Littérature québécoise Volume 522 : version 0 La ceinture fléchée Numérisation : Wikisource, Projet Québec/Canada. Relecture : Jean-Yves Dupuis. Édition de référence : Éditions Édouard Garand, 1926. «Le roman canadien»








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La veillée de la Sainte-Catherine


Quand Jérôme Fiola pénétra dans la maison où avait lieu la veillée de la Sainte-Catherine, la plus grande animation y régnait. Un violoneux jouait avec furie et étouffait du martellement de son pied le bruit de son instrument. Des couples tourbillonnaient dans un étourdissant « swing » de quadrille. Dans un coin, les vieux jasaient en riant.

Dès son arrivée, de bonnes filles aux figures jeunes et réjouies, entourèrent Jérôme et le beurrèrent de tire. Le guide eut beau se débattre, il ne put empêcher de se faire barbouiller la figure. Les demoiselles ne lui épargnèrent même pas la chevelure et la barbe.

Quand il eut réussi à s’en débarrasser avec la menace qu’il allait toutes les embrasser, Jérôme se dirigea vers le coin où les vieux causaient. Il ne fut pas du tout surpris de constater que le vieillard mystérieux était l’objet de la conversation. L’un d’eux interpella le guide :

– Et toi, observa-t-il, l’as-tu vu, ce vieillard ?

– Mais non, pas plus que vous.

– Tu en connais long et tu ne veux rien dire.

Un jeune homme entra à ce moment et se dirigea de suite vers Jérôme :

– Je viens, dit-il, de voir un orignal tué sur le bord de la route, dans le bois de Sainte-Blandine. On ne lui avait enlevé que les deux fesses.

– Me prends-tu pour le garde-chasse ? Pourquoi me contes-tu cela ? demanda Jérôme.

– Vous pourrez raconter la chose au garde-chasse que vous rencontrez souvent dans la forêt. J’ai idée que ce doit être le vieillard mystérieux qui a tué la bête.

Un autre reprit :

– Ce matin, je me suis aperçu qu’un de mes veaux était disparu.

Plusieurs voix continuèrent :

– On prétend que ce vieux est un sorcier et qu’il va donner des sorts à notre bétail.

– Ce doit être un criminel qui fuit la justice. Il faudra faire attention, autrement il va sûrement nous arriver malheur.

– J’ai perdu une de mes vaches. Ne serait-ce pas lui qui l’a prise ?

Jérôme ne put s’empêcher de rire. Le vieillard allait devenir le bouc-émissaire de la région. On lui attribuerait dorénavant tous les forfaits. Il décida alors de se payer la tête de ces braves gens :

– Vous vous trompez, dit-il. Ce vieillard est un honnête homme craignant Dieu. La preuve, je m’en vais vous la donner. J’ai rencontré ce matin le curé de Saint-Anaclet. Savez-vous ce qu’il m’a dit ?

– Non, répondirent toutes les voix dans un bel ensemble.

– Eh bien, il m’a dit que le vieillard lui avait donné un chèque de $1000 pour son église.

Les vieux se regardèrent, hochèrent la tête, puis celui dont le veau était disparu déclara :

– Oh ! je savais bien que le vieux était un bon garçon. Ça me l’a toujours dit. J’ai même eu une chicane avec ma femme à ce sujet.

– Ce doit être un millionnaire qui vient ici se reposer des tracas de la ville.

– Il va semer l’or dans la région et nous en bénéficierons tous.

Jérôme n’avait jamais su que le vieillard avait donné de l’argent au curé de Saint-Anaclet. Son entrevue avec le curé était imaginaire. S’il avait raconté ce mensonge, c’était pour créer une bonne réputation au vieux. Il voulait lui faire une excellente presse, et il réussit à merveille. En effet, pendant tout le reste de la veillée, on ne cessa de chanter les louanges du vieillard.

Plusieurs se vantèrent de l’avoir rencontré. Suivant les uns, il avait les yeux noirs, suivant les autres, il les avait bleus ; mais tous s’accordaient à dire que sa figure était belle et bonne.

Vers onze heures, après un quadrille plus animé que les autres, un inconnu entra dans la maison. Jérôme était à ce moment près de la porte :

– Puis-je avoir une chambre pour la nuit ? questionna-t-il.

Une jeune fille lui dit en riant aux éclats :

– Personne ne se couche ici cette nuit.

– Alors, je veillerai, fit l’inconnu souriant.

Il était vêtu comme un homme des villes : caoutchoucs, feutre mou, petit paletot mince. Il pouvait avoir 25 ans. Ses traits fins portaient des traces de fatigue. L’inconnu n’était pas beau, mais il se dégageait de sa figure un quelque chose d’attirant et de sympathique.

Il se mêla aux convives.

L’arrivée de l’inconnu avait intrigué Jérôme. Il se demandait pourquoi ; car à cette époque il y avait plusieurs chasseurs dans la région. Cet homme ne venait sans doute que pour tuer un orignal ou un chevreuil. Cependant, le regard du guide ne pouvait se décider à le quitter.

À un moment, Jérôme s’aperçut que l’inconnu semblait suivre avec un intérêt particulier toutes les conversations où il était question du vieillard mystérieux.

Qu’est-ce que cela voulait dire ?

Jérôme se rapprocha de lui et engagea la conversation :

– D’où venez-vous donc cher monsieur ? questionna-t-il.

– Moi, je viens de la Rivière-du-Loup.

– Sans indiscrétion, que faites-vous ?

– Je suis commerçant.

Jérôme lui dit significativement :

– Mon nom est Jérôme Fiola, guide de la région.

Le jeune homme comprit et dit :

– Le mien est Jacques Martial, marchand de gros. Je viens ici pour chasser l’orignal. Pourriez-vous me servir de guide. Après-demain...

– Non, pas après-demain, je suis retenu par un autre. Mais je pourrai certes vous piloter demain dans la forêt.

– Va pour demain.

Alors le jeune homme baissa la voix et lui demanda à l’oreille :

– Avez-vous entendu parler d’un vieillard qui est censé vivre dans cette région, quelque part dans les bois ?

Jérôme se dit : « Tiens, ça commence à mordre. » Puis il répliqua :

– J’en ai bien entendu parler. Mais je crois que ce vieillard n’existe que dans l’imagination populaire.

– Vous ne l’avez pas vu alors ?

– Mais non.

– Vous ne l’avez pas vu bien que vous soyez chaque jour dans les bois ?

– Qui vous a dit que j’étais chaque jour dans les bois ?

– Dame ! un guide comme vous...

– Non, je ne l’ai pas vu ; et de plus je vous répète que je ne crois pas à l’existence de ce vieillard.

Jérôme et Jacques Martial se donnèrent rendez-vous à l’endroit même pour le lendemain matin.

Le guide décida alors de ne pas retourner chez lui. Il monta se coucher en ressassant dans son esprit la conversation qu’il venait d’avoir avec le jeune homme. Décidément le vieillard n’intéressait pas que les gens de Sainte-Blandine et du rang Lepage. On venait jusque de la Rivière-du-Loup pour s’informer de lui.

IV



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