Littérature québécoise Volume 522 : version 0 La ceinture fléchée Numérisation : Wikisource, Projet Québec/Canada. Relecture : Jean-Yves Dupuis. Édition de référence : Éditions Édouard Garand, 1926. «Le roman canadien»








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La chasse à l’orignal


– Tiens, je crois que c’est une piste d’orignal.

Jérôme Fiola se pencha sur la neige fraîche et examina une trace bien distincte qui s’en allait, en suivant les méandres du sentier, dans la forêt.

Le vieillard mystérieux l’accompagnait.

– Oh ! fit-il, quelle joie, si je puis tuer un orignal aujourd’hui !

Jérôme avait terminé son examen :

– C’est bien une piste d’orignal, dit-il. Et la bête n’est pas passée ici depuis plus d’une demi-heure.

Le vieillard sourit de contentement.

– Que faut-il faire ? questionna-t-il ?

– Il faut avancer prudemment, éviter de faire le moindre bruit. D’ailleurs l’épaisse couche de neige qui recouvre la forêt favorisera notre marche silencieuse. À partir de ce moment, monsieur, je vous ordonne poliment de ne plus prononcer un mot jusqu’à ce que je vous aie moi-même adressé la parole. Je vous ferai savoir par signes ce qu’il faut que vous fassiez.

Ils continuèrent silencieusement leur route dans le sentier boisé, Jérôme regardant de tous côtés et s’arrêtant souvent pour écouter des bruits qui n’étaient rien pour le vieillard mais qui, pour le guide, avaient des significations distinctes.

Il était tombé une épaisse couche de neige depuis la veille. Mais ce jour-là il faisait beau. Le temps était sec et un petit vent fouettait dans les veines, un sang qui circulait joyeusement et créait la gaieté.

Au plus épais de la forêt, Jérôme s’arrêta soudain. Sur un signe presqu’impoliment autoritaire, il fit stopper le vieillard ; puis il lui indiqua un coin du bois avec un regard interrogateur.

Le vieillard répliqua de la même façon, qu’il voyait...

À travers les branches, une splendide tête d’orignal coiffée d’un panache superbe et gigantesque apparaissait entre deux sapins. La bête mangeait doucement sa frugale nourriture d’hiver. Elle n’était pas le moins du monde effrayée.

Sans doute les chasseurs ne l’avaient pas effarouchée depuis plusieurs jours ; car elle semblait parfaitement tranquille et devait croire dans sa tête rudimentaire qu’elle était sur son domaine à elle et qu’il n’y avait aucun danger.

Jérôme évolua dans la direction de l’orignal avec une prudence extrême. C’est à ce moment que le vieillard s’aperçut que Fiola avait bien dans ses veines du sang de sauvage.

La bête continuait de brouter paisiblement. La forêt s’était faite silencieuse. Ce silence dans cette lumière, dépouillé de toutes les étrangetés de la nuit, avait quelque chose de suprêmement beau.

Le vieillard suivait le guide. La solennité du moment le poussait, lui aussi, à une circonspection si grande qu’il ne faisait pas le moindre bruit.

Quand les deux compagnons furent à environ cent pieds de la bête, d’accord ils s’arrêtèrent. Le guide indiqua à l’autre qu’il était temps de tirer. Le vieillard épaula son fusil. Une détonation retentit. L’orignal fit un sursaut terrible, puis s’élança avec un bruit de branches cassées, fuyant dans la forêt.

– Oh ! sapristi ! je l’ai manqué, s’écria tristement le vieillard.

– Mais non, mais non. Il est atteint, et il n’ira pas loin, j’en suis sûr. Suivons-le !

Les deux hommes partirent au pas de course.

Le guide avait raison. Quelques centaines de pieds plus loin, ils virent l’orignal étendu, se débattant dans une agonie qui était à sa fin.

– Nous allons laisser la bête ici, car il nous sera impossible de la transporter sans voiture. Allons en chercher une.

L’autre acquiesça.

Le soir, Jérôme était assis avec le vieillard dans la maisonnette de ce dernier.

Ils étaient tous deux fatigués de leur journée de travail qui avait été dure. En effet ce n’est pas une mince besogne que de débiter un orignal et de le transporter à plusieurs milles de distance.

Mais le vieux était joyeux. Il parlait avec animation.

Jérôme était toujours curieux de savoir quelque chose du mystère qui entourait son hôte et client. Il questionna :

– Des journées pareilles, ça doit vous fatiguer, monsieur. Car vous venez de la ville, n’est-ce pas ?

– Mais oui, je viens de la ville. J’ai passé toute ma vie là. C’est pourquoi maintenant, j’aime la campagne, je l’adore. Je suis content d’être loin des foules houleuses, des bruits assourdissants des tramways, des trompes d’automobiles, des cancans, des chicanes !

– Connaissez-vous Montréal ?

– Oui. J’y suis allé plusieurs fois. C’est une ville dont le Canada peut s’enorgueillir, une ville qui prouve que les Canadiens français de la province de Québec savent faire quelque chose et le font bien !

– Moi, malheureusement je n’ai jamais visité Montréal. Je suis allé à Québec une seule fois. C’est une belle ville. Mais j’aimerais y aller encore, car je ne l’ai guère vue.

– Comment ça ?

– J’étais saoul.

Cette franchise brutale du guide fit rire le vieillard.

– Oh ! dit-il, Québec vaut la peine d’être visitée plusieurs fois.

– C’est là que vous demeurez ? interrogea le guide saisissant aux cheveux l’occasion de savoir quelque chose.

– Mais non, mais non, mon ami Jérôme. Je suis venu au monde et j’ai toujours demeuré à la Rivière du...

Ici le vieillard s’interrompit gauchement. Puis :

– Non, non, fit-il, je parle trop. Il ne faut pas que je te dise ça. Je compte naturellement sur ta plus entière discrétion.

– Oh ! oui, vous avez raison d’y compter. Je serai muet comme une tombe. Ainsi, vous venez de la Rivière-du Loup. Ca m’intéresse, car hier, j’ai guidé dans la forêt un jeune homme qui vient de la même ville que vous.

Le vieillard s’assombrit :

– Quel est son nom ? questionna-t-il.

– Jacques Martial.

L’autre sursauta :

– Jacques Martial ! Jacques Martial ! s’écria-t-il. Oh ! Jérôme, ne va jamais lui dire que je suis ici. Ce serait un terrible malheur. T’a-t-il parlé de moi ?

– Oh ! il m’a bien posé plusieurs questions. Il voulait savoir qu’est-ce qu’il y avait de vrai dans cette rumeur de vieillard mystérieux. Mais je suis resté muet et j’ai si bien su le déjouer qu’il est maintenant convaincu, j’en suis sûr, que vous n’existez même pas.

– Tant mieux, tant mieux.

Jérôme se demandait avec inquiétude quelle relation il pouvait bien y avoir entre Jacques Martial et le vieillard.

VIII



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