Littérature gréco-latine antique, on donne depuis le 19 e siècle le nom de «romans»








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Annales de Tacite, les amours agitées de Néron et de Poppée


[Un exemple célèbre des excès de l’empereur Néron, selon l’historien Tacite]
(Livre 13, chapitres 45-46) Il y avait à Rome une femme nommée Sabina Poppéa : fille de Titus Ollius, elle avait pris le nom de son aïeul maternel Poppéus Sabinus, dont la mémoire plus illustre brillait des honneurs du consulat et du triomphe ; car Ollius n'avait pas encore rempli les hautes dignités quand l'amitié de Séjan74 le perdit. Rien ne manquait à Poppée, si ce n'est une âme honnête. Sa mère, qui surpassait en beauté toutes les femmes de son temps, lui avait transmis tout ensemble ses traits et l'éclat de son nom. Ses richesses suffisaient à son rang ; son langage était poli, son esprit agréable. Cachant sous les dehors de la modestie des moeurs dissolues, elle paraissait rarement en public, et toujours à demi voilée, soit pour ne pas rassasier les regards, soit qu'elle eût ainsi plus de charmes. Prodigue de sa renommée, elle ne distingua jamais un amant d'un époux, indépendante de ses affections comme de celles d'autrui et portant où elle voyait son intérêt ses changeantes amours. Elle était mariée au chevalier75 romain Rufius Crispinus, dont elle avait un fils, lorsqu'Othon la séduisit par sa jeunesse, son faste et la réputation qu'il avait d'être le favori le plus aimé de Néron. L'adultère fut bientôt suivi du mariage.

Othon ne cessait de vanter à Néron la beauté et les grâces de son épouse, indiscret par amour ou voulant peut-être allumer les désirs du prince, dans l'idée que la possession de la même femme serait un nouveau lien qui assurerait son crédit. Souvent on l'entendit répéter, en quittant la table de César76, "qu'il allait revoir ce trésor accordé à sa flamme, cette noblesse, cette beauté, l'objet des voeux de tous, la joie des seuls favoris du sort." De telles amorces eurent bientôt produit leur effet. Admise au palais, Poppée établit son empire par les caresses et la ruse : elle feint de ne pouvoir maitriser son ardeur, d'être éprise de la figure de Néron ; puis quand elle voit que la passion du prince est assez vive, elle prend de la fierté ; s'il veut la retenir plus d'une ou deux nuits, elle représente "qu'elle a un époux, et qu'elle ne peut renoncer à son mariage. Othon tient son coeur enchainé par un genre de vie que personne n'égale ; c'est lui dont l'âme est grande, le train magnifique, c'est chez lui qu'elle voit un spectacle digne du rang suprême ; tandis que Néron, amant d'une vile esclave et captif sous les lois d'Acté77, n'a retiré de ce commerce ignoble rien que de bas et de servile." Othon fut exclu d'abord de l'intimité du prince, puis de sa cour et de sa suite ; enfin, pour éloigner de Rome un rival importun, on l'envoya gouverner la Lusitanie78. Il y resta jusqu'à la guerre civile79 et fit oublier par une vie pure et irréprochable ses premiers scandales, sans frein dans la condition privée, plus maitre de lui dans le pouvoir.
(Livre 14, chapitre 1) Sous le consulat de Caïus Vipstanus et de Fontéius80, Néron ne différa plus le crime qu'il méditait depuis longtemps. Une longue possession de l'empire avait affermi son audace, et sa passion pour Poppée devenait chaque jour plus ardente. Cette femme, qui voyait dans la vie d'Agrippine81 un obstacle à son mariage et au divorce d'Octavie82, accusait le prince et le raillait tour à tour, l'appelant un pupille, un esclave des volontés d'autrui, qui se croyait empereur et n'était pas même libre. "Car pourquoi différer leur union ? Sa figure déplait apparemment, ou les triomphes de ses aïeux83, ou sa fécondité et son amour sincère ? Ah! l'on craint qu'une épouse du moins ne révèle les plaintes du sénat offensé et la colère du peuple, soulevée contre l'orgueil et l'avarice d'une mère ? Si Agrippine ne peut souffrir pour bru qu'une ennemie de son fils, que l'on rende Poppée à celui dont elle est la femme : elle ira, s'il le faut, aux extrémités du monde ; et, si la renommée lui apprend qu'on outrage l'empereur, elle ne verra pas sa honte, elle ne sera pas mêlée à ses périls." Ces traits, que les pleurs et l'art d'une amante rendaient plus pénétrants, on n'y opposait rien : tous désiraient l'abaissement d'Agrippine, et personne ne croyait que la haine d'un fils dût aller jamais jusqu'à tuer sa mère.
(Livre 16, chapitre 6) Après la fin des jeux84 mourut Poppée, victime d'un emportement de son époux dont elle reçut, étant enceinte, un violent coup de pied ; car je ne crois pas au poison, dont plusieurs écrivains ont parlé moins par conviction que par haine : Néron désirait des enfants et il avait le coeur vivement épris de sa femme. Le corps de Poppée ne fut point consumé par le feu, suivant l'usage romain ; il fut embaumé à la manière des rois étrangers, et porté dans le tombeau des Jules85. On lui fit cependant des funérailles publiques, et le prince, du haut de la tribune, loua la beauté de ses traits, la divinité de l’enfant dont elle avait été mère, et les autres dons de la fortune86, ses uniques vertus.

Traduction Burnouf, 1859, sur le site http://remacle.org/bloodwolf/historiens/tacite/table.htm

Complément : Suétone, Vie de Néron, 35
…Néron épousa Poppée douze jours après qu'il eut répudié Octavie, et l'aima passionnément ; ce qui ne l'empêcha pas de la tuer d'un coup de pied, parce qu'étant enceinte et malade elle lui avait reproché trop vivement d'être rentré tard d'une course de chars. Elle lui avait donné une fille nommée Claudia Augusta qui mourut en bas âge.

Traduction Nisard, 1855, sur le site http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/NERO/plan.html



Éléments de commentaire :

Les Annales de l’historien Tacite (né vers 57, mort après 117 de notre ère) décrivent année par année les évènements de l’empire entre 14 et 68 de notre ère. Tacite est un moraliste pour qui les vices des empereurs doivent être dénoncés, et il s’attaque avec virulence à Néron et sa cour.

  • la confrontation du texte de Tacite et de celui de Suétone (biographe à peine plus jeune) montre les visées de l’historien : l’amour est le prétexte de l’ambition et du pouvoir, il révèle les faiblesses de Néron qui se laisse pousser aux crimes les plus condamnables.

  • art du récit : mélange de récit explicatif, de citations au style indirect et de commentaires sévères ; art de la formule concise ou antithétique.


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  1. une biographie romancée : les amours d’Alexandre (Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre le grand)




Alexandre et Thalestris (VI, 5)

[Alexandre en route vers l’Inde passe en Hyrcanie, au sud-est de la mer Caspienne, en 328 av. notre ère.]

Non loin des frontières de l'Hyrcanie, étaient les Amazones, nation qui habitait la plaine de Thémiscyre, sur les bords du fleuve Thermodon. Elle avait pour reine Thalestris, qui commandait à tous les peuples situés entre le mont Caucase et le fleuve du Phase87. Cette femme, brulant du désir de voir le roi, sortit de ses États ; et, comme elle n'était plus qu'à peu de distance, elle envoya des messagers à Alexandre pour lui faire savoir qu'une reine curieuse de le visiter et de le connaitre venait le trouver. Le roi lui ayant aussitôt permis d'approcher, elle fit rester en arrière le reste de sa suite, et s'avança, accompagnée de trois cents femmes. Dès qu'elle aperçut le roi, elle sauta toute seule à bas de son cheval, tenant deux javelots dans sa main droite. Le vêtement des Amazones ne leur couvre pas tout le corps: du côté gauche, elles ont le sein découvert ; le reste est voilé, mais sans que toutefois le pan de leur robe, relevé par un nœud, descende au-dessous des genoux. Elles conservent une de leurs mamelles88, pour nourrir leurs enfants quand ce sont des filles ; la droite est brulée pour qu'elles puissent plus facilement bander leur arc et lancer la flèche. Thalestris considérait le roi sans se troubler ; elle parcourait des yeux sa personne, qui ne répondait nullement à la renommée de ses exploits ; car les Barbares sont pleins de respect pour la majesté des formes, et ils ne croient capables de grandes choses que ceux que la nature a favorisés d'un extérieur remarquable. Interrogée si elle avait quelque chose à demander, elle avoua sans hésitation qu'elle était venue pour avoir des enfants avec le roi : elle était bien digne, disait-elle, de lui donner des héritiers de son empire ; si l'enfant était du sexe féminin, elle le garderait ; s'il était de l'autre sexe, elle le rendrait à son père. Alexandre lui ayant demandé si elle voulait faire la guerre avec lui, elle s'en excusa, en disant qu'elle avait laissé son royaume sans défense, et insista pour qu'il ne la laissât pas partir sans avoir rempli son espoir. La passion de cette femme, plus ardente que celle du roi, le décida à s'arrêter quelque temps : treize jours lui furent donnés pour la satisfaction de ses désirs ; après quoi elle partit pour son royaume, et Alexandre pour la Parthiène.

Alexandre et Roxane  (VIII, 4)

[Toujours en chemin vers l’Inde, Alexandre passe en l’an 327 av. notre ère en Bactriane.]
(Oxyartès)89 avait préparé, pour recevoir le roi, un festin où régnait toute la magnificence asiatique. Occupé d'en faire les honneurs avec beaucoup de recherche, il fit amener trente jeunes vierges de nobles familles, et parmi elles sa propre fille, nommée Roxane, qui à une beauté merveilleuse unissait des grâces bien rares chez les Barbares. Quoiqu’environnée d'une troupe de beautés choisies, elle attira sur elle tous les regards, ceux du roi surtout, qui déjà ne commandait plus si bien à ses passions au milieu des faveurs de la fortune, dont les mortels ne savent jamais assez se garder. Aussi ce même prince, qui avait vu l'épouse de Darius90 et ses filles, auxquelles nulle femme hormis Roxane ne pouvait être égalée en beauté, sans éprouver d'autres sentiments que ceux d'un père, se laissa-t-il aller à un fol amour pour une jeune fille de bien humble naissance auprès de l'éclat du sang royal ; et on l'entendit dire hautement qu'il importait à l'affermissement de son empire que les Macédoniens91 et les Perses se mêlassent par des mariages ; que c'était le seul moyen d'ôter et la honte aux vaincus et l'orgueil aux vainqueurs. Achille même dont il descendait ne s'était-il pas uni à une captive92 ? Qu'on se gardât donc de croire qu'il se déshonorait en voulant contracter une pareille alliance.

Le père accueillit ses paroles avec les transports d'une joie inespérée ; et le roi, dans l'entrainement de son ardente passion, fit apporter un pain, selon la coutume de son pays ; c'était là chez les Macédoniens le gage le plus sacré de l'union conjugale : on le coupait en deux avec une épée et chacun des futurs époux en goutait. Sans doute les premiers législateurs de cette nation, en choisissant cet aliment simple et peu couteux, ont voulu enseigner à ceux qui associent leur fortune de combien peu ils doivent se contenter. C'est ainsi que le maitre de l'Asie et de l'Europe s'unit par le mariage à une femme amenée en spectacle au milieu des jeux d'un festin, et que, du sein d'une captive, dut naitre l'héritier destiné à régner sur un peuple de vainqueurs93. Ses amis avaient honte de le voir, au milieu des vins et des mets, se choisir un beau-père dans la nation conquise ; mais toute liberté ayant disparu depuis le meurtre de Clitus94, ils donnaient l'air de l'approbation à leur visage, l'instrument de flatterie le plus complaisant.

Traduction Trognon, sans date, sur le site http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/QuintCurce_AlexVIII/lecture/default.htm


Éléments de commentaire :

Quinte-Curce est un historien romain du 1er s. de notre ère, auteur d’une Histoire d’Alexandre le grand en dix livres. La variété de son écriture rapproche le récit du roman, même si les aspects historiques restent valables.

  • deux femmes très contrastées : Thalestris agit et commande, Roxane n’est qu’un nom et une beauté.

  • une légende historicisée sur les Amazones, sans recul par rapport aux invraisemblances.

  • au contraire le commentaire moralisant prend le pas sur la description dans le 2e passage.

  • faiblesses du héros : il se laisse manipuler par Thalestris, puis par le père de Roxane.

  • deux aspects de l’amour : « eugénisme » pour Thalestris, passion déraisonnable d’Alexandre pour Roxane.


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La rencontre d’Alexandre et des Amazones.

Extrait de La vraye histoire du bon roi Alixandre, début du 15e s.

Image wikipedia.

  1. éloge funèbre d’une dame romaine




[Texte d’une inscription funéraire anonyme gravée entre 8 et 2 av. notre ère, remarquable par la longueur et le contenu.

Le citoyen romain dédicataire veut honorer la vie et l’héroïsme de sa femme.]
(colonne 1, l. 27-36) Ils sont rares de nos jours les mariages d’une aussi longue durée que le nôtre, dont la mort seule a terminé le cours, et qui n’ont point été dissous par le divorce ! Nous avons prolongé notre union jusqu’à sa quarante et unième année, sans le moindre nuage entre nous. Plût aux dieux que mon destin eût seul mis fin à ce bonheur, consacré par le temps, et qu’il était plus juste de voir cesser par la mort du plus âgé que par la tienne !

Rappellerai-je les dons précieux de tes qualités privées ? Ta pudeur, ta déférence, ta douceur, ta facilité de caractère, l’assiduité de ton travail de la laine, ta religion éclairée, ton élégance sans prétention, la modération de toutes tes habitudes ? Ai-je besoin de parler de ton attachement à tes proches, de ton affection pour ta famille, de ton respect pour ma mère, que tu honorais comme la tienne même, du soin que tu as pris de sa tombe, à l’égal de ce que tu as fait pour tes père et mère, et des autres innombrables vertus qui te sont communes avec les dames romaines les plus soigneuses de leur réputation ? Je ne veux louer ici et revendiquer pour toi que les qualités qui te sont propres, celles dont nul autre que moi n’a trouvé de pareilles, ou, si l’on en vit autre part, dont le sort a ménagé rarement la rencontre aux mortels.
L’auteur a été victime de la guerre civile entre partisans et adversaires d’Octave, le futur empereur Auguste ; il a dû se cacher, protégé par sa femme.
(colonne 2, l. 1-10) Je ne suis pas moins redevable à toi qu’à César95 lui-même. En protégeant ma vie, tu préparais les voies à sa clémence, car, si tu n’avais assuré mon salut, sa générosité se fût en vain prononcée en ma faveur. Je dois donc autant à ton pieux dévouement qu’à sa magnanimité.

Évoquerai-je ici le souvenir de nos tourments intérieurs et de nos secrètes tribulations ? Dirai-je comment j’ai maintes fois échappé à des périls imminents, grâce à des avis parvenus par tes soins ? Combien souvent tu m’as courageusement sauvé d’une témérité, ou préparé des asiles plus tard dans ma détresse ? Je dois comprendre dans ma gratitude et ta sœur et son époux, complices de tes soins et associés dans le danger commun du dévouement à un proscrit. Je n’en finirais pas si je voulais tout dire. Il me suffit, et il suffit à ta mémoire, que je professe ici ce que je dois à la retraite salutaire que tu m’as ménagée.
(colonne 2, l. 25-fin) La paix de l’univers96 étant assurée et la république rétablie97, des jours paisibles et fortunés se levèrent pour nous. Nous désirions avoir des enfants que le sort nous avait refusés jusqu’alors. Si la fortune nous avait souri sur ce point, que nous eût-il manqué ? Mais un destin contraire nous en ôtait l’espérance. Ici je passerai sous silence les agitations de ton âme et les rêves dont ton inquiétude se nourrit. Ton affectueuse sollicitude serait digne d’être admirée chez toute autre femme, mais elle ne fut, chez toi, que l’application ordinaire de tes autres vertus.

Désespérant de ta fécondité, et désolée de me voir sans enfants, tu voulus mettre un terme à mon chagrin, et, craignant de perpétuer mes regrets par la persistance d’un mariage stérile, tu me proposas le divorce98, offrant de céder la place à une autre épouse plus féconde dans le seul but d’assurer mon bonheur. Tu voulais donner une preuve éclatante de la tendresse connue de nos sentiments en cherchant toi-même cette épouse digne de moi, dont tu aurais traité les enfants comme les tiens ; tu renonçais à reprendre ton patrimoine personnel et à séparer ce qui avait été confondu entre nous jusqu’à ce jour ; tous les biens seraient restés à ma disposition, et, si je l’eusse accepté, tu aurais même contribué par ton travail et tes soins à la prospérité commune. Rien n’eût été changé, si ce n’est que tu m’aurais rendu désormais les offices d’une sœur ou d’une belle-mère affectueuse.

Je dois le confesser : irrité d’une telle proposition, j’eus de la peine à contenir mon courroux et à rester maitre de moi. Je ne pouvais te pardonner d’avoir conçu l’idée de nous séparer avant que la nature nous en eût imposé la loi, et je ne comprenais point que vivante encore tu ne fusses pas mon épouse, toi qui pendant les jours de l’exil avais été ma compagne fidèle et inséparable. Étais-je donc si passionné de paternité et des enfants m’étaient-ils si nécessaires que je voulusse manquer à la foi promise et changer un bonheur certain pour une satisfaction douteuse ? Mais passons. Tu demeuras auprès de moi, car je ne pouvais céder à ta proposition sans me déshonorer et faire notre malheur à tous deux. Pour toi, quoi de plus digne de mémoire que cette généreuse pensée de satisfaire mon désir, et, ne pouvant me donner toi-même des enfants, de vouloir me ménager par un autre mariage et par ton entremise même la possibilité d’être père avec une autre épouse ?

Plût aux dieux que, restant unis, nous eussions avancé dans la vie jusqu’à ce que moi, le plus vieux, je fusse arrivé au terme de mes jours, soutenu par tes soins et mourant dans tes bras, après adopté une fille qui m’eût remplacé auprès de toi. Mais tu m’as précédé dans la tombe, me laissant la douleur, le deuil, les regrets et le triste sort de vivre seul. J’accommoderai mon existence selon tes intentions et j’adopterai celle que tu préparais à cette destinée. A toutes tes pensées je veux me conformer : mais, pour aujourd’hui, laisse-moi dire tes louanges qui seront la preuve de mes regrets et le témoignage de tes droits à une mémoire immortelle. Les exemples de ta vie ne seront pas inutiles ! Protégé par ta bonne renommée, ferme comme ton âme et instruit par tes actes mêmes, je résisterai à la mauvaise fortune qui ne m’aura point tout ôté, si elle permet que mes regrets augmentent la gloire de ton nom. Mais avec toi j’ai perdu le calme de mon esprit ; tu n’es plus là pour être mon témoin et mon soutien dans les périls ; je demeure brisé par le malheur et me sens incapable d’y résister. La nature accablée m’en refuse les forces. Noyé dans la douleur, je ne trouve plus d’équilibre pour mon âme. Repassant en mémoire mes anciennes infortunes et le sort que l’avenir me réserve, je perds toute espérance. Privé d’un si grand et si constant appui, et plein de ton souvenir, j’ai moins foi à la résignation qu’à la peine éternelle de mon affliction.

La conclusion de ce discours sera que tu as tout mérité, et que je reste avec le chagrin de n’avoir pu tout te donner. Tes désirs ont été toujours ma loi suprême ; ce qu’il me sera permis de leur accorder encore, je n’y manquerai pas.

Que tes dieux mânes99 assurent et protègent ton repos !

Traduction V. Cucheval, Histoire de l'éloquence romaine.., Paris, 1893, modifiée




Éléments de commentaire :

Le texte nous est parvenu en plusieurs fragments. Il devait faire au total environ 180 lignes, dont 130 sont plus ou moins complètement conservées, gravées sur deux colonnes de marbre d’environ 2,60 sur 0,9 m. (voir une image partielle). Le nom des personnages reste inconnu.

  • un témoignage historique de première main : la période trouble des guerres civiles, la place de la femme dans le couple romain, les drames de la vie privée.

  • le portrait d’une femme et d’un couple : sensibilité, dévouement, deuil, mémoire.

  • un exemple d’éloge funèbre : pour décrire la réalité et en conserver le souvenir, un genre littéraire codifié.



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Synthèse : thèmes et éléments de recherches




  1. lecture des textes anciens :

  • l’amour, formes et évolution (la passion, le coup de foudre, le rapport avec le mariage, la sensibilité, la différence homme-femme…)

  • les personnages : âge, caractéristiques physiques, évolution

  • le personnage et la société : les catégories sociales, les distinctions sociales, sexuelles

  • les genres littéraires : le roman ancien comme creuset des genres traditionnels




  1. pour une lecture des textes modernes à la lumière des textes anciens :

  • permanence et évolution des genres littéraires

  • modernité durable de certains textes fondateurs

  • les personnages : permanence de la sensibilité ?

  • le roman et ses personnages : de la fatalité à la liberté



François HUBERT, mars 2015.

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1 Aphrodise est une cité d’Asie Mineure, consacrée à la déesse Aphrodite qui protège les héros du roman. On ne sait rien de plus sur l’auteur, mais son gout pour la rhétorique l’amène à décrire en détail plusieurs procès dans la suite du roman.

2 Allusion à la bataille datée de 413 av. J.-C, qui mit fin aux ambitions des Athéniens dans la guerre du Péloponnèse.

3 Nirée est après Achille le plus beau des Grecs, selon Homère (
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