Littérature québécoise Volume 522 : version 0 La ceinture fléchée Numérisation : Wikisource, Projet Québec/Canada. Relecture : Jean-Yves Dupuis. Édition de référence : Éditions Édouard Garand, 1926. «Le roman canadien»








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L’homme au chapeau noir


Jérôme Fiola venait de quitter la maisonnette du vieillard. Celui-ci se prépara à se coucher.

Tout un travail se faisait dans son cerveau.

Jacques Martial était dans le district.

Que venait-il y faire ?

Sans doute il lui voulait du mal, encore, toujours, lui qui avait été si bon, si dévoué pour le jeune homme !

– S’il allait venir me relancer jusqu’ici, pensa le vieillard.

Il se dirigea immédiatement vers la porte dont il poussa les nombreux verrous qu’il y avait fait affixer.

Puis il se coucha. Mais il ne put dormir. Il voyait toujours l’image de Jacques Martial ; il lui semblait que le jeune homme allait le prendre à la gorge et l’étouffer, là ! Une peur enfantine, atroce s’empara de lui. Il ralluma sa lampe et ne put s’empêcher de scruter tous les coins de la pièce afin de bien s’assurer qu’il était seul.

Soudain, il entendit quelqu’un frapper discrètement à la porte. Il crut d’abord être le jouet d’une illusion et il écouta. Cette fois, les coups dans la porte s’étaient faits plus forts. Puis une voix s’éleva qui criait :

– Ohé ! monsieur, ouvrez la porte aux amis. On gèle dehors.

Le vieillard sourit et poussa un soupir de soulagement. Il avait reconnu la voix comme étant celle de Gédéon Lepage, un des cultivateurs qui avaient construit sa maisonnette.

Il ouvrit la porte, content d’avoir quelqu’un d’ami près de lui à ce moment où une peur folle l’envahissait. Lepage, un gars de la campagne bien bâti, entra.

– Qu’est-ce qui t’amène à cette heure ? jeune homme, interrogea le vieillard. Il est plus de minuit.

– Oh ! vous savez, monsieur, c’est un peu le remords et puis une chose grave vient de se passer.

Le vieillard sentit quelque chose manquer en lui. Dieu ! allait-on encore lui annoncer de mauvaises nouvelles ?

– Mais le temps s’est mis au froid. C’est sous zéro maintenant. Laissez-moi me chauffer un peu pendant que je m’en vais vous raconter ça.

Gédéon Lepage s’approcha du feu que le vieillard tisonna et auquel il ajouta une grosse bûche d’érable. Puis le jeune homme dit :

– Il faut commencer par le commencement. Il y a deux jours, un étranger est apparu dans le district.

– Mais... interrompit l’autre.

– Oh ! je sais ce que vous allez me dire, monsieur. Vous nous aviez fait jurer de vous prévenir dès qu’un étranger mettrait le nez par ici. Mais que voulez-vous ? nous avons été négligents. Un de nos chevaux et deux de nos bêtes à cornes ont été malades. Nous nous disions : « Il faut y aller ! Il faut y aller ! » Et ça a traîné jusqu’à ce soir. Je ne dis pas ça pour nous excuser mais pour vous expliquer. Donc, ce soir, un second étranger est venu. Il s’est arrêté chez nous.

– Et que vous a-t-il demandé ?

– Il nous a demandé s’il y avait un vieillard mystérieux dans la région.

– Vous avez été muets ?

– Comme des roches, monsieur. Soyez-en sûr. Quand les Lepage donnent leur parole, elle est bel et bien donnée ; ils ne la reprennent pas. Aussi nous avons dit à ce monsieur que nous ne savions rien de cette histoire. Mais il a questionné, questionné : Avait-on entendu parler d’un vieillard ? Ne vivait-il pas dans la forêt ? Ne se montrait-il point très secret ? N’avait-il pas donné de l’argent à un curé ? Enfin il nous a assommé deux heures durant, ce maudit homme. À la fin, savez-vous ce qu’il a fait ?

– Non.

– Eh bien, il a mis un beau billet de cent piastres sur la table de la cuisine et il a dit : ce billet est à celui qui va parler le premier.

– Le goujat !

– Alors notre père s’est levé, a pris le billet et l’a jeté dans le poêle.

– Bien, bien, ça !

– L’homme s’est levé, très pâle et est sorti. Ça se passait ce soir. Mais n’ayez crainte, le billet n’a pas été brûlé. Le poêle ne chauffait pas ; c’était la cheminée qui flambait à ce moment. Aussi je vous ai apporté ce billet de $100 parce que notre père et nous, nous croyons qu’il vous appartient.

L’étranger a voulu s’en servir contre vous. Prenez-le.

Le vieillard le prit, mais immédiatement le remit au jeune homme :

– Tiens, je vous le donne, dit-il, vous l’avez bien gagné.

Gédéon Lepage tournait son casque dans ses mains. Il semblait avoir quelque chose à dire qui le gênait. Enfin :

– Il est bien sûr que vous n’avez jamais commis d’action mauvaise, monsieur ? questionna-t-il.

Le vieillard resta estomaqué :

– Comment ?

– Oui, vous n’êtes jamais allé en prison ?

– Oh ! la, la, qui peut bien vous avoir mis ça en tête, éclata de rire le vieux. Mais non, je ne sais pas ce que c’est qu’un cachot. J’ai toujours été bon, honnête, tout ce que vous voudrez.

– Il faut m’excuser, monsieur, de vous demander ça. Mais vous avez des allures si curieuses que notre père et nous, nous avions peur d’être mêlés à une affaire dangereuse et d’être mis en prison aussi, vous savez.

– Ne crains rien, jeune homme, celui qui te parle a toujours été un honnête et charitable citoyen.

– Et puis, monsieur, l’étranger qui est venu nous voir ce soir nous a eu l’air d’être un détective.

– Comment ! un détective ! Qu’est-ce que la police peut bien avoir à faire avec toute cette histoire ? Mais qu’est-ce qui vous a fait croire que c’était un détective ?

– Bien, quand il a été parti, nous avons jasé de ça ensemble. Je suis allé quelquefois aux vues animées, à Rimouski, aux « portraits », comme dit mon père. Là, j’ai vu des détectives. Ils portaient toujours des chapeaux durs. Eh bien ! ce soir, l’étranger avait aussi un chapeau dur. Alors, vous comprenez...

Le vieillard rit fort et bien longtemps :

– Il y a longtemps que je ne me suis pas autant amusé, dit-il à la fin en se tenant le ventre. Ah ! elle est bonne, celle-là.

Puis sérieusement :

– Mais décris-moi donc cet étranger.

– Il avait un pardessus noir, un chapeau dur, je vous l’ai dit, une moustache couleur corneille, une belle figure, des dents très blanches.

– Était-il grand ?

– Oh ! oui, notre père prétend qu’il mesure au moins six pieds. Mais s’il avait voulu se battre, nous sommes de bonnes jeunesses, nous aussi.

– As-tu remarqué s’il portait un signe noir sur une joue ?

– Tiens, tiens, vous me faites rappeler. Oui, oui, il portait bien ça.

Le vieillard pâlit terriblement et s’écria en levant les bras au ciel :

– C’est lui ! Mon Dieu ! préservez-moi.

– Qu’y a-t-il ? monsieur. Qu’y a-t-il ?

Le vieillard se ressaisit vite :

– Oh ! rien, rien. Ne fais pas attention.

– Au fait, monsieur, j’oubliais de vous dire que le premier étranger que nous avons vu il y a deux jours s’appelle Jacques Martial.

– Oui, oui, je le savais. Mon Dieu ! que vais-je devenir ? Jacques Martial et puis l’autre, l’autre ! c’est terrible.

X



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