Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








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Auggie Wren's Christmas story’’

(1992)

‘’Le conte de Noël d'Auggie Wren’’
Nouvelle
Auggie Wren est un drôle de marchand de cigares. Chaque jour, il photographie le même angle de rue. Ainsi reconstruit-il petit à petit l'œuvre du temps et l'histoire des habitants du quartier. «Si on ne prend pas le temps de regarder, on n'arrive jamais à rien voir», affirme-t-il. Ralentir est la préoccupation d'Auggie, qui est parfois davantage marchand d'anecdotes que de cigares. Il se souvient ainsi de cette nuit de Noël, où voulant rapporter un portefeuille oublié dans sa boutique, il passa la soirée avec une vieille aveugle qui le prit pour son petit-fils prodigue. La vieille dame s'était-elle aperçue de la supercherie? Auggie a-t-il vraiment fait ce geste qu'il regrette tant? Toute cette histoire a-t-elle seulement eu lieu? Peu importe, on y croit.
Commentaire
À la manière de Dickens ou de O. Henry, Paul Auster a le don de nous emmener dans un récit à la fois ancré dans la réalité de son Brooklyn et mêlé à la magie de Noël.

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‘’The red notebook’’

(1993)

Le carnet rouge
Recueil de treize nouvelles
Le carnet rouge existe bel et bien. Depuis des années, Paul Auster y consignait des événements bizarres, coïncidences, étrangetés et autres invraisemblances, faits qui se sont produits en un engrenage surprenant et dont il fut un jour victime, confident ou témoin. En anecdotes de quelques pages, parfois seulement de quelques paragraphes, on peut lire treize nouvelles archibrèves où il se révèle un collectionneur passionné (et un rien inquiet) des bons et mauvais tours que lui a réservés la réalité.
Commentaire
Ce florilège, cette fascinante miniature de son univers, Paul Auster le désigne volontiers comme son « art poétique sans théorie ». Et, à la vérité, on y entend avec une netteté parfaite sa fameuse « musique du hasard ». Mais l'extravagance est plutôt fade et l'insolite sans surprise. Sur le thème des coïncidences et du hasard, il a fait mieux.

En 2004, d'après le recueil, Mathieu Simonet tourna un court métrage.

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En 1993, en France, Paul Auster fut fait chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.

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Mr. Vertigo

(1994)
Roman
Walter Claireborne Rawley, un vieil homme de soixante-dix-sept ans, prend la plume pour raconter sa vie. Dès les premières lignes, il confie qu'il a un don exceptionnel : il peut voler dans le ciel comme un oiseau ! Mais le mystère est ailleurs. S’il a décidé de se pencher sur son passé, c'est peut-être pour comprendre comment sa vie de jeune orphelin crapuleux, maltraité par son oncle et réduit à mendier dans les rues de Saint-Louis, pendant la crise économique de 1929, a pu un jour prendre une trajectoire aussi extraordinaire. Il devint un prodige de foire grâce à maître Yehudi, un sage juif hongrois qui le prit sous son aile et lui a, à travers des rites chamaniques, yogiques, parfois zen aussi, appris à voler dans les airs. Il est passé par la Deuxième Guerre mondiale, les horreurs du Ku-Klux-Klan, des poursuites dans le désert, des coups de feu, des kidnappings, autant d'événements heureux ou tragiques qui ont contribué à faire de lui l'homme qu'il est au moment où il nous raconte l'histoire de sa vie.
Commentaire
Le roman, à la fois fabuleux et réaliste, vraiment baroque, frôle le féerique de façon jubilatoire et cohérente, fait découvrir les facettes d'une étrange Amérique (ganstérisme, Ku Klux Klan, etc.). Si apprendre à voler n'arrive que dans les contes, dans les mythes, on comprend que c’est aussi apprendre à se connaître soi-même, à dépasser ses peurs, à se retrouver parfois dans des situations de survie extrême. On suit les aventures du héros avec intérêt.

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Séduit par le cinéma, Paul Auster écrivit les scénarios et fut co-réalisateur des films “Smoke” (1995, ‘’Nicotine’’), ‘’Brooklyn Boogie’’ (1995), “Blue in the face” (1995, ‘’Tabagie en folie’’), “Lulu on the bridge” (1998, ‘’Lulu sur le pont’’) et ‘’The center of the world’’ (2001, ‘’Le centre du monde’’) de Wayne Wang, petits films tournés avec de grandes stars... et des bouts de ficelle, célébrant la richesse de certains quartiers de la métropole américaine. On y retrouva ces figures si attachantes, bien sûr torturées par de mauvais souvenirs, comme celle de l’écrivain broyant du noir après la mort de son épouse, qui s'est suicidée quelques années plus tôt, comme celle du propriétaire du ‘’Brooklyn Cigar Co.’’, philosophe de comptoir, témoin des bouleversements récents dans la vie de son client hanté par les fantômes de son lourd passé. Ces belles cartes postales sont un hommage à New York, une ville qui avait beaucoup changé, et pas toujours pour le mieux.

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‘’Why write?’’

(1996)

‘’Le diable par la queue / Pourquoi écrire?’’
Essai

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‘’Hand to mouth : a chronicle of early failure’’

(1997)
Autobiographie
Paul Auster y évoque la période qui a précédé son grand succès de romancier, quand il essaya de vivre seulement de sa plume et subit un considérable échec, qu’il savoura presque comme une preuve de son sérieux. Il révèle peu de sa vie personnelle, le fait seulement dans la mesure où elle affectait ses ambitions littéraires. Les critiques admirèrent la prose sobre de l’auteur, son regard sans concession sur lui-même.

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En 1998, Paul Auster publia ‘’Chronicle of the Guayaki Indians’’, une traduction de l’ouvrage ethnographique de Pierre Clastres, ‘’Chronique des indiens Guayaki’’.

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Timbuktu

(1999)

‘’Tombouctou’’
Roman
Willy G. Christmas, vagabond professionnel, schizophrène et tuberculeux, et rimailleur bouffon, erre dans Baltimore en compagnie de Mr Bones, son fidèle chien. Son but : retrouver Bea Swanson, son ancienne professeuse de littérature, et lui confier son compagnon ainsi que soixante-quatorze précieux cahiers, toute son œuvre littéraire, qui compte notamment les huit cents premiers vers d'une épopée inachevée, ‘’Jours vagabonds’’. Mais il meurt avant d'avoir pu assurer l'avenir de ses écrits et mener à bien son projet : se rendre à Tombouctou, cette « oasis pour les esprits ». Mr Bones se retrouve alors livré à lui-même, privé de ce maître qui fut pour lui le pivot et la raison d'être de l'univers et qui, pour lui c'est une évidence, est désormais à Tombouctou, l'au-delà des bienheureux où les chiens sont doués de la parole. Plein de son souvenir, de ses pensées et expériences, il doit affronter seul un monde riche en dangers…
Commentaire
Paul Auster traita ici avec tendresse des rapports privilégiés qui unissent l'être humain à son compagnon domestique ; il le fit avec originalité, en adoptant le point de vue de l'animal. Les harangues de Willy et les souvenirs que Mr Bones garde des méditations de son maître constituent la plus grande part d'une fable romanesque écrite avec un art de la narration qui, depuis son premier livre, a fait la réputation de Paul Auster.

La critique a apprécié le côté épuré de ce roman « philosophique ».

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‘’I thought my father was God and other

and other true tales from Npr’s national story project’’

(2001)

‘’Je pensais que mon père était Dieu et autres récits de la réalité américaine’’
Recueil de textes
La « musique du hasard » est le dénominateur commun aux récits qui composent cet ouvrage qui n’est pas à proprement parler une œuvre de Paul Auster, mais plutôt une anthologie d'histoires vraies aux allures de fiction, sélectionnées parmi un ensemble de quatre mille textes qu’il a reçus dans le cadre d'une émission de radio ; en tout, cent soixante-douze textes courts, écrits exclusivement par des auditeurs américains, de tous âges et de tous horizons sociaux et qui vont de la farce à la tragédie, du rire aux larmes, dix rubriques tentant d'organiser ce chaos de voix. Le résultat est inégal : le style est souvent maladroit, et rares sont les récits véritablement littéraires, comme le remarque l'auteur lui-même dans sa préface. Mais l'essentiel n'est pas là : dans leur rugosité même, toutes ces histoires sont sincères et humaines, donc touchantes. « Dépêches du front de l'expérience personnelle », elles ont aussi une portée historique et sociale qui les rend souvent universelles : plus d'un lecteur se reconnaîtra dans tel ou tel individu, exilé d'un monde auquel il appartient pourtant. Cet ouvrage est à lire comme on feuilletterait un album de photos.

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The book of illusions

(2002)

‘’Le livre des illusions’’
Roman de 380 pages
Le narrateur, David Zimmer, se rappelle l'accident d'avion qui, le 7 juin 1986, a causé la mort de son épouse, Helen, et de ses deux fils, Todd et Marco, et qui l'a anéanti. Il aurait dû être à bord lui aussi. Mais les travaux de fin de session de ses étudiants l'ont retenu dans le Vermont, à Hampton, où il enseigne la littérature comparée. En congé, enfermé chez lui, refusant toute aide extérieure, tout contact, toute visite, il passe ses journées à boire du whisky et à «zapper» entre toutes les chaînes de télé mises à sa disposition. Jusqu'au soir où il tombe sur un vieux film muet qui le fait rire. Un petit miracle, une révélation que le visage d'Hector Mann. David Zimmer ne connaît que peu de chose au cinéma. Et il n'est surtout pas cinéphile. Mais il rit. Celui que les vivants n'intéressent plus rit des facéties d'Hector Mann. Son rire le surprend : il se croyait mort avec les siens, mais voilà qu'il découvre que quelque chose vit toujours en lui. Quelque chose qu'il ignorait, quelque chose d'inexploré dans le monde qui s'est éteint le 7 juin 1986. Une chose qui ne lui permet peut-être pas d'imaginer l'avenir mais à laquelle il s'accroche pour ne pas mourir. «Cela peut sembler sans importance, nous raconte-t-il, mais c'était la première fois depuis juin que je riais de quoi que ce fût et en sentant ce spasme inattendu monter dans ma poitrine et se mettre à chahuter dans mes poumons, je compris que je n'avais pas encore touché le fond, qu'il restait en moi quelque chose qui souhaitait continuer à vivre.» Devenu riche après la mort accidentelle de sa femme et de ses enfants, il se retire à Brooklyn (où il loue un deux-pièces, Pierrepont Street) et fait le projet de suivre à la trace les films d’Hector Mann répartis dans les principales archives cinématographiques en Europe et aux États-Unis. «Vous écrivez un livre sur Hector Mann?» demande celle auprès de qui il espérait obtenir l'accès aux films du cinéaste. «Oui», répond-il, étonné de s'entendre lui-même répondre ainsi. Et c'est ainsi qu’il se lance dans un projet qu'il n'aurait jamais pu formuler lui-même : étudier les douze films qu'Hector Mann, encore peu connu du grand public, a tourné, avant de s'éclipser, douze brèves comédies dans lesquelles il jouait aussi le premier rôle.

Car on le croit mort depuis qu'il a été porté disparu, le 14 janvier 1929, de North Orange Drive, en Californie, sans laisser un mot d'explication derrière lui. Zimmer entreprend des recherches autour de cette mystérieuse disparition. Dans les semaines et les mois qui la suivirent, les médias relatèrent les événements et, à défaut d'explications, échafaudèrent des hypothèses et lancèrent quelques rumeurs, mais avec beaucoup moins d'enthousiasme que si le cinéaste avait été une célébrité. Un an après sa disparition, les voix se turent. Loin de se muer en symbole qu'il aurait pu devenir si l'histoire qui l'entourait avait continué, Hector Mann tomba dans l'oubli. En 1933, alors que le son et la couleur furent ajoutés à l'image animée, il appartint à un monde défunt : celui du cinéma muet.

Soixante ans après sa disparition, personne ne l'a revu. Quelques rares spécialistes ou oiseaux rares se souviennent encore de lui, mais tous le croient mort, car «seul un mort aurait pu rester caché aussi longtemps». Zimmer répertorie les courts métrages dans lesquels il a joué, retrouve les bobines disséminées à travers le monde, et se met en tête de regarder les films aussi souvent qu'il le faudra pour les apprendre par cœur. Commence alors l'une de ces corvées dont l'absurdité confine au sublime. En 1988, il fait paraître “Le monde silencieux d'Hector Mann”. Il s'est déjà lancé dans un autre projet qui le rapproche d'un autre mort et le tient tout aussi loin des vivants : la traduction des mille pages des “Mémoires d'outre-tombe” de René de Chateaubriand («la meilleure autobiographie jamais écrite» !) quand, trois mois après la sortie du “Monde silencieux d'Hector Mann”, il reçoit une lettre envoyée par une femme mystérieuse, Alma Grund, qui en sait plus sur Zimmer qu'il ne le croit. Cette lettre, il la lit six ou sept fois, la repose, puis la reprend pour la relire encore et encore, comme pour s'assurer que les mots étaient toujours les mêmes et qu'ils répétaient toujours la même chose : Hector Mann, donné pour mort après 1929, est toujours vivant et serait même heureux de le rencontrer et lui apprendre les causes de sa disparition et de la vie qu'il mena par la suite. Est-ce un canular? Est-ce un miracle? Mais Alma Grund sort de la nuit : elle porte une marque sur le visage depuis le jour de sa naissance car elle doit l'existence à Nathaniel Hawthorne, qui lui a donné une voix dans une de ses nouvelles : «La marque sur le visage». Cette tache disgracieuse, signe de corruption et de péché, il faudrait la faire disparaître pour qu’elle puisse retrouver un visage pur, croit le narrateur de la nouvelle originelle. Signe d'humanité qui témoigne plutôt de sa franchise et de son honnêteté, croit au contraire le narrateur du “Livre des illusions”. Contrairement au commun des mortels, Alma Grund ne tente pas de camoufler sa condition humaine : elle l'arbore sans détour. Elle ne peut d'ailleurs rien faire ; elle ne peut pas s'éloigner de la vérité sans compromettre son intégrité. Biographe d'Hector Mann, elle dévoile à David Zimmer les secrets entourant la vie du cinéaste, lui révèle son crime, les circonstances de sa fuite, les raisons de son silence, son sentiment de culpabilité et les châtiments qu'il s'est imposés, puis sa rédemption et les conditions de son retour au cinéma. Après avoir rêvé d'avenir sous un ciel sans lune, elle met fin à ses jours pour ne pas avoir à vivre dans le mensonge.

Entre sa rencontre avec Alma Grund et celle avec Hector Mann, qui meurt peu après, David Zimmer vit une résurrection. Il la doit à l'amour d'Alma Grund. Il la doit à un instant si fugace qu'il se demande parfois s'il ne l'a pas rêvée. Mais il a tout consigné ; tout ce qui lui est arrivé entre le jour où son épouse et ses fils sont tombés du ciel et celui où il a assisté à la destruction de l'univers d'Hector Mann, Alma Grund comprise. Tout est consigné dans “Le livre des illusions”.
Commentaire
Ce polar existentiel où un homme fuit son péché est une parfaite illustration du thème de l’errance cher à Paul Auster. C'est même une double errance, un double exil dont il est question tout au long de cette étrange histoire où se suivent ces événements inattendus, ces coïncidences, ces contingences, ces accidents, qui composent tous les romans d'Auster où c'est un incident, parfois anodin, ici tragique, qui vient déclencher un enchaînement extraordinaire d'événements. Avec son grand sens narratif, il précise chacune des histoires, celle de Zimmer comme celle d'Hector Mann, avec des dates, des noms, des mentions de lieux, comme s’ils pouvaient cerner ce qui échappe, lui donner une réalité, attester de sa vérité. Ce roman aussi fascinant qu'ambigu, aussi prenant que rébarbatif, est une sorte de collage à la construction savante, fait de fragments discursifs comme d'autant d'aléas : description méticuleuse des courts films muets d'Hector Mann (pure invention) qu’Auster réussit à nous donner à voir, littéralement, plan par plan ; description des lieux visités par Zimmer ; extraits des mémoires de Chateaubriand, des carnets d'Hector Mann, de journaux ou de catalogues ; transcription de la voix d'Alma Grund. L'ensemble est cependant d'une étrange unité, même si on ne sait pas où est le début ou la fin, même si tout s'entremêle : les deuils sont aussi des recommencements, et les joies, des chagrins. Et, lorsque David Zimmer conclut l'histoire en formulant le souhait que quelqu'un la reprenne, on ne sait même pas s'il est sur son lit de mort ou à l'aube d'une vie nouvelle. Le vain travail de moine qu’il s’impose est une de ces tâches à la fois absurdes et admirables qui procurent à qui s'y adonne une sorte de rédemption. Au terme de neuf mois de réclusion dans son appartement de Brooklyn où il rédige son livre sur Hector Mann, David Zimmer constate : «Je n'étais pas vraiment [...] à Brooklyn. J'étais dans le livre, et le livre était dans ma tête et, du moment que je demeurais à l'intérieur de ma tête, je pouvais continuer à écrire le livre. C'était comme vivre dans une cellule capitonnée, mais de toutes les vies que j'aurais pu vivre à ce moment-là, c'était la seule qui eût un sens pour moi. Je n'étais pas prêt à affronter le monde.» Entre Hector Mann, un homme qui a voulu réaliser des films que l'on détruirait après sa mort, dont David Zimmer transmet l’histoire sans être sûr d’y croire, et Chateaubriand, qui ne voulait pas qu'on publie ses mémoires avant sa mort, qui exprimait le souhait en avant-propos à ses mémoires de n’être ressuscité qu’à «l'heure des fantômes», s’établit un de ces liens tordus, l'une de ces deux faces d'un même phénomène, l'une de ces parentés paradoxales qu'affectionne tant Paul Auster, et qu'on trouve à profusion dans ses romans qui sont des livres-gigognes.

Celui-ci propose aussi une profonde réflexion sur le thème de la création : pourquoi, pour qui crée-t-on une oeuvre d'art, roman, toile ou film? pour soi-même? pour l'autre? pour la postérité? Auster y poursuit la réflexion sur les illusions qui bercent nos vies, amorcée avec “Moon Palace”. Il nous parle de la vie, évanescente et impalpable. Il y a enfin, dans ce polar existentiel où le narrateur ressemble à bien des égards à son auteur, toute l'œuvre de Paul Auster et tout Paul Auster : le bachelier en littérature anglaise et comparée qui a écrit des articles brillants sur Knut Hamsun, Kafka ou Jacques Dupin ; le maniaque de cinéma qui fait une magnifique déclaration d'amour pour le septième art, qui publiait en 1968, dans le “Columbia daily spectator”, des articles qui lui étaient consacrés, qui écrivait des scénarios pour films muets dont il a aujourd'hui perdu la trace, qui est enfin le réalisateur, entre autres, de “Smoke” et de “Lulu on the bridge”. Il y a également l'homme fasciné par les coïncidences, la simultanéité de destins qui n'auraient jamais dû se croiser ; le philosophe qui croit que l'on vit pour apprendre à vivre, et non pour apprendre à mourir ; l'auteur, enfin, qui considère Herman Melville comme le plus grand romancier de la littérature américaine : « “Moby Dick or The white whaleest un livre qui tient de l'essai, du poème, du roman d'aventures... Moitié-moitié... Vous voyez bien : trois moitiés, ce n'est pas possible !»

Ainsi pourrait-on dire du “Livre des illusions”, un livre qui tient de l'essai, du polar et du roman, moitié-moitié ! Ce livre qui demande temps et patience déconcerte de nombreux lecteurs.

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Les événements du 11 septembre 2001 ont eu une résonance particulière chez Paul Auster qui, de sa maison du quartier de Park Slope à Brooklyn, a pu voir les tours s’effondrer. Ils ont fait remonter à sa mémoire certaines histoires du passé, comme en fait foi :

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‘’Accident report and other texts’’

(2002)

Constat d’accident et autres textes
Recueil de quinze textes
Commentaire
Ces textes de valeur inégale (certains écrits il y a plus de trente ans, d'autres au lendemain des terribles attentats) sont à mi-chemin entre la nouvelle et le journal, entre la chronique et le récit, en un enchaînement pas toujours évident. On trouve des récits légers dont le thème est le hasard, parfois étrange, de la vie :

- une amie californienne, à la suite d’un accident, reçoit en dédommagement le montant exact qui sauvera son chat ;

- une famille, dans un immeuble familier, s’élargit aux lieux où Saint-Exupéry écrivit “Le petit prince”.

D’autres textes furent rédigés en forme d’hommages à des gens que l’auteur admire. Il donna libre cours à ses réflexions comme à ses inquiétudes sur la société en général, se montrant blessé par les trop nombreuses tragédies qui accablent notre époque : la peine de mort, les guerres, la pauvreté new yorkaise, les sans-abris. Il y est question de peur, de solitude, de pauvreté, de hasard, bien sûr, comme souvent dans son oeuvre, et des grandes et petites misères de l'existence.

Puis survient le 11 septembre : une heure avant l’effondrement de la première tour, sa fille passait en dessous, étant seule pour la première fois alors qu’elle se rendait à l’école. Ensuite sont évoqués la politique de Bush, qui inspire à Paul Auster de l’horreur ; le désir des New Yorkais que leur ville soit «une ville franche, indépendante de l’Union». Il jette un regard presque désespéré sur la société contemporaine.

Ensuite, le ton se fait plus doux. Au fil des histoires et des anecdotes qu'il nous raconte, parfois extravagantes et traversées de coïncidences inouïes, il nous dit surtout sa confiance en l'humanité, son respect de la vie et son immense reconnaissance envers son véritable refuge, les livres et la littérature. «Alors que tant de choses nous séparent, qu'il y a dans l'atmosphère tant de haine et de discorde, il est bon de se souvenir des choses qui nous rassemblent», écrit-il. Et c'est précisément ce qu’il fait ici. Même devant l'absurde, il reste l'écrivain qu'il a toujours été, poétique, sensible, à la fois intime et universel. Ces textes, où la poésie et l’humour se croisent avec le vrai, ont en commun New York qu’il aime passionnément, le livre se terminant sur un sublime éloge de la ville, de sa diversité, de son ouverture, de sa tolérance. Il poursuit courageusement cet éternel mais nécessaire combat avec les mots afin de coucher l’horreur sur le papier et peut-être, au passage, éveiller quelques consciences.

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‘’The story of my typewriter’’

(2003)

‘’L'histoire de ma machine à écrire’’
Il est question ici d'amitiés :

Entre un écrivain et sa machine à écrire, son ‘’Olympia’’, âgée de plus de vingt-cinq ans et qui a été l'agent de transmission de tous les romans, récits et autres écrits qu'il a produits depuis les années soixante-dix.

Entre Paul Auster et le peintre Sam Messer obsédé par la machine à écrire de l'écrivain et qui a produit des dessins et des peintures tant de l'un que de l’autre qui ont, comme l'écrit Auster, « métamorphosé un objet inanimé en un être doué de personnalité et d'une présence au monde ».

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Paul Auster est revenu à la fiction avec une histoire, dont il avoua qu’elle l'obsédait depuis des années, et qui donna un roman dans la veine de ses précédents :

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‘’Oracle night’’

(2004)

La nuit de l'oracle
Roman de 240 pages
Après un séjour prolongé à l'hôpital, l'écrivain Sidney Orr rentre enfin chez lui, à Brooklyn. Il n'en a pas tout à fait terminé avec la maladie, mais, n'ayant pas travaillé depuis des mois, il est en manque d'inspiration. Au cours d'une de ses promenades quotidiennes, il remarque une petite papeterie d'apparence bizarre, «seule façade colorée dans une rangée d'immeubles ternes et quelconques.» Attiré par le charme de l'endroit, tenu par l'énigmatique M.R. Chang, il y entre et achète un cahier bleu. Encouragé par son ami et mentor, le célèbre écrivain John Trause, il se remet à l'écriture. Or le cahier, qui est d'origine portugaise, se révèle posséder des propriétés étranges que le convalescent attribue, peut-être par superstition, à une sorte d'enchantement. En jaillit inopinément et sans frein le roman qu’après avoir frôlé la mort à l'hôpital, il ne se serait jamais cru capable d'écrire.

Partant d'une prémisse empruntée à un court épisode du “Faucon maltais” de Dashiel Hammet, il imagine un personnage, Nick Bowen, agent littéraire qui, ayant frôlé la mort et y voyant un signe divin, cède à l'impulsion de tout quitter, de prendre le premier vol pour nulle part, et de refaire sa vie.

Mais, alors même qu'il retrouve le goût de l'écriture, que son imagination reprend vie, Orr fait face à sa propre existence, à l'influence de son écriture sur son déroulement, et finalement, à la très mince ligne qui sépare le secret légitime de la trahison, car le livre a un lien secret avec un triangle amoureux : Orr, John Trause et Grace, la femme d’Orr. Le narrateur recrée dans la fiction l'appartement de John si bien que la porte de l'appartement réel débouche désormais sur un espace imaginaire, sur une pièce inexistante. Le mystère ne s'arrête pas là. Orr fait une découverte stupéfiante. Le rêve érotique que sa femme lui raconte et qui les concerne tous les deux se retrouve dans le récit qu'il est en train d'écrire. En plus des images sensuelles, le livre du narrateur renferme des mots qui tuent. Il annonce la tragédie.

Pendant l'hospitalisation de Sidney, Grace a eu de nouveau une liaison avec John, dont elle avait été la maîtresse avant qu'elle ne fût mariée. Tombée enceinte, elle ignore si le père de l'enfant est John ou son mari. John meurt après avoir payé l'hospitalisation de Sydney. Presque au même moment, Jacob, le fils de John, agresse Grace qui refuse, tout comme Sydney, de lui fournir l'argent dont il affirme avoir besoin pour rembourser des trafiquants de drogue. Blessée, Grace fait une fausse couche. Quant à Jacob, il disait vrai. On découvre son cadavre transpercé de balles. John enseignait à Sydney qu'on n'écrit peut-être pas «pour rapporter des événements du passé, mais pour en provoquer dans l'avenir». Le bonheur qu'éprouve Sydney à voir Grace encore ici-bas et à se voir en vie lui aussi se situe «au-delà de toute la laideur et la beauté du monde». Comme seul un authentique romancier peut le faire.
Commentaire
Paul Auster a confié : «Cela faisait très longtemps que je jonglais avec l'idée d'un cahier magique. C'est une idée que je n'arrivais pas à développer, puis j'ai réussi à commencer ce roman après “Tombouctou”, vers 1998, pour ensuite me trouver dans une impasse après seulement une vingtaine de pages. Je me suis donc mis à l'écriture du “Livre des illusions”, qui a demandé trois ans de travail. Alors quand je me suis remis à “La nuit de l'oracle”, cela faisait tellement longtemps que ce roman était en moi que je savais presque parfaitement où j'allais. Toute cette histoire, celle qu'écrit le personnage de Sidney Orr [à propos du type qui refait sa vie], a commencé avec Wim Wenders. Il avait lu mes livres dont il disait de très belles choses et, alors que nous étions devenus amis, vers 1990, et que je n'avais encore jamais participé à un film, il m'a proposé d'en écrire un avec lui, partant justement de l'histoire du personnage créé par Hammet. Je n'ai jamais écrit le script, mais j'avais ébauché une sorte de synopsis, puis l'argent sur lequel Wim comptait pour produire le film ne s'est jamais matérialisé, alors le projet est tombé à l'eau. Ça faisait donc vingt ans que j'avais cette histoire en tête, jusqu'à ce que je trouve enfin ce moyen de l'utiliser.» Il s'est amusé aussi d'une autre anecdote qu'il a reprise quand Sidney Orr est invité à écrire le scénario d'un « remake » cinématographique de “La machine à voyager dans le temps” : «Je ne peux pas vous donner le nom du réalisateur, mais il avait contacté mon agent car il souhaitait que j'écrive ce même film, mais, comme dans mon roman, ils ont rejeté le script sous prétexte que c'était trop intellectuel. Disons que toutes ces expériences amusantes se révèlent pour le moins utiles quand j'écris

«Un roman d'amour» telle est la définition simple et peu cérébrale qu’il a donnée de son livre pour lequel il dit s'être inspiré aussi d'éléments réels, sans qu’il y ait rien d'autobiographique, assure-t-il. Et, apparemment, c'est bien un roman d'amour, mais il n'a peut-être jamais existé, même dans la fiction.

Mais c’est aussi un ambitieux roman métaphysique. Son fil conducteur, les questions qui reviennent sans cesse sont les suivantes : Existe-t-il un lien entre l'imagination et les événements de nos vies? Savons-nous inconsciemment ce que l'avenir nous réserve? Quelle incidence l'écriture peut-elle avoir sur la réalité?

Des thèmes qui sont chers à Paul Auster sont ici bien présents : l'identité (on a remarqué que Trause est l’anagramme d'Auster), le hasard, la mémoire, le poids des secrets, le pardon comme ultime geste d'amour, le pouvoir des mots, l'écriture comme acte prophétique. Ce thème n'est pas abordé innocemment, puisque est évoquée l'histoire d'un auteur qui, ayant écrit un poème mettant en scène la mort par noyade d'un enfant quelque temps avant que sa propre fille ne connaisse le même sort, choisit de laisser tomber l'écriture qu'il considère désormais comme trop dangereuse. «C'est une idée qui m'intéresse énormément, très troublante. Cette histoire aussi est vraie, elle s'inspire de celle de Louis-René des Forêts, le poète français. Il n'a rien écrit pendant presque trente ans après que ce fut arrivé. Cette histoire m'avait renversé, bouleversé.» Mais croit-il vraiment que les mots puissent receler une telle puissance mystique? «Je n'en suis pas certain. Certaines fois, peut-être. J'écris un nouveau livre présentement dont un des personnages est basé sur une femme que je voyais lorsque j'allais conduire ma fille à l'école. Elle était très belle et traitait ses enfants avec tellement d'attention et de tendresse, les prenant dans ses bras et les embrassant, que je l'avais surnommée, dans ma tête, la superbe mère parfaite. Donc, dans le roman que j'écris présentement, le personnage principal voit une femme comme elle qu'il affuble du même surnom. Et c'est très étrange, car alors que je n'avais pas revu cette femme depuis des années, juste après avoir écrit sur elle, je l'ai croisée dans la rue. Comme si je l'avais fait réapparaître en écrivant... Je ne suis pas convaincu que ce pouvoir des mots existe ou non, mais c'est pour cela que cette idée m'intéresse. Ce qu'il y a de bien avec le roman, c'est que vous pouvez y exposer vos contradictions. Vous pouvez changer d'idée, en montrer tous les côtés».

D’autre part, lui qui est friand de dispositifs littéraires, d’échafaudages invisibles qui permettent la construction de ses romans, n'était jamais allé si loin dans la froide et complexe imbrication des récits parallèles, car, intrigues entrecroisées, mise en abîme, roman dans le roman du même titre, inventé par le narrateur, Sidney Orr, “La nuit de l'oracle” oscille constamment entre imagination et réalité, entre passé et présent. Cependant, le jeu des miroirs narratifs et la savante architecture du texte, au lieu de l'étouffer, conduisent le sentiment amoureux au paroxysme dès que le narrateur a su que «Ies mots pouvent tuer». C’est donc un livre où l'on retrouve tous les ingrédients de cette alchimie littéraire qui a fait d'Auster l'un des auteurs états-uniens les plus fascinants de sa génération. Dès les premières lignes, on renoue avec sa voix, familière, mais aussi avec le cœur de son univers et l'âme de ses intrigues métaphysiques qui imposent que le temps se dilate. Pour mieux s'y perdre. Il nous plonge dans cette sorte de mise en abyme tortueuse où, comme à l'habitude, le réel et la fiction s'enlacent étroitement. C’est un jeu auquel on se laisse prendre, tant en raison de la forme de ce roman gigogne que des questions sans réponse qu'aborde l'auteur.

Pour “La nuit de l'oracle”, Paul Auster a reçu, à Montréal, le grand prix Metropolis bleu 2004.

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En 2004, Paul Auster publia ‘’Collected poems’’.

En 2005, il publia ‘’The notebooks of Joseph Joubert’’, une traduction

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‘’Brooklyn follies’’

(2005)
Roman de 364 pages
À l'aube de la soixantaine, Nathan Glass, le narrateur, cherche à donner un nouveau sens à sa vie. Agent d'assurances à la retraite, récemment divorcé et cancéreux en rémission, amer et solitaire, il décide de revenir s'installer dans le quartier de son enfance : Brooklyn. Avec la mort aux trousses et poussé par le désir d'être heureux au présent, il décide d'être plus attentif aux gens autour de lui et s'efforce de répandre le bonheur. C'est donc sous nos yeux que cet homme qui se croyait bon pour le cimetière se métamorphose en «confident et conseiller, en amoureux de veuves ardentes, en chevalier errant, sauveteur de damoiselles en détresse». Et la grande comédie de la fourberie humaine est pour lui le plus intéressant des spectacles. Il consacre d'ailleurs une partie de ses nombreux loisirs à colliger les anecdotes en vue d'un projet auquel il rêve depuis longtemps : la composition du ‘’Livre de la folie humaine’’, une sorte d'encyclopédie des gaffes, des stupidités et des faiblesses qui ont marqué sa vie. Il tombe par hasard sur un neveu qu'il avait perdu de vue depuis quelques années. Commis dans une librairie du quartier, Tom Wood a abandonné ses études de doctorat et vivote sans passion depuis déjà trop longtemps. Par l'entremise de Tom, Nathan fait ainsi la connaissance de son patron. Libraire mythomane, personnage haut en couleur, Harry Brightman (ou Dunkel, donc « brillant » en anglais ou « sombre » en allemand, c'est selon) est un arnaqueur-né très proche, au fond, de l'écrivain qui invente ses histoires : «J'aime tromper les gens, raconte-t-il à Nathan. J'aime voir jusqu'où je peux aller. Déjà quand j'étais gosse, je rêvais de publier une encyclopédie dans laquelle tous les renseignements seraient faux.» Quand, un jour, débarquant du fond de la Virginie, la fille de la soeur disparue de Tom frappe à sa porte, c'est avec l'enthousiasme d'un commencement du monde qu'ils se trouvent tous entraînés dans un chemin qu'ils n'espéraient plus.
Commentaire
Une petite fille sage, un vieux monsieur débordant de vie, un jeune homme désabusé, quelques escrocs et deux ou trois jolies femmes : ‘’Brooklyn follies’’, avec ses références appuyées au rêve américain, à l'homophobie et au fanatisme religieux, semble être la réponse de Paul Auster à l'horreur du 11 septembre 2001, date à laquelle prend fin le récit de Nathan Glass. «Je veux parler de bonheur et de bien-être, de ces instants rares et inattendus où la voix intérieure se tait et où l'on se sent à l'unisson avec le monde.» Il parle d'insouciance et de nostalgie, d'une certaine innocence perdue aussi.

Les ficelles du destin étant un peu grosses, le roman apparaît comme un cru moyen dans l'oeuvre de Paul Auster. On a l'impression d'être en présence d'une machine à enfiler les histoires, qui sont entremêlées selon une logique qui nous échappe souvent. La machine s'emballe par moments, accumulant sans compter les détails sans toujours nous convaincre de la pertinence des allusions et des digressions. De l’une à l’autre, Paul Auster nous aspire et révèle de nouveaux visages de Brooklyn. C'est à travers des gens sans histoire et d'autres aux destins complexes, des gens sans instruction et des intellectuels, qu’il arrive, à travers ce petit milieu qui gravite autour d'une librairie, à décrire la situation et les désirs d'une Amérique qui doute. Par le biais de ses personnages, il se permet des théories sur Thoreau et sur Poe, s'avance dans le milieu des arts visuels, comme il s'amuse, malgré l'éclatement des familles, à rassembler les gens par des liens indéfectibles. «La véracité de l'histoire se trouve dans les détails», fait-il justement dire à l'un de ses personnages. Mais on se sent loin de l'inquiétude larvée des premiers romans (‘’Moon Palace’’, ‘’Le voyage d'Anna Blume’’, ‘’La musique du hasard’’) ou du commentaire sociopolitique plus radical de ‘’Léviathan’’. Et on comprend que croire en la vie, s'inventer des histoires, mentir ou écrire, publier livre sur livre, participent d'un même mouvement, celui de l'espoir nécessaire en la vie, pour l’auteur qui, avec les années, affiche un moralisme un peu dérangeant.

Un roman intelligent, plein d’humour et de tendrese pour raconter la vie quotidienne de quelques habitants de Brooklynn et d’ailleurs. On y trouve les petites et les grandes tracasseries de la vie, les petits et les grands bonheurs, la douleur, le deuil, bref, tout ce qui fait la vie, avec en trame de fond les réflexions du narrateur.

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En 2005, Paul Auster publia ‘’Collected prose : autobiographical writings, true stories, critical essays, prefaces, and collaborations with artists’’ (on y trouve ‘’The invention of solitude’’ et ‘’Hand to mouth’’).

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‘’Travels in the scriptorium’’

(2007)

‘’Dans le scriptorium’’
Roman de 160 pages
Un vieil homme, Mr. Blank, se réveille un matin dans une chambre. Est-ce une cellule de prison ou un local d’interrogatoire? Désorienté, il n’a aucune idée de qui il est et de la raison pour laquelle il est là, assigné à résidence entre les quatre murs de cette pièce, percés d'une unique fenêtre n'ouvrant que sur un nouveau mur. C'est l'une des nombreuses questions qui le taraudent. Il ressent de la culpabilité, comme s’il avait commis quelque crime. Sur un bureau, sont soigneusement disposés une série de photographies en noir et blanc, un stylo, un manuscrit, et peut-être un compte rendu, qui peut ou non le concerner. Les photos sont celles d’autres personnes, dont il pense qu’elles doivent appartenir à sa vie (et qui sont tous des personnages de livres précédents des romans de Paul Auster), et dont quelques-uns viennent lui rendre visite. Il y a en particulier une Anna qui lui parle de comprimés, d'un traitement en cours, mais aussi, étrangement, d'amour et de promesses. Une journée se passe, lors de laquelle les visiteurs qui se présentent lui reprochent de les avoir jadis envoyés accomplir de mystérieuses et périlleuses missions dont certains sont revenus irrémédiablement détruits. Et cependant qu'entre deux vertiges, corps et mémoire en déroute, Blank interroge des souvenirs qui refusent de se laisser exhumer, qu'il cherche dans le manuscrit l'hypothèse d'une explication, une caméra et un micro enregistrent le moindre geste, les moindres bruits de cette chambre où il subit son ultime et interminable épreuve car on lui ordonne d’écrire la fin de son manuscrit.
Commentaire
C’est un autre roman philosophique de Paul Auster, qui explore les questions de la vie et de l’identité.

Il a réussi là où plusieurs se sont cassé les dents : à partir d'une substance qui relève davantage de l'essai, il accouche d'un véritable roman, aux accents de polar, et dont le côté cérébral ne contredit jamais le bonheur de lecture. L’auteur interroge les relations complexes entre fiction et réalité, entre un écrivain et son oeuvre, entre un homme et son temps.

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En 2007, en France, Paul Auster a été fait commandeur dans l’ordre des arts et des lettres.

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Paul Auster est considéré comme le plus européen des écrivains américains, est même parfois qualifié aux États-Unis, de « romancier français ». Ce beau ténébreux, agréable et intelligent, peut disserter, en français s'il vous plaît, faire part d'anecdotes savoureuses et de réflexions profondes, faire preuve d'un humour charmant.

Pourtant, écrivain prolifique, il développe une thématique centrée sur l'errance qui est typique de la littérature américaine, mais aussi sur la filiation, le hasard, la contingence, les occurrences magiques du destin, l'invraisemblance du sort, l’influence du passé, la perte, la dépossession, le vacillement de l'identité, la déréliction, mettant en scène des situations improbables, des personnages singuliers hantés par la tentation du néant. Il traque au quotidien les bifurcations issues d'événements apparemment anodins. Son univers littéraire est toujours baigné de mystère, de surnaturel, comme s’il avait réussi à ouvrir une porte qui nous est inconnue et qui présente une autre façon de percevoir le monde. Il éprouve une fascination devant l’impossibilité de se comprendre et de comprendre les autres.

Son style en apparence très dépouillé, car, de son propre aveu, ce maître orfèvre passe le plus clair de son temps à forger «de belles phrases», des écrins de syntaxe, des images frappantes dans une belle langue, cache une architecture narrative complexe, faite de digressions exagérées mais toujours pertinentes, d'histoires dans l'histoire et de trompe-l'œil.

«Le monde est dans ma tête et mon corps est dans le monde» est une des phrases avec lesquelles il explique le plus volontiers ses rapports au monde et à la littérature. Dans chacun de ses romans, quelqu'un la paraphrase, y inscrit son ouverture au monde ou, au contraire, son refus de toute autre réalité que celle qui lui est intérieure. Il s'engage si entièrement dans l'acte d'écriture que sa propre vie déborde parfois sur la page. Biographies et romans sont d'ailleurs liés dans son oeuvre qui est habitée de narrateurs, habituellement des écrivains.

Son œuvre, qui comprend de la poésie, des romans, des essais, des scénarios, des traductions et des paroles de chansons, est l'une des plus variées, des plus créatives et des mieux accueillies par la critique qui le considère comme l’un des plus grands écrivains états-uniens vivants.

une oeuvre littéraire à la fois riche et abondante dans laquelle il réussit très bien à nous accrocher à ses intrigues, tout en apportant une certaine profondeur philosophique à son propos. Parmi ses thèmes fétiches, celui de l'identité est au centre de son oeuvre.
André Durand
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