Littérature québécoise Volume 522 : version 0 La ceinture fléchée Numérisation : Wikisource, Projet Québec/Canada. Relecture : Jean-Yves Dupuis. Édition de référence : Éditions Édouard Garand, 1926. «Le roman canadien»








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Le détective Mainville


– Bonjour, monsieur. C’est vous, Monsieur Jérôme Fiola ?

– Oui, répondit le guide. Et je gage que vous êtes monsieur le détective...

– Mainville, vous avez deviné. Puis-je entrer ?

– Oh ! un instant ! s’écria le guide soupçonneux. Montrez-moi d’abord votre insigne de détective. Chat échaudé, vous savez... Et puis le curé n’est pas un fou.

Mainville, ahuri, fit voir un insigne en règle.

– Maintenant, monsieur le détective, puis-je savoir si vous avez un mandat d’arrestation ?

– Contre vous, non. Contre un autre, oui.

– Est-ce un vieillard que vous venez pour arrêter ?

– Non, c’est un homme dans la force de l’âge.

Jérôme laissa échapper un sourire de satisfaction et ouvrit la porte plus grande au visiteur afin de lui permettre d’entrer.

Quand ils furent installés dans la cuisine, le détective sortit d’une poche une engageante bouteille de Scotch et la déposa sur la table.

Le guide la regardait avec un air de convoitise. Il y avait longtemps qu’il ne s’était mouillé le gosier. L’envie était forte.

– D’abord, dit Mainville, prenons un petit verre de Scotch.

Le petit verre fut en réalité un presque plein verre à bière pour Jérôme.

Au bout de dix minutes, lorsqu’il prit son second coup, il commençait à être éméché.

– Je suis venu vous voir, monsieur Fiola, dit le détective, pour vous demander quelques renseignements. Savez-vous où loge un nommé Jacques Martial dans le moment ?

– Ce n’est toujours pas lui que vous voulez arrêter ?

– Non, c’est lui qui a porté plainte contre celui que je veux arrêter.

– Eh bien ! Jacques Martial est actuellement chez Madame Paquin.

– Où ça ?

– Oh ! pas loin d’ici. J’irai vous y conduire si vous voulez. Mais dites-donc, vous, vous ne connaîtriez pas par hasard un nommé Onésiphore Ouellette ?

– Quelle sorte d’homme est-ce ?

Jérôme lui en fit la description sans omettre le chapeau dur.

Le détective se donna une retentissante tape sur la cuisse :

– Sapristi ! s’écria-t-il, mais c’est Onésiphore Monette qui a changé son nom. Et Onésiphore Monette, c’est lui que je viens arrêter.

– Ah ! et pourquoi ?

– Jacques Martial l’accuse de vol. Ils travaillaient tous deux chez Albert Martineau, le fameux homme d’affaires de la Rivière-du-Loup.

– Albert Martineau ! Est-ce un vieillard ?

– Oui.

– Je gage que...

Mais le guide s’arrêta. Il n’était pas encore assez ivre pour oublier qu’il avait un secret à garder.

Mainville sourit :

– Vous pouvez parler en toute sûreté, dit-il. Le vieillard mystérieux, c’est Albert Martineau. Prenez donc un autre coup.

Pour la cinquième ou sixième fois, le guide emplit de Scotch son verre à bière et se le lança dans la gorge.

Mainville continua :

– Je disais donc que Martial et Monette travaillaient pour le père Martineau. Martial est le neveu du vieillard. Monette intrigua et réussit à faire croire à M. Martineau que Martial le volait. Ce dernier fut congédié. Mais les vols continuèrent. Le vieillard, quoique sain d’esprit, a l’intelligence affaiblie par l’âge. Il crut ce que Monette lui disait : c’est-à-dire que Martial, voleur habile comme Satan finirait par lui enlever toute sa fortune. En réalité c’était Monette qui volait. Le vieillard, sans en dire un mot à personne prit une grande résolution. Un matin on s’aperçut qu’il avait vendu à peu près tous ses biens et qu’il était disparu. Martial s’inquiéta. Il croyait que le vieux, avec son argent, avait acheté des pierres précieuses et les avait emportées. Son opinion était la vraie. Je me rendis à Québec et deux bijoutiers me dirent avoir vendu une quantité énorme de diamants au vieillard dont je leur montrai le portrait. Nous suivîmes le père Martineau à la piste jusqu’ici. Les employés du train le connaissaient presque tous et l’avaient vu descendre à Rimouski. Pourquoi il se cache et cache en même temps son identité ? C’est qu’il a peur que l’on ne lui vole ses diamants. Ses craintes sont justifiées puisque Monette est dans la région et cherche maintenant à le détrousser de nouveau. Mais il n’ira pas loin. Bientôt je lui mettrai la main au collet. Nous avons d’ailleurs une très forte preuve contre lui. Il va faire un très long stage au pénitencier.

XIX



Le vol de la ceinture fléchée


Jérôme commençait à « tricoler », comme on dit. Il en était au point où tout homme est prêt à révéler les plus grands secrets. Se penchant vers le détective, il lui dit :

– Les diamants du père Martineau, je sais où ils sont.

– Mais où donc ?

– Ici !

– Oui, je suis sûr qu’on les a cachés dans une ceinture fléchée que le vieillard m’a remise.

Le guide alla chercher la ceinture.

Mais un homme s’était glissé dans la maison inaperçu, après avoir ouvert la porte sans faire le moindre bruit.

Au moment où le guide montrait la ceinture fléchée au détective, l’homme, Onésiphore Ouellette alias Monette, bondit, s’empara de la ceinture et s’enfuit.

Les deux autres restèrent bouche bée.

Mais leur inaction ne dura qu’un instant.

Le détective sortit en courant et tira plusieurs coups de revolver. Mais le fuyard était trop loin.

Le guide avait suivi Mainville :

– Monette s’en va vers la demeure de Madame Paquin, dit-il. Tiens, il a oublié de chausser ses raquettes qu’il a laissées ici. Il ne pourra pas prendre les champs. Il y a trop de neige et elle est trop molle ; il s’embourberait. Il suivra donc le chemin. Dans dix minutes nous l’aurons rattrapé.

En un tour de mains, Jérôme avait attelé ses chevreuils.

À ce moment, à la surprise, à la stupéfaction générale le vieillard mystérieux arriva en courant, à la raquette. Il ne fit pas attention au détective et se dirigea vers le guide qui sortait de l’étable avec ses chevreuils :

– Jérôme, dit-il, au comble de l’exaltation nerveuse, protège-moi, protège-moi. On a voulu me tuer. Monette en qui j’avais mis toute ma confiance est venu chez moi. Il m’a malmené, il a mis la maison sens dessus dessous. Il a voulu me voler. Tu as toujours la ceinture fléchée, hein ? Jérôme.

– Non, on vient de me la voler.

– Qui ?

– Monette.

– Mon Dieu !

– Vite, monsieur, vite, détective, sautez dans la traîne-sauvage ; moi, je vais courir. Monette s’en va là-bas. Nous allons le rattraper. Allons, Pommette hola ! Cerf-Volant, en avant ! Faites la course de votre vie.

Pour la première fois dans leur existence, les deux superbes chevreuils goûtèrent au fouet, Ils bondirent. Jérôme courait de toutes ses forces ; les rênes à la main, pour les suivre. La route était droite. On voyait encore le fuyard dans le lointain.

Le vieillard était au comble de l’exaltation :

– Plus vite ! Jérôme, plus vite ! criait-il.

Le détective gardait son sang-froid et disait entre ses dents :

– Nous allons l’avoir, l’animal !

La distance diminuait entre le fuyard et les chevreuils.

La maison de madame Paquin apparut.

Ils virent Monette y entrer.

– Cette fois nous l’avons, dit le détective.

XX



Cette ceinture est un symbole...


Au moment où Monette entra en coup de vent chez Madame Paquin, celle-ci, Alice et Jacques conversaient tranquillement dans le salon.

Le criminel braqua un revolver sur le groupe.

– Je me cache derrière cette tenture, dit-il. Voyez ce pistolet. Il va venir quelqu’un me demander dans quelques minutes. Vous leur direz qu’il n’y a personne ici excepté vous. Sinon, je vous tue comme des chiens.

– Misérable ! rugit Martial, enfin tu découvres ton jeu !

– Tais-toi, jeune coq, ou je t’envoie continuer tes rugissements dans l’autre monde.

Monette se cacha derrière la tenture.

Il était temps.

Mainville, le vieillard et Jérôme entrèrent.

– Il y a un homme qui vient d’entrer dans cette maison ? interrogea le détective.

Jacques Martial répliqua :

– Non, vous vous trompez, nous sommes seuls.

Mais en même temps, d’un signe des yeux presque imperceptible, il désignait la tenture au détective.

Mainville comprit de suite et vit aussitôt une paire de pieds que la tenture ne cachait pas à la vue, car elle se terminait à environ quatre ou cinq pouces du plancher.

D’un bond, rapide comme l’éclair, il sauta sur la tenture, l’arracha, et donna un croc-en-jambe à Monette.

Un coup de feu partit.

Les deux hommes roulèrent sur le plancher.

Ce fut une minute d’angoisse suprême.

Enfin, Mainville se releva et empoigna Monette au collet. On s’aperçut alors que ce dernier avait déjà les menottes au poignet.

Pendant toute cette scène, Madame Paquin s’était tenue renversée dans un fauteuil, la tête dans les mains.

Elle se leva.

Le vieillard poussa un cri :

– Jeanne ! fit-il.

– Albert !

– Oh ! Jeanne, il y a tant d’années que je te cherche pour te demander pardon. Tu as toujours été une sainte femme. J’étais fou de t’accuser, fou de te chasser. Mon associé m’a tout expliqué plus tard ; j’ai compris. Oh ! Jeanne, veux-tu de moi, encore, veux-tu de ton mari ?

Madame Paquin, Madame Martineau pleurait à chaudes larmes :

– Albert, merci, dit-elle. Je ne croyais pas devoir vivre une minute si douce. Embrasse-moi.

Ils s’étreignirent longuement.

– Et elle ? fit le vieillard en désignant Alice, est-ce que...

– Embrasse ta fille, mon ami.

– Oh ! Alice, ma petite Alice chérie, viens dans mes bras.

– Père, père, oui, oh ! oui, papa. Enfin, j’ai un papa.

Le vieillard se dirigea vers Martial :

– Pardon, Jacques, pour le mal que j’ai pensé de toi ! Tu m’as sauvé malgré toutes les peines que je t’ai données. Demande-moi n’importe quoi, je te l’accorde.

– Eh bien, mon oncle, je vous demande la main de votre fille.

Le vieillard sourit :

– Les rêves de ma jeunesse se réalisent, dit-il.

– Contrairement à la coutume canadienne, continua le père d’Alice, je donnerai une dot à ma fille. Choisissez cinquante des plus beaux diamants qui sont dans chacune des flèches de la ceinture que nous venons de reconquérir. Ils sont à vous, mes enfants.

Jérôme mit son mot :

– C’est la plus riche ceinture fléchée que j’ai jamais vue.

Le vieillard répliqua :

– Ces diamants peuvent être considérés comme un symbole. La ceinture fléchée nous vient des pionniers, des coureurs des bois qui ont bâti notre pays. Les diamants, ce sont les exploits intrépides de ces ancêtres fiers qui rendent riche et lourde cette ceinture dont s’enorgueillissent tous les vrais Canadiens français.

Cet ouvrage est le 522e publié

dans la collection Littérature québécoise

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

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