La medecine monastique dans l’occident medieval








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LA MEDECINE MONASTIQUE DANS L’OCCIDENT MEDIEVAL

« ... laissant la trace de l’humaine présence

et la mémoire du passé comme l’escargot

laisse son sillon de bave ».
Francis Bacon
Si le chercheur se penche sur l’histoire de la Médecine de cette si longue période du Moyen-Age occidental qui va du Ve au XIe siècle, il est découragé de voir le peu de documents tant littéraires qu’archéologiques qui s’offrent à son investigation Le regretté Georges Duby le constatait déjà dans le domaine purement historique. La plupart des synthèses des années 1980 faisaient royalement l’impasse et passaient de la fin de l’Antiquité à l’école de Salerne à la fin du XIe siècle et à la naissance des grandes Universités Européennes. Il fallait comme dans bien d’autres domaines se référer aux remarquables travaux de Charles Daremberg et d’Emile Littré, ces hommes indispensables du XIXe siècle, pour trouver un fil conducteur.

Il mène tout droit dans le monde monastique au coeur de la naissance de la civilisation de l’Europe, dont il est presque impossible « d’extraire », d’isoler une médecine, tant elle est intégrée à la règle et aux mentalités religieuses de l’époque. Il faut donc comprendre la « médecine monastique » comme une médecine pratiquée par des moines dans ou à partir d’un monastère. Elle eut son apogée du IXe siècle au XIIe siècle, période intéressant à la fois le haut Moyen-Age (VIe siècle - IXe siècle) et le Moyen-Age proprement dit ou classique (Xe - XIIIe siècle) * .

Nous allons voir quelle a été sa part et ses liens dans l’aventure de la médecine médiévale en Occident.

Le Monachisme en Occident : quelques repères


IVe siècle

St Martin de Tours (316-397) ; évêque de Tours, « malgré lui », il fonde un monastère à Ligugé et surtout à « Marmoutier », à côté de Tours, où on l’enterre et qui deviendra un grand centre de pélerinage.



** Influence monastique en Gaule uniquement au Sud de la Loire et dans l’Aquitaine.

Ve siècle

St Honorat fonde Lérins dans l’île du même nom entre 400 et 410. A la même époque, Jean Cassien fonde St Victor près de Marseille.

** Influence du monachisme oriental et de sa tradition ascétique.

Propagation importante dans la vallée du Rhône et dans toute la Provence.

Fin du VIe - VIIe siècle

St Colomban et la tradition irlandaise. Fondation du monastère de Luxeuil en Bourgogne, qui aura un grand rayonnement, où il reste 30 ans et où il établit une règle ascétique rigoureuse, première règle monastique complète, mais excessive.

Passant en Italie, il fonda l’abbaye de Bubbio, près de Pavie où il mourut en 615.


Ve - VIe siècle

St Benoît

vécut à la fin du Ve siècle sous le règne de Théodoric, roi des ostrogoths. Il se retira sur le Mont Cassin vers 530. Il serait mort vers 560 ; on manque de précisions sur ses dates.


Il établit une règle monastique ayant l’avantage de la simplicité, en dehors de tous les excès, qui allait devenir - mais 300 ans plus tard - la Règle de tout l’occident médiéval.
Deux intermédiaires très importants à cette propagation :


  • les moines anglo-saxons des célèbres abbayes bénédictines de Lindisforme, Malmesbury et Wearmouth, qui vont convertir toute la Germanie et la Suisse au VIIIe siècle (Fondation de la célèbre abbaye de Fulda en 742).




  • Charlemagne et son successeur Louis le Pieux qui, au début du IXe siècle, au cours de plusieurs conciles, décidèrent que « la Sainte Règle, serait désormais seule admise ». On y procèdera à une révision du texte, surtout concernant l’emploi du temps et les formes de la prière lithurgique.


Révision inspirée en 782 par un abbé bénédictin du Languedoc, fils du comte de Maguelonne, Benoît d’Aniane.

En 910, Cluny, fondé par le Duc Guillaume d’Aquitaine sera le symbole de ce renouveau bénédictin.

Mais au milieu du XI siècle, certains moines dénoncent les errements à la Règle (profits, richesses, luxe) et se mettent à la recherche d’une vie plus simple, plus austère, plus érémitique (proche de la vie dans le désert).C’est ainsi que de 1076 à 1120 on verra successivement :
St Etienne de Muret, fonder Grandmont près de Limoges,

St Bruno, la Grande Chartreuse, près de Grenoble,

Robert de Molesme, Citeaux (près de Dijon),

Robert d’Arbrissel, Fontevrault et sa célèbre abbesse en Anjou,

St Bernard, parti de Citeaux, fonder Clairvaux en Champagne : c’est l’ordre cirstercien,

et Norbert, le monastère de Prémontré près de Coucy en Champagne Nord.
Notons, et c’est important, que l’apparition de familles nouvelles n’entraînaient en rien la condamnation des ordres antérieurs. Il y eut à chaque époque, « cohabitation », coexistence ou au pire « ignorance ».


La Règle et la Médecine

Si l’on voulait résumer très schématiquement la règle bénédictine, elle comprendrait :



  • la Prière

  • le travail manuel

  • la « lectio divina », dirigée par le père abbé (abba le père) qui consiste à la méditation de la Bible et des textes des Pères de l’Eglise. Très vite, sera joint le travail intellectuel, surtout copie de manuscrits sacrés et profanes à la Bibliothèque et au scriptorium, donc


= triple voie de l’exploitation économique, de l’activité intellectuelle et artistique, de l’ascèse spirituelle.
En ce qui concerne la Médecine, celle-ci ne représente pas pour les moines une discipline intellectuelle particulière (ni d’ailleurs pour l’époque). Elle s’intègre dans une vision globale de l’univers dans lequel l’homme se fond (qu’il soit bien portant ou malade). Le corps est le « support » du salut de l’âme et les soins dispensés aux malades, exclus sociaux et punis de Dieu représentent pour eux une oeuvre de miséricorde et une voie de rédemption.

« ... Il faut s’occuper des malades avant toute chose et au dessus de toute chose. Il faut les servir comme si l’on servait le Christ car il a dit : J’étais malade et vous m’avez visité... » (Règle chapitre 36)1 *.
Les lieux
« Le monastère fut le grand centre de civilisation du Haut Moyen-Age »** et pourrait-on dire du Moyen-Age tout court. Au début, bâti dans les anciennes cités de l’Empire Romain d’Occident, il devint de plus en plus rural, surtout à partir du VIIe siècle. Souvent détruits et incendiés aux périodes de troubles, à la fin du IXe siècle notamment (invasions des lombards, des vikings et des hongrois), la plupart furent reconstruits et agrandis.

A la fois sanctuaire et place forte, tout converge vers lui : écoles, hôtelleries, entrepôt, léproserie : jusqu’à devenir presqu’une ville à lui tout seul comme Cluny, St Gall ou Fulda. A l’inverse, il peut préserver sa solitude comme chez les Grandmontains ou les Chartreux. Il est soit prieuré, c’est-à-dire, dirigé par un prieur, soit abbaye, c’est-à-dire dirigé par un abbé, soit « grande abbaye », avec elle-même dans sa mouvance une dizaine d’abbayes, qui chacune regroupe cent prieurés - comme la Chaise-Dieu en Bourgogne ou Lagrasse, dans les Corbières. Il accueille des hommes ou des femmes (surtout en Germanie ou en Suisse) ou les deux ensemble, comme à l’abbaye de Fontevrault en Anjou.

Bien qu’obéissant dans leur majorité à la même règle, les monastères eurent chacun un visage différent car dépendant surtout de la personnalité de l’abbé ou de l’abbesse qui les dirigeait.

L’hôtellerie et l’infirmerie
Avant le IXe siècle, existait un espace à l’origine unitaire et qui était le « service de la Porte » (parce que toujours situé près de la porte principale du monastère) - qui accueillait sans distinction les hôtes, fussent-ils riches ou pauvres, et où on pouvait donner les soins nécessaires, en plus du repos et de la nourriture2.

Plus tard, ce service de la Porte, s’agrandit, se scinda en deux bâtiments (l’un pour les hôtes de marque, l’autre pour les pèlerins et les infirmes), s’appella soit hostellerie, soit hospice3 . Dans les très grandes abbayes, à Cluny, il se doubla d’une aumônerie, où avait lieu des distributions de nourriture aux pauvres et aux indigents4.

Le moine « cellerier », chargé des réserves de nourriture au monastère, véritable intendant, jouait un rôle important et faisait parfois office d’infirmier.
Durant tout le Moyen-Age, l’hospitalité fut un des principaux moyens par lesquels les moines exercèrent leur action sociale.
La deuxième structure de soins est l’infirmerie monastique. Toujours située à l’Est, « au soleil levant », elle pouvait être réduite à une petite construction5 où le moine infirmier entreposait les simples et fabriquait ses préparations ou au contraire - comme le prévoyait le plan architectural de l’abbaye de St Gall6, avoir un dortoir et un réfectoire pour les moines malades, et à côté une domus medicorum qui comprenait une chambre réservée aux malades graves, la chambre du médecin, une pharmacie, une salle de saignées, une salle pour des bains thérapeutiques* .
L’infirmerie proprement dite pouvait être :
- très grande (80 à 100 lits à Citeaux en 1194),

- d’aussi belle architecture que l’église et le cloître de l’abbaye,

- généralement une salle unique de plain-pied, ou quelquefois un étage (comme l’abbaye de Furness en Angleterre), avec des niches pour les lits des malades.

Au cours des siècles, on apporta quelquefois des modifications. Ainsi, au XIIIe siècle, dans cinq abbayes cisterciennes de l’Angleterre (Fountains, Jervaultx, Kirstall, Tintern, Wawesley), on construisit des cloisons à l’intérieur de la grande salle pour isoler les malades (mais bien sûr en réduisant le nombre total de ces derniers).

Il exista aussi à l’abbaye cistercienne de Roche (toujours en Angleterre) une infirmerie à part pour les convers, et une troisième pour les laïcs du pays environnant. Mais il s’agit ici du XIIIe siècle : phase tardive de la Médecine Monastique** .

L’une des plus remarquables infirmeries qui nous soit encore conservée est celle d’Ourscamp dans l’Oise (voir fig.). Elle date de 12107. L’infirmerie dans le monastère est toujours liée à la Bibliothèque et au Scriptorium.

Les jardins

L’infirmerie, quelque soit son importance était toujours située à côté du Jardin des simples ou Herbularius, où se cultivaient les plantes médicinales. Souvent entouré de murs, il était généralement suivi du potager, ou Hortus, pour les légumes et les racines, lui-même proche du verger, pour les fruits ; car légumes, racines et fruits servaient très souvent aux moines de médicaments.

Distinct du Jardin des simples dans les grandes abbayes, mais confondu avec lui ailleurs - existait le Jardin des fleurs ; elles aussi en plus de leur rôle décoratif, ayant une action médicamenteuse8.

Au printemps et à la fin de l’été, on ramassait toutes les plantes utiles ; ou en mettait certaines à sécher pour la préparation des remèdes de l’hiver.

Selon l’implantation des couvents, la nature de ces plantes étaient variables, s’adaptant au climat.

Certains établissements s’étaient spécialisés dans la culture d’une ou de deux variétés botaniques, expédiés ensuite aux autres monastères (la rhubarbe des Franciscains au XIIIe siècle, par exemple).

A partir du XIIe siècle, importance des échanges entre couvents d’Orient et d’Occident : des tentatives d’acclimatation de plantes d’origine géographique différentes furent réalisées avec succès.

Des herbiers illustrés dont la tradition remontait à Dioscoride furent constitués, non pas au début dans un but artistique, mais bien pratique.

  • celui de Rufinus, de Thomas de Breslau, de Benedetto Rinio.

  • le Macer floridus versifié d’Odon de Meung (fin du XIe siècle).

  • l’Herbarium d’Apuleius, écrit en latin au Ve siècle (dont il existe en Angleterre une traduction anglo-saxonne datée entre 1000 et 1050)* .

  • l’«Hortus Deliciarum », de l’abbesse Herrare de l’abbaye de Hohenburg.

  • l’«Hortulus » de Walafrido Strabo, abbé de Reichenau en Alsace, magnifiquement illustré.

Ces herbiers très imprécis furent remplacés à partir de la fin du XIIe siècle par le « Circa Instans » du médecin salertinain Matthéus Platéarius (mort en 1161).

Il faut semble-t-il distinguer de ces herbiers, les « listes » des plantes médicinales accompagnées de leurs indications thérapeutiques - qui sont les premiers manuels médiévaux de botanique médicale et de pharmacologie qui ont été retrouvés dans les





A

Absinthe (Artemisia absinthium).

Achillée (Achillea millefolium).

Ail (Allium sativum).

Ancolie (Aquilegia vulgaris).

Aneth (Anethum graveolens).

Armoise (Artemisia vulgaris).

Arum (Arum maculatum).

Aunée (Inula helenium).
B-C

Basilic (Ocimum basilicum).

Bétoine (Stachys officinalis).

Cannelle (Cinnamomum verum).

Céleri (Apium graveolens).

Cerfeuil (Anthriscus cerefolium).

Chardon de Notre-Dame (Silybum marianum).

Châtaigne (Castanea sativa).

Chélidoine (Chelidonium majus).

Coing (Cydonia oblonga).

Cubèbe (Piper cubeba).

Cumin (Cumimum cyminum).
D-E-F

Dictame (Dictamnus albus).

Epeautre (Triticum spelta).

Fenouil (Foeniculum vulgare).
G-H

Galanga (Alpinia officnarum).

Gingembre (Zingiber officinale).

Grande gentiane (Gentiana lutea).

Guimauve Althaea officinalis).
H-I

Hysope (Hysopus officinalis).

Iris (Iris germanica).

L

Langue-de-cerf (Phyllitis scolopendrium).

Lavande (Lavandula angustifolia).

Lepidium (Lepidium latifolium).

Lentille d’eau (Lemna minor).

Lierre terrestre (Glechoma hederacea).

Lin (graine de) (Linum usitatissimum).

Lis (Lilium candidum).

Livèche (Levisticum officinale).
M-N

Marrube (Marrubium vulgare).

Mélisse Melissa officinalis).

Menthe (Mentha aquatica).

Menthe crépue (Mentha spicata).

Menthe pouliot (Mentha pulegium).

Molène (Verbascum densiflorum).

Noix muscade (Myristica fragrans).
O-P-Q

Origan (Origanum vulgare).

Ortie (Urtica dioica).

Persil (Petroselinum crispum).

Peucédan (Peucedanum ostruthium).

Plantain (Plantago lanceolata).

Primevère (Primula veris).

Pulmonaire (Pulmonaria officinalis).

Pyrèthre (Anacyclus pyrethrum).

Quintefeuille (Potentilla reptans).
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