjugaux, donnent le signal d’hyménée : l’éclair brille, le ciel complice s’allume, et les Nymphes d’alentour font mugir de leurs cris la colline ébranlée. Ce jour, hélas ! fut pour Didon la première cause de ses malheurs, la première cause de sa mort. Ni l’honneur, ni la gloire ne touchent plus son âme : ce n’est plus un feu clandestin qu’elle nourrit dans son cœur : elle affiche le titre d’épouse, et voile du nom d’hymen les faiblesses de l’amour.
Mais Jupiter a rappelé à Énée son devoir : fonder un empire en Italie.
(v. 279-300) À ce prodige, Énée se trouble et demeure interdit : ses cheveux se dressent d’horreur, sa voix expire sur ses lèvres. Il n’aspire plus qu’à fuir ; il brule d’abandonner un séjour trop aimable, tant cet avis sévère, tant cet ordre imposant des dieux l’ont frappé de terreur. Mais comment faire, hélas ! Où, quand, et par quel détour, préparer à ce fatal départ la reine éperdue ? Que lui dire, et par où commencer ? Son esprit agité prend et rejette au même instant mille résolutions contraires, s’égare tour à tour en mille projets qui se combattent, et flotte au hasard sans pouvoir se fixer. Dans sa vague inquiétude, le parti le moins brusque lui paraît le plus sage : il appelle Mnesthée, Sergeste et le vaillant Cloanthe66 : « Qu’on dispose en secret les nefs ; que les Troyens se rassemblent au rivage ; que chacun s’arme en silence ; et qu’un heureux prétexte déguise les motifs de ces nouveaux apprêts. Lui, pendant que l’infortunée Didon ignore tout encore et ne peut s’attendre à voir rompre de si tendres amours, il tentera de l’aborder, saisira l’heure favorable à la douce persuasion, et préviendra, s’il est possible, un dangereux éclat. » Il dit ; aussitôt ses guerriers s’empressent d’obéir et volent exécuter ses lois.

Mais qui peut tromper une amante ? La Reine a pressenti la ruse et pénétré la première les mouvements qui la menacent : le calme même n’est pas sans alarmes pour elle. Ce fut encore l’impitoyable Renommée qui vint annoncer à la malheureuse Didon l’armement des navires et l’instant prochain du départ. La fureur la transporte : égarée, l’œil en feu, elle court échevelée dans la ville tout entière.
Les reproches de Didon laissant Énée inflexible, elle fait élever un bucher, sur lequel elle se tue au moment du départ de la flotte.
(v. 663-705) Didon parlait encore ; et ses compagnes, au milieu de ces tristes plaintes, la voient tomber sous le glaive ; elles voient l’horrible acier fumant du coup mortel, et ses mains sanglantes étendues sans mouvement. Un cri d’effroi perce les voutes du palais : soudain la Renommée court, semant le trouble et le deuil dans la ville en alarme ; partout les foyers retentissent de gémissements, de sanglots : les femmes échevelées poussent de longs hurlements, l’air mugit, frappé de clameurs épouvantables. On dirait qu’envahie par d’insolents vainqueurs, Carthage entière ou l’antique Sidon67 s’écroule, et que les flammes déchainées dévorent en roulant et les demeures des hommes et les temples des dieux.

À ce bruit lamentable, Anna, effarée, tremblante, accourt d’un pas précipité, se déchire le visage, se meurtrit la poitrine, et, fendant la foule éplorée, cherche Didon mourante et l’appelle à grands cris : « Le voilà donc, ô ma sœur, ce mystérieux sacrifice ! vous abusiez ma tendresse ! ce bucher68, ces feux, ces autels, voilà ce qu’ils me préparaient ! Et c’est ainsi que vous m’abandonnez ! l’avez-vous pu, Didon ? votre sœur vous semblait-elle indigne de vous suivre au tombeau ? Que ne m’appeliez-vous à partager votre trépas ? le même fer eût terminé nos douleurs, le même instant nous eût plongées dans la tombe. Malheureuse ! je dressais de mes mains ce lugubre appareil ; j’invoquais d’une voix crédule les divinités de nos pères, pour que ce lit de mort, cruelle ! vous reçût expirante, tandis que j’étais loin de vous ! Ah ! c’est moi qui vous ai perdue, ma sœur : avec vous c’en est fait de moi, c’en est fait et du peuple et des grands, c’en est fait de Carthage. Donnez, que d’une eau limpide je lave ta blessure ; et s’il erre encore sur ta bouche un dernier soupir, que la mienne au moins le recueille ! » Tels étaient ses discours ; et déjà parvenue au faite du bucher, elle serrait dans ses bras sa sœur presque sans vie, la réchauffait contre son cœur en la baignant de larmes, et séchait du pan de sa robe le sang noir de la plaie. Soins superflus ! la reine entrouvre avec effort ses paupières appesanties, et sa faiblesse les referme aussitôt : le sang échappe, en bouillonnant, de son sein déchiré. Trois fois soulevant sa tête languissante, elle se dresse, appuyée sur un bras qui chancèle : trois fois elle retombe sur la couche homicide, cherche aux cieux d’un œil égaré la lumière du jour, la rencontre et gémit.

Alors, touchée de ses longues souffrances et de sa pénible agonie, la puissante Junon fait descendre Iris69 de l’Olympe, pour terminer la lutte de cette âme infortunée et l’affranchir des liens terrestres. Car Didon périssant victime non de la loi commune ou du courroux des dieux mais d’une mort précoce et d’une fureur soudaine, Proserpine n’avait pas encore détaché de son front le cheveu fatal ni dévoué sa tête au monarque du Styx70. Ainsi donc Iris, déployant dans les airs ses ailes humides de rosée que l’éclat du soleil nuance de mille couleurs diverses, la brillante Iris fend les nues et suspend son vol au-dessus de la reine. « Je porte à Pluton, dit-elle, ce tribut qu’il attend : c’est Junon qui l’ordonne. Sois libre de ta prison mortelle. » À ces mots, sa main tranche le cheveu d’or. Aussitôt la chaleur abandonne le corps qu’elle animait, et sa vie fugitive s’exhale dans les airs.

Traduction de Guerle, 1825, sur le site wikisource



Éléments de commentaire :

  • encore un texte très célèbre, référence de beaucoup d’autres sur le malheur de la femme abandonnée

  • l’épopée : noblesse des personnages et des sentiments, interventions des dieux

  • ambigüité du comportement d’Énée : certes amoureux, il n’est pas tout à fait dénué de scrupules, et sa mission lui est imposée par les dieux.

  • discrète mais réelle moralité : Didon est punie parce qu’elle est coupable d’aimer hors le mariage et de rompre son vœu de fidélité à son premier époux

  • un suicide courageux, à la façon stoïcienne admirée des Romains

  • les deux héros se rencontreront une dernière fois aux Enfers (Énéide VI, 450-476).


Fresque de Pompéi (1er s. de notre ère). Image wikipedia.

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  1. une correspondance privée : Pline le jeune à sa femme Calpurnia




[Pline, avocat et homme politique, vient de se marier, pour la troisième fois, avec la jeune Calpurnia]
[Livre 4, lettre 19] - Caïus Pline salue sa chère Calpurnia Hispulla71

Vous72 êtes un modèle d'affection familiale, vous avez chéri un frère excellent d'une tendresse égale à celle dont il vous entourait, vous aimez sa fille comme la vôtre et vous ne lui témoignez pas seulement des sentiments de tante, mais vous lui rendez l'amour d'un père qu'elle a perdu; aussi éprouverez-vous la plus grande joie, j'en suis certain, d'apprendre qu'elle se montre digne de son père, digne de vous, digne de son grand-père. En elle la plus vive intelligence s'allie à la plus parfaite conduite ; elle m'aime, et c'est une preuve de sa vertu. Elle a de plus le gout des lettres, que lui a inspiré son amour pour moi. Mes écrits sont dans ses mains, elle les lit et les relit, et même les apprend par coeur. Que d'inquiétude dans son coeur, quand je suis sur le point de plaider ! Quelle joie, quand c'est fini ! Elle charge des messagers de lui rapporter les applaudissements, les acclamations que j'ai soulevées, le succès que j'ai obtenu dans mon affaire. Ou bien, si parfois je fais une lecture publique73, elle se tient à proximité, dissimulée derrière une tenture, et recueille d'une oreille avide les louanges que je reçois. Elle chante même mes vers en s'accompagnant de la lyre, instruite non par un artiste, mais par l'amour, le meilleur de tous les maîtres.

C'est pourquoi j'ai le plus ferme espoir que l'accord de nos coeurs durera et se fortifiera de jour en jour. Car ce n'est pas la jeunesse ou la beauté, qui peu à peu passent et s'évanouissent, mais la gloire qu'elle aime en moi. Et l'on ne saurait attendre moins de celle que vos soins ont formée, que vos leçons ont instruite, qui dans votre fréquentation n'a eu sous les yeux que des exemples de vertu et d'honneur, qui enfin a appris à m'aimer en m'entendant louer de votre bouche. Car, respectant ma mère comme la vôtre même, vous ne cessiez, dès mon enfance, de me diriger, de m'encourager par vos éloges, de me présager que je serais un jour tel que ma femme me voit aujourd'hui. Aussi rivalisons-nous de reconnaissance envers vous, moi de me l'avoir donnée, elle de m'avoir donné à elle, nous ayant si bien choisis l'un pour l'autre. Adieu.

Traduction Sicard, 1954, sur le site http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Pline_le_jeune_lettresIV/
[Livre 6, lettre 4] - Pline à Calpurnie.

Jamais je ne me suis tant plaint de mes occupations que lorsqu'elles ne m'ont permis ni de vous accompagner quand votre santé vous obligea de partir pour la Campanie, ni de vous suivre immédiatement après votre départ. C'est surtout alors que j'eusse désiré d'être avec vous pour juger par mes yeux si vos forces revenaient, si ce corps délicat se rétablissait, et comment enfin votre tempérament se trouvait des plaisirs de la solitude et de la fertilité du pays. Quand vous vous porteriez bien, je ne supporterais qu'avec peine votre absence : car rien n'inquiète et ne tourmente plus que de ne recevoir quelquefois aucune nouvelle de la personne qu'on aime le plus tendrement. Mais votre absence et votre maladie me jettent dans une profonde perplexité. Je crains tout ; je me forge mille chimères ; et, comme il arrive quand on est dominé par les alarmes, je suppose toujours ce que je redoute le plus. Je vous prie donc instamment de prévenir mes anxiétés par une et même par deux lettres chaque jour. Je serai plus tranquille tant que je lirai ; mais je retomberai dans mes premières inquiétudes dès que j'aurai lu. Adieu.
[Livre 6, lettre 7] - Pline à Calpurnie.

Vous me dites que mon absence vous cause beaucoup d'ennui, que votre unique consolation est de lire mes ouvrages et souvent même de les mettre à ma place auprès de vous. Vos regrets me flattent, et la manière dont vous les calmez ne me flatte pas moins. De mon côté, je relis vos lettres et les reprends de temps en temps comme si je venais de les recevoir ; mais elles ne servent qu'à rendre plus vif le chagrin que j'ai de ne point vous voir. Quelle douceur ne doit-on point trouver dans la conversation d'une personne dont les lettres ont tant de charmes ! Ne laissez pas pourtant de m'écrire souvent, quoique ce plaisir ne soit pas pour moi sans tourment. Adieu.

Traduction De Sacy et al., 1920, sur le site http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Pline_le_jeune_lettresVI/
[Livre 7, lettre 5] - Pline à Calpurnie.

On ne saurait croire à quel point je souffre de votre absence, d'abord parce que je vous aime, ensuite, parce que nous n'avons pas l'habitude d'être séparés. De là vient que je passe une grande partie des nuits à penser à vous ; que, pendant le jour et aux heures où j'avais coutume de vous voir, mes pieds, comme on dit, me portent d'eux-mêmes à votre appartement ; et que, ne vous y trouvant pas, j'en reviens aussi triste et aussi honteux que si l'on m'avait refusé la porte. Le seul temps où je suis affranchi de ces tourments, c'est lorsque, au barreau, les affaires de mes amis viennent m'accabler. Jugez quelle est la vie d'un homme qui ne trouve de repos que dans le travail, de soulagement que dans les tourments et les fatigues. Adieu.
Traduction De Sacy et al., 1920 sur le site http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Pline_le_jeune_lettresVII/



Éléments de commentaire :

Pline, dit « le jeune » pour le distinguer de son oncle Pline l’ancien, vécut de 61 à 113 de notre ère et laissa 10 livres de lettres sur toutes sortes de sujets, soigneusement écrites pour être publiées.

  • le mariage de Pline avec Calpurnia semble dater de l’an 103 ; on voit comme il a été arrangé par la famille.

  • un portrait conjugal exemplaire : Calpurnia est l’épouse modèle, mais ce qu’on apprend d’elle reste indirect.

  • les occupations de la femme d’un lettré noble et riche.

  • dans d’autres lettres (livre VIII, lettres 10 et 11) on apprendra que Calpurnia a fait une fausse couche due à sa jeunesse. Il semble qu’elle n’ait pas eu d’enfant avant la mort de son mari.





Marbre du début du 2e s. de notre ère. Image wikipedia




Jeune fille avec un stylet et des tablettes de cire.

Peinture de Pompéi, milieu du 1er s. de notre ère. Image wikipedia.




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  1. un passage de l’histoire romaine : dans les
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